Nous sommes des esclaves

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. »

-Thomas Jefferson

* * *

« L’or est une monnaie. C’est tout. »

-J.P. Morgan

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Une des activités préférées des indépendantistes comme moi est de se demander pourquoi l’indépendance ne s’est pas faite. Pourquoi, en fait, le Québec est toujours dans le giron canadien alors que je ne me rappelle même pas avoir rencontré un seul Québécois ouvertement et fièrement fédéraliste depuis dix ans. Pourquoi le Québec n’est pas un pays alors qu’existe une telle indifférence à l’égard du Canada. Dans un récent billet, je parlais de l’individualisme en tant que pire ennemi d’une conception collectiviste comme l’indépendance, mais il me semble qu’il faille aller plus loin. Et si la raison de ce manque d’intérêt provenait simplement de l’incapacité pour la population de concevoir ce que représente réellement la véritable in-dépendance?

Depuis des décennies, on nous vend un projet clef-en-main quant à la création magique d’un État soi-disant indépendant. Je dis « soi-disant » parce que la plupart des élites indépendantistes considèrent qu’un État québécois s’enchaînerait de la même manière que l’État canadien en adoptant ses alliances – dont le libre-échange nord-américain – et sa monnaie. Il s’agit d’une erreur fatale.

Qu’est-ce que l’indépendance?

L’indépendance commence par la capacité de diriger soi-même sa destinée et s’il y a UNE SEULE chose qui domine toutes les autres dans ce domaine, c’est la monnaie. Laisser la gestion de la monnaie à d’autres – une banque centrale semi-privée, un État étranger, un conglomérat de banques, etc. – constitue l’équivalent pour un jeune adulte d’aller vivre en appartement tout en laissant la clef à ses parents. Il n’y a pas un seul bien qui soit plus important que la monnaie.

La monnaie permet la vie économique. Elle permet de s’acheter des biens. Elle évalue ces biens. Elle participe à l’éducation, à la culture, à la langue d’une nation selon qu’elle favorise une dépendance face à ses voisins ou une indépendance face à ceux-ci. La monnaie, c’est l’arme ULTIME de toute nation. Qui contrôle la monnaie contrôle la nation.

Or, les nations ne contrôlent plus leur monnaie aujourd’hui. Le Canada, la France, les États-Unis ou l’Allemagne ne sont pas davantage indépendants que le Québec. Ce sont des groupes de banquiers qui, aujourd’hui, décident des politiques des États. Ce sont eux qui prêtent l’argent aux pays, ce sont eux qui prêtent l’argent aux gens. Ce sont eux qui créent cet argent à partir de rien du tout et qui détruisent ainsi les économies de la population par l’inflation.

Regardez l’image ci-dessous.

Tout en haut existe un cartel bancaire, formé de méga-banques, principalement étatsuniennes, mais également européennes. Elles contrôlent toute l’économie de deux façons. De la première (partie gauche), elles prêtent aux États – qui deviennent de facto leurs subalternes – ce qui entraîne une augmentation de la dette publique, contrebalancée en partie par des dépenses publiques entraînant des revenues de taxes et d’impôts. De l’autre (partie droite), elles prêtes aux particuliers et aux corporations, qui ensuite dépensent et obtiennent un retour sur leurs investissements.

Or, à chaque étape, on crée davantage d’argent, puisque l’argent constitue aujourd’hui une dette (chaque dollar dans vos mains est en fait une promesse de règlement de dette; le dollar n’a pas la moindre valeur par lui-même). Quand on prête aux gouvernements, les intérêts réclamés augmentent la masse monétaire. Et quand on prête aux particuliers et aux entreprises, on crée encore davantage d’argent puisqu’on peut créer jusqu’à dix fois la valeur reçue. Par exemple, si vous déposez 100$ à votre banque, celle-ci peut en prêter 1000$; on vient de créer 900$ à partir de rien.

Cela a deux conséquences: d’un côté les banques encaissent de juteux profits en recevant les intérêts de leurs prêts; de l’autre l’augmentation de la masse monétaire entraîne une augmentation de l’inflation et la dévaluation de la valeur de l’argent dans nos poches.

Concrètement: on se fait avoir des deux côtés.

Si vous regardez au centre du graphique, on voit différentes « solutions » proposées pour mettre fin aux dettes privées ou publiques. Notez que celles-ci ne constituent pas de véritables solutions. En privatisant ou en nationalisant, on transfère simplement les dettes soit vers la collectivité, soit vers l’individu; cela ne change strictement rien pour les banques en haut. D’un point de vue moral, on pourrait souligner qu’il est mieux de faire peser le poids de ces dettes sur la collectivité, mais à terme, même dans un système ayant largement nationalisé ses entreprises et réduit la pauvreté, le poids de la dette finirait par tout étouffer puisque l’argent est une dette.

En clair: puisque l’argent constitue une dette, et puisque les dettes augmentent proportionnellement selon la quantité d’argent en circulation, il est tout à fait IMPOSSIBLE de rembourser ces dettes. Pensez-y. Les États sont endettés comme jamais et les individus ont un taux d’épargne négatif. Tout n’est que dette, dette, dette. Cette dette existe parce qu’elle est argent et on ne peut pas plus la rembourser que d’éliminer tout l’argent en circulation.

Ce système fonctionne un peu comme un siphon: il aspire vers le haut toutes les forces productives de la société jusqu’à rendre chacun de nous aussi esclaves qu’ils peuvent l’être, pris entre d’un côté les taxes élevés nécessaires pour rembourser la dette publique et de l’autre les salaires de misère ou les prix élevés pour rembourser la dette privée.

Nous sommes des esclaves.

L’or: la seule libération

Il y a une seule façon de sortir de cette gigantesque partie de casino truquée: l’or. L’or, depuis des millénaires, n’a qu’une seule fonction: celle d’être une monnaie. On ne peut pas imaginer une monnaie plus stable et plus indépendante: on ne peut pas l’imprimer, on ne peut pas la détruire volontairement (on pourrait, en théorie, mais ce serait stupide puisque sa valeur est intrinsèque), on ne peut pas altérer sa valeur. L’or est d’une telle importance que le lieu où il est gardé constitue présentement un secret encore plus important que celui concernant le lieu d’armes nucléaire.

Si vous avez de l’or, vous avez la liberté. On ne peut plus dévaluer votre monnaie. On ne peut plus vous aspirer dans une course sans fin pour battre l’inflation. Vous stockez le produit de votre travail dans l’or et on ne peut pas vous le prendre ni par les taxes, ni par l’inflation. L’or existe, simplement. Sa valeur est intemporelle, éternelle. Elle ne monte pas; elle ne descend pas. Seule la monnaie à laquelle on le compare monte ou descend.

Si vous calculez vos revenus et vos dépenses en or, vous pouvez les comparer dans le temps. Par exemple, le salaire per capita des États-Unis, en 1970, était de 3 587$ par année, ce qui équivalait à 102 onces d’or (35$/oz.). En 2010, ce salaire était rendu à 39 945$, soit 29 onces d’or (1400$/oz). Il s’agit d’une baisse du pouvoir d’achat en or de 72%.

Évidemment, cela ne signifie pas, selon le paradigme actuel, que tous les Américains se sont appauvris de 72%. Puisque notre monnaie est créée à partir de rien, qu’elle ne repose sur rien, et ce depuis le début des années 70, on a créé une gigantesque bulle de crédit facile s’appuyant à la fois sur les épargnes du passé (taux d’épargne à la baisse depuis quatre décennies) et sur les richesses du futur (voilà exactement ce que constitue le crédit). On a ensuite donné l’illusion de la richesse à des gens qui, s’ils étaient réellement observateurs, remarqueraient sans peine que là où un seul salaire réussissait à faire vivre une famille un demi-siècle plus tôt, deux sont maintenant insuffisants.

Et quand le système actuel s’effondrera, quand le gigantesque siphon aura sucé jusqu’au dernier baril de pétrole à bas prix, quand il aura rendu esclave des dettes le dernier des citoyens, quand cette gigantesque bulle se dégonflera parce que l’épargne du passé et les anticipations du futur ne suffiront plus pour alimenter la machine, que restera-t-il?

Il restera ceux qui auront une monnaie alternative, libre de toutes contraintes.

Voilà pourquoi le Québec, plutôt que de vouloir devenir l’équivalent des autres « pays » soumis de cette planète, ferait mieux de commencer à accumuler ses richesses et à tenter de construire un modèle alternatif. Il devrait s’allier à tous les mouvements, à tous les partis politiques, à toutes les organisations réellement indépendantistes, de tous les pays, dans le but non pas de créer un nouvel ordre mondial différent, mais plutôt un ordre local sain, véritable, basé non pas sur des dettes, mais sur des richesses concrètes et inviolables.

Individuellement, les citoyens devraient également commencer à se protéger et à retirer progressivement leurs jetons de ce grand casino pour acheter des valeurs sûres, comme l’or. Évidemment, la première étape, s’ils sont comme votre humble serviteur, consiste d’abord à se sortir de dettes…

Aucune monnaie fiat, basée sur de l’air, n’a jamais réussi à créer un ordre stable. Celle-ci s’effondrera également, comme les autres.

À ce moment-là, on descendra dans les rues, on deviendra des Indignés et on réclamera le retour d’une forme ou d’une autre de monnaie basée sur l’or. À ce moment-là, le fruit sera mûr et notre discours sera assez porteur pour atteindre le 99% encore confortablement assis au casino aujourd’hui.

Ces changements risquent de se produire de toute façon, si on se fie à certains documents rendus publics par Wikileaks et qui indiquent que la Chine entrevoit un retour partiel à l’étalon-or d’ici quelques années par les États-Unis dans le but de sauver son système et de limiter la croissance exponentielle de la Chine et de l’Inde, notamment…

Tout est lié.

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27 Réponses

  1. Absolument vrai! Et en plus, il nous faudrait une monnaie qui contienne de l’or. Après quarante ans de pantomime, tous ce que le PQ nous offre c’est une souveraineté-association utilisant… LE DOLLAR CANADIEN! Épouvantable.

    Je suis d’accord qu’il est sage que l’individu s’investisse en or, mais il faut se rappeler que le gouvernement peut nous l’enlever comme en 1933.

    http://www.the-privateer.com/1933-gold-confiscation.html

    Ils veulent vraiment nous contrôler.

  2. J’ai le fantasme suivant. Un fantasme impossible, cependant, considérant ma situation financière précaire, mais le fantasme tout de même.

    1) Un artiste québécois dessine des pièces de monnaie honorant notre nation et ses personnages les plus célèbres (Cartier, Papineau, Henri Bourassa, Lévesque, etc.);

    2) On s’arrange avec une fonderie ou une compagnie qui fait de la monnaie pour faire frapper ces pièces;

    3) Celles-ci sont en argent (pur) ou en or (pur, mais enrobé d’un alliage protecteur);

    4) Elles n’ont pas de dénomination (ce qui les rend légales), mais plutôt une valeur précises de métal précieux: exemple 15 grammes d’argent, ou 5 grammes d’or, etc.

    Un fantasme, mais ce serait utile.. tant sur le plan historique que monétaire.

    * * *

    La confiscation de 1933 était partielle, c’est-à-dire qu’on empêchait l’accumulation d’or. Il y avait une limite d’environ 5 onces d’or par personne, ce qui est tout de même substantiel, si on y ajoute de l’argent en plus.

    Ceci dit, je crois également qu’une telle confiscation est possible. Elle se ferait à un prix largement supérieur à celui d’aujourd’hui et dans le cadre du retour à une monnaie plus solide (la confiscation servirait à assurer la stabilité de cette monnaie) si bien que la valeur des biens d’un individu ayant investi dans l’or serait protégée jusqu’à ce moment où une monnaie plus solide permettrait également de la protéger.

  3. J’ai le fantasme suivant. Un fantasme impossible, cependant, considérant ma situation financière précaire, mais le fantasme tout de même.

    1) Un artiste québécois dessine des pièces de monnaie honorant notre nation et ses personnages les plus célèbres (Cartier, Papineau, Henri Bourassa, Lévesque, etc.);

    2) On s’arrange avec une fonderie ou une compagnie qui fait de la monnaie pour faire frapper ces pièces;

    3) Celles-ci sont en argent (pur) ou en or (pur, mais enrobé d’un alliage protecteur);

    4) Elles n’ont pas de dénomination (ce qui les rend légales), mais plutôt une valeur précises de métal précieux: exemple 15 grammes d’argent, ou 5 grammes d’or, etc.

    Un fantasme, mais ce serait utile.. tant sur le plan historique que monétaire.

    * * *

    La confiscation de 1933 était partielle, c’est-à-dire qu’on empêchait l’accumulation d’or. Il y avait une limite d’environ 5 onces d’or par personne, ce qui est tout de même substantiel, si on y ajoute de l’argent en plus.

    Ceci dit, je crois également qu’une telle confiscation est possible. Elle se ferait à un prix largement supérieur à celui d’aujourd’hui et dans le cadre du retour à une monnaie plus solide (la confiscation servirait à assurer la stabilité de cette monnaie) si bien que la valeur des biens d’un individu ayant investi dans l’or serait protégée jusqu’à ce moment où une monnaie plus solide permettrait également de la protéger.

  4. Bonjour Louis,

    Je crois que tu fais fausse route dans ton incursion en théorie monétaire. Pas que tes intentions (et certaines de tes intuitions) soient mauvaises mais plutôt parce que tu ne pousses pas assez le raisonnement de qui profiterait vraiment d’un retour à l’étalon-or. Commence par te demander qui est généralement le plus favorable au retour de celui-ci et tu trouveras une liste de personnes peu recommandables, notamment dans l’extrême-droite américaine. Pas que ça disqualifie l’idée d’emblée, mais ça devrait t’inquiéter.

    Pourquoi l’étalon-or est un des chevaux de bataille de l’extrême-droite et des libertariens? Tout d’abord comprendre que ces gens envisagent le laisser-aller économique et la loi de la jungle comme allant de soi parce qu’ils seraient dans « l’ordre naturel des choses », comme si ce n’étaient pas des constructions humaines et que toute intervention sociale constituerait une perversion de la nature. L’étalon-or entre dans la même logique, un système qui empêcherait les gouvernements d’influencer la masse monétaire, comme si c’était désirable en soi.

    Mais à qui cela profiterait-il? L’or étant une monnaie au stock fixe, il est inhéremment déflationniste, ce qui favorise les épargnants au niveau des emprunteurs. En absence d’inflation, le fardeau des prêts devient invariablement plus important, ce qui consolide la richesse de ceux qui la détiennent déjà. Autrement dit, l’or est la monnaie des rentiers, de l’aristocratie et de la plutocratie mondiale (ce qui revient au même). La politique monétaire actuelle n’est d’ailleurs pas très éloignée de ce que serait un étalon-or en pratique, avec l’inflation au plancher dans la plupart des pays développés depuis les années 80.

    À l’inverse, tous les états-nations normaux (à part le monstre européen) disposent d’une banque centrale afin de financer les déficits gouvernementaux, de même que de stimuler l’économie afin d’atteindre le plein emploi et un environnement d’investissement stable. Tout ceci est impossible avec l’étalon-or. Est-ce parfait? Non. Comme tu le soulignes le cartel banquier se retrouve souvent à capturer le système de banque centrale et le détourner pour ses propres intérêts (jeu de mots intentionnel). Mais ça n’empêche pas qu’une banque centrale est un instrument essentiel d’une économie moderne en proie à des cycles économiques parfois turbulents. Les banques centrales actuelles doivent être réformées et mises au service du peuple, pas abolies.

    Je comprends et je partage ta frustration envers le système monétaire canadien. Il a toujours servi les intérêts de la nation canadienne (et bien souvent de son cartel banquier anglophone) avant de nous servir nous Québécois. Je crois que c’est une erreur de vouloir un Québec indépendant sans indépendance monétaire, erreur malheureusement colportée par Jacques Parizeau lui-même (je ne sais trop pourquoi d’ailleurs). Je serais d’accord pour tenter de créer une monnaie alternative au Québec, peut-être par l’entremise du Mouvement Desjardins (une fois qu’il sera débarassé de l’innommable Monique Leroux). Peut-être même que l’étalon-or (ou toute autre garantie physique) aurait une certaine utilité comme mesure de transition ou de stabilisation d’une future monnaie nationale.

    Je crois toutefois que ça serait une erreur pour un progressiste comme toi de prétendre que l’or est une libération alors que c’est plutôt de la coercition.

    Je t’invite à lire ce billet (en anglais malheureusement) d’un progressiste américain qui résume l’argumentaire progressiste contre l’étalon-or: http://rortybomb.wordpress.com/2011/10/13/occupy-wall-street-monetary-policy-and-the-federal-reserve/

  5. Le laisser-faire économique au niveau de la stabilité de la monnaie n’implique pas la loi de la jungle ou le laisser-faire à tous les niveaux. On peut très bien avoir une monnaie stable, basée sur l’or et donc anti-inflationniste, et avoir un gouvernement qui favorise l’égalité entre les citoyens, avoir de forts syndicats et une répartition de la richesse.

    Simplement, dans un tel cas, on aurait de la richesse réelle, sonnante et trébuchante, qu’on ne peut voler des poches ni des épargnants, ni des travailleurs. Tout gain de la classe ouvrière serait un gain réel, inviolable, qui ne peut être détruit ni par l’inflation ni de quelque autre façon que ce soit.

    Tu parles d’États-nations « normaux ». Moi, je n’en vois pas. Je ne vois que des États hyper-endettés et des populations hyper-endettées. Je vois un système de monnaie fiat qui est en train de s’effondrer, à l’image de tous les systèmes semblables depuis que la monnaie fiat a été inventée par les Chinois il y a des millénaires.

    Je ne dis pas que l’étalon-or soit la panacée. En fait, je prônerais peut-être encore davantage une simple convertibilité de la monnaie à l’or dans un système où l’or est en libre circulation, c’est-à-dire que les monnaies ne se compareraient pas entre elles, mais toujours face à l’or, de l’or qui n’est pas dans des caves, mais entre les mains de la population.

    En résumé: l’or est une libération de la faillite du système monétaire actuel. Mais c’est à nous, ensuite, d’établir un rapport de force permettant une réelle redistribution de la richesse. Autrement dit: l’or ne règle pas tout, mais il empêche et interdit le vol systématique qui affecte spécialement la classe moyenne et les moins nantis.

  6. Le laisser-faire économique au niveau de la stabilité de la monnaie n’implique pas la loi de la jungle ou le laisser-faire à tous les niveaux. On peut très bien avoir une monnaie stable, basée sur l’or et donc anti-inflationniste, et avoir un gouvernement qui favorise l’égalité entre les citoyens, avoir de forts syndicats et une répartition de la richesse.

    Simplement, dans un tel cas, on aurait de la richesse réelle, sonnante et trébuchante, qu’on ne peut voler des poches ni des épargnants, ni des travailleurs. Tout gain de la classe ouvrière serait un gain réel, inviolable, qui ne peut être détruit ni par l’inflation ni de quelque autre façon que ce soit.

    Tu parles d’États-nations « normaux ». Moi, je n’en vois pas. Je ne vois que des États hyper-endettés et des populations hyper-endettées. Je vois un système de monnaie fiat qui est en train de s’effondrer, à l’image de tous les systèmes semblables depuis que la monnaie fiat a été inventée par les Chinois il y a des millénaires.

    Je ne dis pas que l’étalon-or soit la panacée. En fait, je prônerais peut-être encore davantage une simple convertibilité de la monnaie à l’or dans un système où l’or est en libre circulation, c’est-à-dire que les monnaies ne se compareraient pas entre elles, mais toujours face à l’or, de l’or qui n’est pas dans des caves, mais entre les mains de la population.

    En résumé: l’or est une libération de la faillite du système monétaire actuel. Mais c’est à nous, ensuite, d’établir un rapport de force permettant une réelle redistribution de la richesse. Autrement dit: l’or ne règle pas tout, mais il empêche et interdit le vol systématique qui affecte spécialement la classe moyenne et les moins nantis.

  7. Bonjour Louis,

    Au delà des remarques très pertinentes de Guillaume, il me semble qu’il y a une erreur dans ta compréhension du système de réserve fractionnaire. En effet, une banque ne peut pas prêter 1000$ si tu y déposes 100$. Elle ne pourrait dans ce cas n’en prêter 90$. Bien entendu, si elle prête 90$, tu auras, toi toujours 100$ de marqué sur ton compte. On peut donc dire que la banque a créé 90$. Cependant, lorsque l’emprunteur des 90$ va les rendre à la banque, celle-ci n’aura pas 90$ de plus sur ses comptes. Ces 90$ là vont être finalement détruits par la banque privée de la même façon qu’ils ont été créés.

    C’est pourquoi on parle, dans ce cas précis, d’expansion monétaire plutôt que de création. Le montant d’argent total en circulation reste donc sous le contrôle de la banque centrale, qui détermine le taux de réserve obligatoire, et qui reste la seule capable d’émettre de la monnaie.

    Cette confusion est courante ces temps-ci et provient en grande partie d’un film qui s’appelle « L’argent-dette » (« Money as debt »), qui est réalisé par un artiste peintre Canadien, Paul Grignon, également amateur de théories du complot de toutes sortes. Ce film est truffé de demi-vérités, d’inexactitudes, et même de fabrications pures et simples.

  8. Louis, l’inflation est une taxe sur la richesse, pas sur la production. Si elle vole quelqu’un, c’est le rentier oisif assis sur sa richesse, pas l’ouvrier. Le plus grand problème du prolétariat a toujours été l’endettement, pas de se faire confisquer ses maigres économies. Et une monnaie déflationniste comme l’or démultiplie le fardeau de l’endettement. Tout comme la désinflation actuelle n’aide pas nos problèmes actuels.

    Franklin Roosevelt avait très bien compris le mécanisme quand il a fait sauter l’étalon-or en 1933, suivi de toutes les puissances d’Europe. Seule une dévaluation de la monnaie pouvait alléger le poids des dettes accumulées, un poids réel sur l’économie et les plus pauvres.

    Oui, les États sont très endettés en ce moment, mais je ne crois pas que ça soit un problème insoluble, sauf en Europe où la banque centrale n’est pas au service des nations européennes justement. Si tu veux parler de la mainmise des banques sur l’économie c’est un autre problème. Mais je crois sincèrement que ton escapade en théorie monétaire est incompatible avec le reste de tes propres écrits, que j’apprécie généralement.

  9. @ Guillaume.

    «tous les états-nations normaux (à part le monstre européen) disposent d’une banque centrale»

    C’est faux, l’Union européenne possède sa banque centrale: http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_centrale_europ%C3%A9enne

  10. Tu oublies que le 90$ va ensuite pouvoir être re-fractionné. Et cela ne tient pas compte non plus du fait que le fractionnement dépasse souvent le 10/1. On a même vu du 40/1 aux États-Unis et encore davantage.

    Je ne connais pas ce film. Je ne m’intéresse qu’aux faits. Et la création de monnaie à partir de rien du tout constitue un fait prouvé.

  11. Tu oublies que le 90$ va ensuite pouvoir être re-fractionné. Et cela ne tient pas compte non plus du fait que le fractionnement dépasse souvent le 10/1. On a même vu du 40/1 aux États-Unis et encore davantage.

    Je ne connais pas ce film. Je ne m’intéresse qu’aux faits. Et la création de monnaie à partir de rien du tout constitue un fait prouvé.

  12. L’inflation est un taxe sur TOUTE richesse. Elle pénalise donc indépendamment des revenus. Le rentier oisif, comme tu l’appelles, a souvent le luxe de s’en protéger (notamment en achetant de l’or, des terres, ou d’autres biens tangibles) alors que la seule « richesse » du travailleur constitue des dettes. Oui, ces dettes seront moindres avec l’inflation, mais l’argent reçu pour son travail le sera également. En clair: il s’appauvrit.

    Roosevelt n’a pas fait sauter l’étalon-or en 1933; il a seulement opéré une dévaluation temporaire et unique dans un contexte particulier. C’est Nixon qui en est le principal coupable.

    Et oui, l’endettement des États est un problème insoluble. C’est d’ailleurs pour cela que la quasi-totalité des États sont endettés et qu’ils ne rembourseront jamais cet argent, sauf par une inflation massive réduisant cette dette.

    Ceux qui prônent la dévaluation – et l’inflation – en ce moment devraient être jugés au criminel. Il n’y a pas pire vol.

    Je ne fais pas « d’escapade en théorie monétaire ». Je parle de faits. Trop « d’économistes » ont tellement le nez planté dans l’arbre qu’ils ne voient pas la forêt.

    L’économie est quelque chose de très simple. Ceux qui la rendent complexe sont ceux qui sont complices du vol actuel.

  13. L’inflation est un taxe sur TOUTE richesse. Elle pénalise donc indépendamment des revenus. Le rentier oisif, comme tu l’appelles, a souvent le luxe de s’en protéger (notamment en achetant de l’or, des terres, ou d’autres biens tangibles) alors que la seule « richesse » du travailleur constitue des dettes. Oui, ces dettes seront moindres avec l’inflation, mais l’argent reçu pour son travail le sera également. En clair: il s’appauvrit.

    Roosevelt n’a pas fait sauter l’étalon-or en 1933; il a seulement opéré une dévaluation temporaire et unique dans un contexte particulier. C’est Nixon qui en est le principal coupable.

    Et oui, l’endettement des États est un problème insoluble. C’est d’ailleurs pour cela que la quasi-totalité des États sont endettés et qu’ils ne rembourseront jamais cet argent, sauf par une inflation massive réduisant cette dette.

    Ceux qui prônent la dévaluation – et l’inflation – en ce moment devraient être jugés au criminel. Il n’y a pas pire vol.

    Je ne fais pas « d’escapade en théorie monétaire ». Je parle de faits. Trop « d’économistes » ont tellement le nez planté dans l’arbre qu’ils ne voient pas la forêt.

    L’économie est quelque chose de très simple. Ceux qui la rendent complexe sont ceux qui sont complices du vol actuel.

  14. Je n’oublie pas, c’est l’effet multiplicateur, mais il reste que seule la banque centrale peut réellement créer de l’argent… Il y a une distinction très nette entre les différents types d’argent en circulation.

    J’entends souvent citer ce chiffre de 40/1 ou 30/1 mais je n’ai jamais trouvé de source fiable. D’où le tiens-tu ? Légalement c’est 10%.

    Autre chose: je ne suis pas certain que ça soit pour l’essentiel des banques privées qui détiennent la dette publique. En fait, d’habitude c’est plutôt le contraire: les banques privées empruntent aux banques centrales.

  15. Mais l’Union Européenne n’est pas un état-nation !

  16. En fait, l’essentiel de la monnaie est créée par les banques via le système de fractionnement. Une partie plus petite est créée par les banques centrales. En Europe, aujourd’hui, c’est presque la totalité de l’argent qui est créé par ces banques (sauf, je crois, les plans spécifiques, comme celui à la Grèce, mais je dois confirmer).

    Pour les chiffres concernant un ratio plus élevé, je ne retrouve plus la source. Mais il faut comprendre que même à 10/1 quand les intérêts remboursés retournent à la banque, le fractionnement se refait. Donc, si le 100$ devient 90$ quand prêté, ce 90$ est remboursé à peut-être 120$ avec les intérêts, ce qui permet ensuite de prêter 108$, et ainsi de suite.

    On crée de la monnaie à partir de rien.

  17. En fait, l’essentiel de la monnaie est créée par les banques via le système de fractionnement. Une partie plus petite est créée par les banques centrales. En Europe, aujourd’hui, c’est presque la totalité de l’argent qui est créé par ces banques (sauf, je crois, les plans spécifiques, comme celui à la Grèce, mais je dois confirmer).

    Pour les chiffres concernant un ratio plus élevé, je ne retrouve plus la source. Mais il faut comprendre que même à 10/1 quand les intérêts remboursés retournent à la banque, le fractionnement se refait. Donc, si le 100$ devient 90$ quand prêté, ce 90$ est remboursé à peut-être 120$ avec les intérêts, ce qui permet ensuite de prêter 108$, et ainsi de suite.

    On crée de la monnaie à partir de rien.

  18. Non ! Quand le 90$ est remboursé il disparait de la circulation. Les banques privées créent de l’argent au moment du prêt, mais aussi le détruisent au moment du remboursement.

    Donc dans ton exemple, la banque a fait un bénéfice de 20$, mais ce 20$ ce n’est pas elle qui l’a créé, l’effet multiplicateur n’intervient pas sur ce point.

    Ce n’est donc pas un processus infini, heureusement, et ultimement seule la banque centrale peut déterminer la masse monétaire maximum.

    Un exemple explicatif, avec tableau:
    http://en.wikipedia.org/wiki/Fractional_reserve_banking#Example_of_deposit_multiplication

  19. Effectivement, ce graphique montre très bien l’effet multiplicateur. Plus les réserves obligatoires sont faibles et plus le facteur est grand. Cependant, on voit très bien que les courbes ne tendent pas vers l’infini. Le facteur est calculé à partir du taux de réserve obligatoire et donc au final, les banques centrales maitrisent la quantité d’argent maximale en circulation.

  20. Elles le « maîtrisent » en le multipliant par 10 et en multipliant ensuite toute nouvelle monnaie elle-même créée par la Banque Centrale. Une « maîtrise » qui a fait fondre la valeur du dollar de près de 95% en un siècle…

  21. Elles le « maîtrisent » en le multipliant par 10 et en multipliant ensuite toute nouvelle monnaie elle-même créée par la Banque Centrale. Une « maîtrise » qui a fait fondre la valeur du dollar de près de 95% en un siècle…

  22. Oui absolument, ce sont les banques centrales qui décident de la quantité maximum d’argent en circulation. Pas les banques privées.

    Quant à la perte de valeur du dollar, c’est à dire l’inflation, c’est tout à fait un autre problème, complexe, et si tu peux démontrer qu’elle est causée seulement ou même principalement par le système de réserve fractionnaire en particulier, tu t’en vas vers un Nobel ! Excuse la plaisanterie, mais je te l’avoue franchement: tu ne m’as pas convaincu cette fois-ci.

    À une prochaine…

  23. Ultimement, oui les banques centrales décident, mais la plus grande partie de l’argent créé à partir de rien du tout l’est fait par le fractionnement bancaire. Ce n’est rien qui mérite un Nobel; c’est quelque chose d’aussi banal et connu que de dire que le ciel est bleu. Dans tous les cas, que ce vol soit seulement l’objet des banques privées ou principalement celui de la banque centrale ne change rien au fait que c’est du vol.

  24. Ultimement, oui les banques centrales décident, mais la plus grande partie de l’argent créé à partir de rien du tout l’est fait par le fractionnement bancaire. Ce n’est rien qui mérite un Nobel; c’est quelque chose d’aussi banal et connu que de dire que le ciel est bleu. Dans tous les cas, que ce vol soit seulement l’objet des banques privées ou principalement celui de la banque centrale ne change rien au fait que c’est du vol.

  25. De tous les secteurs de l’économie, l’étude de l’argent est celui où la complexité du système sert le plus à déguiser la vérité, à la dissimuler, au lieu de l’exposer.
    John Kenneth Galbraith, économiste

    Histoire et fonctionnement du système économique
    http://www.automnequebecois.com/mtl/viewtopic.php?f=44&t=798

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