Un racisme ordinaire

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

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2 Réponses

  1. L’auteur ou l’auteure (dont j’ignore le nom) de cet article met le doigt sur bien des réalités. Cependant je lui reproche de le faire avec autant de haine (il adopte la même attitude que celle qu’il condamne des anglophones…). Par ailleurs, il aurait vraiment pu mieux défendre notre cause en disant tout simplement que notre identité distincte est légitime, tout court. Pourquoi sape-t-il ainsi les fondements de notre identité en les réduisant à une misérable résistance  »face au racisme canadien » et  »aux attaques répétées contre le français ». Les Québécois et Québécoises défendent leur langue par amour et parce que c’est leurs vies qui sont en jeu, pas pour s’offrir en pâture à des attaques orchestrées par des victimes trop aveugles de voir que les attaques proviennent d’eux-même. Pis utiliser le français pour dénigrer les autres ne contribue certainement pas à le faire rayonner davantage.

  2. Monsieur Denis Gratton, Le Droit, le 22 mars 2012, Nous nous souviendrons

    http://www.lapresse.ca/le-droit/chroniqueurs/denis-gratton/201203/21/01-4507695-nous-nous-souviendrons.php

    Gisèle Lalande a été une ardente défenderesse des franco-Ontariens.
    «J’ai rêvé d’un grand pays. J’ai rêvé d’un pays où j’avais ma place. »

    Pour elle ce grand pays dont elle parle, c’est le Canada. Le rêve dont elle parle, c’est le beau Canada bilingue de Trudeau, qui n’existe plus, lorsque l’on dépasse la région limitrophe de l’Outaouais québécois.

    Avis de décès: le rêve de Pierre Trudeau
    http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/avis-de-deces-le-reve-de-pierre-trudeau/7610/
    75%
    Proportion de Canadiens hors-Québec qui jugent qu’il n’est “pas important” de parler personnellement l’autre langue officielle, donc le français.

    D’ailleurs vous en donné un exemple parfait quand vous glissez subtilement dans votre texte : «Pas sûr. Pas sûr du tout. Parlez-en aux Franco-Ontariens de Cornwall… »

    Cornwall à peine à 100km à l’ouest de Montréal, ou les orangistes refusent que les francophones soient servit dans leurs langue a l’hôpital local. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur dans une région qui compte près de 30 % de francophones.

    Voir Un racisme ordinaire
    http://ledernierquebecois.com/2012/03/04/un-racisme-ordinaire?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+lelectronlibre+%28LouisPrefontaine.com%29

    J’espère vous voir lors du Love-In Canadian du prochain référendum, pour nous en parler !

    Laurent Desbois

    Ex-franco-Ontarien, d’origine métis et acadienne,
    fier Québécois depuis plus de trente ans,
    et canadian… par la force des choses et temporairement …. sur papiers seulement!

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