Les colonisés

Le passé façonne le présent. Prenez un enfant ayant subi les affres de la guerre, des bombardements et de la mort qui tombe du ciel comme un cadeau anonyme et amenez-le, adulte, voir un feu d’artifice. Chaque explosion le fait sursauter, l’inquiète, le rend circonspect. Il s’amuse, il rit, mais derrière l’œil éclairé se cachent toujours d’insondables noirceurs ne pouvant être illuminées, même par le temps. Prenez un peuple dépossédé de sa mère-patrie, de son élite, de son histoire, à qui on a tenté de lui voler sa langue et qu’on a gardé bien docile sous le voile silencieux d’évêques prêchant le conformisme et la résignation, et observez comment, encore aujourd’hui, il ne peut qu’avoir peur de sa propre liberté, appréhender le déploiement de ses ailes, et mépriser jusqu’à la prise de parole volontaire et libératrice d’un des siens. En rangs, mes amis, et ne relevez surtout pas la tête!

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Je n’en peux plus de ces soi-disant indépendantistes qui se perçoivent comme de grands libérateurs, mais qui rentrent à la maison en pleurnichant dès qu’on tente de les pousser à la cohérence. Descendants de générations de Canadiens-français colonisés ayant abdiqué jusqu’à l’idée d’une existence collective où ils auraient pu être maîtres chez eux, ils n’ont pas conscience de répéter les mêmes travers que ceux de leurs ancêtres, cherchant dans l’unanimité et l’accommodement la réponse à tous leurs maux. Ne dit-on pas, en psychologie, que la folie émane de la conviction qu’une même manière d’agir finira par produire un résultat différen? Ils n’en ont cure. Notre peuple se rétrécit comme un cancéreux oublié sous le soleil, mais ils parlent encore d’unité, d’accommodement, d’ouverture, de tolérance. Debout, stoïques, une fleur à la main, ils mourront sous les balles d’une Histoire cruelle et insensible pour les peuples n’ayant pas eu le courage de prendre leurs responsabilités. Ils mourront le sourire aux lèvres, car ils ont auront été unis. Unis et morts.

On m’accuse parfois de nuire au « mouvement » en « divisant les troupes ». J’écris les vérités qui ne plaisent pas, je compile les statistiques qui tuent, j’écris tout haut ce que d’autres disent en silence. Je me bats pour une virgule jusqu’à la mort s’il le faut, car si cette virgule doit être honorée d’une bataille épique, qu’elle le soit et qu’on ramasse les cadavres par la suite. C’est laid, ça pue le sang, la sueur, la terre, et la chaux de quelques paroles réconfortantes ne réussit que rarement à apaiser la violence du choc des idées.

Or, dans la vision colonisée du « mouvement », il n’y a pas place pour la divergence. On ne discute pas des désaccords. On parle stratégie, on se concentre sur les points communs, mais on n’aborde que rarement les points faibles, on refuse obstinément toute forme d’indépendance d’esprit comme si celle-ci était l’œuvre d’un démon. « Louis, arrête d’écrire [insérer le sujet de mon intervention ici], tu divises le mouvement! » Imaginez la force d’un tel mouvement s’il suffit que votre humble serviteur puisse le diviser en écrivant quelques mots sur un clavier en plastique chinois. Les guerriers s’en vont au champ de bataille avec des pots à fleurs à la place de fusils, mais il ne faudrait surtout pas leur dire, de peur de diviser le mouvement.

En 1760 ou en 2010, on crève dans l’unité du mouvement et on est uni derrière le chef qui nous conduit à l’abattoir. Bêêêêê!

Division ou consolidation?

J’en ai vu, de ces soi-disant indépendantistes depuis un an ou deux. À leurs yeux, je divise le mouvement parce que je force ses membres à développer un discours cohérent. Je ne me contente pas de regarder le spectacle abrutissant des larmoyants appels péquistes hurlant « on veut un pays » à chaque convention où on a précisément parlé de tout sauf de cela. Je ne suis pas plus impressionné par leur unanimité que par leurs futiles slogans. À mes yeux, s’ils n’ont pas un discours cohérent, s’ils ne peuvent pas assumer les conséquences de leurs choix et accepter l’idée d’une rupture avec le passé et de gestes libérateurs – aussi libérateurs que le fut la Loi 101 à une époque où le Parti Québécois constituait autre chose qu’un parti de carriéristes utilisant l’indépendance comme d’un faire-valoir permettant la prise du pouvoir -, ils ne valent rien.

Ce n’est pas en scandant « on veut un pays » ou en organisant de pathétiques marches rassemblant une quinzaine de personnes qu’on contribue à libérer les Québécois. La libération, elle se construit d’abord dans le discours et dans la capacité à accepter qu’on ne peut pas changer la société… sans changer la société. C’est une vérité de La Palisse, mais on ne peut pas à la fois vouloir la survie du français au Québec et dénoncer avec véhémence quiconque aimerait en finir avec le sur-financement des institutions anglophones. On ne peut pas vouloir l’intégration des immigrants en français et traiter de raciste quelqu’un qui aimerait éliminer le réseau scolaire anglophone public (alors que c’est la norme partout au monde, précisément, de ne financer qu’un seul réseau dans la langue nationale). On ne peut pas prétendre représenter le bien-être du peuple québécois tout en s’enorgueillissant et en qualifiant d’ambassadeurs des gens qui vivent ici depuis dix et qui arrivent à peine à balbutier quelques mots dans notre langue. On ne peut pas accueillir plus de cinquante mille immigrants par année tout en souhaitant la survie de l’identité québécoise. On ne peut pas se déclarer indépendantiste en refusant toute forme de radicalisme dans la construction d’un État véritablement français en Amérique du Nord.

La pensée précède l’action et si on n’accepte pas l’idée que l’indépendance et la survie de la langue française constituent une rupture avec une façon d’agir qui nous a précisément mené au bord du gouffre, on est aussi bien d’abandonner dès maintenant.

Ainsi, quand des indépendantistes affirment vouloir éviter la division, ce n’est pas tant de l’éloignement de factions plus radicales du mouvement qu’ils ont peur, mais bien plus de l’éclatement de la baudruche de leurs idées non-cohérentes, non-abouties, et contradictoires. Ils craignent non pas de voir des clans rivaux s’entre-déchirer dans une guerre civile idéologique, mais plutôt de réaliser, devant le choc des idées, que leurs propres conceptions sont surannées. Ce n’est pas de gens comme moi qu’ils ont peur, mais plutôt de la faiblesse de leur propre argumentation.

Après plus de 200 ans d’une relative pauvreté intellectuelle où il fallait suivre scrupuleusement le curé de la paroisse, certains n’ont pas encore compris que la véritable libération commence dans les esprits et qu’ils ne pourront pas se prétendre indépendantistes tant qu’ils n’auront pas permis à leur pensée de devenir assez forte pour résister à toutes les tempêtes argumentaires, fier navire voguant vers une destinée radicalement différente.

Les penseurs, les débatteurs, les radicaux, les « ostineux », ne sont pas des ennemis divisant leur mouvement, mais plutôt les concepteurs de l’argumentaire qui permettra, demain, de voir fleurir leurs idéaux. Ce sont eux, les vrais indépendantistes, libres jusque dans leur pensée.

Ceux qui les briment et refusent de les écouter sous prétexte de détenir l’ultime vérité du « seul parti pouvant réaliser l’indépendance » ne font que répéter les réflexes de colonisés de leurs ancêtres et retarder le moment où les graines seront enfin semées, porteuses d’espoir pour le futur.

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19 Réponses

  1. La liberté, c’est avoir la volonté de répondre de soi. Nietzsche (1888)

  2. La référence à M. Major me semble toutefois fort inutile… Pauvre bougre.

  3. Je reçois et lis vos textes depuis environ un an déjà, et à chaque fois vous étalez vos idées tel autant de flèches, que dis-je, de missiles, …disons que pour autant qu’on sache lire, le message passe.

    En fait vous êtes si bon que si vous ne voulez pas vous lancer en politique, vous devriez quand même pouvoir vous mettre le Groupe TVA dans la poche et enfin éduquer les Québécois aux heures de grande écoute. Ça pourrait pas être pire que la %#¤! de Poule…

    Je crois avoir déjà lu que non, ça ne vous intéressait pas. Dommage. N’empêche que je ne comprenais pas pourquoi. Jusqu’à ce que j’arrive à la dédicace de ce dernier texte.

    J’ignore les circonstances ayant mené à un tel règlement de compte, ni si cette lapidation est justifiée ou justifiable, mais même en mettant le professionalisme de côté il aurait sans doute été plus sage de simplement généraliser la dédicace à tous ceux qui présentent de tels symptômes, ou mieux, d’écrire un texte sur ces symptômes et à nous présenter un antidote… Quitte à lui dédier personellement un lien public sur Facebook, si c’est là l’origine du compte en souffrance.

    Donc je seconde Louise sur son deuxième commentaire, et je compends maintenant à quoi vous sert le couvert du média underground. Ceci dit, jamais depuis que je lis vos textes, il me semble n’avoir lu d’attaque directe à un internaute ou à un [soit-disant] souverainiste en particulier et en tant que colonisé qui considère vos textes comme une sorte de thérapie de décolonisation, j’espère continuer de lire votre prose corrosive encore longtemps, et quand je voudrai m’abrutir d’insipides disputes entre internautes, j’irai sur les forums de discussion des groupes souverainistes sur Facebook. Pas que la fameuse dédicace en soit à ce niveau, mais c’est sans contredit dans cette direction qu’elle se dirige.

    PS – Désolé pour le pseudonyme en langue supérieure (sic), j’écoutais un bon groupe québécois – Pink Floyd, et j’ai pas pu m’empêcher…

  4. *d’écrire un texte sur ces symptômes et *de* nous présenter un antidote…

  5. Vous avez tous deux raison. Je mérite beaucoup mieux que de patauger dans les bas-fonds du mensonge, de la manipulation, de la haine et des règlements de compte personnels. J’ai effacé ma dédicace. Je me libère de ces poids-morts qui cherchent à m’entraîner dans leur royaume de médiocrité.

  6. « Je me bats pour une virgule jusqu’à la mort s’il le faut, car si cette virgule doit être honorée d’une bataille épique, qu’elle le soit et qu’on ramasse les cadavres par la suite. C’est laid, ça pue le sang, la sueur, la terre, et la chaux de quelques paroles réconfortantes ne réussit que rarement à apaiser la violence du choc des idées. »

    Ne change surtout pas ça!

  7. Bon texte, mais je remarque une contradiction. Vous dites qu’on ne devrait pas critiquer un exellent chroniqueur comme vous, mais vous vous laissez aller à détruire M. Major sans retenue.

    Il n’y a rien de mauvais d’aller manifester à 15 personnes, pas plus qu’être le seul excellent chroniqueur dans votre genre. Car oui, il n’y en a pas des tonnes, des chroniqueurs comme vous.

    De plus, si l’on parle du même M. Major, chef de la Milice Patriotique du Québec, je crois que vous lui devez des excuses. M. Major est plus qu’un soldat ordinaire dans la lutte que nous menons pour l’indépendance du Québec.

    Parmi les louanges que je vous donne régulièrement, je n’ai eu que deux critiques: celle d’aujourd’hui et celle de l’autre jour lorsque vous avez réglé vos comptes avec les membres du RRQ.

    N’agissons pas en colonisé en critiquant ceux et celles qui travaillent pour notre pays, tout comme ceux et celles qui vous ont critiqué. Vous êtes excellent, M. Major est excellent, nous sommes excellents et nous le ferons enfin notre pays!

    Daniel Roy, C.A.

  8. De plus, je crois que l’on ne peut aborder le thème de la division sans parler du vote. Je vous fais alors une suggestion pour une prochaine analyse de votre part. Pourriez-vous éclairer vos lecteurs et surtout nos députés, afin qu’ils éclairent à leur toute la population, à ne pas diviser les votes aux élections, afin d’accélérer le processus d’accession à l’indépendance du Québec.

    Daniel Roy, C.A.

  9. Des excuses personelles à M. Major, peut-être. Des excuses publiques, pas sûr. Lui demander de s’excuser pour tel ou tel propos tenus dans le style virulent qu’apprécient ses lecteurs revient à le forcer à se « watcher » pis à pas trop être méchant, …ce qui dénaturera l’auteur, d’autant plus que la dite attaque (désormais dissimulée entre les lignes), prise dans son contexte, sert à appuyer l’argumentation et n’a donc rien d’une attaque gratuite – si on parle bien du corps du texte et non pas de sa défunte dédicace.

    L’idée d’un blogue c’est qu’en cas de désaccord avec le texte du billet, on l’exprime dans la section ‘laissez un commentaire’, et on s’arrange pour appuyer nos points de vue d’arguments solide tout en s’efforçant de démolir ceux (les arguments) qui nous contredisent. Ensuite on peut se forger une opinion qui tient compte de tous les points de vue et tout le monde (sauf les bornés) en ressort enrichi. S’excuser pour ce qui peut être écrit entre les lignes est contre-productif.

  10. Et j’aimerais qu’on m’explique en quoi consiste la division du vote. Si le PQ est trop frileux, que l’ADQ n’en a rien à foutre, que QS n’a aucun plan et que tous les autres acteurs rassemblent une minorité insignifiante du vote souverainiste, il faut le mettre où son X au juste? C’est pour ça que c’est le PLQ qui est rentré « les deux mains sur le volant » un certain début du mois de décembre 2008?

    Avant de penser à la division du vote souverainiste, va falloir que les souverainistes finissent par savoir ce qu’ils veulent.

    Tant qu’à moi c’est « game over ». Ah, je voterais bien pour un oui, mais on est pas à la bonne étape ou j’sais pas trop, y’a pas les fameuses conditions gagnantes, et blablabla. On est foutus, c’est ça le constat. We’re done. Well done. Domaj kom kon di.

  11. Wow j’avais l’impression de lire un commentaire que j’aurais pu écrire 🙂 Je pense comme toi que c’est foutu pour la séparation et par la même occasion pour le français. Je suis comme toi s’il y a un référendum un jour je voterai oui car je trouve que c’est la seule façon de protéger la langue mais j’irais élever mes enfants dans un autre pays par contre….

  12. À lire les commentaires, je réitère la pertinence d’écrire un article sur la division des votes.

    Personnellement, c’est évident. Le P.Q. n’est pas aussi radical que je l’aimerais, mais c’est un parti qui veut faire l’indépendance et c’est le parti avec le plus de chance d’emporter les élections. C’est pourquoi j’ai toujours voté P.Q. et que je continuerai à voter P.Q..

    À nous de montrer que l’on veut l’Indépendance et le P.Q. va se presser. Louis faisait référence aux manifestations de 15 personnes pour l’indépendance. Et bien, c’est un peu plus que la moyenne des gens que j’attire quand je fais des manifestations pour l’indépendance. Mais les petites manifestations donnent des idées aux gros joeurs. C’est comme ça que Libre marcheur a eu son idée de la Marcher. Et un jour, les partis politiques, les syndicats et les associations étudiantes auront le goût à leur tour de suivre les petits qui manifestent en organisant des manifestations de plus grandes envergures.

    Les chiffres prouvent que la division des votes avec Q.S. a fait perdre quelques comtés au P.Q, juste assez pour avoir ou approcher la majorité présente à l’Assemblée. La division des votes avec l’ADQ l’a été encore plus. Même chose avec le Parti vert. Ce que nous voulons c’est un pays qui respectera toutes les couches de la société (P.Q.), les travailleurs (Q.S.), l’environnement (P.V.) etc. Alors, il faut se dire que l’Indépendance passe avant tout et faire une coalition de partis ou une coalition de votes.

    Les journaux anglophones ne se gênent pas pour dire: « Anglophones et allophones, votons intelligemment, votons tous Libéral de façon à empêcher les séparatistes de l’emporter. »

    Pourquoi est-ce que nous ne pouvons pas voter intelligemment?

    Daniel Roy, C.A

    P.S. La division des votes veut dire aussi la division des forces vives et des énergies. C’est un cercle vicieux au plus grand plaisir de nos adversaires.

  13. La division des votes à mon point de vue indique la non priorité pour le peuple du sujet de l’indépendance. Peut-être ne comprennent-ils pas que le Québec dans le Canada c’est un « Quebec » anglophone dans quelques générations?
    Je ne veux surtout pas qu’on pense que je suis indépendantiste (je le répète pour les gens qui n’ont jamais lu mon opinion, je souhaite un Québec anglicisé) mais j’ai l’impression que bien des gens ne sont pas conscient de ce qui leur pend au bout du nez et je trouverais dommage que l’anglais arrive « par accident » et non par choix.

  14. Veuillez oubliez la référence à la MPQ, je me suis trompé de personne. Mais mon commentaire tient toujours. Toute manifestation pour le pays est bonne, si ce n’est que pour donner le goût aux autres de manifester.

  15. Relèveront-ils le gant ?

    Réponse à Mathieu Bock-Côté et à Louis P.

    On voit bien, dit-on, la paille dans l’oeil de son voisin mais pas la poutre qui est dans le sien.

    « Le colonisé », le porteur de la « maladie du mépris de soi » Messieurs Préfontaine et Bock-Côté, c’est vous. Le dépouillé de toute élite nationale, de toute culture ancestrale, de toute tradition religieuse ; le dépossédé du génie de sa propre langue, de la connaissance de son histoire, du respect du sacré et des choses anciennes, c’est vous. Le pauvre type qui crache sur ses ancêtres à qui pourtant il doit le peu de dignité qui lui reste, qui crache sur les Canadiens-Français comme on lui a appris à le faire, parce que c’est bien vu, parce que c’est convenable, parce que c’est bien plus simple ainsi, c’est vous. C’est vous qui agissez au « mépris de soi », c’est vous le « colonisé » comme le sont tous ceux qui ont grandi dans la québécitude et qui en restent prisonniers, comme tout ceux qui croient naïvement que faire l’indépendance du Québec revient à faire l’indépendance de la « majorité francophone », comme tout ceux qui se satisfont de ne plus former que cette foutue majorité francophone.

    Je vous le répète, Messieurs Préfontaine et Bock-Côté, vous cherchez une chose et son contraire : devenir Québécois ne pouvait nous donner le courage de l’indépendance, car devenir Québécois, c’était désirer notre propre « dénationalisation », c’était accepter de mourir lâchement, c’était précisément verser dans ce discours multiculturaliste débilitant « d’unité, d’accommodement, d’ouverture, de tolérance » que vous dénoncez. Car pourquoi donc aurions-nous refondé notre identité sur l’occupation d’une province et l’usage d’une langue plutôt que sur notre nationalité séculaire si ce n’était pour parer à toute critique d’ethnocentrisme ou de racisme, pour acheter d’avance la paix en facilitant notre intégration avec les anglophones et tous les autres à une citoyenneté commune, et cela, avant même d’assurer notre souveraineté politique ?

    N’est-il pas vrai que pour devenir Québécois, il a fallu éteindre en nous tout sentiment national véritable, notamment en sabotant l’enseignement du français et de l’histoire, de même qu’en reniant l’oeuvre salvatrice de notre Église, qu’il a fallu ainsi agir de manière à nous rendre indifférents voire étrangers à tout ce qui, dans notre culture et notre patrimoine, n’était pas moderne ou contemporain ? N’est-il pas vrai que pour être de bons Québécois il a fallu garantir la supériorité de l’anglais en élevant les « Canadians » du Québec au rang de minorité nationale fondatrice (dûment sur exposée, sur financée et sur protégée) et que finalement, il a fallu nous convaincre du bien-fondé moral d’une immigration débridée ?

    Non ? Mais bien sûr que si ! Et ayez donc l’honnêteté d’admettre que ce sont les péquistes et libéraux « québécois » qui sont co-responsables de ce gâchis, pas les Canadiens-Français. Car le Canadien-Français avait une histoire, une culture, une tradition religieuse bien à lui. Le Canadien-Français savait au plus profond de ses tripes qu’il ne pouvait être anglophone et qu’en le devenant, il perdait sa nationalité. Le Canadien-Français avait surtout pleine conscience de la précarité de son existence nationale -de sa survivance- et il n’était assez stupide pour s’imaginer que l’indépendance d’un Québec pluraliste allait tout régler comme par enchantement. Et pour cause, parce que dans les années 1960 notre nationalisme était enfin libéré de l’illusion délétère selon laquelle faire l’indépendance du Canada bi puis multiculturel signifiait faire l’indépendance des Canadiens-Français.

    Ne comprenez-vous pas que nous sommes insidieusement retombés dans le même panneau ?

    On doit juger un arbre à ses fruits, or les fruits de la québécitude vous sont, à vous Messieurs comme à moi, bien amers. À partir de là, on fait quoi ? On continue à pontifier du haut de sa tour, on continue à colporter les pires préjugés contre ses ancêtres, on continue à s’illusionner sur la québécitude de saint René ou sur celle de saint Lucide, à ergoter sur la finalité de la Loi 101 ou sur celle du PQ ; bref, on poursuit ses petites ambitions en flattant nos pauvres aînés et en ne remettant surtout pas en cause leur « Magnum Opus »… ou bien on commence à regarder la réalité en face et à agir en conséquence ?

    RCdB

  16. Voilà une jolie réplique M. ou Mme RCdB (qui m’a même fait penser à du Pierre Vadeboncoeur). Ce soir, je suis tombé sur la présente page un peu par hasard et je dois dire qu’elle m’a fait bien plaisir. En fait, je lisais la chronique de M. Préfontaine concernant la corruption à l’hôtel de Ville de Montréal. C’est un vieux texte, mais il demeure pertinent. Son présent texte me plait également, malgré son petit côté vaguement vindicatif.

    Personnellement, je suis très inquiet face à l’avenir de notre nation en perpétuel rétrécissement et face à la faiblesse et à la haine de soi que je ressens parfois face à tout cela, je ne peux me résigner à continuer d’aimer et de chérir mes origines. Longtemps j’ai détesté passionnément les fédéralistes du Québec et tous ceux qui s’opposaient à l’émancipation de notre peuple. J’ai toujours trouvé, depuis mon plus jeune âge, que l’extinction d’un peuple ou une culture était un phénomène éminemment triste. Et quand il s’agit de son propre peuple, c’est une partie de nous-mêmes qui se meurt. La formidablement énergie émancipatrice qui était sur le point d’éclore la veille du référendum de 95 (je crois qu’elle était dix fois plus puissante qu’en 80) s’est retourné contre nous-mêmes et même si cela fait maintenant 15 ans, nous continuons encore d’en subir les secousses destructrices (je pense à cette déchéance de la classe politique et de l’administration publique, ainsi qu’à l’état lamentable d’une frange alarmante de notre jeunesse dans la rue…). Or, notre traumatisme collectif de colonisé (qui soit dit en passant date davantage à mon avis des événements de 1837-38 que de 1763) nous pousse toujours à nous tirer l’un sur l’autre et ce, particulièrement chez les plus conscients d’entre nous. Je me souviens de Jacques Ferron qui s’en prenait violemment à Lionel Groulx parce que ce dernier avait essayé d’inventer des faux héros pour mousser la fierté nationale des jeunes, alors qu’en même temps, il escamotait délibérément les vrais héros comme le Dr Chénier (il craignait de susciter la haine et la violence). Bien sûr, Ferron n’avait pas tords, mais pourquoi s’acharner sur Groulx qui, par ailleurs était d’évidence un passionné défenseur du peuple québécois. Pourquoi ne s’était-il pas simplement contenté de faire justement mieux connaître Chénier? Non, et d’ailleurs sa pièce de théâtre qui mettait en vedette le célèbre docteur (Les grands soleils), ne parlait pas du tout de Chénier, pas plus que des patriotes.

    Oui, nous devons exprimer et développer nos idées, c’est vrai. Mais il ne sert à rien de se démolir mutuellement. Aujourd’hui je suis convaincu que les Québécois sont tous atteints, d’une façon ou d’une autre, par le traumatisme de la colonisation. Ils le sont d’autant plus que la source du trauma est essentiellement oubliée. D’ailleurs, lorsque l’origine d’un traumatisme est clairement identifiée, la guérison n’est plus très loin. C’est pourquoi nous avons toujours été si partagés face à notre avenir. Lors des deux derniers référendums, les indépendantistes et les fédéralistes dansaient une sorte de ronde où chacun jouait un pas en harmonie avec l’autre. L’un avançant tout en sachant que l’autre reculerait et inversement. L’un faisant peur à l’autre, le second encourageant le premier à lui faire encore plus peur et ainsi de suite dans une mascarade où chacun sait, au fond de lui-même, qu’il n’y a au fond pas trop de risque à tourner en rond. Je ne dis pas que nous sommes tous une bande d’inconscients, mais avouons que la réalité n’est pas très éloignée de ça. Le mouvement indépendantiste québécois a toujours été, depuis le début, porté avec beaucoup de superficialité, à la manière d’un quelconque article de mode. L’indépendantiste et le fédéraliste québécois, c’était et c’est encore un peu la même personne, qui ne diffère qu’au niveau de sa conscience de la survie. Les deux souffrent du même mal du colonisé et ne font que réagir différemment. Il faut sortir du cercle et réaliser que cette colonisation est depuis longtemps d’abord et avant tout dans nos têtes et dans nos tripes avant même d’être dans le cadre constitutionnel ou structurel du pays. Par conséquent, au-delà de tout engagement politique, ne serait-il pas plus urgent de nous consacrer à nous libérer une fois pour toutes de ce traumatisme ?

    Pour ce faire, nous devons d’abord reconnaître son existence et ensuite, chercher à comprendre sa source.

  17. Votre texte est bien long et n’apporte pas grand chose a la discussion à mon humble avis. Vous devriez apprendre à être plus concis 🙂

  18. Attention: Troll a tribord!

  19. Rien à voir avec un Troll, J’ai fait mon choix et je trouve que ce serait important que tout les Québécois fassent leur choix en ayant en tête les conséquences.
    En gros les québécois à mon avis doivent se séparer ou changer de langue (ou changer drastiquement le système de gouvernement….)

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