Casino

Quand je dis que le système économique actuel constitue un gigantesque casino, plusieurs font semblant de comprendre, sourient à l’évocation d’une image, mais n’ont pas réellement intégré la signification de cette idée. Ce n’est pas tant par le résultat – le hasard ou la détermination de s’enrichir ou de s’appauvrir – qu’elle s’explique, mais bien par la nature même du fonctionnement de notre monnaie. Nous croyons posséder des dollars, mais nous avons des jetons.

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Imaginez-vous un casino. Celui-ci, voulant attirer les clients et leur donner envie de dépenser plus qu’ils n’en auraient les moyens, bonifie progressivement chaque somme investie par un jeton d’une valeur supérieure. Vous mettez un dollar, par exemple, et le casino vous donne des jetons d’une valeur de deux dollars. Et plus le temps passe, plus le casino augmente la valeur des jetons que vous pouvez échanger pour votre argent, afin de vous remercier de votre fidélité et de vous inciter à jouer davantage. Plus vous restez dans le casino, plus vous vous « enrichissez ». Et vous regardez autour de vous, et tous les autres clients « s’enrichissent » de la même manière. Même quand vous perdez au jeu, vous gagnez à long terme parce que le casino vous donne l’apparence de piper les dés en votre faveur.

L’illusion fonctionne parfaitement jusqu’au moment où les clients décident de remplacer leurs jetons par de l’argent-papier. Le casino a alors un problème fondamental à résoudre : il a émis plus de jetons qu’il n’a d’argent-papier en réserve. Comment résoudre le problème ? Deux solutions. De un, il rembourse les clients qu’il peut rembourser dans l’ordre qu’ils se présentent et il déclare faillite par la suite. De deux, il rembourse proportionnellement moins d’argent-papier que la valeur réelle des jetons.

Et tous ces braves clients qui avaient l’impression de s’être enrichis sont floués.

L’argent-papier est un jeton de casino

Cette illusion a lieu dans notre système économique depuis une trentaine d’années. On fait la promotion d’une idée stupide selon laquelle tout le monde pourrait s’enrichir dans un système capitaliste. On a incité les gens à spéculer en bourse, à mettre de côté dans des RÉER, dans des fonds de pension, et à vivre au-dessus de leurs moyens parce qu’ils avaient l’impression d’être suffisamment riches pour le faire. Mais l’étaient-ils ? Combien valent des dizaines de milliers de dollars à la bourse ou dans un fond de pension si les autres détenteurs d’une compagnie vendent leurs actions ou si le fond de pension est sous-financé ? Le jour arrive où les jetons sont supérieurs en nombre à leur valeur réelle. L’illusion ne fonctionne que tant que la confiance existe.

Que se passe-t-il quand la confiance disparait ? On se rend compte que l’argent-papier, le billet de 20$ avec la face de la reine dessus, n’a pas la moindre valeur. Il s’agit simplement d’une PROMESSE de paiement, la conviction que quelqu’un d’autre saura y voir la même valeur que soi-même. En clair, quand quelqu’un a un tel billet dans ses poches, il n’a pas encore été payé ; la transaction est encore ouverte, exigeant, pour qu’elle soit conclue, que quelqu’un, quelque part, reconnaisse la valeur de ce billet et lui offre des produits réels, concrets, en échange.

Or, puisque le système actuel est basé sur la dette et que les promesses de remboursement de dettes, aux niveaux individuel et collectif, ont dépassé la capacité de les payer, et puisqu’un billet de banque peut simplement être imprimé, qu’est-ce qui garantit que les produits que je peux acheter avec un billet de vingt dollars aujourd’hui seront les mêmes dans dix ans, un an ou même un mois ?

La seule certitude, en fait, c’est que je pourrai acheter moins de produits réels parce que le système est truqué : le casino imprime toujours plus d’argent-papier (jetons) qu’il n’y a de biens réels.

Vers la sortie

Quand la population prend conscience de la perte de valeur accélérée de l’argent-papier, alors qu’on n’a de choix que d’en imprimer de plus en plus et de plus en plus vite pour rembourser les promesses (réduisant la valeur de chaque billet), que se passe-t-il ? Elle court vers la sortie. Elle sort du casino. Elle cherche à terminer la transaction, à échanger les jetons contre un bien réel, tangible.

Et quels sont les biens tangibles dont la valeur ne peut pas être diminuée par une simple presse d’impression ? Quels sont ces biens qui ne peuvent pas devenir des jetons parce qu’ils sont en nombre limité et dont la valeur leur est intrinsèque ? Quels sont ces biens qui sont assez liquides, qui sont durables, qui sont morcelables, qui peuvent remplacer l’argent-papier ?

Les métaux précieux.

Une once d’or vaudra toujours une once d’or. Une once d’argent vaudra toujours une once d’argent. Ces métaux ne peuvent être imprimés, ne peuvent être contrôlés. Voilà pourquoi ils ont servi de monnaie pendant des millénaires. Voilà pourquoi encore aujourd’hui, dans de nombreuses langues, incluant le français, il n’existe pas de mot permettant de différencier l’argent (métal) de l’argent (monnaie). L’or, l’argent, ce sont de la monnaie. De la monnaie qui ne peut pas être possédée par une quelconque force politique et qu’on ne peut transformer en jetons.

« L’or, c’est de la monnaie et rien d’autre », disait J.P. Morgan. Quand on a été payé en or ou en argent, on a été payé et la transaction est terminée.

Investir hors du système

Le système actuel est basé sur la confiance. Il n’a été possible que parce que deux ou trois générations de citoyens ont appris à faire confiance à l’argent-papier, ont cru que les promesses allaient être respectées, que le travail stocké sous forme de monnaie et investi DANS LE SYSTÈME allait pouvoir être utilisé plus tard.

Aujourd’hui, on comprend que le système ne fonctionne plus. Il croule sous les dettes. Pas à cause des programmes sociaux, pas à cause des groupes d’intérêts ; l’austérité ne réglerait rien du tout. Il croule sous les dettes parce que la monnaie est créée dans la dette et qu’il faudrait une croissance infinie pour assurer sa survie. Or, cette croissance infinie n’existe pas. Le pic pétrolier est là pour nous le rappeler.

À partir du moment où on comprend ce qui se passe, où on prend conscience de l’inéluctabilité du fait que les promesses seront brisées, que les sommes investies ne seront pas retournées ou le seront dans une monnaie tellement dévaluée qu’elle ne signifiera plus rien, à partir de ce moment-clef où on comprend que le système est pourri de l’intérieur, serait-ce sensé d’investir dans le dit-système ?

La réponse est non. Et c’est pourquoi de plus en plus de citoyens – plus fortunés que votre humble serviteur, qui ne possède encore que des dettes – possèdent de l’or et de l’argent dans un coffre-fort d’une solide firme privée, avec des garanties et un audit régulier, et qu’ils ont cessé de croire à la fois au Père Noël et à l’idée loufoque que la crise actuelle va se résoudre d’elle-même.

La crise sera permanente parce que la chute d’un système basé sur la confiance et avalant son propre vomi sera permanente.

Le temps n’est plus à la roulette ou au black-jack. Il est temps de prendre ses jetons et de sortir du casino.

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3 Réponses

  1. Bonjour Louis,

    Je suis, depuis un moment, ton blogue grâce à feedto, cet article, jumeler au vidéo est vraiment pertinent et très intéressant. Quand on voit la dette du Québec gonfler de 20 millions par jour, il est clair que la richesse créer collectivement ne pourra suivre la cadence… Je suis curieux de connaître le montant $$$ de richesse réelle créé par les Québécois VS l’avancé de la dette. Cela doit-être aberrant.

  2. Merci… C’est une excellente question. Je ne sais pas pour le Québec, mais je sais que pour les États-Unis c’est franchement négatif (le Québec doit s’en sortir un peu mieux, selon toute vraisemblance). Les données sur l’inflation sont manipulées aux États-Unis. Le site ShadowStats, qui calcule les données en utilisant les mêmes formules qu’avant les années 1980 quand on a commencé à manipuler celles-ci, calcule que les États-Unis sont en récession depuis 2001, à l’exception d’un bref passage dans le positif en 2004. En clair : la dette explose, mais le PIB (qui est calculé après l’inflation) se contracte. Cette situation est typique de ce à quoi on pouvait s’attendre avec le pic pétrolier. Ce n’est cependant qu’un début…

  3. Merci Louis, maintenant je sais comment ils font l’argent. J’étais resté sur l’idée qu’on ne pouvait pas prêter de l’argent que l’ont a pas. Mais je me trompais
    ça l’air.

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