Archive for février 2012

Contre l’anglais intensif
11 février 2012

« Pour rendre les gens libres, indépendants et conscients, il n’y a pas de solution autre que collective. »

-Michel Chartrand

Dans un texte intitulé Pour l’anglais intensif, le journaliste François Cardinal reprend à son compte les arguments erronés des promoteurs de cette idée. Selon ceux-ci, la mesure n’aurait que des effets positifs et il faudrait impérativement répondre aux demandes des parents pour imposer davantage d’anglais à l’école. Trois points méritent d’être soulignés.

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D’abord, quand on parle des effets positifs, on les compare toujours à l’absence d’activité intensive. On ne compare pas les effets de l’anglais intensif par rapport aux mathématiques intensives, aux sciences intensives, à un atelier de pâtisserie intensif, mais toujours à l’absence d’enseignement intensif. Si on voulait adopter une approche logique, il faudrait comparer deux programmes intensifs côte à côte. Il ne fait aucun doute qu’un programme intensif peut être stimulant intellectuellement pour un enfant, mais ce n’est peut-être pas tant la matière enseignée – qui stimule les mêmes zones du cerveau que l’apprentissage de la langue maternelle, notons-le – mais le fait d’apprendre intensivement.

Ensuite, quand on parle de réussite, à quelle genre de réussite fait-on référence ? La réussite individuelle ou collective ? En clair, la qualité d’un système d’éducation se mesure-t-elle à la quantité d’élèves réussissant individuellement ou à la réussite collective d’une société profitant d’une éducation au service de la communauté ? Puisque l’éducation est payée par l’État, ne serait-il pas légitime d’exiger qu’elle profite à la collectivité québécoise ? Dans un contexte d’anglicisation rapide de la région métropolitaine de Montréal, et parce qu’il a déjà été démontré que le bilinguisme généralisé au sein d’une minorité linguistique entraîne son assimilation, ne faudrait-il pas, à tout le moins, s’interroger sur la pertinence d’une telle mesure d’un point de vue collectif ? La réussite individuelle n’est pas tout. Surtout en éducation.

Finalement, faut-il nécessairement répondre aux attentes des parents ? L’éducation n’est pas une marchandise ; elle n’a pas à être à l’écoute de « clients ». Si on écoutait les parents, l’école n’enseignerait ni la philosophie, ni les arts, ni l’histoire, ni quoi que ce soit qui ne soit directement relié à la réussite individuelle telle qu’exprimée généralement. L’éducation n’a pas à se soumettre aux diktats des parents, qui sont le plus souvent les simples représentants des dogmes de l’heure ; elle doit être intemporelle et viser à former non pas des technocrates de l’idéologie dominante, mais des êtres humains en mesure d’enrichir la collectivité.

L’anglais ne constitue qu’une matière comme une autre, qu’un langage parmi d’autres, pouvant être comparé aux mathématiques, aux sciences, aux arts, à la musique. Le placer sur un piédestal, et le faire au nom de la stricte réussite égoïste, selon une analyse erronée, et pour répondre aux exigences de parents déconnectés des réalités de l’éducation, constitue la meilleure manière non seulement d’assurer la marchandisation de l’école, mais d’affaiblir la collectivité québécoise.

Épargner en-dehors du système
6 février 2012

Je discute parfois avec des gens très intelligents et allumés qui comprennent la détresse absolue du système économique actuel. Ils saisissent le concept du pic pétrolier ; ils sont en mesure d’appréhender les conséquences catastrophiques d’une limitation physique de l’énergie disponible pour un système basé sur une croissance infinie.

Ferme

Pourtant, ils ne font rien. Je leur demande où sont leurs épargnes, et la réponse varie entre soit une absence totale soit des « investissements » dans des REER ou autres outils faisant précisément partie du système actuel.

Le paradoxe devrait sauter aux yeux : comment des individus conscientisés quant à l’inéluctabilité de l’effondrement du système économique actuel peuvent-ils vivre sans épargner ou en épargnant dans des outils susceptibles d’être affectés en cas d’effondrement ?

Le devoir d’épargner

On dit souvent des adultes qu’ils recherchent ce dont ils ont manqué lorsqu’ils étaient enfants. La société en général n’est pas différente : est valorisé ce qui comble un manque. Je dirais même davantage : est NÉCESSAIRE ce qui comble un manque.

La plus profonde de ces déficiences constitue l’absence d’épargne. Il fut une époque où on saisissait qu’il fallait mettre un certain pourcentage de ses revenus de côté pour les jours pluvieux. Dans un système de monnaie stable, basé sur l’étalon-or, par exemple, on retirait simplement une partie de sa richesse dans le présent pour l’utiliser dans le futur. On mettait de l’argent-papier sous un matelas et le tour était joué.

On épargnait EN-DEHORS du système puisqu’un dollar valait toujours un dollar.

Aujourd’hui, les épargnants sont devenus des investisseurs. Cela est logique : depuis la fin du lien entre la monnaie et l’or, au tournant des années soixante-dix, l’inflation ravage le pouvoir d’achat de quiconque met de l’argent de côté. Il faut donc obtenir des intérêts permettant de battre cette inflation. Il faut mettre l’argent à risque.

On a trompé toute une génération d’épargnants en leur faisant croire qu’un RÉER ou une obligation du gouvernement constituaient des investissements sans risque. L’absence de risque n’est pas du domaine de l’investissement. Quand un système économique implose, les promesses sont brisées. Et c’est bien cela, un RÉER : une promesse. Elle sera brisée.

La seule façon d’épargner

Il existe une seule façon, aujourd’hui, de protéger son pouvoir d’achat : il faut épargner dans des matières « dures », des choses qui ne sont pas affectées par l’inflation. L’or et l’argent constituent les principales, mais on pourrait également considérer une terre agricole, de la nourriture non périssable, d’autres métaux, etc.

Il s’agit d’une épargne en-dehors du système car peu importe la situation, une once d’or vaudra toujours une once d’or et un acre de terre arable vaudra toujours un acre de terre arable.

Le système actuel, en forçant l’ensemble des citoyens à participer à un gigantesque casino où l’argent prêté à peu d’intérêts est réinvesti dans des bulles sans fin (bourse, immobilier, obligations, etc.), a systématiquement sous-évalué la valeur réelle des vraies choses.

Tout le monde a mis l’ensemble de ses biens dans un jeu de roulette et tant que la roue tourne, tout va bien, tout va bien, tout va bien.

La personne réellement intelligente sait que la roue ne tournera pas toujours et que lorsqu’elle s’arrêtera, il y n’y aura plus de jetons pour tout le monde.

Épargner, mettre de côté pour plus tard, et le faire en-dehors du système, est un impératif pour quiconque comprend l’ampleur des défis des deux prochaines décennies.