Dette du Québec: les mensonges du ministre des Finances

La droite en entier fait ses choux gras d’une récente annonce du ministre des Finances qui a, mensongèrement, affirmé que le Québec était la cinquième économie la plus endettée au monde. La réalité est toute autre, ce qu’a démontré avec brio le blogueur de la droite modérée Jean-François Lisée, sur son blogue: le Québec est près de la moyenne de l’endettement des pays industrialisés. Il est moins endetté que tous ces pays: Italie, Japon, Belgique, Grèce, États-Unis, Hongrie, Portugal, Allemagne, France et Grande-Bretagne.

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En fait, on se demande comment le gouvernement a pu présenter de tels chiffres sans faire immédiatement pouffer de rire tous les journalistes et les partis d’opposition (*bruits de criquets* ici… quelle opposition?). Considérer la dette sans tenir compte ni des actifs ni de ce qu’on appelle une bonne dette (infrastructures, investissements, etc.) ne fait pas le moindre sens. C’est d’une imbécilité innommable. Un peu comme si vous calculiez votre bilan financer sans tenir compte ni de votre salaire ni de vos biens!

Stéphane Gobeil, ancien membre du Cabinet du chef du Bloc Québécois de 1998 à 2009, s’offusque avec raison:

« Indiquer la dette brute d’un pays sans offrir le portrait global, ça n’a aucun sens. La Norvège, par exemple, avait une dette brute à 56 % de son PIB en 2008. Mais elle avait aussi accumulé une cagnotte de plusieurs centaines de milliards, ce qui fait qu’en réalité, la dette nette de la Norvège est à moins 125 % de son PIB.

[…]

Pourquoi le ministère des Finances agit ainsi ? C’est bien simple, en prenant en compte la dette nette, impossible de faire peur au monde, car le portrait change complètement. En 2008, la dette nette était, selon mes calculs, à 43 % du PIB, le Québec se situant alors au 11e rang, tout juste au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. »

Parler de la dette du Québec sans parler des revenus d’Hydro-Québec, de la SAQ, de Loto-Québec reviendrait à aller faire une demande hypothécaire pour une maison sans divulguer son salaire ni parler de l’argent qui est déjà à la banque. Une personne peut facilement être endettée de 300 000$, mais si elle possède une maison qui en vaut 250 000$, a un salaire de 75 000$ par année et 100 000$ dans son compte en banque, que vaut cette dette?

Il faut hausser les impôts des plus fortunés

Par ailleurs, un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine a confirmé cette semaine que la voie qui semble choisie par le gouvernement pour s’attaquer au déficit n’est pas la bonne. Le problème, affirment les chercheurs et les économistes signataires de l’ouvrage, n’en est pas un de trop grandes dépenses, mais plutôt de trop faibles revenus. Il faut impérativement annuler les baisses d’impôts consenties durant le premier mandat Charest et établir un quatrième palier d’imposition pour les plus fortunés.

Ce n’est pas d’une révolution culturelle dont le Québec a besoin, mais bien d’un changement de paradigme. La crise n’a pas été provoquée par l’explosion des dépenses publiques, mais bien par un secteur privé trop déréglementé. Il faut mettre à contribution ceux à qui la crise a profité : les pétrolières, et les institutions financières. Il faut revoir la fiscalité et introduire un quatrième palier d’imposition.

Malheureusement, il y a peu de chance que ces solutions soient retenues. Le but n’est pas – et n’a jamais été – d’améliorer l’état des finances publiques et le bien-être de la population, mais plutôt, comme l’expliquait Josée Legault, d’affamer la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. La voilà, la véritable finalité.

La machine idéologique mise en place par le gouvernement et par ses sbires d’une droite affamée du sang financier de la classe moyenne et des moins-nantis est sans limite. On veut nous faire peur, on veut notre argent, on nous gave de publi-reportages « le Québec dans le rouge » et on veut nous convaincre de nous appauvrir pendant que les mieux-nantis continuent de faire le party. On veut nous convaincre que cette nouvelle crise des finances publiques est causée par l’embonpoint de l’État alors qu’elle est la conséquence directe de mesures économiques planifiées pour affamer notre collectivité.

Et tout ceci, pour notre bien, évidemment.

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16 Réponses

  1. Un discours de peur de plus, un discours pour effrayer le petit peuple de plus, ils ne connaissent pas d’autres façons pour empêcher les Québécois de devenir souverain.

    Et même si tout ceci était vrai, pourquoi ceci rendrait l’indépendance moins essentielle que jamais pour l’avenir de notre peuple. Sommes-nous trop caves pour nous assumer et gérer notre dette ?

  2. Bonjour,

    Mon nom est Claude André et je cherche actuellement une personne militante ou conscientisée de gauche et/ou altermondialiste dont les parents seraient plutôt conservateurs ou libéraux, donc politiquement plus à droite, pour la future émission «Sacrée famille !»

    Le projet « Sacrée Famille! » est une série radio-documentaire de 8 épisodes de 1 heure qui sera diffusée à la radio de Radio-Canada au cours de l’été 2010. Le concept de la série tourne autour du souper de famille du dimanche et du dialogue entre les générations.

    On n’entendra donc pas de questions d’animateur mais bien la discussion entre les membres d’une même famille (trois générations/Max. 6 pers.) qui aura au préalable acceptée de se prêter au jeu.

    Dans bien des familles, le repas du dimanche donne lieu à des discussions animées entre les différents membres de la famille mais aussi, et surtout, entre les différentes générations.

    Cette série fait écho à ces discussions passionnées. Nous cherchons des familles dans lesquelles il y a des divergences d’opinions, de points de vue et/ou interrogations et qui prennent plaisir à en discuter ouvertement. Chaque épisode porte sur une famille et un thème différent dont une sera consacré à la thématique droite/gauche.

    Merci de votre attention,

    Cordialement

    Claude André
    claude.andre@radio-canada.ca

  3. Merci Louis, tu m’enlèves les mots de la bouche.
    J’ai trouvé aussi, avec les années, qu’une partie des gens de l’extrême droite sont fondamentalement contre l’idée de collectivité. Ce n’est plus juste l’individualisme, c’est le rejet de tout ce qui n’est PAS individuel. Selon certains, les individus existent mais les liens qui les unit est purement imaginaire. Ils ne sentent donc pas le besoin d’être solidaires des autres Québécois, par exemple. Ça rend la communication on ne peut plus difficile.

  4. Mon chère Neutron,
    enlever vos lunettes roses, le Québec a une grosse dette. Surtout, quand le troisième poste du budget du gouvernement sont les intérets de la dette!!!!!

    Mais la tous ouvrer vos yeux, nous vivons au dessus de nos moyens un point c’est tout.

    Alexandre Bouchard

  5. Salut Louis !

    Je me demandais si tu as déjà jouer au jeu SimCity. Je sais, les jeux et la vie sont deux choses différentes, mais ce jeu est une simulation de la vie, et est très ressemblant.

    Tu es le maire d’une ville et tu dois gérer toute les situations qui se présentent à toi. Imagines un peu qu’à la place d’être maire d’une ville, tu deviennes premier ministre du Québec. Tu aides les plus démunis, tu obliges les jeunes à aller à l’école, tu construis des écoles, des universités, t’es un vrai socialiste quoi !

    Puis vient le temps de faire le budget de la ville. Tu décides bien sur d’imposer plus fort les plus riches et les compagnies. Tu ne fais presque pas payer de taxes à tes immeubles à logements multiples, vu que c’est les plus pauvres qui y habitent. Voila ce qui arrive.

    Les quartiers de riches(habitation à logement unique) et les compagnies disparaissent et les logements multiples se développent. Les gros commerces s’en vont pour ne rester que les petits commerces. Au bout de la ligne, tu te retrouve avec un budget plus petit que prévu, parce que tu as trop monter les impôts des riches.

    C’est ça la vie. Tu montes les impôts, pourquoi ceux qui en ont les moyens resteraient ? Ce qui fait que c’est les plus pauvres qui subissent les hausses d’impôts, et pour équilibrer ton budget, tu dois en plus couper dans les services.

    Si tu baisses les impôts, tout le monde veut rester et profiter de faire de l’argent, qui sera probablement réinvesti dans la société dans les commerces et, pourquoi pas, dans la construction de maisons neuves, ce qui créera de l’emploi.

  6. Sur le terrain, ce scénario va encore beaucoup plus loin que ce que vous appliquez ici. L’Irlande et la Nouvelle-Zélande, entre autres pays développés, ont offert aux compagnies à certaines époques des conditions qu’ils croyaient imbattables en terme de fiscalité, ce qui n’a pas empêché celles-ci de lorgner du côté de l’Inde et de la Chine. Même les maguiladoras du Mexique, avec leurs conditions de travail pitoyables, ne sont pas compétitifs avec ces géants. Même les différentes régions de la Chine sont en féroce compétition pour qui se traînera le plus à genoux devant les princes de l’industrie.Depuis quelques années, la Chine se tape 30,000 manifestations par année; la police et l’armée sont débordées, les triades (mafias) prennent le contrôle des quartiers où même l’armée ne s’y aventure plus. Le gouvernement voulait augmenter un tantinet la condition des travailleurs, alors les compagnies occidentales ont dit faites ce que vous voulez mais nous envisageons déjà d’aller en Birmanie, au Laos, au Vietnam, en Indonésie.Lorsque que ces derniers pays voudront relever un peu la tête, ce sera l’Afrique. Puis, entretemps, les pays autrefois riches et qui seront devenus à leur tour un tiers-monde sous-développé, supplieront les compagnies de revenir chez-eux si l’Afrique se fait trop exigeante. Alors les compagnies reprendront leur petit tour du monde, comme on fait le tour du jeu Monopoly, qu’on passe GO et qu’on ramasse $200.C’est pour ca qu’une gouvernance un tant soit peu mondiale fait tellement peur aux libertariens de tous poils, une gouvernance qui établierait des balises pour tout le globe, pourrait inspecter les chiffres comptables et qui instaurerait un équilibre entre les incitatifs à la production et le rôle social du citoyen corporatif, bref donner autant des devoirs que des droits à ces compagnies. Mais là on tombe dans le rêve et c’est pas demain la veille que ca va se faire, n’est-ce pas.Nous n’avons plus qu’à observer l’augmentation exponentielle de la concentration du pouvoir entre les mains de quelques actionnaires, dont nous dépendrons de plus en plus du bon vouloir pour nous laisser des miettes ici et là.Donc, on a l’heureux choix entre être pauvre sans les compagnies ou minables avec les compagnies. À ce jeu, aucune marge dans laquelle on pourrait se réfugier, que l’on consomme ou non.Et je partage ici mon option optimiste.

  7. « Considérer la dette sans tenir compte ni des actifs ni de ce qu’on appelle une bonne dette (infrastructures, investissements, etc.) ne fait pas le moindre sens. C’est d’une imbécilité innommable. Un peu comme si vous calculiez votre bilan financer sans tenir compte ni de votre salaire ni de vos biens! »

    Louis, en théorie, je suis d’accord à 100% avec toi. À 100%.

    En théorie.

    Le problème, c’est d’évaluer la valeur des actifs. Par exemple: j’achète une voiture relativement luxueuse à 50 000 $. Je l’utilise pendant 15 ans et je te la lègue, accompagnée d’une dette de 50 000 $. Bien sûr, après 15 ans, elle coûte cher de réparation, mais je prétends qu’elle vaut 50 000 $. En fait peut-être même plus pour des collectionneurs théoriques que personne ne connaît et qu’on ne rencontrera jamais. De toute façon, tu n’as pas l’intention de t’en départir. Tu vas payer les intérêts plus les réparations.

    Si tu vas voir ton banquier en disant que c’est neutre sur ton budget puisque ton actif égale ton passif, on va voir ce qu’il en pense…

    Et c’est là le problème: il faut donner une valeur aux actifs. Ça vaut combien une autoroute qui a coûté 1 G$ il y a 30 ans et qui ne peut être revendu à personne? Ça vaut combien le stade olympique? Ça vaut combien les satellites de télécommunication Anik qui ont fait du Canada un leader international des télécommunications à une époque?

    Voilà. Le problème est posé. Selon les hypothèses qu’on veut utiliser, on peut utiliser le coût de remplacement ou une valeur initiale dépréciée à un taux qu’on choisit. Aussi bien dire qu’on peut vraiment arriver à n’importe quoi.

    Et si quelqu’un se donne la peine de faire le calcul, c’est souvent pour prouver quelque chose. Connaissant la latitude dont il bénéficie dans ses hypothèses, je suis convaincu qu’il arrivera sans problème à un résultat qui confirme sa thèse…

    C’est pourquoi je prends toutes ces estimations de dette nette avec un grain de sel. Elles sont toutes biaisées d’un bord ou d’un autre. En théorie, c’est la seule information qui ait un sens. En pratique son calcul est impossible.

    Même une institution comme Hydro-Québec, qui a une valeur marchande qu’on pourrait théoriquement tester sera difficilement évaluable car sa valeur dépend de sa capacité à générer des revenus. Si son éventuel propriétaire ne fait pas d’argent, il n’offrira pas beaucoup. La valeur marchande actuelle d’Hydro-Québec dans le cadre réglementaire actuel est largement inférieure au coût de construction du réseau. Bien sûr, si le prix de l’électricité augmentait, la valeur d’H-Q augmenterait.

    Que vaut la SAQ? Pas grand-chose.

    Bon, tu comprends mon point concernant les actifs.

  8. Concernant les revenus: il faut aussi tenir compte des dépenses. Or au Québec les dépenses excèdent les revenus depuis la nuit des temps. Le revenu net du gouvernement est négatif. Rien de très séduisant pour les prêteurs…

  9. Même si tous les calculs sont biaisés, si on veut avoir une idée grossière de la situation d’une nation, on peut essayer d’utiliser une comptabilité avec des normes semblables malgré les différences entre les pays. Et c’est ce que fait l’OCDE. Et c’est ce que Lisée a choisi de publier.

    Bien sûr, ça ne donne qu’une idée grossière. Oublie le classement: troisième ou septième, on s’en fout. C’est très grossier car les actifs ne sont pas bien comptabilisés. Mais tous les pays ont des routes, des parcs, des stations météo, des hôpitaux, des écoles… ce qui fait que cette comparaison, sans être précise, n’est pas mensongère.

  10. « Indiquer la dette brute d’un pays sans offrir le portrait global, ça n’a aucun sens. La Norvège, par exemple, avait une dette brute à 56 % de son PIB en 2008. Mais elle avait aussi accumulé une cagnotte de plusieurs centaines de milliards, ce qui fait qu’en réalité, la dette nette de la Norvège est à moins 125 % de son PIB. » (Stéphane Gobeil)

    Intéressant. Lorsqu’on tient compte des actifs, la Norvège devient plus endettée que lorsqu’on n’en tient pas compte. Ses actifs sont négatifs?

  11. Oups… Désolé. Erreur de lecture.

    Il est bien écrit que la dette nette de la Norvège est négative. En lisant trop vite, j’avais compris « moins de 125% de son PIB ».

    Mes excuses.

  12. « Bonjour,
    Mon nom est Claude André et je cherche actuellement une personne militante »

    Booooon-jooouuuuur Claaauuuude Annnnn-dréééééé (comme dans les AA)

    Est-ce que votre programme accepte des jeunes candidats qui sont chrétiens fondamentalistes, antimondialistes, de droite économique, anti-avortement et qui désirent un système de justice plus sévère, mais dont les parents sont, eux, plus centristes, voire plus «progressistes» ?

    Ce concept serait meilleur, à mon avis …

    ——
    Heille! Paraît-il que nos Talibans ont eu de la misère dans le temps des jeux olympiques. T.K! Moi je trouve que c’est dur pour le moral. Et le pire, c’est que les bons Canachiens croient réellement qu’ils vont gagner ce conflit …

  13. […] https://ledernierquebecois.wordpress.com/20…..s-ministre Pourquoi le ministère des Finances agit ainsi ? C’est bien simple, en prenant en compte la dette nette, impossible de faire peur au monde, … (Stéphane Gobeil) […]

  14. Tout d’abord, le début de ton billet Louis m’a renversé. Comme ça Jean-François Lisée est de la droite modérée, tu me surprendra toujours par ta vision des choses !!!

    J’aimerai bien savoir comment tu classes les blogues de Joseph Facal, de Mathieu Bock-Côté et de Chantal Hébert.

    D’autre part, loin d’être une sommité en économie, je crois que le Québec est passablement endetté, que l’on soit en position 3 ou 8 dans tel ou tel classement ça n’a pas tellement d’importance pour moi.

    Un fait demeure, en 2009-2010, la somme payée en intérêts sur la dette représente près de la moitié du budget destiné à l’éducation, le deuxième ministère en importance après la santé. Ou encore, elle correspond au budget d’opération de 14 de 22 ministères québécois.

    Si pour vous c’est normal et bien correct, pour moi c’est inadmissible et faut diminuer ça au plus vite.

    Moins de paiement en intérêt sur la dette, ça représente plus d’argent pour des services aux citoyens, c’est pas un débat gauche-droite, c’est juste le gros bon sens !!!

  15. […] de refiler la facture à la classe moyenne et aux plus démunis. On en revient toujours là: on réduit les revenus de l’État quand l’économie va bien, et on […]

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