Les mwa mwa

Vous savez de qui je parle ? Ces mwa mwa sont partout. Ils sont facilement reconnaissables par leur incapacité à commencer une phrase autrement que par « moi, je » ou parfois, pour varier, par un « je » auquel suit impérativement un « mon » ou un « ma » quelques mots plus loin. Ces mwa mwa se considèrent souvent comme les hérauts de la sacro-sainte liberté individuelle, une liberté qu’ils confondent malheureusement avec la simple transposition de leur comportement enfantin dans leur vie adulte. Ce n’est pas la liberté qu’ils prônent, mais l’égoïsme.

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Pensez à Arielle Grenier, par exemple. Dimanche de la semaine dernière, à Tout le monde en parle, cette égérie de la liberté individuelle de faire suer l’univers entier parce que « moi j’ai mes cours » a donné du mwa mwa à l’ensemble de la population québécoise pendant dix-huit longues minutes. Voici quelques extraits très édifiants :

« Il n’y a personne au monde, et cette personne n’est pas encore née, qui va m’empêcher de me présenter à mes cours. »

« Même si je ne mesure pas encore 5 pieds 3, je vais traverser [les lignes de piquetage]. »

« Vous dites que c’est 55 000 [étudiants pour la grève], c’est faux, j’aimerais que vous dites (sic) moins un, premièrement pour moi. »

« Moi j’ai absolument rien contre le fait que les gens vont manifester, mais moi, ce que j’aimerais, c’est pouvoir aller à mes cours. »

« Vous brimez ma liberté intellectuelle d’avoir accès à mon droit à l’éducation. »

Pour une génération n’ayant pas été élevée sous le dogme du mwa mwa, de telles paroles ne peuvent que porter au mépris. La réaction de Paul Piché et Emmanuel Bilodeau, vers 15:45 de cette vidéo, dit tout, alors que ceux-ci rient à la face de la créature mwa mwa.

Il fut une époque, en effet, où on jugeait mal l’égoïsme. Une époque où le parent prenait son enfant par les épaules et lui disait: « Arrête de te regarder le nombril ». Une époque où on pratiquait l’empathie, où on enseignait des valeurs susceptibles de renforcer la cohésion sociale. Une époque où on rejetait les mwa mwa.

La nouvelle génération a été éduquée différemment. Si on peut s’amuser de voir Piché et Bilodeau rire de l’égocentrisme presque caricatural d’Arielle Grenier, on rit moins en pensant qu’il y a peut-être là un choc générationnel qui risque de tourner à l’avantage de la jeune sur ses aînés. On rit également moins quand on prend connaissance d’une foule de prises de position semblables par notre jeunesse d’aujourd’hui, comme cet exemple dont j’ai déjà parlé à la fin de ce billet, et où l’auteur justifie son appui à l’anglicisation des HEC en affirmant que le mwa mwa a fait des choix et que le mwa mwa a le droit de faire ces choix.

Les mwa mwa sont partout. Si rien n’est fait, le temps se chargera de les faire triompher.

Notre échec

Cette génération mwa mwa constitue le symbole de notre échec collectif. Après des décennies d’une éducation nationale valorisant les enjeux collectifs, dispensée à l’école ou à la maison, on en est venu à considérer la liberté individuelle comme étant supérieure à la liberté collective. Alors que notre force provenait de cette recherche d’un équilibre entre les dérives du collectivisme (URSS, Chine, etc.) et les dérives de l’individualisme (États-Unis, tiers-monde, etc.), nous nous donnons désormais tout entier au second dogme.

Peut-on en vouloir à cette génération de ne savoir parler qu’au « je », quand ses parents n’ont eu de cesse de privilégier leur bien-être individuel sur le bien-être collectif, de prôner le « pas dans ma cour » et de mettre sur un piédestal tout ce qui enrichissait l’individu, quand bien même ce serait au détriment de la collectivité ?

L’enfant observe. L’enfant apprend.

La différence, pourtant, est fondamentale : la génération précédente, ayant été élevée avec un bon fond collectiviste, ne serait-ce que par son héritage catholique, a été en mesure de s’imposer des limites, de ne pas entièrement renier des concepts comme la liberté collective ou le bien commun.

Les mwa mwa, aujourd’hui, n’ont jamais joui de ce legs. Toutes les Arielle Grenier de ce monde font partie d’une génération ayant grandi après le dernier référendum, pendant la bulle NASDAQ, pendant la bulle immobilière, pendant qu’on coupait les impôts, pendant qu’on réintroduisait le péage, pendant qu’on imposait des frais en santé, pendant qu’on privatisait ceci, privatisait cela, pendant qu’on faisait de l’utilisateur-payeur la nouvelle religion gouvernementale.

Pour les mwa mwa, le monde se résume à des individus déconnectés, désolidarisés, vaquant à leurs occupations dans un monde dangereux, dans un monde aussi égoïste que cruel, et l’idée-même que pourrait exister une amélioration collective de la situation leur paraît aussi étrange qu’invraisemblable.

Nous avons construit une belle société, ensemble. Les merveilles dont le Québec moderne s’est prouvé capable n’ont été possibles que parce que nous avons placé un intérêt supérieur au-dessus de nos petites personnes. Cela n’a été possible que parce que nous avons été en mesure de passer outre les mwa mwa et de favoriser le sort collectif plutôt que de flatter l’individualité de chacun.

Mais nous avons échoué. Misérablement. Nous avons échoué parce que nous n’avons pas été en mesure d’inculquer l’amour du bien collectif à la génération suivante. Nous reposant, pleins et satisfaits, trônant sur nos acquis, nous avons laissé la base qui nous soutenait s’affaiblir progressivement et c’est ainsi qu’une génération entière a grandi non pas en comprenant de quelle manière nous avons lutté contre l’individualisme pour obtenir ce que nous avons, mais en haïssant tout ce qui pourrait les lier à nous.

Nous avons créé nous-mêmes les monstres d’égoïsme que sont les Arielle Grenier de ce monde.

Il n’y a qu’une seule façon de lutter efficacement contre cette génération mwa mwa.

Réaffirmer le NOUS.

Face à leur « moi, je veux », imposer notre « nous voulons ».

Face à leur liberté individuelle, imposer notre liberté collective.

Face à leur Moyen-Âge, imposer nos Lumières.

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10 Réponses

  1. Bravo, ça fait des années que je lutte contre ça.
    Il faut décontaminer des années de « moi j’ai bien le droit ».

  2. Moi j’aime pas le collectivisme.

  3. C’est amusant aussi comment ces « libertariens » de tout poil utilisent le terme « bien-pensant » pour désigner péjorativement toute personne qui n’est pas un mwa-mwa, qui essaie de faire sa part ou autrement aspire à un monde meilleur.

  4. Il y a une faille importante dans votre raisonnement: vous oubliez qu’il y avait un Gabriel Nadeau Dubois pour donner la réplique à la porte-parole des mwa mwa. Jusqu’à preuve du contraire, le camp de M. Nadeau Dubois est majoritaire. Il y a bel et bien grève et de très importantes manifestations. Votre généralisation du mwa mwa à l’ensemble de cette génération est donc abusive. Il y a une tension entre les gens plus solidaires et les plus individualistes. À mon avis, ça a toujours été comme ça… Voulez-vous vraiment qu’on parle des années 1980?

  5. J’ose espérer que la jolie Arielle étudiera assez longtemps
    pour apprendre le sens du mot démocratie.
    Lorsqu’il y a une organisation étudiante et qu’on en fait partie et s’il y a vote, c’est la majorité qui l’emporte et démocratiquement, on doit s’y conformer. Le contraire,
    c’est l’anarchie.
    À Tout le monde en parle, j’ai constaté que Buck Côté malgré sa grande érudition, n’a pas lui non-plus appris le sens du mot démocratie.
    Merci M. Préfontaine de signaler l’égocentrisme individuel
    où le mwa mwa passe avant l’intérêt de la communauté.

  6. Bravo M. Préfontaine , beau plaidoyer. C’est bien de nous rappeler ce phénomène .

  7. […] que je nommais moi Lisez ce texte moi… je suis trop en tabarnak ben oui je l'ai dit. http://ledernierquebecois.com/2012/03/05/les-mwa-mwa Tout le monde est énervé parce que les étudiants se mobilisent lol mais avec […]

  8. […] de « l’ordre », l’intransigeance gouvernementale, l’intransigeance des gosses de riches mwa-mwa, tout ceci me laisse un arrière-goût d’une société qui ne me plaît pas du […]

  9. […] après jour. Ils se sont battus quotidiennement contre l’égoïsme d’une minorité de mwa-mwa pour qui la seule liberté qui existe est la liberté […]

  10. Les carrés rouges sont des mwa mwa malgré eux. Eh oui!! Comme toujours ils ne parlent de ce qu’il fait leur affaire. Depuis 10 ans on se fait FOURRER par Charest. Il n’a tenu AUCUNE promesse. Pourtant, personne n’a rien fait. Même pas les super carrés rouges. Quand ont-il agit? Lorsque que les changements les ont concernés EUX! Charest avait promit une baisse d’impot de 5 milliards. On parle de beaucoup d’argent ici la. Pas un maigre 250$ par année pour un INVESTISSEMENT. Mais les mwa mwa étudiants on senti que ça allait dans LEUR cours. C’est alors que plusieurs raison bidon sont venu soutenir leur maigre cause dont tout le monde se foutait et ce fou encore éperdument encore. Mais il continu ces mwa mwa car ils sont tellement bornés et égocentrique qu’il veulent mené leur cause à bon port malgré que c’est une cause perdu d’avance. BRAVO pour ne pas voir autour de vous et de ne voir seulement le petit bout de votre nez brainwasher par les professeurs syndiquer et souVErainiste. Oui je ne parle de hausse des frais car toute les autres cause (les vrais cause) ne peuvent être incluse dans ce « combat ». C’est une insulte total!!! Une insulte au même point que de comparé les pays dans la réel misère à cette misère des pauvres étudiants Québecois. Une état de répression ne passe pas de lois mes amis pour la faire cette répression. Il la font sans demandé l’avis. La lois 78 n’a été qu’une tentative de faire peur tout simplement. De plus, elle n’est pas pas appliqué. Voyez vous le portrait? Pas lois pour les pays dont il y a vraiment de la répression et une lois ou il n’y en a même pas. Mais dans le fond votre nez ne doit pas etre si petit pour vous empecher de voir tout ça. J’attend les insultes je suis habitué d’en recevoir de la part des rouges qui n’ont jamais été confronté au part avant.

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