Citoyens de seconde classe

On aurait tort de sous-estimer l’importance de ce fait divers. L’incapacité de l’hôpital Royal Victoria à soigner une Québécoise dans la langue nationale et l’obligation pour cette dernière d’engager un interprète pour se faire servir en français constitue la démonstration la plus probante que les Québécois, en 2012, sont redevenus des citoyens de seconde classe.

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On ne pourrait imaginer pareil scénario nulle part sur cette planète ; les Québécois constituent encore une fois une anomalie parce qu’ils tolèrent qu’on méprise leur langue et qu’on le fasse en utilisant leurs fonds publics. Le bilinguisme qu’on consent à notre minorité surfinancée se transforme entre ses mains en un unilinguisme ravageur.

L’hôpital Royal Victoria fait partie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et jouit de la dérogation 29.1 de la Charte de la langue française, ce qui permet d’assurer une forte présence anglaise dans tout l’appareil de l’administration. Malgré celle-ci, l’hôpital a le devoir de soigner les patients en français.

Or, l’hôpital ne respecte pas ce droit. La concession que la loi 86 a accordée en 1993 aux hôpitaux de langue anglaise visait à protéger la minorité de langue anglaise en introduisant davantage d’éléments de bilinguisme. Ce que la réalité nous démontre avec cet exemple, c’est que le bilinguisme prôné par les anglophones ne constitue qu’un cheval de Troie permettant de mettre en place un unilinguisme anglais par la suite. Le français n’y devient qu’une langue minoritaire parmi d’autres, une langue facultative de surcroit.

Il faut franciser les hôpitaux montréalais

La dérogation 29.1 n’est attribuée qu’aux hôpitaux desservant une majorité de locuteurs d’une même langue étrangère. Même si les données sur la langue des utilisateurs des hôpitaux jouissant de cette dérogation à Montréal ne sont pas disponibles, on peut douter de la pertinence d’attribuer cette dérogation à treize hôpitaux sur l’île de Montréal.

Comme le montre l’image ci-dessus (cliquez dessus pour l’agrandir), non seulement un grand nombre d’hôpitaux jouissent de cette dérogation, mais en plus près de 35% des lits de santé physique à Montréal sont attribués à ces hôpitaux. Dans l’ouest de l’île de Montréal, tous les lits y sont soumis.

Or, comme on peut le voir dans l’image ci-dessous, la proportion de la population de langue maternelle anglaise est inférieure au 50% requis pour obtenir la dérogation. Même dans les très anglophones banlieues de l’île, l’anglais est en situation minoritaire.

La question est la suivante : si l’article 29.1 doit être appliqué uniquement dans les hôpitaux où la population est majoritairement de langue anglaise, comment se fait-il qu’il y ait treize hôpitaux jouissant de celle-ci alors que la population de langue anglaise n’atteint que 12% dans la RMR de Montréal, 13% à Montréal, 18% sur l’île de Montréal et 47% même au cœur des banlieues les plus anglophones ?

Cette sur-représentation des anglophones (et la sous-représentation des Québécois, son corollaire) s’explique notamment par une disposition de la loi stipulant que la dérogation 29.1 ne peut être retirée qu’à la demande du conseil d’administration de l’hôpital et avec l’appui du gouvernement. Cette nuance a permis au Quebec Community Groups Network, un puissant lobby anglophone recevant plus de 4 millions de dollars d’argent public annuellement pour combattre la Loi 101, d’élaborer une stratégie prônant l’occupation des différents conseils d’administration des établissements de santé au Québec.

En 2009, par exemple, la fusion de deux hôpitaux, l’un francophone, l’autre anglophone, pour former l’Institut de réadaptation de Montréal, a donné lieu à une croisade pour étendre la dérogation 29.1 au nouvel établissement. Cette proposition émanait de Catherine Duff-Caron, une ancienne avocate du groupe de pression anglophone Alliance Quebec, qui a déposé une telle demande à l’OQLF, même si celui-ci sert une majorité de patients francophones.

Une guerre linguistique

De nombreux Québécois ne le réalisent pas, mais la guerre linguistique bat son plein à Montréal. Pendant que les francophones parlent de paix linguistique et « d’ouverture » à l’anglais, les anglophones utilisent le pouvoir de l’argent pour faire des pressions politiques, occuper leurs institutions et assurer que la suprématie de leur langue continuera de s’imposer dans la métropole.

Et pendant ce temps, le gouvernement regarde dans l’autre direction sous la supervision complice d’un Parti Québécois s’improvisant comme défenseur du français mais ayant renié sa promesse de 1994 d’annuler la loi 86.

Tant que nous n’aurons pas le courage de nous attaquer aux privilèges de la minorité de langue anglaise, tant que nous tolérerons le sur-financement et la sur-représentation de ses institutions, tant que nous refuserons de comprendre que nous sommes en pleine guerre linguistique et que nous avons le devoir de nous positionner fortement pour défendre notre langue nationale, on continuera de violer les droits fondamentaux de ceux qui ont contribué toute leur vie à payer avec leurs impôts les hôpitaux des anglophones et qui aujourd’hui se font cracher au visage par une minorité n’étant même pas en mesure de parler la langue nationale.

Plus que jamais, nous sommes des citoyens de seconde classe.

Qu’attendons-nous pour agir et mettre fin aux privilèges de la minorité la plus choyée au monde ?

Une Réponse

  1. Comme vous êtes vite sur la détente!

    Permettez que je partage, tout de suite, ces statistiques et ces révélations. Nous pouvions suspecter des manigances mais sans en connaître certains détails importants.

    Je m’empresse de partager ces informations.

    Merci encore Monsieur Préfontaine.

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