Le poids réel de la « minorité » historique anglaise

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

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J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.

En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.

J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))

Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.

Soyons cohérents!

Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.

En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.

Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux

Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.

Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.

Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.

En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.

De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?

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13 Réponses

  1. […] This post was mentioned on Twitter by ToileBec and ToileBec, Louis P.. Louis P. said: Le poids réel de la « minorité » historique anglaise https://ledernierquebecois.wordpress.com/2010/08/12/minorite-historique-anglaise-sur-financement […]

  2. Vous vous contredisez ici, monsieur:

    « Le Québec est français. »

    et puis…

    « À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques »

  3. D’accord. Alors, vous admettez que le Francais, selon la loi 101, est la langue officielle du Quebec. Et en meme temps, vous admettez que les Francophones ne forment qu’une moite de la population Montrealaise, et 4/5 de la population Quebecoise. Alors, vous confirmez que la loi 101 ne reflete pas la realite, surtout a Montreal. Puis les efforts pour conformer la realite aux exigences de la loi 101 ne sont qu’une forme de la “ingénierie sociale”…

  4. La plupart des nations ont des minorités historiques. Et la plupart cherchent, par soucis de cohésion sociale, à les intégrer à la majorité, c’est légitime.

    La Loi 101 représente la réalité à atteindre: un Québec français, à l’image de la Russie russophone, de l’Allemagne germanophone, de l’Angleterre anglophone, de l’Espagne hispanophone. Un peuple avec une langue unique ayant son propre pays: c’est cela la normalité. Pour le moment, le Québec est français selon la Loi, mais il le deviendra selon l’usage.

    Or, tant que nous sur-financerons les institutions anglophones, nous n’arriverons pas à atteindre cet objectif. Pire: nous reculerons.

    Je vous invite à vous joindre à notre combat pour protéger ce petit peuple qui représente à peine 2% de l’Amérique du Nord et dont la survie permettra d’assurer la diversité culturelle mondiale et la pluralité des expressions humaines.

    Bonne journée.

  5. Et quels sont les droits aquis de ce 5,4% d’anglophones au juste?

    Quand ça fera 400 ans qu’ils se battrons pour être reconnu, alors j’envisagerai de le faire. Gageons que leurs portefeuilles les en garderons.

    Ce sont des envahisseurs, et leur meilleur argument est que nous aurions été vaincu par eux. Vrai ou non, quelle importance? L’Inde aussi a été vaincue. On attend encore l’Inde anglo-saxon blanche, «Dieu sauve la Reine». Qu’attendent-ils pour aller les harceler avec ça?

    Il est si facile de se défendre contre les anglophones du Canada, tellement ils n’ont rien pour eux ni dans leur histoire, ni dans la légitimité moderne de leur monarchie, que je vais finir par accuser mes concitoyens de traîtres et de vendus.

  6. Les anglophones ne sont pas notre problème, ce sont les collabos de fédéralistes Canadiens Francais qui sont responsables de leur propre assimilation et qui sont toujours les premier a mépriser l’affirmation nationale des Québécois!……….
    Après plus de 30 ans de combat politique pour l’indépendance je réalise aujourd’hui que cette collaboration des Canadiens Francais est la principale source de nos débats interminables sur la langue et l’autodétermination du peuple Québécois.
    Je suis animateur radio et vous seriez surpris de constater le nombre de CD qui nous sont envoyé par des colons de Canadiens Francais qui s’obstinent a chanter en anglais.
    Tous les programmeurs de festivals au Québec sont sollicité par ces artistes francophone qui veulent obstinément chanter en anglais.
    Le gouvernement de Jean Charest est-il entrain de financer l’assimilation des artistes francophone du Québec?
    Je pense qu’il est temps d’exiger que nos artistes francophones chantent en francais dans nos festivals sans pour autant empêcher les véritables anglophones.
    Nous sommes les seules responsables de notre assimilation en acceptant que les Canadiens Francais méprisent l’affirmation francophone des Québécois.

  7. Il y a aussi une autre abomination soit la surreprésentation de la minorité canadian-québécoise.

    Une analyse comparative entre Israël et Québec pour l’impact démographique de la représentation électorale de la minorité arabo-israélienne (17%) et la minorité canadian-québécoise (5.4%). A peine quelques députés pour les arabo-israéliens.

    Une réforme de la carte électorale s’impose pour réduire à 80 le nombre de comtés pour qu’il soit représentatif que 94.6% ne sont pas de la minorité canadian québécoise.

    L’issu du référendum de 1995 et les résultats des dernières élections auraient été différents jouxté avec une carte d’identité soit la carte d’assurance maladie qui est universel avec un identifiant comme l’œil.

  8. Fait attention avec le financement par la population Louis. N’oublies pas que dans les 1840, les canadiens-anglais n’étant pas nombreux au Canada, ne voulaient pas du « rep by pop »; ils voulaient rester aux même nombres à l’assemblée nationale, ce qui a provoqué la colère chez les canadiens-français.

    Quand les canadiens-français sont devenus moins nombreux que les canadiens-anglais, soudainement ces derniers ont été en faveur des revendications des c-f et ont accordés le « rep by pop » en 1867.

    Et bien ! Tes revendications en faveurs d’un financement en proportion de la population me fait penser à cela. Que va-t-il arriver si un jour, je dis bien un jour, les francophones deviennent minoritaire face aux anglophones ? Tu vas te mordre les doigts d’avoir proposer ceci.

    Et puis, si on se fie à ta logique, ce n’est même pas un hôpital que tu aurais donné aux anglophones(dans le cas du méga-centre hospitalier), mais une cabane en bois rond avec des lits de campagne. C’est ça le financement par population que tu proposes.

    @Régent: Parce que selon toi je suis fédéraliste, je ne suis pas québécois ? Parce qu’on aime le Canada et le Québec de la même façon, on est des traitres ? C’est à cause de gens comme toi que je n’ai pas le goût de devenir souverainiste. Saches que je suis avant tout Québecois, ne t’en déplaises. Mais j’aime aussi le Canada et je ne veux pas quitter ce beau pays.

  9. Nous dépensons 37 millions pour financer des laveurs de vaisselles faux réfugiés d’ex-colonies anglaises, pourquoi ne pas recruter en France, Suisse, Wallonnie(Belgique) et offrir aux familles 60,000$ pour ceux qui peuvent démontrer dans le pays d’origine la maîtrise du français et qu’ils correspondent au besoin de main d’oeuvre du Québec. (les Pays-Bas exigent la maîtrise du néerlandais et détenir un emploi à partir du pays d’origine)

    Pour les faux réfugiés que le Canada nous imposent; il suffit de les localiser dans un centre de formation linguistique (comme en Allemagne dans une ancienne base militaire ) et leur verser l’aide sociale s’ils participent à ce processus).Sinon rien.

    Actuellement il suffit de présenter un vulgaire papier d’immigration canada (immm 1000)pour collecter un chèque de 1,800$ et votre premier chèque d’aide sociale, ^piller les fonds de l’aide juridique en attendant d’être (à 85%)expulsés dans un délai de 2 ans et imposer l’anglais en travaillant au noir au personnel y compris la pauvre serveuse québécoise qui elle doit déclarer ses revenus et payer pour ce pillage.

  10. « Un peuple avec une langue unique ayant son propre pays: c’est cela la normalité. »

    La « normalité », c’est une affaire tres relative et subjective, evidemment…

    Pourquoi pas l’anglais, ou une des langues autochtones? Elles sont des langues legitimes de cet endoroit geographique qui s’appelle le Quebec, n’elles-sont pas?

  11. […] qui ont décidé de ne financer que l’éducation publique dans la langue nationale, alors que nousfinançons davantage l’éducation des anglophones que la […]

  12. […] ça ne marche pas, surtout quand les cégeps anglais, devant théoriquement s’adresser à une minorité historique anglaise formant 5,4% de la population, reçoivent près de 16% du budget total alloué au réseau […]

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