Quand Marois tue la Révolution tranquille

Est-ce que le message est clair cette fois-ci? Pauline Marois va tourner le dos à ses militants et tuer le projet de Loi 101 au cégep. Vous faut-il une lettre recommandée, un affidavit, un télégramme ou qu’on vous le crie en plein visage? Approchez un peu de l’écran. Plus près. Allez. Vous y êtes? Lisez: LE PARTI QUÉBÉCOIS N’EST PLUS UN PARTI AU SERVICE DE LA NATION QUÉBÉCOISE. C’est clair, maintenant?

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Un parti au service des Québécois fait passer les intérêts de la collectivité avant ceux des individus. Il reconnaît, comme l’ont montré plusieurs études, que la situation du français au Québec n’a jamais été aussi périlleuse depuis des décennies. Il prend acte du vaste sondage de l’IRFA démontrant à quel point le cégep anglais anglicise. Il s’inscrit dans une tradition de revendication de la nation québécoise pour assurer la survie de sa langue, de ses valeurs, de sa culture.

Combien de militants péquistes ai-je rencontré depuis quelques années, notamment alors que je travaillais pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal? De vrais croyants. La ligne de démarcation entre un militant péquiste et un fervent religieux était parfois bien mince; on avait beau parler des nombreuses trahisons de ce parti depuis des décennies, que ce soit le Beau Risque, le refus de l’affichage public français en 1994, le célèbre miroir de Bouchard alors que celui-ci affirmait qu’il ne pourrait plus se regarder dans celui-ci si on invalidait la loi 86, l’anglais en troisième année du primaire, la bilinguisation insidieuse des services publics, commencée sous un gouvernement péquiste, les conditions gagnantes, la gouvernance souverainiste… Rien ne pouvait même égratigner leur foi. Plusieurs m’ont même dit: cette fois-ci, avec la Loi 101 au cégep, c’est la bonne. C’est la preuve que le PQ est de retour et qu’il va agir pour lutter contre notre déclin. Mon cul oui.

Qu’on le répète une dernière fois. La Loi 101 au cégep constitue un MINIMUM. Il faudrait l’appliquer également au premier cycle universitaire, voire même davantage. La situation au Québec, actuellement, est une anomalie mondiale. Nous sommes probablement la seule nation au monde à disposer du pouvoir dans le domaine de l’éducation et à financer un réseau parallèle dans une langue étrangère, qui menace notre existence au surplus. Pire: les institutions de la minorité de langue anglaise sont largement sur-financées par rapport aux nôtres. Nous sommes les dindons de la farce. Nous finançons notre propre disparition. La Loi 101 au cégep, c’est une tentative de faire de nous un peuple NORMAL.

Révolution ou Révolte tranquille?

En tournant le dos aux efforts de ses militants, aux résolutions passées en congrès, en s’attaquant au cœur de cette seule mesure significative pour le français proposée par le Parti Québécois depuis plus de quinze ans, Pauline Marois achève d’anéantir les idéaux de la Révolution tranquille. La démission de trois icônes du parti – Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin – en est d’ailleurs symptomatique; les temps ont changé, le Parti Québécois a changé. D’une époque où la politique était très populaire, poussée par des idéaux collectivistes, permettant d’améliorer les conditions collectives de la population, nous sommes revenus à l’ère des intérêts partisans, de la petite politique. Marois observe la présence de Charest au provincial et de Harper au fédéral, et elle se dit: pourquoi ne pas suivre la même recette? Tant pis pour les idées, tant pis pour le peuple, tant pis pour l’indépendance, tant pis pour notre langue commune: le pouvoir pour le pouvoir. Si ça marche à Calgary, pourquoi pas ici aussi?

Victor Hugo écrivait:

Révolution est précisément le contraire de révolte. Toute révolution, étant un accomplissement normal, contient en elle sa légitimité, que de faux révolutionnaires déshonorent quelquefois, mais qui persiste, même souillée, qui survit, même ensanglantée. Les révolutions sortent, non d’un accident, mais de la nécessité. Une révolution est un retour du factice au réel. Elle est parce qu’il faut qu’elle soit.

En s’arrimant à la realpolitik fédéraliste centrée sur le culte de la personnalité et la subordination totale du parti aux intérêts de la seule atteinte du pouvoir, Pauline Marois œuvre à transformer la Révolution tranquille, devant être permanente, en simple Révolte tranquille. Tout ce que nos parents et grands-parents ont bâti pour être perpétuel, cette gigantesque libération d’un peuple perclus dans le petit-jeu politique d’élites se servant de son infériorisation séculaire pour atteindre le pouvoir, cette disparition du fait français qui semblait inéluctable et qu’on déplorait seulement en invoquant le libre-marché comme excuse pour ne rien faire, tout ceci a été détruit parce que c’était faux. Le retour du réel, ce fut le Québec fier de ce qu’il était, s’étant doté de règles éthiques parmi les plus avancées au monde, ayant agi pour protéger sa langue et sa culture. Ça, c’était la réalité.

Marois, en méprisant la démocratie au sein de son propre parti, en agissant d’une telle manière qu’elle met en grave danger la survie de notre langue, insulte ainsi non seulement ses militants, ses délégués, ses députés qui se sont battus pour le bien-être collectif des Québécois, mais elle renie le travail de tous ceux qui ont œuvré à la libération du peuple québécois. Elle tue la Révolution en espérant que cela lui permettra d’être couronnée.

Et ceux qui ne veulent pas la suivre dans cette édification d’un Parti Québécois en tant que simple clone du Parti Libéral, strict véhicule non plus d’idées mais du pouvoir pour le pouvoir prôné par tous ceux pour qui la politique constitue une carrière bien plus qu’une vocation, ceux qui sont encore capables de se regarder dans un miroir le matin en souhaitant faire du Québec une nation normale, ceux-là n’ont plus qu’à quitter et à attendre le moment propice pour faire avancer la nation québécoise autrement.

La Loi 101 au cégep, pour plusieurs, constituait la dernière chance accordée au Parti Québécois.

Que ceux qui n’acceptent pas de mourir en silence s’organisent et fondent un parti qui soit réellement au service de la nation québécoise. Un parti qui n’acceptera pas de sacrifier ses idéaux pour une poignée de votes.

Sinon, autant dire que le dernier demi-siècle fut une crise d’adolescence d’un peuple dont la révolte a été mâtée.

Business as usual, comme on dit de plus en plus au Québec.

Et au bureau de Pauline Marois.

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13 Réponses

  1. M. Préfontaine,
    Moi aussi j’ai publié un billet ce matin sur le sujet de la loi 101 au CEGEP. Mais en conférence de presse de ce matin 9h05 elle a démenti les propos rapportés par Denis Lessard du Journal La Presse et qui ont été colportés par les autres médias. La stratégie de la bande à Gesca est toujours la même diviser les plus possible les indépendantistes à l’aube des élections pour faire régner les fédérastes.

  2. M. Préfontaine, contrairement à ce que vous dites, le Parti québécois est plus que jamais au service de la «nation» québécoise, de fait, il en est le principal propagandiste depuis que cette idée de «nation» civique et pluraliste est née à la fin des années 1960. Ce que fait Pauline Marois, et qu’ont fait Bouchard et Lévesque avant elle, c’est lentement et sournoisement nous convaincre, nous conditionner, nous conformer à l’idée que l’ensemble des habitants du Québec puisse être un peuple constitué de plusieurs nations et communautés culturelles qui toutes ont le droit de conserver leur langue, leurs institutions et leurs particularismes, un peuple bilingue où par conséquent, la majorité francophone n’a pas à imposer outre mesure sa langue et sa culture. Ce que Pauline Marois fait, comme le PQ l’a toujours fait, c’est de nier ainsi la nécessité et la légitimité d’un État français, parce que pour elle comme pour tous les dirigeants péquistes, les «francos» d’aujourd’hui, les Canadiens-Français d’hier, n’ont jamais formé une nation à eux seuls et a fortiori n’ont jamais eu droit à un État national. Les péquistes sont parmi ceux qui empêchèrent le Québec d’être transformé en véritable Canada Français, en État national canadien-français. Leur québécitude fut et reste par essence et par définition pluraliste et bilingue. Elle n’est qu’un autre moyen de dénationalisation favorisant notre intégration au grand melting-pot canado-américain, sans doute le plus retors jamais imaginé. Ce n’est pas ce que vous croyiez? Ce n’est pas ce qu’on vous a fait croire? Ce n’est pas ce pourquoi en tant que fier «Québécois» vous vous battez? Assurément. Mais c’est ça notre tragique réalité. Et tant que vous ne l’admettrez pas, vous (et tous vos semblables) ne vaudrez pas plus qu’une poule sans tête.

    RCdB

  3. Pas surprenant que la Marois ait agi de la sorte! Elle est bien contente de voir les derniers « purs et durs » quitter le PQ. Maintenant le masochisme national pourra triompher librement dans ce parti et fini la défense de la langue et de la culture françaises dans notre pays.

  4. De quoi tu parles? « Le melting pot Canado-Américain » T’es-tu con? Les États-Unis ont longtemps été on « melting pot » où tout le monde, quoi que soit leur origines, s’assimilait ensemble et formait UNE nation parlant UNE langue partageant UNE culture et promouvant UNE idéologie. Le Canada est le contraire: le Canada est une « mosaïque » où tout le monde est isolé, parle des langues différentes et partage rien. Et ça me fait de la peine quand que je vois que les États deviennent de plus en plus multiculturels, c-t-d de plus en plus le Canada. Le « melting pot » est le bon modèle; les États-Unis ne sont pas comme le Canada, ces deux pays promeuvent des valeurs opposées: comment ça se fait que les Américains n’ont pas la reine sur leur argent…?

    Je n’ai rien compris de ton argument sur le multiculturalisme québécois mais tu as terminé par un insulte ce qui t’identifie comme étant un fédéraliste, alors va chier.

  5. T’étais pas supposé de prendre une pause parce que les Québécois c’est des ti-counnes? Ou c’est comme la dernière fois que t’étais supposé de prendre une pause mais tu l’as pas fait…

  6. Louis, heureux de te revoir plus tôt que prévu.
    En effet, la « stratégie » PQ-Marois a de quoi laisser perplexe, c’est le moins qu’on puisse dire.

  7. Bon, hé bien, tu auras tenu, loin de la blogosphère, pendant cinq jours!!! 😉

    Rebienvenu chez-toi, mon cher Louis!!!

    Le Québec me semble être un pays qui est très malade: malade sur le plan économique, malade sur le plan identitaire, malade sur le plan politique, malade sur le plan démocratique et malade sur le plan de la confiance en soi et envers ses institutions!!!

    Étrangement, le parti qui serait supposé incarner un certain remède, à tous ces maux qui sont incarnés, par l’actuel gouvernement libéral, est celui qui nous enfonce la face dans la boue, alors que sommes couchés sur le sol!!!

    Mais, l’absolue priorité, en ce qui me concerne, est le plan démocratique, afin que les Québécois puissent retrouver une certaine confiance, en eux et envers leurs institutions publiques!!!

  8. Oups: «…alors que nous sommes couchés sur le sol!!!»

  9. Jean-Luc Proulx, je vous cite :
     » Le Québec me semble être un pays qui est très malade: malade sur le plan économique, malade sur le plan identitaire, malade sur le plan politique, malade sur le plan démocratique et malade sur le plan de la confiance en soi et envers ses institutions!!! »

    Je remplace le mot Québec par le mot France et nous avons l’exacte situation de ce qui se passe aussi de ce côté-ci de l’océan.

    Avec l’Union européenne, nous assistons à une anglicisation massive de notre société (c’est pareil dans tous les pays de l’Union qui a décrété que le globish serait notre langue commune), anglicisation à marche forcée contre laquelle peu de gens protestent, englués qu’ils sont par leur quotidien de plus en plus difficile et qui jugent qu’il y a d’autres problèmes bien plus vitaux à résoudre. Pour moi c’est symptomatique du malaise que traverse actuellement la France qui n’est plus un pays indépendant et dans lequel les citoyens n’ont plus aucun pouvoir de décision. Leurs votes ne servent aujourd’hui plus à rien et nous l’avons compris en 2005 alors que les Français s’étaient massivement prononcés contre le TCE (Traité constitutionnel européen), nos élus nous l’ont imposé par voie parlementaire en changeant son nom (Traité de Lisbonne) avec le soutien de quasiment tous les médias qui avaient fait une campagne acharnée en faveur du oui. C’est ainsi, que j’ai compris, et de nombreux Français avec moi que notre entrée imposée dans l’Union marquait la fin de la démocratie et que nos gouvernants, nos instutitions, n’avaient plus pour objectif le bien commun, l’intérêt collectif mais le démentèlement progressif de la nation pour que nous nous fondions plus encore dans ce monstre européen qui se nourrit des peuples pour n’en faire plus qu’un : un peuple de consommateur américanisé abâtardi. Pour mieux y parvenir s’attaquer à la langue, la rendre seconde, donc sans utilité, c’est nous faire disparaître encore plus efficacement. Tout ça n’est pas un hasard mais une envie délibérée de mettre en place une gouvernance mondiale avec une pensée unique pour un marché unique avec une langue unique tout en nous bourrant le mou avec le discours sur la diversité qu’ils entêtent en fait à éliminer. Ils, c’est l’oligarchie mondiale ultralibérale apatride qui veux pour terrain de jeu le monde entier.
    Faire tomber les langues c’est faire tomber des obstacles afin d’encore mieux y parvenir.

    (Content de voir que Louis a trop à cœur son combat… pour garder le silence.)

  10. C’est de la connerie tout ça !

    Vous n’avez jamais joué aux « dames » ?

    Les anglais ne peuvent que bouger sur les carrés rouges et les francos sur les carrés noirs.

    Votre lois sur les cégeps oblige les francos a ne bouger que sur les carrés noirs, tandis que les anglos peuvent bouger sur TOUS les carrés !!

    Les francos sont perdants !!

    Me semble que c’est pas sorcier de décréter que la langue française est la langue officielle et obligatoire au Québec !!

    Si un parti ne peut même pas faire celà, comment espérer qu’il le fera pour l’indépendance nationale ?!

    BORDEL !!!

  11. Le globish est effectivement le langage rapide du fric
    et la pression anglosaxonne sur le Québec est de plus en plus difficile a contenir.Si la France s’anglicise,nous(la francophonie) sommes cuits.Merci Patrick pour ton témoignage d’outre-mer,indiquant que nous ne serions donc pas les seuls a vivre cette décrépitude maintenant généralisée.

  12. Que dire de plus?Sinon,qu’il n’y a pas 36 solutions.

  13. Bonjour Apache

    Merci à toi, Franco des Amériques pour ta réponse à mon témoignage.
    Je comprends à te lire, la portée de mes propos et je ne veux surtout pas décourager les bonnes volontés.
    Je suis très conscient du rôle clé que la France a dans le maintien de la francophonie mondiale. Rôle clé qui, pour le moment, il faut bien l’avouer, est trop grand pour cette France perdue dans une crise identitaire bien entrenue par les pouvoirs en place, en l’exacerbant même quelques fois à des fins électoralistes.
    Mais il faut savoir qu’actuellement la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tant et aussi longtemps qu’elle se maintiendra dans l’Union européenne, elle disparaîtra en cédant encore plus de pouvoir aux instances de Bruxelles qui veulent un seul gouvernement pour un total actuel de 27 pays tous aussi différents les uns que les autres. Chacun neutralisant les volontés de l’autre, par défense d’ intérêts divergents, les lobbys et les USA ayant alors le champs libre pour imposer leur volonté de plus de libéralisme et d’anglais pour uniformiser tout cela par l’entremise de la Commission europ. Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est ma langue ». Pour les Européistes aussi : Ma patrie européenne, c’est l’anglais.
    Cette construction européenne est un dogme qui commence de plus en plus a être critiqué, remis en question frontalement ou le plus souvent de « biais » tant les esprits ont été conditionnés.
    Cette absurdité va inéluctablement s’effondrer, comme tout ce qui est absurde, ça ne tient pas débout.
    L’écroulement de ce chateau de cartes sera précédé par l’éffondrement de notre monnaie unique: l’Euro, et la Grèce va probablement être l’artisante de sa disparition. Avec l’Union qui s’écroule, c’est le rêve de mondialisation des échanges avec libre circulation des capitaux et le principe de concurrence libre et non-faussée (comme ils disent) qui s’arrête. L’Europe EST le laboratoire du NOM (Nouvel ordre mondial), cette Europe contre nature que de plus en plus de gens rejettent et dont les Français n’ont jamais voulu. On ne supprime pas ainsi des millénaires d’histoire parce qu’un carteron de rapaces l’a décidé.
    Avec la Démondialisation, c’est la fin du règne américain et de l’hégémonie de sa langue. Mais ça ne se fera pas sans casse. Malheureusement. Nous avons trop attendu.
    Tout se tient : l’économie, la monnaie, le social, la culture, la langue… tout finalement repose sur un projet politique. Le notre, En France, est de reprendre le plus rapidement possible notre INDÉPENDANCE. Quitter cette Union qui nous broie, nous étouffe, nous marginalise, nous englue.

    J’ai donc bon espoir de voir les choses prendre un tout autre tournant. Et cela dans un avenir pas aussi éloigné que je pouvais le craindre. Les langues se délient, avec elles les esprits se réveillent et l’action peut alors se libérer.

    Il y a un homme politique en France en qui je place beaucoup d’espoir, c’est François Asselineau et son mouvement UPR (Union populaire républicaine). On peut voir ses vidéos-conférences sur Grostube et Démolition (youtube et Dailymotion). C’est quelqu’un de très instruit, cultivé (ça nous change de Talonnette 1er) et qui, entre autre, souhaite faire de la Francophonie un vrai espace d’échanges au sens large.

    QUE VIVENT NOS NATIONS !

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