Lisée et le PQ: unis contre le Québec français

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

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En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.

Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.

Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.

Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.

Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.

Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.

Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.

Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.

Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »

Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

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4 Réponses

  1. Cela serait bien si nous pouvions nous organiser afin d’avoir le plus d’influence possible sur le programme du P.Q. Je fais comme vous. Je leur écris sans relâche. J’ai même été manifester devant les bureaux du P.Q. sur la rue Papineau. Personne n’a osé m’accompagner. C’était il y a 1 an et demi je crois. Peut-être que la dissidence augmente.

  2. Pour changer, il faut s’impliquer à l’intérieur et se battre dans les congrès régionaux et nationaux. Pas d’autres options pour modifier le programme !

  3. Vous y êtes presque M. Préfontaine, presque… Vous pourriez presque saisir la nature de l’imposture québécoise, si seulement vous vous débarrassiez de vos préjugés grossiers, de cette honte de vos origines qui invalide tout votre discours.

    M. Préfontaine, la transformation du Québec en État français n’a jamais été, quoi que vous ayez pu croire, le but avoué du PQ. Ce parti n’a jamais eu l’intention de remettre en question le caractère bilingue du Québec car, comme vous le soulignez si bien, il ne voulait qu’y établir une primauté du français. Beaucoup s’en sont rendu compte et l’ont dénoncé dès le début des années 1970. Lisée et les chefs péquistes ne font donc que suivre la position historique du parti : ils n’agiront au mieux qu’avec l’objectif préserver cette primauté et on ne saurait sérieusement leur en tenir grief. Pourquoi? Parce qu’ils sont de fait devenus pleinement Québécois, parce qu’ils s’identifient désormais au seul État du Québec, or cet État, «The Province of Quebec», né de la Conquête, fut et reste un État anglophone avant que d’être francophone, il reste l’amorce, l’assise première de la fédération «canadian», un élément constitutif, parfaitement intégré à l’Amérique anglo-saxonne, qu’il soit souverain ou non. Pourquoi ? Parce que nous sommes devenus Québécois avec tous les anglophones et les allophones y compris leurs prestigieuses institutions (McGill, Concordia, Dawson, Royal Vic, etc.) et que ce faisant nous partageons depuis lors avec eux une identité commune, indépendance ou pas. Il n’y a pas d’autre raison à notre rapide dénationalisation (et à notre anglicisation bien sûr).

    Mais il est vrai qu’on a rêvé naguère d’un État français. C’était avant la québécitude, quand nous nous reconnaissions encore Canadiens-Français, quand nous formions une nation française reconnue par tous. Un rêve devenant presque réalité dans les années 1960 alors que nos plus ardents nationalistes exigeaient désormais un État français, un État nation pour les Canadiens-Français. C’est ça que cherchait à relever Daniel Johnson père, c’est ça le «Québec libre» que tentait de faire reconnaître De Gaulle, c’eût été ça le «Canada Français», notre État nation enfin libéré de la Conquête, un État qui n’exclut pas l’existence de minorités protégées, mais qui réfère sans équivoque aucune à la nation canadienne-française, à sa culture, à sa langue, à son histoire. Mais c’est précisément ça qu’ont refusé le PQ et le PLQ, c’est ça qu’ils ont voulu empêcher, peut-être pour toujours, en faisant de nous que des Québécois francophones sans histoire et sans amour propre.

    Vous y êtes presque… il vous suffirait simplement d’ouvrir les yeux et d’admettre cette évidence.

    Robert Chevalier de Beauchesne

  4. Jean-François Lisée…SORT DE CE CORPS!

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