Le javel mortuaire

Richard Martineau publie aujourd’hui un billet sur son blogue où il critique Patrick Bourgeois, le chef du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), pour son acceptation de commentaires désobligeants sur son site web à propos de la mort de Claude Béchard. Pour Martineau, ce sont des messages haineux, dégoûtants, qui n’auraient rien à voir avec l’ensemble d’un Québec « secoué » par le décès prématuré de Béchard. Quand quelqu’un meurt, on n’a pas le droit ni de se réjouir, ni de le critiquer, voilà le message en filigrane. Il s’agit d’une forme particulièrement vicieuse de pensée.

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En effet, au nom de quelle justification moralement tordue une personne décédée gagne-t-elle soudainement en valeur et peut-elle s’épargner le jugement d’autrui? Un individu peut être toute sa vie le dernier des salauds, massacrer des enfants, tuer six millions de Juifs comme Hitler l’aurait fait, mais à l’heure de son décès il faut tout oublier sous prétexte qu’il est mort, que c’est la vie et qu’on ne s’en prend pas à un mort. Critiquer un mort, c’est mal vu, c’est laid, c’est sale. On a tellement peur de la mort qu’on la sacralise. Rédemptrice, elle transforme le pire des hommes en personne respectable dont la mémoire doit être respectée.

Je ne dis pas que Béchard doit être méprisé pour autant. On peut clairement objecter que Béchard n’a rien fait pour mériter le mépris. Sauf qu’il s’agit d’une opinion personnelle et que le propre de telles opinions est précisément qu’elles peuvent se discuter. Si des gens considèrent que l’œuvre de Béchard doit être critiquée, pourquoi devraient-ils s’en empêcher sous prétexte qu’il est mort? S’ils croient que Béchard était une nuisance, pourquoi devraient-ils se taire? Béchard, après tout, était l’homme derrière le Suroît, derrière la privatisation avortée du Mont Orford, derrière le projet Rabaska… Si l’homme a œuvré de son vivant à dilapider les richesses naturelles ou écologiques du Québec, et si nos descendants auraient eu à en payer le triste prix n’eût été de l’opposition de la population à ces tristes projets, cela ne doit-il pas être dénoncé? Le javel mortuaire ne peut pas tout blanchir.

Quand on pense à la mort d’un individu foncièrement mauvais, à un meurtrier par exemple, s’épargne-t-on la joie de dire « bon débarras » par respect pour la mort de l’homme? Non. On juge sa vie, on la méprise et on l’oublie. Pourquoi agit-on différemment avec d’autres personnes? Si un individu tue un seul humain, on peut le mépriser, mais s’il a tenté de vendre l’héritage des Québécois aux amis du parti et qu’il a contribué toute sa vie au succès d’une formation politique corrompue, contribuant à la fois au recul de la démocratie et à l’affaiblissement environnemental du Québec pour des générations à venir, on devrait respecter son dernier repos?

Patrick Bourgeois lui-même m’avait reproché, après le décès de Lhasa de Sela, mes critiques selon lesquelles cette grande dame ne représentait rien de la culture québécoise. Bourgeois avait tort alors, mais il a raison aujourd’hui: on a le droit de juger de l’importance d’un individu pour notre nation, mort ou vivant. La mort ne blanchit rien, elle n’excuse rien. Une femme qui, malgré son incroyable talent, ne représentait pas la culture québécoise avec ses chansons dans des langues étrangères, c’est une vérité avant ou après la mort. Un homme qui, malgré sa gentillesse et son respect des individus, se sert de son rôle de représentant de la population pour affaiblir le Québec, c’est une vérité avant ou après la mort.

Le passage vers l’au-delà ne doit pas constituer un tamis permettant de séparer ceux qui peuvent se faire juger de ceux qui ne peuvent pas. Nous allons tous y passer; qu’on ne donne pas l’illusion à ceux qui sont ici et nuisent au Québec que nous allons les célébrer avec des funérailles nationales et oublier leurs travers au moment de leur décès.

Qu’ils deviennent des hommes et des femmes de bien dès aujourd’hui ou qu’ils assument le fardeau du jugement de ceux qui seront encore là à l’heure de leur mort!

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8 Réponses

  1. Un des commentaires les plus à-propos (selon moi) sur le blogue de M.Martineau (merci pour le lien!) résume très bien tout ce qui peut se dire sur le sujet:

    MAIS OÙ EST-CE QU’ON LES ENTERRE

    (F.Mallet-Joris / M.P.Belle)

    Deux-cent vingt-trois épouses parfaites
    Trois-cent seize maris dévoués
    Et quant aux bonnes mères,
    Aux excellents pères
    On n’peut même pas les compter
    Cent quarante députés honnêtes
    Deux-cent treize excellents voisins
    Dans les cimetières
    Y’a qu’à lire les pierres
    Ce sont tous de petits saints

    Mais où est-ce qu’on les enterre ceux qui sont méchants
    Qui faisaient pleurer leurs mères battaient leurs enfants
    Les antipatiques tous les renfrognés
    Que personne n’a jamais jamais regretté
    Mais où est-ce qu’on les enterre les vilains râleurs
    Les huissiers et les belles-mères et les percepteurs
    Les grippe-sous notoires et les créanciers
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté

    Soixante-quinze plus que centenaires
    Qui n’ont jamais ni bu ni fumé
    Quarante hommes d’affaires
    Que leurs actionnaires ont tenu à remercier
    Six douzaines de chastes comédiennes
    Qui vivaient pour l’art et la beauté
    Dans les cimetières
    Y’a qu’à lire les pierres
    Ils s’ront tous canonisés

    Mais où est-ce qu’on les enterre ceux qui sont méchants
    Les maqu’reaux et les mégères tous les médisants
    Ceux qu’on croise très vite dans les escaliers
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté
    Mais où est-ce qu’on les enterre les vilains gagas
    Qui vous parlent des heures entières de leurs estomacs
    Les envieux chroniques et les constipés
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté

    Mais où est-ce qu’on les enterre les gens des guichets
    Qui se servent d’un formulaire pour vous torturer
    Tirans minuscules petits chefs ratés
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté
    Mais où est-ce qu’on les enterre ceux qui sont méchants
    Qui faisaient pleurer leur mère battaient leurs enfants
    Les antipatiques tous les renfrognés
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté
    Que personne n’a jamais jamais jamais regretté

  2. Probabilité de développer un cancer ou d’en mourir

    D’après les taux d’incidence actuels, quelque 38 % des Canadiennes et 44 % des Canadiens développeront un cancer au cours de leur vie.

    D’après les taux de mortalité actuels, on estime que 24 % des Canadiennes et 29 % des Canadiens, soit environ une personne sur quatre, mourront des suites du cancer.
    ________________
    http://www.cancer.ca/Canada-wide/About%20us/Media%20centre/CW-Media%20releases/CW-2006/Media%20backgrounder%20Canadian%20Cancer%20Statistics%202006%20-%20Fast%20Facts.aspx?sc_lang=fr-CA

    Une personne sur quatre. Et ça en fait autant du côté bleu que du côté rouge, dedans comme en-dehors de l’Assemblée Nationale, meurtriers et politiciens inclus.

    Si vivant M. Béchard était un [insérer un qualificatif] adversaire, mort il ne l’est certainement plus. Alors on peut certainement ne pas le regretter, mais de là à le déterrer pour le haïr… je crois que c’est plutôt là où je croirais que voulait en venir M. Martineau si l’en-tête du site qui héberge la page qu’il a pratiquement copié-collé (en prenant soin de ne garder que les textes les plus sulfureux) ne mentionnais pas que les publications n’engagent que leurs auteurs. J’en conclus donc que le but était de faire réagir du monde, d’attirer un peu d’attention. Sans plus.

    Le temps est le seul juge qui nous survivra à tous.

  3. Merci de venir encore à notre défense, Louis.

    Voici le commentaire que j’ai laissé à la suite de l’article de M. Martineau. Il est en attendre d’approbation:

    M. Martineau,

    Vous aimeriez que le Québec devienne un pays, tout comme moi, et c’est pourquoi j’aime vous lire. Mais je vous suggère d’éviter de vous servir de certains commentaires de souverainistes, tannés de 250 ans d’inféodation à la nation anglaise, maintenue par la collaboration de certains députés Libéraux du régime.

    Ayant participé à ce Forum souverainiste avant d’être banni pour avoir mélangé la religion à la politique, sachez que j’ai toujours prêché pour un discours d’arguments plutôt qu’un débat sur les hommes, néanmoins, les gens sur le Forum souverainiste et moi-même, n’avons pas autant d’influence que vous et l’on peut comprendre certains écarts de langage afin de se faire entendre.

    Je vous recommande de lire le blogue de LouisPréfontaine.com Il a fait une critique de votre article qui s’intitule, Le javel mortuaire.

    Daniel Roy, C.A.

    P.-S. Sur la page du Forum, il est écrit que les propos n’engage que l’auteur et non pas l’administrateur.

  4. […] […]

  5. Louis, j’étais d’accord avec toi jusqu’au quatrième paragraphe. Comment peut-on dire d’un homme qui n’a jamais tué ou violer quelqu’un qu’il est un écoeurant, une charogne finie qui ne mérite que la mort ? On peut être en désaccord avec ses idées, mais de s’attaquer à sa personne, c’est carrément stupide.

    Oui, on peut critiquer les morts, mais avec respects tout de même. Si tu n’as rien d’intelligent à dire, ferme ta yeule. C’est ce que j’ai fait avec Falardeau, et c’est ce que je vais faire avec Béchard. Comme j’ai fait pour la famille Falardeau, j’offre mes sympathies à la famille, tout simplement. Je ne m’appliquerai pas à faire souffrir ses proches méthodiquement.

    @Daniel Roy
    Savais-tu que récemment, un jugement de la cour oblige Canoë à payer un montant de 100 000$ à Susan Corriveau qui s’était fait varloper sur un blog parce que les modérateurs du blog n’avait pas fait leur travail de censure ? Et bien, les administrateurs de ce forums devraient payer une amende pour avoir laissés passer des commentaires haineux. J’ai déjà été administrateur de forum de ce genre, et je lisais tout les commentaires laissés pour censurer ceux qui ne devait pas figurer sur mon forum. Et quand je n’ai plus eu le temps de m’occuper de mon forum, j’ai laissé le forum entre les mains d’une personne digne de confiance qui, je le sait, va faire le même travail que je faisais pour que ce soit un endroit ou les échanges peuvent être musclés, mais respectueux.

  6. Bien dit, Louis!!!

    Malgré leur mort (ce qui est triste), il faut dénoncer les conneries que les disparus ont fait au cours de leur vie et ce qu’ils représentaient dans leur vie!!! Les stupides concerts d’éloge, à chaque fois que quelqu’un meurt, comme si le quelqu’un en question était un saint, m’a toujours tombé sur les nerfs!!!

    Restons critiques!!!

    En plus, même si la mort de quelqu’un est triste, certaines morts peuvent être libératrices pour notre monde ou pour notre nation!!! Quand Pierre Elliott Trudeau est mort, ce fut une libération pour notre peuple!!! Personnellement, quand des charognes comme Jean Chrétien, Stéphane Dion, Claude Morin (la taupe de la GRC), John-James Charest, Gilles Lamontagne, Fidel Castro, Hugo Chavez, Al Gore, Vladimir Poutine, Benoît XVI, Nicolas Sarkozy, Rajendra Pachauri, Steven Guilbeault Paul Desmarais et les timbrés de l’ONU, du Hamas et du Hezbollah vont enfin crever, je vais être bien content, moi!!!

  7. Bonjour Louis,

    Effectivement, c’est une propension de la société québécoise de béatifié quelqu’un qui vient de mourir et ainsi effaçant son passé ou le glorifiant. Mais sur le forum en question, il y a eu certains commentaires du type : « Youpi! Un de moins » et c’est cela que Martineau dénonçait et avec raison. La mort d’un opposant dans un combat d’idée et de valeur n’est pas une victoire car quelqu’un d’autre prendra sa place.

    C’est comme être entouré de voisins dérangeants et de se réjouir de la mort de l’un d’eux car se sera moins bruyant. Tu trouveras peut-être pire comme voisin. Au-delà de cela, il faut avoir un minimum de respect pour l’être humain. Critiquer, voir même dénigrer ces opinions politiques, ses actions publiques – certainement. Mais la mort est quelque chose de privé qui appartient à la personne et son entourage immédiat.

    Se réjouir de la mort d’un ennemi idéologique montre que la seule façon que nous pourrons vaincre est qu’il meurt tous. C’est loin de montrer la force et la justesse du combat mais plus tôt sa faiblesse et sa futilité. Il préférable de gagner un ennemi à sa cause que de le voir mourir.

  8. Martineau est un scab.

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