Le droit des Anglais

Je remarque un trait commun à tous les débats touchant la langue au Québec : alors que les Québécois ont des positions modérées et variées, la minorité anglophone est quasi unanime à dénoncer la Loi 101 et à déverser sa haine – voire son racisme – sur le peuple québécois. Cette attitude, loin d’être normale, constitue plutôt la conséquence d’une sorte de complexe de supériorité issue de ce qu’on peut considérer comme étant le « droit des Anglais ».

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Comme il en est question au chapitre 2 d’APARTHEID UNIVERSITAIRE, le droit des Anglais a été exprimé par Edmund Burke au 18e siècle en réponse aux Lumières françaises. Cette attitude de supériorité découlait d’une forme de darwinisme social qui valorisait l’application des théories biologiques de Darwin au niveau politique. En clair, on considérait qu’il était légitime pour le plus fort de dominer le plus faible et les Anglais considéraient donc qu’ils avaient non seulement le droit, mais le devoir de dominer les autres peuples, qu’ils considéraient comme inférieurs. C’est ce « droit des Anglais » qui a inspiré les politiques ethnocidaires de Durham à l’égard de la nation québécoise dans les années 1840.

Aujourd’hui, après près d’un demi-siècle de rapports linguistiques basés sur des aménagements structurés, on semble revenir à l’idée d’un rapport de force brut entre les langues. L’anglais étant la langue la plus puissante d’Amérique du Nord – et de loin – on considère donc qu’il est normal, voire nécessaire, de l’imposer à toutes les autres, considérées comme inférieures.

Se croyant investis du devoir d’imposer la supériorité présumée de leur langue, nombre d’anglophones vivant au Québec considèrent comme une hérésie la seule pensée que puisse exister une puissance étatique leur imposant une langue qu’ils considèrent inférieure. À leurs yeux, il n’y a qu’un pas entre l’obligation d’afficher en français ou d’envoyer les enfants d’immigrants à l’école française et les camps de concentration de Dachau ; ils perçoivent le contrôle de leur langue non pas comme une mesure nécessaire pour protéger une langue française minoritaire sur ce continent, mais comme un affront que fait le faible au fort simplement en pensant qu’il pourrait imposer des règles dépassant le simple rapport de force.

Ce complexe de supériorité de la minorité de langue anglaise ne serait pas si dangereux en soi s’il n’arrivait pas à s’imposer de plus en plus à une grande partie des Québécois. Ceux-ci, éduqués à l’école du laisser-faire économique et identitaire, en viennent non seulement à se montrer indifférents à l’égard de leur langue, mais même à la détester et à ne plus se considérer, collectivement, qu’à travers le prisme déformant et haineux de la majorité anglophone continentale.

Le Québec, à leurs yeux, ne constitue plus le territoire physique de la nation québécoise, mais une simple limite géographique où vivent des humains ayant la particularité de parler une langue considérée comme inférieure, possédant une culture considérée comme inférieure, des valeurs considérées comme inférieurse, un système politique considéré comme inférieur, alouette ! Ces Québécois ayant adopté la vision du « droit des Anglais » ont appris à haïr leur propre peuple précisément parce que le Québec s’est doté d’un aménagement linguistique permettant de faire triompher le faible aux dépens du fort.

Les idées de droite qui soufflent sur le Québec depuis environ trois décennies commencent à donner leurs fruits. Tout en laissant une Loi 101 de façade de plus en plus affaiblie, on a travaillé à affaiblir ses fondations en enseignant à nos jeunes à détester tout ce qui n’est pas issu du « laisser-faire ». L’idée même de légiférer pour autre chose que pour protéger les « libertés » individuelles devient de plus en plus étrangère pour nombre de jeunes.

Nous vivons donc à la pire des époques. Non seulement nous rapprochons-nous de plus en plus du précipice de l’assimilation, mais nous le faisons dans un contexte où l’État est systématiquement émasculé et où la simple conviction que puisse exister en Amérique du Nord un peuple riche et ayant une langue méritant d’être protégée est anéantie à la fois par le racisme d’une minorité d’anglophones surfinancés et par l’ignorance et l’endoctrinement d’une majorité de Québécois ayant appris à détester tout projet collectif.

5 Réponses

  1. Salut, à propos de ton livre avec Kindle, une question: on ne voit pas les numéros de page?

  2. Je ne suis pas au courant… Je peux transmettre le message à mon éditrice. Normalement le Kindle permet de sauvegarder la page où on est rendu.

  3. Enfin! Vous revoilà Monsieur Préfontaine.

    Enfin! Un article à lire, intelligent, bien écrit et qui expose la situation bien tangible et réelle des québécois, quoi non désirée par celles et ceux qui aiment le Québec et qui le veulent Pays de langue et de culture françaises (pour être bref).

    Comme je le pense et comme je l’ai écris ailleurs: «La grande noirceur du temps de Duplessi a désormais l’apparence d’un soleil de juillet à midi dans un ciel sans nuage.».

    J’aurais dû compléter en ajoutant: «… comparé au ciel orageux et noirci que nous ont apporté les trahisons et compromissions de nos pseudos élites politiques et de nos «stars» pseudos culturelles. Ces dernières s’étant détournées de la véritable vocation d’artiste pour se vendre aux plus offrants soit les ennemis de l’unique peuple d’origine française fondateur et bâtisseur du Québec, jusqu’à 1995 (ou à peu près), car on nous le vole présentement.»

    Excusez-moi mais j’en ai gros sur le coeur ces jours-ci.

    On ne parle pas de souveraineté pour ensuite venter l’inter-culturalisme (entendre la réalité, soit multiculturalisme). C’est ce que font les «stars» québécoises issues de mon peuple d’origine française qui s’est tant battu pour ses enfants.

    Passerons-nous au travers de cette crise?

    Je ne peux le prédire mais je conserve mes convictions indépendantistes et mon amours de mes ascendants pour ce qu’il ont vécus et endurer afin que je puisse exister aujourd’hui dans ma langue maternelle, le français.

    Cordialement,

    Réjean Pelletier, simple citoyen

  4. @frederic mercier : Concernant le Kindle : la gestion des numéros de pages est gérée par la tablette Kindle, tout comme les autres tablettes sur le marché. C’est possible que la fontion n’a tout simplement pas été activée.

  5. « alors que les Québécois ont des positions modérées et variées, la minorité anglophone est quasi unanime à dénoncer la Loi 101 et à déverser sa haine – voire son racisme – sur le peuple québécois. »

    C’était modéré le vandalisme chez Stephan Gendron???

    Tu attends quoi pour dénoncer ce geste de violence envers un citoyen qui a exprimé son opinion? La liberté d’expression n’est pas une valeur que tu reconnais et défend?? Et si c’était un anglais qui vandalisait un de tes biens???

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