Le connard se rebiffe

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que l’ultradroite « s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées », j’étais loin de me douter qu’on me donnerait une occasion aussi facile de le démontrer. C’est pourtant le cas, alors qu’on me signale, aujourd’hui, que le sbire de Quebecor, Michel Hébert, s’improvise blogueur de fond de ruelle et me qualifie de connard dans un torchon où il tente maladroitement de faire croire, à l’opposé de tout bon sens, que le Québec serait une société de gauche.

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Citons l’employé de Quebecor:

Vous pensiez aussi que nos programmes sociaux étaient d’une mouture socialiste? Vous étiez dans l’erreur. C’est la droite, voire l’ultradroite désormais, la pire qui soit, qui nous a donné tout ça.

Les garderies étatiques, l’assurance médicaments, l’assurance agricole, les congés parentaux, l’aide sociale, l’allaitement subventionné, les congés maladie accumulés, la procréation assistée, les traversiers sous les ponts, la gestion de l’offre (le gonflement des prix) du lait, du beurre et du sirop d’érable, le Conseil des aînés, de la femme, de la jeunesse (branchée), de la famille et de l’enfance ou des relations interculturelles, l’Office des handicapés, de la jeunesse et de la Walonie-Bruxelles. La Régie des rentes, celle du logement et, la plus drôle de toutes, la Régie du bâtiment.

Il s’agit d’un beau pudding indigeste que nous présente l’homme de main de Pierre-Karl Péladeau. Dans son délire hallucinatoire, Michel Hébert imagine une sorte de Cuba du nord socialiste où interventionnisme et gauchisme se mélangent indifféremment. À l’opposé de mes propres affirmations – comme quoi le virage néolibéral a commencé au tournant des années 1980 – il cite notamment un ministère du bien-être social créé en 1940 et une Régie des rentes datant de 1965. Il mélange aussi la question de l’allaitement, des congés payés et d’une procréation assistée payée par l’État exigée par… Julie Snyder, la femme de Pierre-Karl Péladeau! C’est dire à quel point l’homme est mêlé! On peut également se demander en quoi la Régie du bâtiment fait tant rire notre homme, alors que cette institution, loin de constituer un dangereux repaire de gauchistes, inspecte plutôt les bâtiments pour en établir la sécurité. À Sugarloaf, où un télésiège a déraillé, on aurait sûrement aimé avoir une telle régie…

Malgré quelques gains pour la classe moyenne à propos des CPE et des congés parentaux, les trente dernières années ont plutôt été celles d’un lent recul de l’État en tant qu’appareil permettant la redistribution de la richesse. Pendant que Hébert parle de lait, de beurre et de sirop d’érable, comment pouvons-nous oublier les désassurances dentaires de 1982, les désassurances de physiothérapie de 1988, les désassurances pour les soins de la vue de 1992? Comment faire abstraction des accords de libre-échange, nullement remis en cause par aucun des principaux partis politiques du Québec, et qui permettent à des entreprises de fermer leurs usines du Québec pour produire dans d’autres pays, mettant les travailleurs du Québec en compétition avec ceux du tiers-monde? Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant fermé des hôpitaux et envoyé à la retraite nombre d’infirmières qualifiées? Comment faire abstraction des hausses constantes des frais de scolarité, qui ont contribué à réduire l’accès aux études supérieures? Comment oublier les grandes envolées lyriques de Pauline Marois en faveur de l’enrichissement individuel?

De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme le plus radical, parlent de l’embonpoint de l’État, celui-ci rapetisse lentement, mais inlassablement: près de 28% du PIB en 1992 contre seulement 23% en 2009. Les réformes des gouvernements de droite du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec, qui imposent le renouvellement d’un seul poste de fonctionnaire sur deux, font augmenter la pression sur notre État et réduisent sa capacité à offrir des services de qualité aux citoyens.

Parallèlement, les baisses d’impôts des gouvernements péquistes et libéraux, qui ont surtout profité aux mieux-nantis, totalisent près de dix milliards de dollars. Autant dire qu’elles sont la première cause du déficit actuel. Josée Legault a bien expliqué ce phénomène:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes.

C’est le plan de match actuel. Ouvrez votre téléviseur, entendez Quebecor vous radoter les mêmes vieilles histoires du « Québec dans le rouge » avec les mêmes vieilles solutions du désengagement de l’État. La droite se réjouit.

Pourtant, on se retrouve avec une crise économique largement causée par des politiques fiscales de droite – ici et ailleurs – et qui ont mené vers la faillite des pays comme l’Islande et l’Irlande, deux États ayant largement privatisé leur économie et suivi à la lettre les diktats néolibéraux. Même François Legault vantaient les impôts ridiculement bas de l’Irlande, qu’on a déjà appelé le tigre celtique (paix à son âme). Aujourd’hui, ces deux pays sont ruinés. Et la Grèce, qui a elle aussi largement déréglementé son économie, n’est pas loin derrière. Si le Québec s’en tire mieux – avec une dette en pourcentage du PIB dans la moyenne des pays de l’OCDE – cela n’empêche pas l’ultradroite de rêver de dépecer encore davantage notre État.

Ce qu’il y a d’important à dire à propos de ces gens qui, comme Michel Hébert, manipulent la population en se servant de la plateforme journalistique de Quebecor, c’est qu’ils n’ont pas de projets. Ce sont des haineux de toute forme de collectivisme et qui pensent qu’ils pourraient mieux s’en sortir en prônant des politiques favorisant les mieux-nantis, c’est-à-dire leurs patrons ou, ultimement, eux. Ils parlent contre les syndicats – pourtant les organisations démocratiques directement tributaires de l’existence d’une classe moyenne – mais n’ont rien à proposer de crédible pour les remplacer. Leur valorisation maladive de l’enrichissement individuel n’a d’égale que leur ignorance d’une histoire pourtant riche d’enseignement; les idéologies collectivistes sont apparues précisément parce que le libre-marché du dix-neuvième siècle a échoué. Or, que proposent-ils de différent pour éviter les même travers? Rien! Moins d’État, moins d’État, et qu’on laisse le loup et le mouton gérer leur propre cohabitation!

Henri Lacordaire affirmait: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » L’ultradroite veut devenir cette force égoïste qui, tel le surhomme de Nietzsche, s’élève au-dessus de la masse. De son point de vue, rien n’est plus beau, rien n’est plus grand. Mais que vaut l’élévation si elle n’est rendue possible que par le travail d’une masse d’individus désolidarisés, en perpétuels conflits les uns contre les autres, et qui ne peuvent plus rien entreprendre collectivement? Que vaut la force quand on vend au plus offrant tout ce qui fait notre fierté collective?

Je suis peut-être un connard, mais je suis un connard qui pense au bien commun et qui n’occupe pas ses journées à jouer les scribouilleurs d’un empire médiatique ayant annihilé ses anciens idéaux journalistiques de rigueur et d’objectivité.

Je suis peut-être un connard, mais je peux encore me regarder dans le miroir sans avoir à m’inventer un monde parallèle où la droite, après trente ans au pouvoir et forte de tous ses médias et des trois principaux partis politiques de l’Assemblée nationale, constituerait l’alternative.

Je suis peut-être un connard, mais je n’ai pas besoin de jouer les gratte-papiers prostitués qui étalent leurs préjugés et leurs opinions pré-conçues comme d’autres jouent avec leurs excréments.

Je suis peut-être un connard, mais contrairement à Michel Hébert, je peux marcher la tête haute.


N.B.: Depuis la parution de ce billet, Michel Hébert a modifié le titre de son texte.

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12 Réponses

  1. @Louis, si vous ne voulez pas passer pour un Michel Hébert, ne faites-pas comme lui. Un exemple, vous écrivez : »Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant envoyé au chômage nombre d’infirmières qualifiées? »

    Vous savez très bien que Lucien Bouchard (PQ) n’a pas envoyé au chômage nombres d’infirmières qualifiées. C’était une offre de prise de retraite volontaire. Retraite ! Volontaire !
    Bonne Année !

  2. […] This post was mentioned on Twitter by GeorgesAndré Asselin and corriveaubenoit, Louis P.. Louis P. said: Le connard se rebiffe https://ledernierquebecois.wordpress.com/2011/01/05/michel-hebert-connard […]

  3. Corrigé. Une erreur d’inattention, car le résultat est le même. Bonne année également!
    LP

  4. […] Michel Hébert, le connard vous a répondu; https://ledernierquebecois.wordpress.com/2011/01/05/michel-hebert-connard […]

  5. Je ne suis pas entièrement d’accord avec toi, mais au moins ce billet est sérieux et réfléchi. C’est pas mal mieux qu’un journaleux de bécosse qui vomit un billet à partir des trois premières lignes de ton billet précédent!

  6. BONNE ANNÉE

    Oups. Je sens la colère monter en moi! Qu’est-ce que cette tragi-comédie complètement ridicule de lançage d’anathèmes à gauche et à droite, de saintes colères, d’indignations exaspérées, de combats de flagellants furibonds?
    Êtes-vous tous tombés sur la tête?
    Vous n’avez rien à faire de vos temps libres? Et où trouvez-vous, justement, ces temps libres? Vous ne travaillez donc jamais? Comment gagnez-vous votre vie? Êtes-vous payés par deux énormes machines de propagandes, genre ‘Big Brother’ pour vous livrer à un «glorieux et magnifique combat virtuel», mettant en cause les forces du bien et du mal (selon deux versions opposées) afin de distraire le peu de temps et d’énergie qu’il NOUS reste? Ou bien fonctionnaires, du privé ou du public, disposant de tout leur temps? Ou bien des chômeurs (je n’osais le dire, et ne parlons pas des BS)?

    Le pire est que vous vous entendez pour dire que le Parti Québécois ET le Parti Libéral sont le mal incarné, mais pour des raisons exactement inverses. C’est déjà ça de pris… mais pour qui?

    Pour ma part je considère m’être fait enculé et par la ‘gauche’ et par la ‘droite’! Où est mon médecin de famille? Ils sont à gauche ou à droite les médecins, au juste?
    Qu’est-ce qu’ils ont ces éternels insatisfaits, ces fonctionnaires (j’exclus ici les infirmières et les enseignants) qui fonctionne parfois si peu (passons, pour le moment) et qui ayant une sécurité d’emploi quasi absolu et un régime de retraite bien garni, envient à n’en plus dormir les ‘gros’ salaires du privé (mais sans les coups de fouets tout de même)? Et mon épicier qui me vide les poches à chaque fois que je le rencontre, est-ce qu’il croit que je ne le vois pas? Ne parlons pas des merveilleux mondes de la finance (les vrais maîtres), de la construction et autres usines subventionnées (cash ou par chèque?) qui se délocalisent plus rapidement que le passage d’une élection à l’autre. Ils doivent bien rigoler là-haut tous ces ‘Messieurs’, tous ces ‘bons maîtres’ (Jacques Brel) !!!

    Bon. Je me calme. Je ne sais plus où j’en suis.
    N’oubliez pas que pendant ce temps-là : le français agonise PARTOUT! Et je m’abstiens de tout autre sujet d’importance.

    BONNES QUERELLES DE CLERCS
    (touche pas à ma bourse garnement)

  7. En ce qui concerne la Régie du bâtiment, cette organisme est simplement inutile car il ne fait rien, il ne peut protéger personne et n’inspecte rien (il n’as même pas le droit de le faire pour les habitations entre autre).

    D’où pourquoi il dit qu’il est risible.

  8. En fait, les deux articles avec leur position antagonistes se tiennent: Louis parle de montée de la droite, Hébert parle de la situation actuelle relativement a l’axe gauche-droite mondial.

    Mes questions pour Louis sont les suivantes:
    ou consideres-tu que le Québec se situe, présentemment, sur l’axe gauche-droite, et quelle en sont les mesures objectives? (depenses de l’etat en fonction du PIB? Nombre de fonctionnaires? Legislation des normes du travail? Taux de syndicalisation? Quoi?) Et quel serait le point pivot permettant d’identifier si un état se trouve, ponctuellement, a gauche ou a droite?

  9. « De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme… »(Louis P.)

    Vous voulez rire ?

    Éric Duhaime est à la solde du National Democratic Institute, satellite du National Endowement for Democracy, dont le budjet à 90% sont du gouvernement américain (impôts des particuliers), autour 100 million$ par an. Sa carrière fut de conseiller des politiciens, donc encore payé par les impôts des particuliers. Et maintenant aussi chroniqueur chez Québécor qui a survécu que grâce à son prêts du Gouvernement du Québec de 2 milliard$ d’impôts des particuliers.

    Mario Dumont, qui donne sa tribune à ce communiste Duhaime, a passé toute sa vie sur un banc à l’Assemblée Nationale du Québec, payé par les impôts des particuliers. Faut être un vrai socialiste pour faire ça !

    Des socialistes ça besoin de quoi ? Bein, d’un sociologue :

    Mathieu Bock-Côté, sôciôlogue de nos communistes qui se pésentent de droite, le cul sur les bancs de l’UQAM (gouvernement), va finir son BAC et obtiendra sa Chair du Canada $ (gouvernement) pour se trouver un beau poste à l’UQAM aux côté de Bouchard et Taylor, payé grassement par les impôts des particuliers.

    Joseph Facal, le cul à L’Assemblée Nationale, même chose pour Bernier, etc.. etc…

    Comme les banquiers qu’ils servent et qui sont aussitôt sortis de leurs fallites par les impôts des particuliers.

    Des communistes qui se posent en gens de droite. Le seul but est l’argent de l’État. C’est pourquoi ils sont en politique et non dans un attelier à faire de la recherche pour inventer et produire quelque-chose.

  10. Même chose pour François Legault. Le cul à l’Assembée Nationale du Québec (impôts). A fondé Air Transat grâce aux millions de la FTQ, cette même FTQ que se préparent à attaquer nos zigotos communistes « de droite » !

    Faire croire à la population qu’il y a vraiment une guerre droite-gauche, quand ce n’est qu’une bataille entre ceux qui veulent contrôler et syphonner le produit du travail des travailleurs.

  11. […] connard se rebiffe, la montée de l'ultra-droite au #Québec https://ledernierquebecois.wordpress.com/2011/01/05/michel-hebert-connard […]

  12. J’ai oublié Jacques Brassard ! Lui aussi, toute sa vie le cul sur un banc à l’Assemblée Nationale , payé par les impôts des contribuables. Bonne pension ! Il a avoué que les bureaucrates faisaient tout à leur place (ministres), alors il a passer son temps à servir le lobby juif et les anglos (2 milliard$ de fonds public pour le CHUM anglais!)

    Pas de doute, ces gens « de droite » sont des capitalistes chevronés et endurcis! LOL !!

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