Les Fils de la poubelle

Quand on pense aux radio-poubelles, on pense spontanément à la ville de Québec et à une certaine droite populiste sans classe qui y sévit depuis plusieurs années. Pourtant, ce genre de radio existe à Montréal, sur Internet, dans l’indifférence la plus totale. Ainsi en est-il d’un obscur groupuscule de pseudo-militants indépendantistes qui pollue la toile avec des propos homophobes, sexistes, discriminatoires et haineux. J’ai nommé les « Fils de la liberté ».



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Derrière ce nom pompeux, affublé d’un sous-titre tout aussi prétentieux – « La réponse à 1984 est 1837! », comme si le simple fait de juxtaposer le célèbre livre d’Orwell avec la rébellion patriote pouvait prouver quoi que ce soit sinon le manque total de culture historique de ceux qui ont eu cette idée bizarre – se cachent Jean-Philippe Décarie-Mathieu, Simon Thouin, Fred Pageau, Mathieu Duchesne, Christian Bergevin et André Forget.

Dans leur émission de la semaine dernière, ils s’en sont d’abord pris aux homosexuels: « Si tu veux vraiment voir de quoi ça a l’air 100 000 personnes, va-t-en à la parade des tapettes » (4:24). Ils ont également parlé de la Grèce comme ayant seulement réussi à produire « Nana Mouskouri, les Jeux olympiques et la sodomie » (15:50). Finalement – et le pire de tout – ils ont parlé de Françoise David (vers 5:30), la cheffe de Québec Solidaire, de la manière la plus dégradante qui soit:

Pour promouvoir son prochain livre, euh, de rage et de tampons, euh, de frustration et de lesbianisme… euh c’est pas témoignage d’une femme fontaine… aaaahhh merci… la fontaine est tarie depuis très longtemps, c’est à sec… (*rires*) … c’est comme du papier sablé. […] Je pensais qu’il y avait un porte-parole homme et femme à Québec Solidaire je vois juste deux hommes.

L’homosexualité et l’apparence physique. Peut-on croire, en 2011, qu’on en soit encore rendu là? Mes lecteurs – qui sont fort heureusement beaucoup plus nombreux que ceux qui suivent les péripéties de ces adeptes de la radiophonie de fond d’égout – savent que je critique parfois des personnes, ou des groupes. Je le fais à propos de leurs idées ou de leurs gestes; c’est-à-dire à propos de ce qui peut se changer.

Il y a en effet une forte nuance à apporter entre la critique de l’essence d’un individu et celle de ses idées ou de ses comportements. Ainsi, lorsque ces individus – dont l’un crache son fiel du fond du placard (de source sûre) – s’attaquent aux homosexuels ou à la féminité de Françoise David, ils s’en prennent à l’essence, à des choses qui ne peuvent pas être changées. C’est l’équivalent le plus clair et net du racisme; dire qu’on déteste un Noir, par exemple, est méprisable parce qu’un individu ne choisit pas la couleur de sa peau. De la même manière, personne ne choisit d’être homosexuel ou d’avoir l’air plus ou moins viril.

Ce qui est le plus triste, c’est que les auteurs de cette émission présentent des thèmes avec une prétention intellectuelle. Je dis « prétention », bien évidemment, car les sujets ne sont traités qu’en surface et avec la subtilité d’un camion de quarante pieds dans une ruelle. Quand on écoute une radio-poubelle de Québec, on s’attend à du ridicule, à des niaiseries, à du langage prépubère; ils ne se prennent pas au sérieux. Dans le cas de cette bande au discours haineux, on ajoute l’intellect au misérable; une belle crotte sur laquelle on étend de la crème fouettée.

Je ne sais pas si Françoise David portera plainte contre ces gens. Elle devrait. Bien sûr, certains pourraient être tentés de dire que ce ne sont que des imbéciles à l’homosexualité refoulée ou des pseudo-révolutionnaires de salon à l’égo aussi gros que leur insignifiance, mais il serait dangereux, collectivement, de ne pas réagir quand on entend de tels propos.

Si on laisse passer de telles aberrations, que laissera-t-on passer la prochaine fois? Il arrive un moment où, collectivement, on doit mettre son pied à terre et se faire respecter. L’intimidation, qu’elle vienne du RRQ, des « Fils de la liberté » ou d’un quelconque autre mouvement pseudo-révolutionnaire, n’a pas sa place.

De la division?

Je devine déjà les haut-cris d’une minorité qui affirme que ce serait encore favoriser la division que de s’en prendre les uns aux autres entre indépendantistes. Non, ce ne serait pas le cas. Le mouvement indépendantiste est un beau et un grand mouvement, mais il y a plusieurs pommes pourries qui le gangrènent.

Dans un article précédent, par exemple, j’ai expliqué – et prouvé à l’aide de copies d’écran – de quelle manière Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher une manifestation pour la Loi 101. Ici, je pourrais également parler d’un des animateurs des Fils de la liberté, Mathieu Duchesne, qui m’a intimidé en me disant qu’il se demandait pourquoi j’étais encore en vie et que je devrais me cacher. On pourrait également parler de Jean-Philippe Décarie-Mathieu – un autre des Fils de la liberté – qui a insulté gratuitement le militant Jason Keays. La liste est longue. La question à se poser est la suivante: jusqu’à quel point doit-on se pincer le nez pour oublier l’existence de ces individus qui se servent de la cause pour se donner une estime d’eux-mêmes qu’ils n’auraient pas autrement?

J’ai rencontré une très bonne personne dernièrement. Un militant, un vrai. Actif, il a occupé un poste important au RRQ, il a organisé une manifestation contre l’exploitation du gaz de schiste, il a coorganisé deux manifestations pour une Loi 101 plus forte, il a été de tous les combats pour la langue. Dernièrement, il m’a annoncé qu’il cessait de militer. Pourquoi? À cause de tous ces gens. À cause de l’intimidation. À cause de membres de son ancienne organisation qui lui cherchent noise et parce qu’il en a assez de ces pommes pourries.

Voilà le vrai prix du silence. Quand on refuse de réagir face à l’intimidation, quand on laisse des gens faire ce qu’ils veulent et qu’on n’agit pas sous prétexte qu’ils sont une minorité, on finit par toucher à la force vitale des vrais militants et on décourage ceux qui auraient envie de s’impliquer dans ce mouvement.


Ajout: Les Fils de la poubelle on affirmé que leur site serait plus populaire que le mien à cause qu’il serait en meilleure position sur le site Alexa; mais ils ont « oublié » de souligner que la réputation du mien est près de deux fois supérieure à la leur, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup plus de liens entrants vers le mien, et des liens de qualité, que vers le leur. Enfin, bref, nul besoin de faire un concours de popularité; il est facile d’attirer beaucoup de paranoïaques avec des mots clefs comme « Rothschild » et autres. Le fait est que leur site web est peu visité, beaucoup moins que celui-ci, et que ça n’invalide pas ma dénonciation de leur homophobie et de leurs commentaires haineux à l’encontre de Françoise David.

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13 Réponses

  1. détail: « La réponse à 1984 est 1837! » est du copié-collé du conspiracoké Alex Jones « The Answer to 1984 is 1776 », juste pour situer les référents culturels.

  2. Merci Martin. Donc on voit qu’en plus ils n’ont pas d’originalité!

  3. Merci Martin. Donc on voit qu’en plus ils n’ont pas d’originalité!

  4. Merci pour cette réponse intelligente aux propos du groupe. Je suis en accord avec tout ce que tu dis ici.

    Je pense que la liberté d’expression ne consiste pas à parler à tort et à travers, ni à insulter des gens gratuitement. La liberté d’expression est la possibilité de s’exprimer librement et sur n’importe quel sujet. Par contre, notre liberté d’expression s’arrête là où commence celle des autres. Il n’y a pas de vraie liberté d’expression si elle n’est pas accompagnée de respect.

  5. Merci. Je suis d’accord avec vous. À mes yeux, ce respect doit être celui de s’en tenir aux faits et de juger les idées et les actions d’un individu plutôt que de s’attaquer à sa féminité, à ses parties génitales, à son orientation sexuelle, etc. Si les Fils de la liberté avaient critiqué fortement Françoise David sur ses position, je crois qu’il n’y aurait rien de répréhensible.

  6. Merci. Je suis d’accord avec vous. À mes yeux, ce respect doit être celui de s’en tenir aux faits et de juger les idées et les actions d’un individu plutôt que de s’attaquer à sa féminité, à ses parties génitales, à son orientation sexuelle, etc. Si les Fils de la liberté avaient critiqué fortement Françoise David sur ses position, je crois qu’il n’y aurait rien de répréhensible.

  7. Bonjour M. Préfontaine,

    Je suis un des membres des « fils » et j’accepte en partie vos critiques.

    Je tiens à dire que je m’exprime ici « en mon nom personnel » comme c’est toujours le cas avec notre « collectif ».

    Oui, il y a eu dérapage dans cette « fameuse » émission où nous avions suggérer que le titre du nouveau livre de Françoise David s’intitulait « Témoignage d’une femme fontaine ». Si cette blague de « mauvais goût » à pu choquer Mme David ou toutes autres personnes et bien « en mon nom personnel », je m’en excuse.

    Je comprend qu’il vous semblait juste d’écrire un article nous critiquant. J’ai moi même souvent apporté de sérieuses critiques à mes amis-collègues (plus amis que collègues…). Le problème c’est que vous en arriver à des conclusions sur nos personnes à partir de quelques-secondes-d’extrait-d’un-moment-de-déconnage-entre-amis. Vous nous étiquetez d’homophones car l’un de nous a utilisé le mot « tapette » et qu’un autre a résumé la civilisation grec à « Nana Mouskouri, les Jeux olympiques et la sodomie ». Évidement, il s’agissait là de blagues. D’un goût douteux, j’en convient mais je crois ne pas me tromper en disant que: l’utilisation des mots « tapette » ou « sodomie » n’égale pas nécessairement « homophobes ».

    Le portrait que vous dressez de notre émission me semble aussi exagéré. Je peux comprendre que vous n’aimez pas notre émission mais vous étiquetez, encore une fois, à partir de quelques extraits. Notre émission, qui existe depuis 2 ans, ne se résume pas qu’à un ramassis de grossièretés qui enchaîne des « jokes de cul » les unes après les autres. Oui, nous utilisons un niveau de langage populaire (c’est le nôtre) et oui nous avons parfois un sens de l’humour qui fait dans le « trash » (comme dans poubelle…) mais après une cinquantaine d’émissions, nous avons aussi, je crois, tenté d’amener des sujets pertinents et à propos.

    Au cour des ces 2 années, nous avons aborder une multitude de sujets et dans 99% des cas (un vrai 99%…), de façon sérieuse. Nous avons été parmi les premiers à s’intéresser et à dénoncer l’accord de libre-échange Canada – Union européenne. Nous avons fait une critique exhaustive et objective des deux premiers colloques du Réseau Liberté Québec (avec lequel nous avons aucun lien…). Nous nous sommes intéressés aux grands personnages québécois: de Lionel Groulx à Jacques Parizeau en passant par Léo Major et Pierre Vallière. Nous avons aussi apportés des critiques constructives de certaines manifestations reliés, de près ou de loin, au mouvement indépendantiste. Etc.

    Évidemment, nous n’avons pas la prétention de traiter des sujets qui nous intéresse avec la rigueur intellectuelle des plus grand colloques universitaire ou en utilisant un ton radio-canadien. Nous ne prétendons pas non plus à rechercher influencer à tout prix l’opinion populaire. Nous ne prétendons pas être se que nous ne sommes pas (sauf peut-être pour le nom…). Nous avons choisi de faire de la radio simplement pour partager et échanger entre nous (et avec ceux qui veulent bien l’entendre) sur des sujets qui nous tiennent à cœurs. Aujourd’hui, quelques centaines de personnes téléchargent nos « podcast » à chaque semaines et plusieurs d’entre eux échanges avec nous et nous apportes leurs critiques autant positives que négatives.

    Aussi, il y a la comparaison avec la radio de poubelle de Québec. Contrairement à eux, nous ne gagnons pas notre vie en faisant de la radio et nous ne cherchons pas à détruire la carrière ou la vie personnelle d’individus (à part peut-être Pierre-Marc Johnson…). Aussi, je tiens à vous rappelez que nous ne sommes pas diffusé sur les ondes publiques. Grosse différence. Nous faisons parti, comme le philosophe Alain Finkielkraut aime bien dire, de cette poubelle qu’est l’internet. Certains nous aiment, certains nous détestent, certains nous ignorent. J’imagine que vous comprenez…

    Bref, tout ces mots et ce temps perdu pour un blog obscure et sans intérêt (je parle du nôtre bien sûr). Je vous invite donc à moins promouvoir ce qui vous laisse indifférent.

    Bonne journée
    Simon Thouin

    P.S.: Désolé pour les fautes d’orthographes, j’ai écrit ça vite-vite sur mon heure de lunch…

  8. Pas d’accord.

    Ils s’attaquent à des idéologies de lobbies. En ce cas, non pas à l’homosexualité mais aux démonstrations obscènes qu’est la marche des gays en pleine rue. Ne pas confondre les gays et les homosexuels qui gardent comme les hétéros leurs fantasmes et déviations dans leur chambre à coucher. Puis ils s’attaquent au lobby féministe dont se réclâme Québec Solidaire.

    Ces deux lobbies ne se gênent pas de s’attaquer aussi, avec des étiquetages dégradants et mensongers, aux croyants et aux militants qui ne partagent pas leur idéologie libérale égalitaire et mondialiste. Ils n’hésitent pas à les traiter de racistes, antisémites, xénophobes, quand ce n’est pas nazis.

    J’apprécie quil y a des esprits vigoureux pour peser un peu sur la balance.

  9. Juste pour corriger rapidement quelque chose: c’est bien quelques *milliers* de personnes par mois qui téléchargent nos podcasts, selon les statistiques de Google Analytics.

  10. Vous êtes en train de dire: la réponse aux Fils de la liberté est 1984.
    Cette émission est l’équivalent d’une discution de taverne. C’est parfois vulgaire. On écoute ou on écoute pas. J’écoute depuis un mois ou deux, bien que je ne partage pas la moitié des opinions émises. J’en apprend sur une mouvance indépendantiste qu’on entend plus depuis la mort de Pierre Falardeau.
    Le politiquement correct est ennuyant à la longue, les Fils de la liberté sont rafraichissants. D’accord que les propos sur Françoise David étaient de mauvais goût. Mais j’avais souri, j’ai un peu honte de l’avouer.

  11. j’ai toujours vu les Fils de la Liberté comme étant volontairement trash et rempli de préjugés. Un genre d’humour au 3e degré tordu et malsain… Un peu à la manière du gros cave de J.F. Mercier.

    Ils ne croient pas réellement aux trucs trash qu’ils racontent (du moins, ils caricaturent certains aspects du réel en étant conscient que c’est de la caricature).

    Aussi, je suis certain qu’ils seraient probablement les premiers à cracher sur un crime réellement homophobe. Ils le feraient d’ailleurs sans la dentelle qu’on connait à une certaine gauche communautariste qui dirait plutôt: « C’est pas gentil ça les crimes homophobes, il faudrait conscientiser ces gens là. ». Pour un gars comme Bergevin, on ne conscientise pas la connerie.

    Je comprends que leur propos puisse en scandaliser quelques uns, mais j’ai l’impression que ça ne les scandalise pas pour les bonnes raison. M’enfin, je me trompe peut-être.

    J’ai toujours été extrêmement critique envers les comportements homophobes, machistes ou racistes, mais quand ça va si loin, je me doute que ce n’est pas sérieux surtout quand c’est sur internet.

  12. Les Justiciers Masqués eux aussi ont fait des blagues de mauvais goût sur Françoise David. C’est scandaleux!

    http://justiciers.com/blogue/%C3%89pisode_021:_De_retour_%C3%A0_Montr%C3%A9al_avec_des_dizaines_de_sujets_qui_brassent-i940-p-s-w4–t.html

  13. […] où on tolère qu’un des membres se voile le visage pour tenir des propos souvent intolérables.  . Je lui demandais quelles étaient ses réalisations permettant qu’on le qualifie de […]

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