Anglomanie et clientélisme estudiantins

Autre signe distinctif de l’état de dégénérescence de la pensée collective au sein de ce qui fut un jour une classe étudiante sur la page Facebook, ironiquement, de la CLASSE. Un lien faisait état de l’affichage d’une banderole anti-hausse des frais entièrement en anglais au-dessus de l’autoroute Décarie. Un commentateur a souligné le fait que ça aurait été beaucoup mieux en français ; s’en est suivie une belle démonstration de l’anglomanie et du clientélisme ambiants, dans une suite de commentaires qui auraient fait faire des cauchemars aux leaders étudiants d’il y a une génération.

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L’argumentaire des anglomanes de service est toujours sensiblement le même : clientéliste. Le premier commentateur écrivait :

Ya pas juste des université française (sic) au québec… Que ce soit un anglais ou un français on s’en tape tu pas!! L’important c’est que le message passe! Comment pouvons nous accepter cette hausse pour nos enfants; les générations futures.

Suis-je le seul à voir la contradiction ici ? L’individu commence son commentaire en prônant la satisfaction des intérêts INDIVIDUELS des anglophones et termine en parlant de l’intérêt COLLECTIF des générations futures. S’il ne s’était agi que d’un seul individu, je n’en parlerais pas, mais c’est là un discours que je trouve tout aussi courant qu’il est faux.

D’un côté, on parle du respect des individus, de la nécessité de leur parler dans leur langue, de penser à eux de manière individuelle et selon leur bien-être individuel, en faisant abstraction du bien-être collectif que constitue la survie du français, par exemple. Mais de l’autre, il faudrait demander au reste de la population de penser au bien-être collectif des étudiants et de la société en général. Me suivez-vous toujours ?

En clair, les individus adoptant ce genre de discours ont de la difficulté à bien affirmer leur conception de l’éducation. Cette éducation constitue-t-elle un enjeu individuel ou collectif ? La différence est fondamentale. Si l’éducation est un bien individuel, et qu’on doive donc offrir une éducation dans plusieurs langues étrangères et selon les demandes des clients-étudiants, de quel droit interpelle-t-on les contribuables pour qu’ils la paient ? À l’inverse, si on considère que l’éducation constitue un bien collectif profitant à l’ensemble de la société, pourquoi tolère-t-on qu’on finance une éducation dans une langue étrangère et s’adresse-t-on aux étudiants comme s’ils étaient des clients ? Pourquoi refuse-t-on de les intégrer à la collectivité québécoise en s’adressant à eux dans la langue des Québécois ?

Adopter un discours logique m’apparaît indispensable. On ne peut pas sortir dans la rue à 10 000 ou 20 000 en demandant qu’on respecte le droit COLLECTIF à l’éducation et en refusant la marchandisation de celle-ci, alors que d’un autre côté on méprise le droit COLLECTIF des Québécois d’assurer la survie de leur langue et qu’on accepte le clientélisme d’étudiants vivant ici mais refusant obstinément d’apprendre la langue nationale.

Cette faille dans la pensée de plusieurs leaders étudiants est fondamentale. Elle indique qu’au-delà des beaux discours socialisants, ceux-ci ont déjà capitulé et qu’ils considèrent déjà les étudiants comme des clients et l’éducation comme une marchandise.

Le ver est dans la pomme : leur mouvement est condamné à l’échec non pas parce que la cause n’est pas juste – elle est juste ! – mais parce que ceux qui la porte ne comprennent pas pas de quelle manière elle l’est. Ils ne réalisent pas que si l’éducation constitue une richesse collective, cette richesse doit donc appartenir non pas à un étudiant individuel – peu importe sa langue maternelle – mais à la collectivité, qui a le français comme langue commune et qui s’attend à ce que l’éducation contribue au bien-être commun, ce qui inclut la survie du français en tant que seule langue commune et officielle du Québec.

En attendant, qu’ils continuent de parler de bloquer la hausse. Mais qu’ils ne le fassent surtout pas en parlant de le faire « ensemble » quand ils méprisent le combat COLLECTIF des Québécois pour assurer la survie de leur langue.

Si je m’oppose aux hausses, c’est également pour le bien-être des générations futures. Des générations qui ont tout autant le droit d’avoir accès à une éducation de qualité et gratuite que de pouvoir vivre en français dans un environnement francophone où on intègre les anglophones dans la langue commune plutôt que de les exclure en s’adressant systématiquement à eux en anglais.

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2 Réponses

  1. Non! Vous n’êtes pas le seul à voir la contradiction des propos qui se disent à la fois pour l’individualisme et, d’autre part, pour le collectif québécois.

    Cette façon de faire des discours et des reportages est très courante dans les milieux politique et médiatique. On s’en rend compte «illico presto» si on lit ou écoute vraiment ce qui est écrit ou dit. À mon humble avis, c’est d’ailleurs cette méthode de «marketing» ou «mise en vente» qui répand, via les informations diffusées 24 heures sur 24, ce cancer qu’est l’inconscience collective.

    Ceci dit, je suis de votre avis concernant la nécessité de la grève étudiante. Compte tenu de la contradiction, je constate aussi que le message a peu d’importance … et c’est bien dommage qu’il soit contradictoire.

    Pour le bien être du peuple québécois, je crois toujours qu’il est pressant qu’on en vienne à un discours clair et précis. Je déteste me répéter mais c’est un constat qu’on doit admettre et exprimer, vu le niveau élevé d’inconscience pour certaines personnes mais aussi de peur et d’incertitude au Québec.

    J’ose espérer qu’il est faux de prétendre que nous en sommes rendu à l’ère de l’inconscience ou de la «stupidité». N’est-ce pas plutôt ce que les dirigeants souhaitent? Je le pense.

    Ces jours-ci, je ne vois qu’une seule solution pour le peuple québécois (je rêve sûrement): l’ensemble des travailleuses et des travailleurs doivent cesser de travailler au même moment, en réclamant l’expulsion du gouvernement Charest et l’instauration d’une république nationale française. Car il est tout aussi clair que le peuple en a marre puisque les étudiants aussi seraient prêts à faire grève.

    Définitivement, je rêve.

  2. Ça bien du bons sens ce que vous écrivez!

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