La FEUQ: une nuisance pour le Québec

Dans un récent billet, je dénonçais l’anglicisation de la campagne Facebook de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). La FEUQ va encore plus loin maintenant avec un site internet entièrement en anglais, copie conforme de son site dans la langue nationale. Dans une véritable fuite vers l’avant, la FEUQ continue son approche clientéliste et assure ainsi l’échec de toute tentative de bloquer la hausse des frais de scolarité. Pire: si on adopte la mentalité et le discours de la FEUQ, on doit logiquement accepter une telle hausse. Je m’explique.

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En anglicisant sa campagne et son site web d’opposition à la hausse des frais de scolarité, la FÉUQ adopte une attitude de type « service à la clientèle », c’est-à-dire qu’elle considère l’étudiant non pas comme faisant partie d’une classe sociale étudiante elle-même faisant partie de la collectivité qu’est le Québec, mais plutôt comme un individu désolidarisé, isolé, auquel on doit offrir des « services » corporatifs. Dans le cas présent, ces services sont la langue anglaise, mais également la (tentative de) protection contre la hausse des frais de scolarité.

Ainsi, plutôt que de rappeler à l’étudiant de langue anglaise qu’il fait partie d’une collectivité québécoise ayant la langue française comme langue commune et que son sort individuel ne peut être détaché du désir COLLECTIF d’avoir une éducation aussi accessible que possible dans l’optique d’un enrichissement collectif de la nation québécoise, on le traite comme un client. Tu paies pour des services, tu obtiens des services. Et tant pis si ton anglicisation comporte un coût pour la collectivité.

Parallèlement, même l’argumentaire de la FEUQ est basé sur ce concept de clientélisme et de marchandisation de l’éducation. Dans sa conclusion, après quelques entourloupettes à la sauce « société du savoir » et autres charesteries, la FEUQ met clairement l’accent sur l’étudiant, sur son endettement, sur l’endettement de sa famille, sur son accès, etc. On effleure à peine le sujet des gains COLLECTIFS issus de l’éducation sinon pour parler du contribuable et de l’impôt qu’il peut payer. Quant à l’idée même qu’il puisse exister une nation dont l’éducation permettrait d’améliorer le bien-être intellectuel, on n’en souffle pas mot. Pour la FEUQ, la nation québécoise n’existe pas; seuls les étudiants – ses étudiants, ses clients – ont leur importance.

Les lecteurs de ce blogue savent que je suis en faveur de la gratuité scolaire. Ce désir qui est le mien d’assurer une éducation gratuite est basé sur la compréhension de l’enrichissement COLLECTIF issu d’une telle gratuité. Si je suivais la logique individualiste de la FEUQ, je ne pourrais pas m’opposer à la hausse des frais de scolarité. À partir du moment où on considère l’étudiant comme un client, à qui on s’adresse en anglais (et tant pis si les francophones seront minoritaires sur l’île de Montréal dans vingt ans, comme nous l’apprenait l’OQLF cette semaine), et pour lequel on se soucie strictement de « ses » frais, de « son » endettement, de « son » accessibilité, on légitime de facto le même genre de raisonnement clientéliste et individualiste chez n’importe qui d’autre au sein de la société.

Ainsi, moi, par exemple, payeur de taxes et d’impôts, je pourrais affirmer que je ne veux pas qu’on prenne « mon » argent et qu’on augmente ainsi « mon » endettement pour payer l’éducation des étudiants. Vous comprenez la logique? C’est simple: si les étudiants deviennent des clients devant jouir de services individualisés, moi, toi, vous, n’importe qui peut exiger le même traitement. Si on considère comme normal de mettre en danger la langue française au Québec en anglicisant les communications avec les étudiants du Québec, ou si on considère comme acceptable de considérer avant tout le problème de la hausse des frais de scolarité comme étant celui des étudiants eux-mêmes, pourquoi devrait-on éprouver la moindre solidarité pour cette cause? À la limite: « Qu’ils paient, ces étudiants! »

L’éducation et la langue sont des enjeux COLLECTIFS

En vérité, l’éducation et la langue sont des enjeux collectifs. On ne peut pas davantage adopter une approche individualiste pour l’un que pour l’autre. Ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante et ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer la situation du français dans les années soixante-dix.

Or, il n’y a pas de mesure collective sans limitation, même marginale, des libertés individuelles. Pour améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante, on a limité la liberté individuelle des collèges de charger le prix qu’ils voulaient. Pour améliorer la situation du français, on a limité la liberté individuelle d’avoir accès aux études en anglais au primaire et au secondaire. Il en est de même pour quantité d’autres aspects de notre vivre-ensemble: nommez-moi un gain collectif issu d’une loi ou d’une règle et je vous parlerai d’une liberté individuelle bafouée. Même quand on m’oblige à arrêter au feu rouge on limite ma liberté individuelle de ne pas le faire.

C’est ainsi que fonctionne une société. On limite légèrement et équitablement la liberté des individus pour augmenter la liberté de la collectivité. On paie des impôts élevés pour payer les frais de scolarité des étudiants et en échange on s’enrichit collectivement. On s’adresse aux étudiants en français et en échange on favorise leur intégration dans la langue commune et officielle du Québec.

La FEUQ, en tournant le dos aux enjeux collectifs et en transformant son discours en verbiage de spécialistes du service à la clientèle, nuit ainsi non seulement à la cause des frais de scolarité des étudiants, mais également à notre capacité collective à assurer la survie de notre langue nationale à Montréal et au Québec. Plutôt que de se mettre à genoux devant une minorité anglophone historique formant 5,6% de la population du Québec, la FEUQ ferait mieux de se battre pour que cette minorité cesse de recevoir 29,3% du financement pour ses institutions universitaires et que l’argent soit réinvesti pour les institutions profitant à l’ensemble de la société québécoise et ne servant pas principalement de tremplin vers les États-Unis ou le Canada.

En se désolidarisant des enjeux collectifs nécessaires à notre mieux-être, la FEUQ perd toute crédibilité pour parler au nom des étudiants et elle façonne elle-même le retentissant échec qu’aura sa campagne à faire reculer le gouvernement.

Quand on s’adresse aux individus plutôt qu’à la collectivité, on obtient des réponses individuelles plutôt que collectives.

La FEUQ veut aider les étudiants-individus; elle est devenue une nuisance pour le Québec-nation.

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4 Réponses

  1. Louis, plutôt que de dire que le site est entièrement en anglais, il aurait fallu mentionner qu’il y a une version française et anglaise du site. Il y a une version française. Ça enlève du poids à ton argumentation dont le fond est quand même solide.

    De mon côté, j’aurais préféré que la version française soit celle par défaut compte tenu qu’on est au Québec.

    Note: tu peux ne pas publier mon commentaire si tu préfères rectifier.

  2. Le site http://1625wontpass.ca/ est entièrement en anglais. Oui, il y a une autre version en française sur un autre site… J’espère bien! La seule langue officielle au Québec c’est encore le français!

    Je ne vois pas en quoi ça enlève du poids à mon argumentation. La FEUQ s’adresse bel et bien à des étudiants en anglais, au mépris de la langue nationale et rendant plus difficile l’intégration des immigrants à notre langue. En adoptant un argumentaire strictement clientéliste, elle perd le droit de parler de l’intérêt collectif.

  3. Il n’y a rien de répréhensible à restreindre ou à interdire certains comportements, il faut sortir des schèmes de pensée préformatés

  4. La FEUQ adopte une attitude de lèche-bottes et de colonisés. Dans le reste du Canada, il n’y a pas de saint danger qu’on en fasse autant pour les francophones. Deux poids, deux mesures… comme à l’accoutumée.

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