Il faut RÉDUIRE les frais de scolarité

Lucien Bouchard est en mission. Ayant entendu le vibrant appel d’André Pratte à la recherche d’une relève des forces fédéralistes face à un Parti Québécois lui semblant mieux en selle, il a réussi, en une semaine, à semer la pagaille entre les indépendantistes sur la question identitaire et à choquer toute l’aile-gauche avec ses propositions de hausses de frais de scolarité. S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. Et qu’importe si ses idées ne fonctionnent pas et si une telle hausse des frais ne ferait que nous appauvrir collectivement.

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Ainsi, comme je l’ai déjà noté, l’éducation constitue un investissement et non une dépense. Le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%, ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.

Or, lorsqu’on hausse ces frais, on réduit l’accessibilité. Malgré toutes les précautions et les appels à la protection des plus démunis, il s’agit d’une vérité indéniable. En 1990-1991 et 1991-1992, par exemple, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté significativement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. (( Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au Québec, également, on a constaté la première chute du nombre d’étudiants universitaires de la décennie à partir de 2005, année de la première hausse de ces frais. Concrètement, en haussant les frais de scolarité, on diminue le rendement de notre investissement. On contribue à l’augmentation du nombre de décrocheurs, ce qui coûte très cher à la collectivité.

D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. En apparence, il est possible de le faire, mais plus on détruit les murs pour se chauffer, plus il faut chauffer pour compenser pour les courants d’air. C’est la même chose qui risque de se produire si on suit ses idées: plus on demandera aux étudiants de payer eux-mêmes leurs études, plus ils décrocheront, plus ils décrocheront, plus ils coûteront cher à la société, et plus ils coûteront cher, moins l’État disposera de ressources pour payer l’éducation. Parfait cercle vicieux.

Il faudrait peut-être se poser une question fondamentale: peut-on se passer d’éducation? Si l’éducation constitue une richesse, ne devrait-on pas la rendre plus accessible à tous afin de s’enrichir collectivement? Pourquoi, à la limite, faire payer les étudiants pour celle-ci? Peut-on sérieusement gaspiller l’éducation; peut-on être trop éduqué? Je ne crois pas. Même quelqu’un qui « perd son temps » à l’école risque d’apprendre des concepts qui lui seront très utiles dans la vie, et, plutôt que de l’envoyer dans les affres d’un emploi mal payé ou du chômage, ne risque-t-il pas plutôt de finir, à force d’essais et d’erreurs, par découvrir sa vraie passion?

Malgré tout, Lucien Bouchard a raison sur un point: les universités sont sous-financées. Elles le sont parce que le gouvernement ne leur donne pas les ressources dont elles on cruellement besoin pour accomplir leurs tâches. Et notre gouvernement, plutôt que de prendre l’argent dans les poches des mieux-nantis, qui ont profité de plusieurs milliards de dollars de baisses d’impôts depuis une décennie, la demande directement aux étudiants. Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde.

Enfin, si on considère l’éducation comme une richesse, si on comprend que ce n’est pas à ceux qui débutent dans la vie que revient la tâche de financer ce qui enrichira ensuite l’ensemble de la société, il faut en tirer la seule conclusion logique permettant d’améliorer notre situation financière collective: il ne faut non seulement pas hausser les frais de scolarité, mais il faut les réduire, afin que de la forge à idées que représentent nos écoles puisse jaillir les outils qui nous permettront de briller dans le futur.

Un futur qu’on espère plus juste et où on ne gaspillera pas des talents sous prétexte qu’ils sont trop pauvres ou indécis pour les réaliser.

On ne saurait assez le répéter: si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance…

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9 Réponses

  1. « S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. »

    Incontestable. Je dirais même que c’est cousu de fil blanc.

    « Financer l’éducation, c’est s’enrichir. »

    Vrai. C’est aussi l’opinion du groupe de Lulu. La question est de savoir ou prendre l’argent.

    Lulu propose de le prendre dans la poche des riches et des futurs riches. Toi tu suggères de le prendre dans les poches de l’ensemble des Québécois.

    La proposition complète est la suivante:
    1-une hausse substantielle des frais de scolarité accompagnée d’une hausse de presque 50% des prêts et bourses. Donc les étudiants riches paieraient plus mais les étudiants pauvres seraient compensés. Et comme ce sont presque tous de futurs riches, la hausse de tarif ne touche que des futurs riches.
    2- des frais de scolarité différenciés selon les perspectives de revenus. Plus tu seras riche, plus on te demande de contribuer à ta formation.
    3- une partie des nouveaux revenus aiderait à mieux financer les niveaux d’éducation inférieurs, ce qui permettrait de lutter contre le décrochage.

    Cette proposition fait payer les futurs riches et les étudiants riches tout en permettant de lutter contre le décrochage scolaire.

    « Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. »

    Pendant un instant, j’ai cru que ce passage était hors sujet compte tenu du fait que tu t’attaquais aux frais de scolarité universitaire. Les frais de scolarité universitaire n’ont aucun impact sur le décrochage puisqu’un décrocheur, c’est quelqu’un qui ne finit pas son secondaire 5. Pour lui, les frais de scolarité universitaire, c’est complètement sans importance.

    Mais ce n’est pas hors sujet car la proposition de Lulu s’attaque à ce problème.

    « D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. »

    Non. Il nous demande de faire payer les riches et futurs riches pour améliorer le système d’éducation dans son ensemble et non pas uniquement au niveau universitaire.

  2. @ Louis.

    Savais-tu qu’entre 1993 et 2001, les frais de scolarité ont augmenté de 77% au Canada?

    Pis ce n’est même pas une joke, en plus: http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/050216/dq050216b-fra.htm

    Durant cette même période, les jeunes de familles à revenu moyen ou faible n’étaient pas moins susceptibles de fréquenter l’université en 2001 qu’ils ne l’étaient en 1993. Donc, une hausse modérée des frais de scolarité n’a pas d’impact sur l’accès à l’éducation.

    Il faut venir à bout de cette fausse impression qui veut que, parce qu’on paie plus cher, c’est néfaste, et que l’on peut avoir tout gratuitement et tout cuit dans le bec, parce que c’est faux. Tout se paye dans la vie!

    D’ailleurs, il faut, aussi, dénoncer le sophisme voulant que, parce que l’éducation est un investissement qui rapportera à la société (ce dont je suis tout à fait d’accord), l’État doive, obligatoirement, y contribuer de manière importante. Si j’achète un bloc appartement, c’est un investissement qui rapportera, aussi, à la société. Mais, ce n’est pas une raison pour que le gouvernement l’achète à ma place pour, ensuite, me le confier.

    Les frais de scolarité sont un investissement pour le bien-être de nos écoles et avoir une éducation de qualité avec des professeurs compétents et du matériels à la fine pointe de la technologie pour former les dirigeants de demain, car une société instruite est un plus, surtout avec la mondialisation. En plus, ça prévient les taches de marde qui abusent de la chance qu’ils ont de se faire instruire en payant des frais de scolarité ridiculement bas, comparativement au reste de l’Amérique du Nord!

    Sinon, tu peux toujours aller à Harvard, c’est gratis pour les enfants dont les parents ont un revenu inférieur à 60 000$/année, grâce aux dons versés par les anciens élèves de l’université: http://www.monstersandcritics.com/news/education/news/article_1380093.php/Harvards_Christmas_present_to_the_middle_class_lower_tuition

    Bref, si l’ASSÉ veut vraiment avoir la gratuité scolaire, elle sait, maintenant, quoi faire. 🙂

  3. Hors sujet;

    Très surpris de retrouver cette phrase sur ton site :

    « Comments are closed. »

    Sur ton annonce de recherche de logement.

    Je suis certain que tu trouveras une façon de corriger cela.

  4. Voilà le genre d’énergumènes que le PQ met au monde depuis qu’il a perdu sa saveur sociale-démocrate…

  5. @Steph: Je suis en désaccord avec toi sur la philosophie. Même en faisant payer davantage ceux qui auront de meilleurs salaire (ce qui laisse tout de même dans la dèche ceux qui n’auront pas terminé leurs études ou obtenu le dit-salaire) on entre dans le jeu du « flat-rate » consistant à tarifer à la pièce. Les plus hauts-salaires contribuent déjà à payer ces études grâce à leurs impôts. La solution est simple: il faut hausser les impôts des mieux-nantis et diminuer les tarifs scolaires.

    @Jean-Luc Proulx: Je note que tu traites les étudiants québécois de taches de marde. Et bien, ces étudiants « taches de marde » jouissent d’un système d’éducation canadien classé 2e sur les 17 pays les plus développés par le Conference Board. Ah oui, et tes États-Unis sont 16e sur 17e. Faut vraiment pas manquer de culot pour vouloir s’inspirer d’un échec aussi lamentable que celui de l’éducation aux États-Unis!

    @Don Rock: Réglé.

    @Frank: En effet…

    Merci pour vos commentaires!

  6. Cette étude canadienne qui classe le Canada en si bonne position évalue-t-elle la performance des études supérieures (universitaires) ou le parcours de base (primaire et secondaire)?

  7. @ Louis.

    «tu traites les étudiants québécois de taches de marde»

    Pas LES étudiants, mais bien DES étudiants! Là est toute la nuance! Je voulais parler des étudiants qui abusent de leurs études en ne les prennant pas au sérieux. Ce faisant, ils abusent de la société, car, anyway, avec des frais de scolarité plus élevés, ils ne pourraient plus se permettre de niaiser!

  8. Le classement repose sur divers critères. La performance du Canada est attribuable principalement au parcours de base (primaire et secondaire. D’après le Conference Board, le Canada est 5e (sur 17) au niveau universitaire (U.S. au 2e rang) et bon dernier (17e) au niveau des études supérieures (M.S., Ph.D).

  9. « La solution est simple: il faut hausser les impôts des mieux-nantis et diminuer les tarifs scolaires. »

    Les mieux-nantis sont déjà sur-imposés et quittent la province. Depuis 25 ans, c’est un déficit de 512 000 par rapport seulement aux autres provinces (je ne parle même pas des autres pays) qui ont quitté le Québec.

    C’est quoi le message qu’on veut leur lancer aux étudiants? En fait, oublie ça, on leur dit déjà d’aller travailler ailleurs pour prospérer et avoir plus d’opportunités.

    Parce que tes chiffres sont incomplets pour ton dossier sur les impôts des « mieux nantis » (qui sont en réalité de la upper middle class au Québec… Signe qu’on est pauvres.) Tu ne calcules que les impôts fédéraux alors que l’impôt provincial est aussi élevé. C’est donc pas 27% d’imposition (29% en 2010), mais 50% à 53%.

    « Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde. »

    Les 3% de mieux nantis paient autant d’impôts que les 80% des moins nantis. C’est ça le Québec. À quand est-ce que ce sera assez? Quand ces 3% paieront 100% des impôts?

    Si certains veulent la gratuité et limiter la liberté de tous, ça vient avec un prix. Comme partout ailleurs, ça va venir avec un contingentement extrême. Ce sera l’État qui va dicter combien d’étudiants peuvent étudier dans les différents domaines d’études avec les erreurs de planification que ça engendrera. Mais c’est ce qu’on aurait choisi (ce n’est pas ce que la population veut cependant. Je parles de la gratuité).

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