De la cherté de l’or

Dernièrement, je discutais avec une personne qui se plaignait de la difficulté croissante à protéger son pouvoir d’achat. Face au coût de la vie qui augmente, et avec une certaine incertitude en ce qui concerne le marché immobilier, elle me demandait ce que je ferais, si j’étais elle. C’est sans la moindre hésitation que je lui ai conseillé d’acheter de l’or. Pas parce que j’en ai moi-même (il est toujours sage de rembourser ses dettes avant de faire quoi que ce soit d’autre), mais parce que je m’intéresse à la dévaluation croissante de notre monnaie et aux conséquences inévitables : le retour de l’or comme étalon de la valeur des autres choses. Elle me regarda, sceptique, et déclara ce que j’ai entendu très souvent depuis une année ou deux : « J’achèterais bien de l’or, mais c’est devenu trop cher ».

Ça m’a semblé symptomatique. Tout coûte infiniment plus cher depuis des décennies, mais ce serait l’or qui serait « trop cher ». Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé des statistiques dans le graphique suivant (cliquez sur l’image pour un agrandissement).

La première des courbes est celle de la masse monétaire, du moins celle qui est encore publiée par Statistique Canada (on ne publie plus M3, qui était encore plus complète). Contrairement à ce que croient certains, l’augmentation du coût de la vie n’est pas la cause de l’inflation, mais plutôt son symptôme. C’est l’augmentation de la masse monétaire qui constitue la véritable cause de l’inflation. Il y a d’autres facteurs, notamment la vélocité de la quantité de monnaie en circulation, mais toutes choses finissant par être égales par ailleurs, l’augmentation de la masse monétaire entraîne une augmentation de la valeur des autres biens parce qu’il y a toujours plus de monnaie en circulation pour un nombre limité de biens. Si nous sommes deux personnes dans le désert à avoir chacun un dollar à dépenser pour un verre d’eau, ce verre d’eau vaut un dollar ; si nous avons chacun cent dollars dans les poches, le même verre d’eau vaut cent dollars. Plus la masse monétaire est élevée, plus les prix montent.

Or, entre janvier 1980 (soit l’aboutissement du dernier marché haussier dans l’or) et avril 2011, la masse monétaire canadienne a explosé, augmentant de 984%. Pendant ce temps, le coût des aliments n’augmentait que de 177%, celui de l’habitation de 168%, celui du transport de 250%, celui de l’énergie de 374% et celui de l’or… de 88%. L’ensemble des biens quotidiens coûte moins cher que l’or lorsqu’on compare à 1980. Cher, vous dites ?

La déconnexion croissante entre la masse monétaire et les autres biens s’explique notamment par l’apparition d’une foule de produits financiers dérivés depuis deux décennies, de même que par le fractionnement des réserves bancaires, qui permet de prêter de la monnaie qui n’existe pas. À terme, pourtant, la croissance de la masse monétaire doit finir par rejoindre sensiblement celle des biens tangibles. La seule raison pour laquelle ce ne fut pas le cas jusqu’à maintenant fut parce que personne ne pensait à retirer ses billes, comme je l’expliquais dans Casino. Tout le monde reste assis à la table du casino, se contentant de profits sur papier, et remettant ceux-ci en jeu à chaque fois pour en obtenir davantage. Sauf qu’en bout de piste, ce ne sont que des jetons.

Il y a deux façons de faire correspondre la masse monétaire (jetons) aux biens réels : soit la masse monétaire est réduite, soit la valeur des biens réels est augmentée. En bout de ligne, le résultat est semblable, mais le processus est tout à fait différent : sévère dépression d’un côté, hyperinflation de l’autre. Ou bien on arrête d’imprimer de la monnaie et le système de Ponzi s’effondre, entraînant des pertes d’emplois et un rééquilibrage violent ; ou bien on continue d’imprimer de la monnaie toujours plus rapidement, et de plus en plus vite, au fur et à mesure que les gens quittent le casino pour acheter des biens durables, ce qui mène à la perte de toute valeur pour la monnaie-papier et, ultimement, à une dépression.

À la fin de toute chose, les dettes doivent être purgées. Soit on déclare défaut de paiement, soit on imprime jusqu’à la mort.

Dans ce contexte, le prix de l’or n’est pas « trop élevé ». L’or constitue de la monnaie depuis des millénaires, contrairement à la monnaie fiduciaire actuelle, qui existe depuis environ 1971 (date à laquelle Nixon a coupé le lien avec l’or, ce qui a affecté tous les pays dont la monnaie était liée au dollar U.S., incluant la nôtre). La masse monétaire de ce papier qu’on salit en lui mettant des têtes de personnes décédées dessus a augmenté de près de onze fois depuis 1980 alors que l’or a à peine doublé.

En fait, si on part du principe qu’à terme la valeur imaginée de ces jetons qu’on considère être la masse monétaire finira par rejoindre la valeur réelle des biens réels, il faudrait que l’or ait augmenté dans la même proportion que la dite masse monétaire. On obtient alors un prix équitable de 8391$ par once. L’or se transigeant aujourd’hui à près de 1775$ par once, je crois qu’on peut dire qu’il reste un certain potentiel de mouvement à la hausse.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que l’or va se transiger à 8391$. Cela veut simplement dire qu’il s’agit de sa valeur en terme de pouvoir d’achat si on tient compte de la croissance de la masse monétaire depuis 1980. Sa valeur réelle pourrait être inférieure en cas de dépression (une once à 2000$ est très avantageuse si une maison s’achète pour 20 000$) ou supérieure en cas d’hyperinflation (une once à un million de dollars permettant d’acheter une maison à 20 millions de dollars). Ce qui compte est la valeur des choses qui peuvent être achetées.

Ceci dit, le pic de 1980 ne constitue que le sommet d’un cycle beaucoup plus faible que le cycle actuel. En 1980, il y avait encore beaucoup de pétrole à bas prix et on n’avait pas encore entendu parler sérieusement du pic pétrolier. Les baby-boomers étaient dans la fleur de l’âge. L’endettement n’était pas aussi généralisé. La moitié du monde ne pouvait pas posséder d’or. L’économie n’était pas en phase terminale comme c’est le cas aujourd’hui.

Il faudra donc compter sur un prix beaucoup plus élevé que 8391$ en valeur d’aujourd’hui. Beaucoup. Inutile de dire à quel point : il suffit de s’informer, de comprendre que chaque pièce d’un immense casse-tête se met en place. Pièce un : les banques centrales ont cessé de vendre de l’or et elles en achètent désormais. Pièce deux : l’Iran transigera son pétrole en or. Pièce trois : la Chine va ouvrir une bourse de métaux précieux physiques au cours de l’été. Pièce quatre : la Chine et la Russie transforment rapidement leurs réserves de dollars U.S. en or.

Ce qu’il faut réaliser, c’est que tout ce que nous considérions comme étant stable ne l’était pas. Il s’agissait d’une illusion. On a lancé de la monnaie en l’air, on a fait danser le singe sur son unicycle, on a joué nos vies au casino, on a utilisé notre confiance dans le système pour abuser de nous.

L’illusion est terminée. L’économie réelle va sourdre de tous les pores du système actuel et le nouveau système qui se mettra en place sera basé sur des biens réels, et les seuls biens réels qui ont une grande valeur, qui sont morcelables, qui s’entreposent facilement, qui se transportent facilement, qui ne se détériorent pas, ne rouillent pas, ne se décomposent pas, sont les métaux précieux : l’argent, monnaie du peuple pour des millénaires, et l’or, monnaie des rois et objet de toutes les convoitises depuis qu’existe toute forme de civilisation.

En 2012, changer sa monnaie-papier pour de l’or – peu importe son prix – pour quelqu’un ayant des actifs, devrait constituer une priorité. Et pour ceux qui, comme votre humble serviteur, n’ont que des dettes, il faut les rembourser en premier (le contraire serait jouer au casino et c’est précisément le problème fondamental du système actuel). Travailler, rembourser ses dettes. Travailler, stocker le fruit de son labeur dans quelque chose qui ne se dépréciera pas en étant imprimé à souhait.

A-t-on d’autres choix ?

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12 Réponses

  1. Bon texte mais , n’oublier surtout pas , l’or vendu sous forme de papier. Ce qui explique la  » faiblesse » du prix de l’or physique actuel.

  2. Merci ! Il y aurait entre 100 et 300 onces d’or en papier vendus pour une seule once d’or physique. C’est ce qui permet au système actuel de se maintenir : les banques centrales « louent » leur or à perte, et les compagnies les vendent ensuite sur le marché, permettant de faire baisser le prix. Ce qu’ils veulent à tout prix éviter, c’est qu’une monnaie libre vienne compétitionner leur système de Ponzi… Et c’est encore pire pour l’argent… Si quelqu’un a les moyens d’acheter des métaux précieux, rien ne vaut le métal physique, dans un coffre-fort en sécurité dans une compagnie fiable et solide.

  3. D’accord pour l’or physique à privilégier… à payer en argent comptant pendant que c’est toujours possible! Le compte à rebours est commencé en europe et aux USA. À quand notre tour ? Patience….

  4. Beaucoup de sagesse dans ces commentaires. À mon avis ces précautions vont surtout servir à ceux qui en achètent beaucoup (ce qui risque d’être très peu de gens), mais ça ne peut pas nuire même à ceux qui en ont moins. Au Japon aussi je crois que c’est rendu plus difficile… Et la Chine rend ça plus facile, mais c’est peut-être pour le saisir en temps et lieu…

  5. En passant , je crois que l’or sera idéal pour conserver la valeur , l’argent va nous rendre plus riche….à mon avis!

  6. Prochain métal éteint, aucun surplus, des nouvelles applications à toutes les semaines, deuxième élément ayant le plus d’applications après le pétrole, métal de monnaie depuis des millénaires, métal qui conduit le mieux l’électricité, qui est le plus réfléchissant, une production qui dépend d’autres métaux qui deviennent plus coûteux à exploiter avec le pic pétrolier, un prix ajusté à l’inflation qui devrait, théoriquement, atteindre plusieurs centaines de dollars. Je connais des gens qui ne jurent que par ça…

    Pour ma part, je ne sais pas. Pour le moment je suis surtout un spectateur. Priorité : rembourser mes dettes !

  7. Je n’en suis pas convaincu moi-même… à près de 37$/can , j’hésite. Non pas que je crois que la hausse est terminé mais , je crois que le demande industriel peut diminué en cas de récession. Et dépression il y aura! Bon…à 25$ , je suis acheteur! Vais-je manqué le train….

  8. Voilà toute la question. Il y a deux scénarios : scénario dépression et scénario hyperinflation. L’hyperinflation risque fortement de suivre la dépression. Théoriquement, le sommet de l’argent à 50$ U.S. en 1980 équivaudrait à plus de 500$ U.S. aujourd’hui selon les données de Shadowstats. Mais dans le cas d’une dépression, le cash est encore plus important, d’où l’importance de rembourser toutes ses dettes en premier…

    Mais ceux qui ont les moyens, je crois que l’or en premier, et l’argent en deuxième, permettront d’éviter les promesses brisées.

    Les fonds de pension, les RÉER, toute cette économie de papier, ne vaudra plus grand chose si on ne peut les payer (dépression) ou si la valeur de la monnaie ne vaut plus rien (hyperinflation).

  9. […] […]

  10. Ça fait un bail que je ne suis pas venu ici!!! Mais, ça a bien changé, depuis ma dernière visite!!!

    Et, si je comprends bien, on retrouve donc ce dernier Québécois qui écrivait à l’été 2008!!! Ben, alors, bonne chance dans ta nouvelle aventure, Louis!!!

  11. […] universelle, et en fait elle perd de son lustre en même temps que le dollar perd son statut de valeur refuge. Deuxième préjugé : la mission des HEC. M. Patry des HEC propose un argumentaire selon lequel […]

  12. Êtes vous sur qu’il est toujours sage de rembourser ses dettes avant de faire quoi que ce soit d’autre ? Celui qui a emprunté il y 4 ans pour acheter à 800 $ n’est-il pas mort de rire. La plus-value d’aujourd’hui compense largement le coût en intérêt qu’il a dû payé à sa banque. L’or et l’argent vont flamber cette année et le dollars américain va inévitablement s’effondrer tôt ou tard. Où est le risque ?

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