Affaire Cantat: la récupération féministe

À l’origine, la question méritait d’être posée: un individu ayant enlevé la vie peut-il, même après avoir purgé sa peine, pratiqué librement son métier et jouir des mêmes avantages que celui n’ayant pas commis ce crime? Cent cinquante ans après la parution des Misérables, de Victor Hugo, qui portait exactement sur ce thème, la question de savoir jusqu’où doit aller l’ostracisation d’un criminel ayant purgé sa peine reste d’actualité. Ce débat est sain. Ce qui l’est moins, c’est la récupération opérée par un mouvement féministe en mal de démons masculins.

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Ainsi, dans les premiers jours suivant l’annonce de la présence de Bertrand Cantat, qui a tué sa femme dans un épisode de violence conjugale, dans un spectacle de Wajdi Mouawad, l’an prochain, les passions se sont déchaînées quant à savoir s’il était acceptable de lui offrir la chance de chanter en public. Bref, au départ, le débat portait sur le crime et sur celui qui l’a commis.

Cependant, par une étrange manipulation du débat, des organisations féministes ont tenté de faire dévier cette saine question. Que ce soit Mélissa Blais, de l’Institut de recherches et d’études féministes – à quand un institut de recherches et d’études masculinistes? – à Radio-Canada ce soir ou le Conseil du statut de la femme, on travaille fort pour transformer le crime de Cantat en geste « haineux » spécifiquement contre « les » femmes. À l’image de l’accusation d’antisémitisme qu’on lance à la face de quiconque est le moins du monde critique à l’égard du génocide commis par l’État d’Israël, celle du crime haineux contre LA femme semble devenu le pinacle de la monstruosité humaine qu’on érige en démon absolu de l’anti-humanité.

Cantat a tué, oui. C’était une femme, oui. Mais ni son crime ni sa présence ne constituent un crime contre « la » femme, qu’instrumentalise ainsi quelques féministes frustrées. Tuer est impardonnable, mais ce l’est autant contre un homme que contre une femme. Le fait qu’il ait tué une femme n’enrichit ni ne déprécie son crime: notre société qui se veut égalitaire doit considérer chaque individu indépendamment de son sexe. Un meurtre est un meurtre, point.

Malheureusement, les féministes semblent aimer poser les femmes en victimes et blâmer « les » hommes dès qu’elles en ont la chance. Même si de nombreuses études ont démontré que les femmes commettent autant de violence conjugale que les hommes, on tente d’ajouter l’argument de l’odieux du crime contre « les » femmes comme s’il s’agissait de la preuve du caractère irrécupérable de Cantat. En d’autres mots: tuez un homme, et on considérera le pardon; tuez une femme, et vous êtes banni pour la vie.

Pourquoi ce deux poids, deux mesures?

De la même manière, si un crime est commis, et si justice est rendue, ne devrait-on pas respecter le jugement? Si la justice décide, avec les preuves qu’elle a en main, que le crime mérite huit années de réclusion, n’est-il pas du devoir des citoyens non seulement d’accepter ce verdict, mais également de reconnaître que le meurtrier, après sa peine, aura le droit de reprendre une vie normale?

Interdire à Cantat de chanter sous prétexte qu’il a tué ne lui permettra pas de se réhabiliter. Lui interdire de le faire sous prétexte qu’il a tué une femme non plus.

Notre société est basée à la fois sur l’égalité entre les hommes et les femmes et le droit au pardon.

À trop écouter les féministes et ceux et celles qui voudraient lancer la première roche à un homme ayant déjà mangé plus que son quota de pierres pour le crime commis, on nuit à sa réhabilitation et on risque de le rendre encore plus amer envers une société ne le jugeant pas en tant qu’individu ayant erré et commis une crime, mais en tant que meurtrier, meurtrier de femme en plus.

Il a payé, il est en liberté. Laissons Cantat chanter, applaudissons-le. Non pas parce qu’on appuie le crime, mais parce qu’on croit qu’un homme, peu importe la gravité de ses actions passées, a le droit de s’amender et qu’il n’a pas à être marqué au fer rouge pour la vie, encore moins par des femmes ayant fait de leur haine des hommes un métier.

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7 Réponses

  1. «Même si de nombreuses études ont démontré que les femmes commettent autant de violence conjugale que les hommes»

    C’est vrai, voici des extraits de la dernière (http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/110127/dq110127a-fra.htm ) :

    «Une proportion similaire d’hommes et de femmes ont indiqué avoir été victimes de violence conjugale durant les cinq années précédant la tenue de l’enquête. Parmi les hommes, 6,0 % (soit environ 585 000) ont subi de la violence conjugale pendant cette période, comparativement à 6,4 % des femmes (soit 601 000).»

    Mais :

    «Environ 57 % des femmes qui avaient vécu un incident de violence conjugale au cours des cinq années précédant la tenue de l’enquête ont dit que la violence était survenue à plus d’une occasion, par rapport à 40 % des hommes.»

    Ça commence à être différent…

    «34 % des femmes ayant déclaré lors de l’enquête avoir été victimes de violence conjugale ont dit qu’elles avaient été agressées sexuellement, battues, étranglées ou menacées à l’aide d’une arme à feu ou d’un couteau par leur partenaire ou un ex-partenaire durant les cinq années précédentes. Cette proportion était le triple de celle observée chez les hommes (10 %).»

    Oups, plus de trois fois plus chez les femmes… Ça devient pas mal moins égal pour les agressions les plus graves !

    «Comme en 2004, 3 victimes de violence conjugale sur 10 ont indiqué qu’elles avaient été blessées durant la perpétration de l’infraction. Les femmes étaient plus de deux fois plus susceptibles que les hommes de faire état d’une blessure.»

    Reoups, cela était vrai aussi en 2004… Aurais-tu omis une ou deux données dans ton billet ?

  2. Les données qui comptent, ce sont celles de la violence conjugale. Si on veut parler d’autres données, on peut parler du fait que les hommes sont plus nombreux que les femmes à avoir été menacés ou agressés par un objet ou qu’ils sont TROIS fois plus nombreux à avoir été bousculés ou mordus que les femmes…

    La seule statistique importante, à la fin, c’est celle de la violence conjugale, et elle est égale d’un côté et de l’autre.

  3. Laissons les clients juger s’ils veulent encourager Cantat ou pas. Ce n’est pas à l’État de s’en mêler.

    Pour le reste, il faut combattre les agressions non consenties peu importe d’où elles viennent!

  4. « Agressions consenties »???
    Est-ce que les clubs sadomasochistes sont compilés dans ces statistiques?

  5. Comme je n’ai pas le temps de lire la documentation de Statistiques-Canada, pourriez-vous me dire:
    1 – la définition de la violence conjugale en question; ça commence où au juste?
    2 – la dite violence est-elle à déclaration obligatoire?

    La Statistique est une des mamelles de la pensée de notre temps (idéologie). Mais ne fait on pas dire aux statistiques ce qu’on veut? N’est-ce pas un peu comme les promesses électorales? Ou comme toutes ces pseudo-recherches universitaires qui ne sont trop souvent que des compilation de données avec des corrélations à la clef (de celui qui paie souvent).

  6. […] des propos susceptibles de donner raison aux Zamis de la Vâââârité, et il s’agit de Louis P.. Ce dernier estime que l’affaire Cantat constitue de la récupération par les féministes: […]

  7. Le sadomasochisme est une force de violence consentie, je n’ai aucun problème avec ça, même si ce n’est pas ma tasse de thé.

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