Le Québec doit aider les Franco-Ontariens

« Il y a deux langues officielles au Canada: l’anglais. Il y a une seule langue officielle au Québec: le français et l’anglais. » Cette boutade, glanée je-ne-sais-plus où, représente bien la situation dans la région de Sudbury, en Ontario, où la minorité francophone se bat à la fois pour s’assurer des services en français dans son hôpital et pour empêcher des coupures dans les cours en français offerts par l’Université Laurentienne. Malheureusement, aujourd’hui comme hier, les droits collectifs des minorités ne s’appliquent qu’à la minorité anglophone du Québec. Tant pis pour ceux qui sont assez naïfs pour croire que la survie du français a une quelconque importance aux yeux des autorités canadiennes.

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Ainsi, alors que l’hôpital de Sudbury qualifie simplement le bilinguisme « d’atout » lorsqu’il est question d’embauche des employés – même si la population francophone du Grand Sudbury atteint près de 28% – le Québec assure, depuis que la loi 142 a été adoptée dans les années 1980, des services en anglais garantis dans tous ses hôpitaux de la région montréalaise alors que la minorité de langue maternelle anglaise n’y atteint que 13%. (( Source: Statistique Canada, 2006 )) La minorité francophone de Sudbury est deux fois plus importante que la minorité anglophone de Montréal, mais on considère que de lui offrir des services dans sa langue est au mieux un « atout ». À Montréal, pendant ce temps, on construit un méga-hôpital de 2,225 milliards de dollars pour notre minorité anglophone et on a de la difficulté à se faire servir en français dans nos propres hôpitaux francophones. Vous y comprenez quelque chose?

De la même manière, l’Université Laurentienne se targue d’être bilingue et contribue à donner l’impression que l’Ontario offre des services universitaires de qualité à sa minorité francophone. Dans les faits, moins de 17% des cours y sont donnés en français. Les coupures budgétaires prévues par l’administration, dans un contexte de marchandisation croissante de l’éducation, conséquence de politiques économiques de droite poussant les universités à opérer de plus en plus comme des entreprises privées, réduiront encore davantage ce pourcentage, contribuant à faire de l’université le miroir de la fédération canadienne, c’est-à-dire aussi bilingue que l’impose la nécessité d’assurer la disparition rapide et définitive de sa minorité francophone. Les étudiants auront beau faire de gigantesques tintamarres dans la plus pure tradition canadienne-française, c’est d’un miracle qu’ils auraient besoin pour assurer le futur de leur langue dans un contexte où l’assimilation des leurs atteint près de 40% et où leur communauté risque de ressembler de plus en plus à de la viande morte sur le comptoir du boucher de l’Histoire.

Pourquoi pas de l’aide du Québec?

Le Québec peut aider. Le Québec DOIT aider. Dans les années soixante, le gouvernement québécois avait tenté de se servir du pouvoir de l’État pour fournir une assistance à nos frères canadiens-français à l’aide d’un organisme appelé le Service du Canada français outre-frontières (SCFOF). De 1961 à 1975, et malgré un budget limité, le SCFOF finança des organismes et des activités dans le reste du Canada et aux États-Unis. Les francophones du Québec ayant finalement réussi à agir en majorité au sein de leur province, ils ont tenté d’utiliser l’État pour faire rayonner notre culture sur tout un continent.

Malheureusement, l’expérience fut un échec pour plusieurs raisons. Les principales étaient que les Canadiens-français n’étaient pas prêts à laisser tomber leur crainte de l’État et leurs structures nationales archaïques, qu’ils ne pouvaient accepter que le Québec formait une nation séparée semblant tout aussi préoccupée de leur sort que du rayonnement de sa nouvelle culture typiquement québécoise, et le Québec, lui, était empêtré dans ses propres politiques linguistiques à définir au sein de son propre territoire et ses politiciens ne voyaient pas de gains politiques à obtenir en dépensant de l’argent dans des provinces où il n’y avait pas d’électeurs québécois.

Or, aujourd’hui, les temps ont changé. L’État s’est substitué aux vieilles formes de solidarité et de charité chrétiennes, le statut unique du Québec a été accepté, celui-ci est plus mature et la politique, malgré les scandales des dernières années, est beaucoup plus propre et en mesure de dissocier le financement public du vote de l’électeur.

Le fruit est mûr: un gouvernement nationaliste au Québec devrait entendre l’appel des Franco-Ontariens et contribuer au financement de leurs institutions, non seulement par un quelconque sentiment de devoir à l’égard de ceux qui, outre leur territorialité différente, font encore partie, d’une certaine manière, du même peuple que nous, mais également par intérêt propre: le Québec ne peut se passer d’une zone-tampon entre son caractère français et une Amérique du Nord largement anglophone.

En contribuant à financer les institutions des francophones d’Ontario, le Québec n’inventerait rien de nouveau. Le Danemark finance déjà les institutions de la minorité danoise de la province du Schleswig-Holstein, dans le nord de l’Allemagne.

Ce type de solidarité permettrait, outre de rebâtir des liens détruits par la territorialité, d’élargir le champ d’influence de la nation québécoise et de transformer les Franco-Ontariens d’une minorité formant à peine 3-4% de la population de leur province, en une minorité beaucoup plus puissante, représentant, avec l’aide du Québec, plus de 20% de l’ensemble du Canada. Bref, il s’agirait de faire ce que fait déjà le fédéral chez nous, lui qui finance beaucoup plus que nécessaire une minorité anglophone et contribue ainsi à lui donner l’impression qu’elle fait partie d’une majorité canadienne plutôt que de l’aider à accepter son statut de minorité québécoise.

Les indépendantistes québécois, ou ceux qui s’en réclament, sont restés depuis beaucoup trop longtemps perdus dans des objectifs stratégiques à la petite semaine, sacrifiant leurs idéaux un à un en espérant qu’un Grand Soir hypothétique arrive et règle tous les problèmes d’un coup de baguette magique.

On a oublié le principal: l’indépendance ne constitue pas une fin, mais un moyen. Le moyen d’assurer la survie du français en Amérique, car c’est bien là l’essence de notre combat.

Les péquistes, plutôt que de faire grand cas, dans leur proposition principale, de la protection des institutions de la minorité anglophone – la minorité nationale la plus choyée au monde – et de l’intensification de l’apprentissage de l’anglais, auraient grand intérêt à concevoir le Québec non plus comme un territoire qu’on administre à genoux devant les diktats d’Ottawa en attendant un OUI ou un NON, mais comme le flambeau de la francité en Amérique du Nord, l’outil de choix permettant d’assurer le futur du français non seulement sur son territoire, mais illuminant les noirceurs de l’abîme assimilateur canadien et offrant un modèle de fierté permettant peut-être, enfin, d’obtenir une indépendance significative pour la population.

Les Franco-Ontariens n’attendent pas de se faire poser une question référendaire pour bouger.

Et nous?

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12 Réponses

  1. Non! Si les Franco-Ontariens veulent vivre en français il y a un endroit idéal pour ça: le Québec ou ils seront toujours les bienvenues. Mais en attendant, ils choisissent de vivre comme une minorité donc, qu’ils endurent les désavantages. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

  2. Ces gens habitent là où ils sont depuis des générations, parfois des siècles. Contrairement aux anglophones du Québec, ils n’ont jamais fait partie d’une élite méprisant et exploitant le reste de la population; ils tentent de survivre du mieux qu’ils peuvent.

    Pourquoi le Québec ne les aiderait-il pas sous prétexte qu’ils ont choisi de ne pas déménager chez nous?

    À ce que je sache, on (sur)financement des institutions anglophones au Québec, alors pourquoi pas francophones en-dehors du Québec?

    Si on doit laisser tomber les Franco-Ontariens, alors il faudrait cesser purement et simplement de financer quelque service que ce soit dans une langue étrangère au Québec.

  3. Parce qu’ils ne sont justement pas sur le territoire du Québec, ils ne paient donc aucune taxe et aucun impôt pour financier le Québec. Je ne vois pas pourquoi on financerait une communauté qui va être assimilé d’ici une ou deux générations de toute façon.

    Pour ce qui est des anglos du Québec, oui leurs écoles et leurs hôpitaux sont trop financés, mais la solution est de baisser leur financement pas de payer pour les Franco-Ontariens.

    On a rien à gagner en aidant les Franco-Ontariens, on va juste perpétuer le mythe du Canada bilingue et les rendre dépendant envers nous.

  4. Nous n’avons pas à encourager l’ethnocide des francophones d’Amérique du Nord sous prétexte que ça se passe sur le territoire d’à côté, tout comme nous ne tolérerions pas qu’un voisin batte son enfant sous prétexte qu’il le fait dans sa propre maison.

    Les Franco-Ontariens font partie de notre peuple historique. Nous avons des responsabilités historiques envers eux, et non seulement d’un point de vue de la peine de voir qu’ils sont en train de disparaître, mais parce que leur présence assure une zone-tampon avec le Québec français, renforçant notre présence.

    Le seul minimal de survie d’une langue généralement reconnu est de 100 000 habitants. Ils sont encore près de 300 000. Il n’est pas trop tard. Mais il faut agir rapidement et avec vigueur.

  5. Culture franco ontarienne en péril

    les franco-ontariens sous tous d’origine québecoise dans un temps ou les frontières n’était pas très bien établie. Ils vont pas quitter leur villes.

    La meilleur chose serait de se joindre au Acadiens et au franco-ontarien (qui sont tous les deux limitrophes) pour fonder un pays FRANCOPHONE sur un grand espace (en plus le labrador devrait nous apartenir aussi)

  6. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voudriez dire d’Arcade Fire, monsieur Prefontaine?

  7. Unissons les franc-québécois et les francontariens dans le Québec coast to coast. Il faut en finir avec les divisions souverainiste attentiste et fédéraliste crosseur et se lancer dans le projet collectif d’un Québec pour tous de Vancouver a Saint John’s.

    Dehors la bourgeoisie et sa dépendance à la guerre! Fuck up the canada !

  8. Quelques précisions. Les Franco-Ontariens ne sont pas tous d’origine québécoise bien que plusieurs d’entre nous le sommes et l’établissement des frontières n’est pas le facteur le plus important pour expliquer la présence de communautés franco-ontariennes, franco-manitobaine, fran-saskoises, ect. Il faut considérer des facteurs historiques divers. Par exemple, la curiosité des coureurs des bois et les énormes familles catholiques canadiennes-françaises qui n’avaient pas l’argent nécessaire pour offrir une éducation à leur enfants et les condamnaient à aller travailler dure sur des terres à défricher, des chantiers et les mines, souvent très loin de leur lieu de naissance. De façon plus contemporaine, il serait ingrat d’oublier la contribution des immigrants venant de plusieurs régions francophones du globe qui s’établissent en Ontario pour y enrichir la francophonie.

    En ce qui concerne les Acadiens, on parle d’un peuple à part. L’Acadie a été peuplée à une époque différente et par des populations différentes. Leur sainte-patronne est la vierge et non St-Jean-Baptiste comme c’est le cas pour les Canadiens-Français (c’est pour cette raison qu’ils ont l’étoile jaune de la vierge sur leur drapeau).

    Pays francophone? Vraiment? La population francophone ne Amérique du Nord est négligeable. Sans la protection du Canada qui a quand même un poids politique important et qui soutient le bilinguisme, le français ne survivrait absolument pas.

  9. Oui, le gouvernement fédéral subventionne les communautés anglophones au Québec cas il a pour mission de protéger les communautés minoritaires sur toute l’étendu de son territoire. Les communautés franco-ontariennes reçoivent aussi de l’aide financière. À l’échelle de l’Ontario, les franco-ontariens représentent un pourcentage négligeable de la population, mais la population francophone n’est pas distribué uniformément sur le territoire de la province. Dans le Nord, il y a des communautés, comme Hearst (89% au dernier recensement), qui sont majoritairement francophones.

    Je ne dis pas que la francophonie en Ontario n’est pas menacée. Certainement, que ce soit la bataille des épingles à chapeau suite au règlement 17 ou le SOS Montfort sous Harris, nous nous battons depuis des générations pour protéger une cause qui nous tient à cœur. Là où le Québec pourrait vraiment se rendre utile pour les populations francophones des autres province (autant pour les fran-saskois que pour les acadiens et les franco-ontariens), c’est en reconnaissant leur présence et en cessant la propagande dégoutante qu’il émet depuis les années ’70. Nous existons, bien sûr, nous représentons une épine au pied des indépendantistes québécois qui continuent de dire, trop souvent et trop fort, qu’il sont les seuls francophones au Canada.

    Je remercie l’auteur de ce blog de reconnaître la présence de francophones en Ontario, mais je suis tout de même indignée du ton paternaliste utilisé. Les franco-ontariens ne sont pas des créatures passives qui attendent de l’aide venant du « Ô Québec ». La mention de collaboration ou de partenariat serait beaucoup plus appréciée.

  10. Merci de votre commentaire Mme. Morin-Tanguay.

    J’aimerais simplement vous rappeler que le taux d’assimilation des francophones en Ontario est de 40%.

    Quand un individu est mal pris, ne devrait-il pas plutôt accepter l’aide qui lui est offerte plutôt que de s’indigner du ton paternaliste utilisé?

    Il y aura une section, dans le livre que je publierai plus tard cette année, qui parlera du sous-financement des institutions francophones en Ontario et ailleurs au Canada. Je vous invite à le lire: vous verrez que les droits consentis aux francophones canadiens ne peuvent même pas se comparer de loin à ceux des anglophones du Québec.

    Bonne journée.

  11. Je suis tout à fait d’accord que les anglophones du Québec ne sont pas à plaindre côté financement. Par contre, en ce qui a trait au financement des institutions franco-ontariennes par le Québec, il va falloir vous levez tôt pour me convaincre que l’argent n’a pas d’odeur. Je ne comprends pas en quoi de l’argent paternaliste serait avantageux pour les franco-ontariens. Il est vrai que le taux d’assimilation est élevé, mais la situation est très complexe et délicate et plusieurs régions à travers le monde peuvent être cités en exemple de l’inefficacité de l’injection d’argent dans une communauté linguistique pour la préserver. Il y a plusieurs façons d’aider des gens, l’argent n’est pas la seule. De l’argent venu de l’extérieur attaché à un agenda évident n’est probablement pas la bonne solution ici.
    Si votre but est la préservation du français au Canada, il serait certainement avantageux de tendre une main amicale aux communautés francophones minoritaires des autres provinces au lieu de les traitez comme des petites choses qui ont besoin de votre aide. Si vous voulez vraiment aider, la reconnaissance de l’existence des communautés francophones aurait certainement beaucoup plus de poids que n’importe quel montant d’argent (et ça vous éviterait de fâcher vos compatriotes qui pensent que ce serait mal de dilapider l’argent des taxes québécoises pour aider des gens qui payent leurs taxes ailleurs).

  12. 1) Il faut se rappeler que la culture francophone . La culture franco-ontarienne n’est pas nécessairement la-même que celle du Québec.
    Je ne connais pas les statistiques de l’Université d’Ottawa, mais les cours d’immersions augmentent à chaque année (ce sont les mêmes cours qui sont offert pour les natifs, mais avec du support langagier). Ce type de programme grandit en popularité (surtout à Ottawa ou l’an dernier auprès du OCDSB ou il y avait plus d’étudiants inscrits au programme d’immersion qu’au programme régulier) – L’immersion est un facteur inconnu. Je ne sais pas quelle sorte d’impact ce dernier aura sur la survivance du français au Canada.

    2) Si le Québec « doit » aider les Franco-Ontarien, je ne sais pas. J’ai participé à une table ronde à l’Université d’Ottawa dont l’objectif était de discerner s’il serait possible d’avoir un projet Pan-canadien francophone. Le résultat de la table ronde était négatif. Il y a trop de gens qui ne savent pas qu’il y a des francophones hors-Québec (dont plusieurs de mes collègues de classe à l’Université d’Ottawa (oui, ironique)).
    Une chose est certaine. Nous sommes notre propre pire ennemi. Blâmer la langue anglaise pour nos problèmes nous fait un grand deservice. J’aimerais citer Biz (de Locolocass) que j’ai eu l’occasion d’entendre à cette même table ronde, « Les québecois devraient arrêter de faire au francophone hors province, ce que les français (de France) leur font ». C’est-à-dire cette perception de supériorité linguistique, cette idée qu’il y a « moins d’anglais » dans une telle variété linguistique francophone par rapport à l’autre, arrêter de faire des remarques comme « Ah! vous parlez bien français, vous. Ou avez-vous appris votre français? Vous avez surement passer beaucoup de temps au Québec! » ou « Il ne faut pas dire ça comme ça, mais plutot comme ci ». Ce sont des commentaires négatifs entre nous qui nous pénalisent énormément et nous encourage fortement à « s’assimiler ». Se faire traiter comme anglophone par nos pairs francophones, ce n’est pas très plaisant. Je préférerait ce type de support (support moral) de la part du Québec qu’un support monétaire.

    3) Le français se retrouve en majorité en Ontario dans certaines localités. On peut y vivre presque en totalité en français dépendamment ou nous vivons et le genre d’emploi que nous avons. (Prescott-Russell 75% francophone, Hertz 95% francophone, etc…) De plus, il faudrait que les francophones hors-Québec promouvoient leur propre services en français en s’en servant (qui n’est pas toujours le cas. Beaucoup de francophone opt pour le service en anglais).

    4)Séparation du Québec, bon pour le français Nord-Américain. Pensez-y, pourquoi est-ce que le Canada garderait son statut bilingue sans le Québec?

    5) Ça fait plusieurs années que les français en situation minoritaire essaie de conserver leur langue. Mais la méthode d’appeurer ne porte pas fruit. Peut-être une nouvelle tactique serait à l’ordre. Peut-être c’est le temps d’aborder une tactique d’inclusion telle que Lionelle propose.

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