Laval

« Regarde par la fenêtre: Laval, c’est laid comme ça ». Nous étions assis, ma copine et moi, au Amir du tout nouveau « Quartier Laval », près du métro Montmorency. Devant nos yeux, tout ce qui ne fonctionne pas à Laval. Entre deux bouchées, entre deux couches de peinture au nouvel appartement, nous apparaissait toute la fausseté de Laval.

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D’abord, le « Quartier Laval », sorte de gros centre d’achat extérieur où les boutiques sont agencées pour donner l’impression de rues de village, avec des commerces aux grandes vitrines, les stationnements parallèles et les vastes espaces piétons. Devant nous, d’ailleurs, végétait une vaste place d’une dizaine de mètres carrés avec un immense trottoir menant absolument nulle part. Vous voyez l’idée: vous prenez le trottoir, et rendu au bout, soudainement, il y a de l’herbe à poux, des roches et de la boue. C’est ça Laval.

L’autre côté du boulevard Corbusier, mur de Berlin de six voies de large, on apercevait un autre terrain vague, immense balafre au coeur de ce qu’on voudrait appeler centre-ville. À côté, des condos, des boutiques, encore des boutiques. Et des rues, et du béton. Et des stationnements, que des stationnements.

Carrefour Laval, Place Laval, Centre Laval, Quartier Laval; vu des airs, on dirait que le centre de cette ville qui n’aurait jamais dû en être une est un vaste stationnement. Était-ce l’idée que se faisaient nos élus lorsqu’ils ont fusionné les quatorze municipalités de l’Île-Jésus en 1965? Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve?

On appelle cela le progrès. Exactement comme pour le Quartier 10/30, à Brossard, on construit des commerces au milieu des champs et on prétend créer de l’activité économique. Non, pire: on prétend créer de la richesse.

Or, rien ne se perd, rien ne se crée. Ce n’est pas parce qu’on construit deux cents magasins que les gens vont acheter davantage. Ce centre-ville de pacotille que cherche à se créer Laval, il se bâtit sur le dos des boutiques de quartier. Combien de commerces fermés peut-on observer sur le boulevard des Laurentides? Et sur le boulevard Cartier, véritable allée mortuaire du commerce de détail? Le Tim Hortons, fermé. Les centres d’achats sont soit à moitié vides ou sont occupés par des églises évangéliques du genre « on prend le Seigneur pour emporter ».

Avant, il suffisait de marcher pour faire ses courses. Aujourd’hui, il faut prendre la voiture et aller downtown, car c’est bien là la langue utilisée dans ce centre-ville en carton. Avant, l’employé allait travailler à pied; maintenant il faut prendre la voiture. Tout, absolument tout dans ce centre-ville nécessite la voiture. À Laval, si tu n’as pas de bagnole, tu es un sous-homme. Pouvez-vous croire que j’ai vu une Chevrolet Cavalier avec un aileron et un silencieux du genre « je veux qu’on entende mon moteur de souffleuse jusqu’à Chibougamau »? Et tant pis pour la pollution! Et tant pis pour la qualité de vie.

En fait, le gros problème de Laval, c’est que la ville semble encore, quarante-cinq ans plus tard, à essayer de justifier son existence. Elle tente de se donner une image, de se centraliser. Elle ne réalise pas que sa plus grande richesse réside précisément dans ses quartiers, les anciennes villes auxquelles les citoyens sont restés fidèles. Car avant d’être Lavallois, on vient de Sainte-Rose, de Vimont, de Laval-des-Rapides. On n’est pas fier de Laval; on est fier de son quartier.

Au lieu de gaspiller les ressources financières de la ville pour chercher à se créer un centre qui ne pourra jamais véritablement exister autrement que de manière artificielle, la ville ferait peut-être bien de revaloriser ses quartiers, de redévelopper des secteurs qui forment autant de centres-ville naturels qu’on a délaissés pour l’illusion d’une croissance économique factice bâtie sur de fausses promesses et du bitume inutile.

Car dans un futur où le prix de l’essence ne peut qu’augmenter, construire une ville autour de la voiture apparait constituer un choix plus que hasardeux…

Après vingt années avec Gilles Vaillancourt à l’hôtel de ville, du sang neuf serait peut-être nécessaire.

Et si on bâtissait une ville à hauteur d’homme – et non de voiture – dès maintenant?

Dans deux semaines, je serai un citoyen de Laval-des-Rapides. J’espère, un jour, pouvoir être assez fier de ma nouvelle ville pour me considérer Lavallois. Mais quels changements d’ici là!

10 Réponses

  1. Le problème que vous ne semblez pas réaliser est que Laval n’est pas un concept mais plutôt tel une maison: un endroit pratique pour y vivre.

    Vous avez évidemment droit à vos opinions mais vous devez réaliser que pour la très grande majorité des Lavallois, l’esthétique n’est pas vraiment un besoin. Ce qu’ils demandent de leur ville est un endroit où vivre paisiblement ( et l’esthétique est dans la demeure et non dans le boulevard d’à coté ) et en même temps pratique.

    «Devant nous, d’ailleurs, végétait une vaste place d’une dizaine de mètres carrés avec un immense trottoir menant absolument nulle part. Vous voyez l’idée: vous prenez le trottoir, et rendu au bout, soudainement, il y a de l’herbe à poux, des roches et de la boue. C’est ça Laval.»
    Et bien oui, c’est cela Laval: un ville en pleine expansion, une ville qui prévoit grandir encore plus. Un ville qui planifie donc des trottoirs sans les réaliser avant le besoin réel. Cette accusation qu’il y ait des roches et de la boue au bout d’une artère en expansion est trop facile. C’est quoi le problème de planifier à plus long terme ?

    «Était-ce l’idée que se faisaient nos élus lorsqu’ils ont fusionné les quatorze municipalités de l’Île-Jésus en 1965? Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve?»
    Come-on, c’est un argument d’écolo ceci. En quoi Montréal a le droit d’exister sur ces fameuses terres et pas Laval ?

    «Or, rien ne se perd, rien ne se crée. Ce n’est pas parce qu’on construit deux cents magasins que les gens vont acheter davantage. Ce centre-ville de pacotille que cherche à se créer Laval, il se bâtit sur le dos des boutiques de quartier. Combien de commerces fermés peut-on observer sur le boulevard des Laurentides? Et sur le boulevard Cartier, véritable allée mortuaire du commerce de détail? Le Tim Hortons, fermé.»
    Tout ceci est bien faux.
    Premièrement, votre analyse insinue que les centre d’achats sont apparus, puis les boutiques de quartiers ont fermés et que donc les citoyens ont du se tourner vers ces centres d’achats. Tout ceci est bien faux ! Ces centres d’achats existent parce que les Lavallois ( et des milliers de citoyens de Montréal ) en veulent. Ces gens, ne vous en déplaisent trouvent plus pratique de prendre leur auto et d’aller dans un centre d’achat que d’aller dans les boutiques de quartier. Que l’on aime ou non, c’est le consommateur qui décide, le citoyen. Ces commerces fermés que vous dénoncez, c’est ce que j’appelle l’évolution, la dynamique d’une société.
    Que voulez-vous ? Que le Tim Hortons soit forcé à rester ouvert ? Que les Lavallois soient obligés à y consommer quelque chose de temps en temps ?
    Si ce Tim Horton est fermé, c’est qu’il n’était plus rentable. Il a plus que probablement réouvert ailleurs. Et bientôt, cette bâtisse sera utilisée pour une autre vocation ou sera démolie pour faire place à un autre de ces commerces que vous détestez tant…

    «On appelle cela le progrès. Exactement comme pour le Quartier 10/30, à Brossard, on construit des commerces au milieu des champs et on prétend créer de l’activité économique. Non, pire: on prétend créer de la richesse.»
    Et bien oui, c’est le progrès, et oui, c’est de la richesse.
    Pourquoi, parce que des gens trouvent plus pratiquent, utile, ou quelle que soit leur motivation d’aller vers de tels centres. Autrement, ceux-ci n’existeraient tout simplement pas.
    Qui peut avoir la prétention de définir ce qui est plus pratique, plus utile pour un citoyen ? Vous n’aimez pas, soit… mais eux, ils en veulent ! Qui dit vrai ?

    «En fait, le gros problème de Laval, c’est que la ville semble encore, quarante-cinq ans plus tard, à essayer de justifier son existence. Elle tente de se donner une image, de se centraliser.»
    Faux, Laval n’a pas cette prétention. Elle «est» simplement. Elle est à l’image de ce que ces citoyens en veulent et non à l’image d’un concept imposé. Et non, Laval n’a aucun problème d’existence, c’est plutôt les citoyens de Montréal qui ont de la difficulté avec l’existence de Laval.

    «Elle ne réalise pas que sa plus grande richesse réside précisément dans ses quartiers, les anciennes villes auxquelles les citoyens sont restés fidèles. Car avant d’être Lavallois, on vient de Sainte-Rose, de Vimont, de Laval-des-Rapides. On n’est pas fier de Laval; on est fier de son quartier.»
    Oui, certains quartiers ont encore une âme de village sur l’on peu dire.
    Mais la majorité des Lavallois n’ont rien à foutre de la fierté de leur ville… Tel ces horribles individualiste (…), ils vous dirons: «non! Ca c’est mon voisin. Ma maison, c’est celle-ci et j’en suis fier. Mon voisin, c’est pas moi… »

    «Au lieu de gaspiller les ressources financières de la ville pour chercher à se créer un centre qui ne pourra jamais véritablement exister autrement que de manière artificielle, la ville ferait peut-être bien de revaloriser ses quartiers, de redévelopper des secteurs qui forment autant de centres-ville naturels qu’on a délaissés pour l’illusion d’une croissance économique factice bâtie sur de fausses promesses et du bitume inutile.

    Car dans un futur où le prix de l’essence ne peut qu’augmenter, construire une ville autour de la voiture apparait constituer un choix plus que hasardeux…»
    Et bien, c’est peut-être cela la force de Laval: un ville bâtie sur le présent, pour les besoins présents des citoyens, selon ses valeurs…

    «Et si on bâtissait une ville à hauteur d’homme – et non de voiture – dès maintenant?»
    C’est cela qu’il faut accepter: que la société soit bâtie selon les besoins et les valeurs des gens au présent et non selon l’anticipation des valeurs futures.

    Ce Montréal que vous semblez apprécier tellement plus que Laval n’a certainement pas été bâtit avec une vision du futur. Il a été bâtit avec les besoins et préférences du moment.
    Le résultat n’est pas si pire… pourquoi est-ce que Laval sera différent dans 100 ans ?

  2. Ce que j’apprécie de ton texte Louis, c’est ta fermeture d’esprit. Juger une ville par un milliardième de ce que tu as vu. C’est comme juger une race en te basant sur un seul individu.

    J’aurais pu faire le même texte tout en sortant du métro Longueuil. C’est un texte urbaniste fait par et pour des urbanistes. Une personne qui ne sortira de Montréal que pour aller faire du vélo sur les pistes cyclable de l’ile Charron, pour t’émerveiller de la nature, avant de retourner dans tes immeubles en briques rouges pour admirer la vue des piétons qui attendent en ligne l’autobus.

    Ce qu’il a de bien à Laval, et la banlieue en général, c’est que la tranquillité est à notre porte, et la nature est sur notre terrain. Oui bien sur, on doit payer pour ça, mais qu’importe, parce que j’ai la paix.

  3. Ton texte m’a rappelé une vieille joke un peu vulgaire:

    Moi, je connais une fille à Laval, son chum lui vient d’Anjou…

    (Excusez-la)

  4. Pourquoi avoir choisi Laval-des-Rapides ? Il y a encore de jolis coins : Ste=Rose, Ste-Dorothée, Laval-sur-le-Lac, si on en a les moyens….

  5. Effectivement, Laval, entre la 19 et 13, c’est assez moche.

    Effectivement, Laval, entre de la Concorde et la 440, c’est très laid.

    Laval, comme la Rive-Nord, souffre d’un manque de vision régionale dans son développement à long temre.

    On dirait qu’on y développe à la « va comme je te pousse », toujours un peu plus loin, toujours où l’autoroute nous mène, de nouveau développement en nouveau développement.

    Espace urbain discontinu, autoroute-frontière, perte de sens, perte d’identité.

    Bon texte Louis, si tu veux apprécier ta nouvelle ville, va longer la Rivière-des-Mille-Iles, le vieux Ste-Rose c’est beau et on y mange très bien.

    Je te conseille les Menus-Plaisirs, mon meilleur resto à vie!!!

    La cave à vin te plaira!

    FP

  6. « Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve? »

    Faut croire. Apres avoir vu montreal faire d’enormes erreurs d’urbanisation … ils se sont dits : « on va faire pareil ! »

    Laval cité dortoir, ville laide et moche (sortie des vieux coins de laval : Ste=Rose, Ste-Dorothée, Laval-sur-le-Lac ). Avec en prime un Vaillancourt-mafieux-rouge.

    Laval ce n’est pas que de la boue et des graviers, des rues sans trottoirs, c’est aussi les odeurs de graillons des dizaines de resto qui empestent des quartiers au complet, des zones vides et sinistres, des autoroutes et voies rapides qui séparent l’ile jesus en section etanches, des quartiers sans âme, le mouroir du pauvre apres sa dure journée de travail, des groupes pratiquant le communautarisme comme sur Montreal, mais sans les beaux quartiers communautaristes de Montreal, …

    Laval ça sera peut-etre bien dans 30 ans ! Pour le moment c’est le 450 dans toute sa splendeur, le royaume du beauf et du mauvais gout.

    Je preferais me couper une couille plutot que de voir aller vivre là-bas au milieu de ces allos-anglos.

    Bon je vais me re-écouter la chanson de mononc serge sur Laval.

  7. @François: Le libre-marché n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais. Je crois que c’est cela que votre commentaire m’inspire. Quant aux chemins qui mènent nulle part et qui ne seraient que temporaires, je vous invite à regarder cette image, qui me semble drôlement permanente!

    La ville, il faut la penser pour les citoyens, pour ceux qui y vivent. Et, désolé, je ne crois pas que les citoyens désirent cette catastrophe.

    @Martin R.: Je ne partage pas ce point de vue.

    @Steph: Oui, je la connais! 😉

    @Garamond: Il y a de beaux coins à Laval; plus on s’éloigne du centre, mieux c’est. Cette fusion est l’exemple-typique que les fusions municipales ne fonctionnent pas.

    @Félix Pinel: Oui, le vieux Sainte-Rose c’est très bien. Même Laval-Ouest aussi, où j’ai de la famille. Saint-François aussi… C’est ça: Laval, c’est ses quartiers, car la ville elle-même, quelle catastrophe!

    @reblochon: En tout cas, Vaillancourt n’aura pas mon vote, je t’en passe un papier. Il a vraiment scrappé sa ville depuis les 20 ans qu’il est là!

    Merci pour vos commentaires!

  8. J’espère qu’en tout cas vous habitez près d’une bouche de métro. Seule évolution positive: on voit de la densification et urbanisation (mais si timorée) près des métros. J’ai des amis qui ont acheté une maison à Laval car monsieur travaillait chez GM – madame travaillait en ville, donc ils ont coupé la poire en deux. Depuis le prolongement du métro, ils ont pu se débarasser d’une auto. Et les amis montréalais peuvent se rendre chez ces Lavallois.

  9. Louis. Laval est une ville de banlieue, une ville dortoir, et le véritable centre se situe à Montréal. Ayant été étudiant en urbanisme, ce fait est plus qu’évident.

    Tu ne dois pas chercher une âme à une ville satellite qui n’en a pas.

    C’est aussi le cas pour Blainville, une autre ville dortoir, qui est en quête d’un centre-ville véritable mais qui ne pourra jamais le créer, car le véritable cœur d’une ville satellite se situe là où ses citoyens travaillent, c’est-à-dire la métropole.

    Ceci dit, texte profond tout de même!

  10. Je réside à laval depuis 28 ans. Et je suis tout à fait d’accord avec les propos de louis. Aux dernières élections le plan du maire vaillancourt étais vraiment vide….Rien d’exceptionel juste suivre le cour des choses. Je ne suis plus capable des centres d’achat à perte de vue. QUAND CELA VAS-T-IL ARRÊTER!!!! Je suis à la recherche d’une batisse commerciale pour un petit magasin. Je regardais pour le vieux ste-rose……Il n’y a pas grand chose qui fonctionne n’est-ce pas!!! Même pendant le festival ste-rose en bleu ou je travaillais, les gens me demandais ou ils pouvais trouver un resto beau bon pas cher!!!!!! Mais à quoi sert cette fête ne serais-ce que pour faire connaitre ce coin et faire rouler l’économie..Pendant tout le festival on ne parle pas des restos, auberges, patisserie. on parle…écouter la musique qu’on vous fournis et merci bonsoir. Bref, completement vide. C’est dommage car il a tellement de belle place pour magasiner, marcher, manger à laval mais rien est mis en valeur….

    merci pour ce texte qui nous fais réfléchir et s’il y a des lavallois qui lisent SVP aux prochaines élections allez voter et prenez seulement 10 minutes pour prendre connaissance des différents points de vue de chaque candidat.

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