Contre l’anglais intensif

« Pour rendre les gens libres, indépendants et conscients, il n’y a pas de solution autre que collective. »

-Michel Chartrand

Dans un texte intitulé Pour l’anglais intensif, le journaliste François Cardinal reprend à son compte les arguments erronés des promoteurs de cette idée. Selon ceux-ci, la mesure n’aurait que des effets positifs et il faudrait impérativement répondre aux demandes des parents pour imposer davantage d’anglais à l’école. Trois points méritent d’être soulignés.

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D’abord, quand on parle des effets positifs, on les compare toujours à l’absence d’activité intensive. On ne compare pas les effets de l’anglais intensif par rapport aux mathématiques intensives, aux sciences intensives, à un atelier de pâtisserie intensif, mais toujours à l’absence d’enseignement intensif. Si on voulait adopter une approche logique, il faudrait comparer deux programmes intensifs côte à côte. Il ne fait aucun doute qu’un programme intensif peut être stimulant intellectuellement pour un enfant, mais ce n’est peut-être pas tant la matière enseignée – qui stimule les mêmes zones du cerveau que l’apprentissage de la langue maternelle, notons-le – mais le fait d’apprendre intensivement.

Ensuite, quand on parle de réussite, à quelle genre de réussite fait-on référence ? La réussite individuelle ou collective ? En clair, la qualité d’un système d’éducation se mesure-t-elle à la quantité d’élèves réussissant individuellement ou à la réussite collective d’une société profitant d’une éducation au service de la communauté ? Puisque l’éducation est payée par l’État, ne serait-il pas légitime d’exiger qu’elle profite à la collectivité québécoise ? Dans un contexte d’anglicisation rapide de la région métropolitaine de Montréal, et parce qu’il a déjà été démontré que le bilinguisme généralisé au sein d’une minorité linguistique entraîne son assimilation, ne faudrait-il pas, à tout le moins, s’interroger sur la pertinence d’une telle mesure d’un point de vue collectif ? La réussite individuelle n’est pas tout. Surtout en éducation.

Finalement, faut-il nécessairement répondre aux attentes des parents ? L’éducation n’est pas une marchandise ; elle n’a pas à être à l’écoute de « clients ». Si on écoutait les parents, l’école n’enseignerait ni la philosophie, ni les arts, ni l’histoire, ni quoi que ce soit qui ne soit directement relié à la réussite individuelle telle qu’exprimée généralement. L’éducation n’a pas à se soumettre aux diktats des parents, qui sont le plus souvent les simples représentants des dogmes de l’heure ; elle doit être intemporelle et viser à former non pas des technocrates de l’idéologie dominante, mais des êtres humains en mesure d’enrichir la collectivité.

L’anglais ne constitue qu’une matière comme une autre, qu’un langage parmi d’autres, pouvant être comparé aux mathématiques, aux sciences, aux arts, à la musique. Le placer sur un piédestal, et le faire au nom de la stricte réussite égoïste, selon une analyse erronée, et pour répondre aux exigences de parents déconnectés des réalités de l’éducation, constitue la meilleure manière non seulement d’assurer la marchandisation de l’école, mais d’affaiblir la collectivité québécoise.

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Une Réponse

  1. Bravo encore une fois.

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