Manifeste pour une inclusion québécoise

Tout le monde écrit des manifestes ces temps-ci. Voici le mien, inspiré par les propositions de citoyenneté québécoise de la Société Saint-Jean-Baptiste et par ma propre compréhension de la nécessité de définir un vivre-ensemble offrant aux Québécois un cadre assurant le respect de leurs valeurs fondamentales, et aux immigrants des règles claires leur permettant de s’intégrer au vivre-ensemble québécois.


Dans le débat identitaire qui secoue actuellement le Québec, certains universitaires ont voulu définir, dans leur manifeste pour un Québec pluraliste, une position d’ouverture aux minorités et d’adaptation réciproque entre celles-ci et le peuple majoritaire. Selon eux, il serait acceptable, voire souhaitable, de ne pas exiger l’intégration des immigrants aux mœurs de la majorité sous prétexte de ne pas les brimer dans leurs valeurs. Il faudrait accepter un « équilibre mouvant » entre les droits de la majorité et ceux de chaque individu. Autrement dit, il faudrait s’enorgueillir du statu quo et revivre éternellement le débat sur les accommodements raisonnables que ne manquerait pas de susciter cette absence de règles claires.

Source de l’image

Je crois, au contraire, qu’il importe de définir clairement les attentes du peuple québécois face aux nouveaux arrivants afin de faciliter leur intégration à une culture québécoise possédant une histoire, un présent et un futur commun. Les Québécois accueillent volontiers les personnes qui s’établissent ici avec le désir de contribuer à la poursuite d’une entreprise culturelle commune où le français, la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes constituent des valeurs incontournables.

Ces valeurs communes ne constituent pas la projection de nos propres valeurs personnelles, comme voudraient le faire croire les signataires pluralistes, mais plutôt le fruit d’un large consensus qui s’est exprimé et qui continue de s’exprimer dans nos médias, à notre Assemblée nationale et au sein de la société civile. L’espace civique québécois repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions qui représentent notre appartenance à ces valeurs, exprimées dans notre culture commune.

Culture commune et diversité des apports

Il est normal que toute société d’accueil s’attende à ce que les nouveaux arrivants adhèrent à une culture commune. Chercher l’intégration des immigrants ne constitue pas, comme l’affirment les tenants du multiculturalisme pluraliste, une discrimination ou une exclusion de la différence. Il s’agit plutôt d’une ouverture à la diversité, d’une incitation au dialogue avec d’autres cultures qui, en respectant les valeurs fondamentales des Québécois, permettent réellement d’enrichir la culture québécoise et d’éviter les sempiternels affrontements identitaires.

La cohésion de la société québécoise n’entraîne pas et ne peut entraîner l’éradication des fidélités familiales et historiques liées au pays ou à la culture d’origine : d’une part, parce que les citoyens québécois jouissent des libertés individuelles; d’autre part, parce que le modèle québécois d’intégration suppose que ces références ne sont ni effacées ni gardées en vase clos, mais réinvesties dans la société d’accueil.

En établissant clairement nos exigences face aux nouveaux arrivants quant au respect de notre culture commune, on leur offre ainsi la véritable liberté d’exprimer leurs propres racines identitaires dans un cadre leur permettant de participer au devenir commun. C’est précisément en réitérant le caractère non-négociable de nos valeurs fondamentales – langue française, laïcité, égalité entre les hommes et les femmes – qu’on réussit à construire une société cohérente où l’apport immigrant n’est pas perçu comme une menace à l’identité québécoise, mais comme un enrichissement.

Le soutien à l’intégration

Cette approche inclusive ne fait pourtant pas abstraction de la complexité du processus d’intégration à la société québécoise et elle reconnaît que certains groupes de citoyens victimes de discrimination ont besoin d’un soutien. Celui-ci leur est accordé au nom de l’égalité plutôt que de la différence, et pour résoudre un problème, pas pour créer un droit différent.

En conséquence, les interventions de l’État québécois pour redresser les inégalités fondées sur la différenciation tendent à recréer, tant dans les relations avec les partenaires que dans le mode d’action, les conditions de mixité de la vie réelle. L’État s’adresse aux citoyens qui vivent une même situation, qu’elle qu’en soit la cause, et non à des catégories permanentes de citoyens. On ne parle donc plus de relations avec des « communautés culturelles », mais avec la communauté québécoise dans toute la diversité de ses expressions.

L’État québécois intervient donc pour réduire les obstacles sociaux à l’intégration, peu importe la cause (origine ethnique, sexe, classe sociale, handicap, etc.), parce qu’ils freinent l’accès à l’égalité des citoyens.

Le message de l’État aux citoyens

Dans l’approche inclusive, l’espace civique québécois est déethnicisé et déconfessionnalisé, les fidélités ethniques ou religieuses relèvent de choix personnels et non politiques. Il repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions de la communauté québécoise, selon des principes acceptés comme universels. Il s’adresse à tous les membres de la communauté en tant que citoyens québécois et non en tant que Noirs, Musulmans, Italiens, Juifs ou Canadiens-français.

Ainsi, lorsque l’État s’adresse aux citoyens, il adopte un discours inclusif, axé sur l’appartenance à la communauté québécoise et sur l’égalité des citoyens. Il évite de catégoriser (ethnies, minorités visibles, races, etc.) et se réfère à tous comme à des citoyens québécois, peu importe la différence. Il parle moins de relations « interethniques », « interraciales », « interculturelles » que de relations entre citoyens, d’adhésion aux institutions, d’harmonie sociale, de rapports sociaux, de cohésion sociale, de culture civique commune. Il invite les Québécois à nouer de nouvelles solidarités en travaillant ensemble à des projets communs.

Le discours de l’État en est un de cohésion sociale, de reconnaissance de la nécessité pour tous de vivre dans une société cohérente, partageant des valeurs communes et adhérant volontiers à ces paradigmes de plein gré, avec la conscience que la minime perte de liberté que peut impliquer le fait de devoir renoncer à certaines croyances incompatibles avec celles de la majorité est largement compensée par la plus grande des libertés : celle d’appartenir à une société qui traite de la même façon chaque citoyen, selon la même justice, selon les mêmes lois.

Quelle continuité?

Les critiques de l’approche inclusive affirment suivre la voie de la continuité, celle des chartes, celle de « l’équilibre-mouvant », tandis que mon approche en serait une de rupture.

En fait, l’approche inclusive se veut plutôt celle du réajustement, après plusieurs décennies de multiculturalisme, de chartisme, et de tensions identitaires croissantes au sein de la société québécoise. Elle propose l’inclusion des nouveaux arrivants dans un devenir collectif québécois et la fin des incessants débats d’accommodements raisonnables à la pièce – ce faux équilibre – qui minent la cohésion sociale et empêchent les valeurs de la collectivité québécoise de réellement prendre racine dans le futur.

Nous ne pouvons faire l’économie de cette remise en question. Qu’on ose le dire et le redire: protéger les valeurs québécoises et intégrer les nouveaux arrivants à ces valeurs, c’est enrichir l’humanité de notre présence dans le temps et c’est affirmer que ce siècle ne sera pas celui de la disparition de ce qui fait notre originalité, mais plutôt celui de l’épanouissement d’une humanité réellement plurielle ayant inclus, dans son village global, les maisons de chaque peuple, avec leurs spécificités, leurs passés et leurs désirs d’un futur commun.

Ce manifeste en est un d’humanité, de diversité des peuples et des cultures, et un appel à l’enrichissement de l’expérience humaine dans le respect de toutes les caractéristiques nationales qui la composent.

Publicités

8 Réponses

  1. J’ai particulièrement aimé cette partie :

    « la minime perte de liberté que peut impliquer le fait de devoir renoncer à certaines croyances incompatibles avec celles de la majorité est largement compensée par la plus grande des libertés : celle d’appartenir à une société qui traite de la même façon chaque citoyen, selon la même justice, selon les mêmes lois. »

    Cette façon de parler d’intégration républicaine est intéressante, mais on ne devrait pas oublier de parler de l’origine de ces principes : les valeurs et principes de la république.

    L’universalisme nous dit que tout homme est d’abord et avant tout homme et que c’est ce qui nous uni tous. L’universalisme, valeur de la république, apportant la liberté par l’égalité de tous citoyens devant l’État.

  2. En fait, c’est votre meilleur texte depuis longtemps ! Vous êtes plus « gris » on dirait. Plus posé. Bravo.

    Avec des balises plus claires, les immigrants seraient en mesure de s’adapter davantage, surtout si nous savions nous -mêmes ce que nous voulons pour notre société. Les immigrants remplissent (signent) déjà un formulaire (assez récent) qui dit que la primauté du français, la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes sont normalité ici.

    Un petit mot sur l’immigration. Auparavant, lors des vagues d’immigrations des années 50, venaient ici des Européens (pour la majorité de la Grèce ou de l’Italie) Ou de l’Amérique Latine (Chili) Ces pays ont maintenant de bonnes conditions, et les habitants n’en sortent plus, par contre, leurs valeurs étaient beaucoup plus occidentales. Maintenant, notre immigration est plutôt issue de d’autres bassins, par exemple l’Algérie, le Maroc, L’Afghanistan… Sans vouloir tomber dans la catégorisation de « bons » ou « mauvais » immigrants, les nouvelles vagues d’immigrations viennent de ses pays où les droits des femmes en particulier est à des mille à la ronde de nos valeurs québécoises.Les politiques d’intégrations qui fonctionnaient bien avec les Sud-Américains et les Européens ne sont PLUS d’actualité, elles se doivent d’être changées. On ne se le cachera pas, plusieurs de ces immigrants sont en fait des « éclaireurs » de groupes intégristes qui misent sur notre tolérance NAÏVE et notre bonté aveugle pour faire avancer des programmes religieux inacceptables ici.

    Nous devons, comme en France, en Australie et en Allemagne imposer plus qu’une « signature » à nos immigrants. Ceux qui ne se conforment pas devraient être mis dehors pour « défaut d’assimilation » ou « mode de vie incompatible avec les valeurs québécoises.

    je verrais cela chez moi…dans mes rêves ? Quand ? Nous devons cesser de nous fermer les yeux, oui ces cas sont peut-être « uniques » maintenant, mais dans quelques années, ils seront normes si nous ne faisons rien…

  3. Très bon texte Louis. J’aime beaucoup.

    Par contre nous n’avons pas la même définition d’inclusif. De mon bord, inclusif veut dire que tout le monde est le bienvenu pour faire partie du NOUS. On ne rejette personne. Reste qu’il n’y a qu’une langue officielle et commune, qu’il n’y a qu’une culture et qu’un peuple avec les citoyens qui vont avec. On ne forcera pas personne, mais qu’ils ne viennent pas nous dire qu’ils se sentent étranger dans notre pays.

    (ces remarques ne tiennent pas compte des autochtones qui sont les seuls au Québec à pouvoir prétendre appartenir à un autre peuple … si ils le souhaitent)

  4. Texte magnifique ! Bravo Louis d’avoir résumé si éloquemment la pensée de plusieurs d’ente nous.
    Une copie de ce texte devrait être remise à tous : aux résidents et aux immigrants

    Vive Louis P. !.

  5. Pour faire diminuer le multiculturalisme

    Défendons l’identité québécoise

    Comment s’y prendre?

    Les effets désagrégateurs du multiculturalisme ne sont plus à démontrer; c’est un fait avéré. Il anéantit la cohésion sociale nécessaire au bien vivre ensemble.

    Malgré cela, on continue à en voir toutes sortes de manifestations partout à Montréal, bien que ce soit toujours présenté comme étant chose « pittoresque », « colorée » ou « folklorique ». L’addition de toutes ces célébrations diminue d’autant l’espace qui doit être consacré à notre culture.

    C’est à nous de combattre la rectitude politique qu’impose la dictature des minorités en faisant en sorte que le visage du Québec prédomine sur la place publique, et soit le reflet fidèle de la culture de la majorité. C’est ce sentiment d’appartenance à sa culture qui fera croître le désir de s’affirmer en tant que peuple par l’indépendance.

    Les observateurs sont nombreux à dénoncer les méfaits du multiculturalisme mais comment s’y prendre concrètement pour le faire diminuer? Il faut commencer à dresser la liste concrète d’éléments qui ne cadrent pas avec l’affirmation identitaire de la culture québécoise et qui se sont accumulés au fil des ans, principalement dans la région montréalaise où sont concentrées les minorités.

    Comme personne ne semble oser se prononcer (quelle omerta!), je me risque.

    Il y aurait beaucoup de mesures à prendre pour changer le paysage actuel; essayons quelques éléments:

    – ne plus accorder de subventions à des activités fortifiant les groupes minoritaires: évènements publics, locaux de regroupements, journaux, etc.

    – les émissions de radios communautaires en langues étrangères n’ont pas leur place dans un Québec francophone. Elles perpétuent une culture étrangère à la nôtre et incitent à la négligence de l’apprentissage de notre langue.

    – dans les bibliothèques publiques, on ne pourra plus commander aux frais de l’état des livres en plusieurs langues étrangères comme cela se fait couramment.

    – Interdiction d’apporter sur notre place publique les conflits tiers-mondistes. On pense aux Juifs et aux Palestiniens qui manifestent à qui mieux mieux à Concordia et McGill. Il y a quelques mois, les Tamouls de Toronto bloquaient les rues pour des problèmes au Sri Lanka. C’est là une fâcheuse tendance à combattre. S’ils veulent se battre pour leurs conflits, qu’ils aillent le faire dans leur pays.

    http://cc.bingj.com/cache.aspx?q=juifs+palestiniens+mcgill+manifestation&d=4568994861616115&mkt=fr-CA&setlang=fr-CA&w=e8595ebb,3467c27

    http://www.cbc.ca/canada/toronto/story/2009/03/16/tamil-protest.html

    – Pourquoi un quartier chinois? On est au Québec, pas à Pékin. De même pour toutes les minorités qui se créent une enclave. Vancouver est devenue chinoise à 34%, sa banlieue Richmond à 44%. On montrait dernièrement à Radio-Canada des rues entières à l’apparence pékinoise et à l’affichage chinois.

    http://74.125.93.132/search?q=cache:H7XuOzy1eMIJ:www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2006/as-sa/97-562/p24-fra.cfm+pourcentage+chinois+vancouver&cd=8&hl=fr&ct=clnk&gl=ca

    – Qu’on ne souligne plus le nouvel an chinois, les fêtes juives, islamiques ou autres. Que les médias n’en parlent tout simplement plus. Ça ne nous concerne pas.

    – Plus de défilés multi-ethniques célébrant les minorités: fête africaine, latino, etc. On n’a pas à célébrer autre chose que le Québec au Québec.

    – Un code vestimentaire doit être adopté. Vêtements occidentaux pour tous de rigueur. Le pays ne doit pas ressembler à un bidonville du tiers-monde. On ne doit pas avoir l’impression de se promener dans une rue de Bombay, de Djibouti ou d’Alger.

    Bref, il faut faire des pressions auprès des élus pour que le Québec ressemble aux Québécois dans toutes ses manifestations publiques. C’est le gros bon sens: faire respecter la culture majoritaire et lui faire occuper toute la place qui lui revient.

  6. Cela va nous prendre de bonnes paire de couilles pour changer la tendance. Et nous allons devoir être intraitable avec nos politiciens mollassons.

    La loi 94 est déjà neutralisé !

    http://www.bivouac-id.com/2010/03/29/video-burqa-comment-contourner-la-loi-interdisant-de-se-couvrir-le-visage/

  7. Félicitations, M.Préfontaine pour votre excellent
    texte. Je suis entièrement d’accord avec vous à ce
    sujet. Je suis aussi d’accord avec Républica, Fridoline,
    reblochon et Garamond. Avec des gens comme vous, je suis
    persuadé que nous allons trouver les meilleures solutions
    pour que la population du Québec vive en parfaite
    harmonie. Bravo!

    Toutefois, il va rester à convaincre J,Charest et son
    gouvernement libéral que cette approche inclusive, qui
    me semble parfaite à tout points de vue, est la meilleure
    solution.

    Si on considère la façon dont ce gouvernement gère les dif-
    ficultés d’accommodements à la pièce, permettez-moi de
    douter des résultats.

    Mes doutes prennent encore plus d’ampleur si je tiens compte
    de ce qu’il a fait ou pas fait depuis 2003 et à moins qu’on le force
    à démissionner, il sera en poste jusqu’à 2013. Je n’ose imaginer
    quoi attendre si ce gouvernement est réélu pour quatre
    autres années.

  8. « INCLUSION [in-klu-zion ; en vers, de quatre syllabes] s. f.
    1° Etat d’une chose incluse.
    Terme de tératologie. Monstruosité par inclusion, celle dans laquelle un ou plusieurs organes d’un foetus sont enfermés dans le corps d’un autre individu. »
    – Le Littré

Comments are closed.