Quand les Ontariens ne tolèrent pas l'alcool

On en avait peu parlé, mais l’agression sauvage dont a été victime Kevin Parent a été l’oeuvre d’une dizaine d’Ontariens en visite dans notre paisible capitale. Une attaque gratuite, ou presque. Mauvais endroit, mauvais moment. Mauvais endroit: notre capitale; mauvais moment: tomber face à face avec une bande d’attardés ontariens qui ne tolèrent pas l’alcool. Fait divers?

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Certains sont prompts à affirmer que le fait que les agresseurs soient Ontariens ne change rien à la donne, que ça n’a pas plus d’importance qu’autre chose. Un de mes contacts Facebook a même comparé la relation entre Ontariens et Québécois à celle entre les gens de Calgary et d’Edmonton! Exit les différences culturelles! Exit les différences linguistiques! Nous ne serions qu’un magma difforme d’identités mélangées soumis aux aléas du hasard. La victime était québécoise, connue, et les agresseurs étaient tous ontariens, tous en visite. Pure coïncidence, disent les apôtres de ce multiculturalisme relativiste.

Pourtant, j’aurais envie de le dire bêtement, platement, comme ça: les différences existent. Des peuples ont certaines qualités que d’autres n’ont pas. Et certaines cultures ont des comportements qui sont étrangers à d’autres. J’aurais envie de le dire: les anglophones ne tolèrent pas aussi bien l’alcool que nous. Est-ce mal? J’en ai connu combien des anecdotes d’anglophones qui, avec un verre dans le nez, devenaient violents et écervelés? Oui, de tels Québécois existent également, mais globalement, j’ai l’impression, voire la certitude, que nous sommes beaucoup plus civilisés lorsque nous buvons.

Tenez, prenez un Québécois qui visite un pays ou une province étrangère. Il prend son trou, il parle la langue de l’endroit où il se trouve, il essaie de s’adapter à sa société d’accueil et la dernière chose qu’il souhaite, c’est de terminer sa soirée au poste de police. L’Ontarien, lui, arrive avec ses gros sabots, impose son anglais, parle fort, cherche la bataille. Ce n’est pas systématique, mais j’en ai connu tellement comme cela que je ne peux pas ne pas dire que c’est faux. À Ville Saint-Laurent, l’alcool rendait agressif; à Hochelaga, elle rend sympathique. C’est culturel ou génétique, mais ça existe; je l’ai vu de mes propres yeux.

Il y a une dizaine d’années, alors que j’étais sur la route de Détroit avec mon sac à dos, j’ai croisé un Québécois en camping prolongé à Windsor, en banlieue de Détroit. Il me contait de quelle façon il évitait systématiquement les bars en Ontario après 23h00. « Trop violent; les Ontariens ne savent pas boire. Tu reçois un coup derrière la tête parce que t’as fixé le vide un peu trop longtemps » me disait-il. Même constatation chez de nombreuses personnes d’Outaouais, qui subissent les allées-venues d’anglophones venus faire la fête au Québec après une heure du matin (heure de la fermeture de leurs bars).

La vérité, il ne faut pas avoir peur de la dire franchement: certains peuples tolèrent l’alcool, d’autres non. Nous avons des origines latines, de bon vivants, de rigolards, de fêtards, mais d’autres ont des origines saxonnes et sont plus belliqueux et arrogants. Simplement. Cela ne signifie pas qu’il faille généraliser à l’extrême (ce qui reviendrait au même que de nier ces différences, mais à l’opposé), mais simplement reconnaître qu’il y a deux peuples différents au Canada, tant par leur langue, leur culture, que leur façon d’anticiper une soirée arrosée entre amis.

Or, quand on accepte ces différences, quand on reconnaît ces spécificités, on ne peut pas ne pas considérer la nécessité pour le peuple du Québec d’avoir les moyens de mieux contrôler ce genre d’éléments nuisibles qui viennent faire la fête pendant la relâche scolaire et brutalisent un de nos meilleurs chanteurs. Il ne faut pas, comme certains excités l’affirment, utiliser les mêmes moyens et aller « taper de l’anglais ». Ce serait une erreur fondamentale. Il faut être plus intelligent et seulement démontrer que le racisme dont on affuble parfois les Québécois qui tentent de défendre leur identité, est en fait celui d’Ontariens qui, non contents de venir nous mépriser en refusant notre langue, s’en prennent ensuite à nos icônes.

L’indépendance ne réglerait peut-être pas tout, mais qui ne rêverait pas d’une frontière, avec inscription au dossier de tous les visiteurs, et capacité de suivi pour ceux qui commettent de tels actes? Qui ne rêverait pas d’un vol nolisé suivi d’une expulsion définitive du Québec pour les jeunes voyous qui n’auraient pas appris ni à nous respecter, ni à boire comme des adultes?

Souvent, l’instauration d’une barrière ne constitue pas un isolement ou un repli, mais une simple délimitation définitive de l’endroit où s’appliquent nos lois et un rappel à ceux qui la traversent de leur devoir absolu de respecter ce que nous sommes, c’est-à-dire un peuple différent, unique, qui ne tolère pas ces comportements.

À trop laisser la porte grande ouverte, à trop se considérer comme une province comme une autre, à trop vouloir s’adapter aux autres plutôt que de les forcer à s’adapter à nous, nous sommes en train de devenir une carpette de choix où de fanatiques Ontariens viennent s’essuyer leurs bottes fangeuses.

AJOUT: Kevin Parent confirme qu’il a été agressé parce qu’il est francophone.

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10 Réponses

  1. Quand tu dis les « fanatiques Ontariens », est-ce que ça inclut les 510,240 franco-ontariens? En fait, selon toi, qu’est-ce que c’est la définition d’un Ontarien, ou d’un Québécois d’ailleurs? Est-ce que Kevin Parent est un Québécois, même s’il est un anglophone?

    J’ai lu l’article de cette histoire tellement tragique sur le site de « Rue Frontenac ». L’article ne mentionne pas si ces « Ontariens » étaient francophone ou anglophone. Alors, si ces gens étaient en fait des Franco-Ontariens, est-ce que ça veut dire que c’était plutôt un acte de la violence fraternelle?

    En cherchant à utiliser n’importe quelle histoire pour aider à montrer la différence entre « nous » et « eux », on fait vraiment le beau populisme.
    Je crois que je ne vais jamais comprendre, mais en même temps, je suis juste un anglophone; « l’ennemi ».

    Portant, Kevin Parent est aussi un anglophone.

  2. Fraternelle ? Est-ce qu’on est frere avec les Wallons et les Romans ? Non ! On s’en fout-tu des franco-ontariens, meme si je trouve desolant ce qu’ils vivent et comment ils se font assimiler par le ROC. Des freres … comme Desmarais ?

    Un Québécois est une personne qui se sent québécois et respecte nos valeurs fondamentales : langue commune, Culture avec un grand C. Kevin Parent est un québécois et ces putains d’ontariens violents sont des ontariens … qu’ils soient francophones ou non ! Qu’ils s’en aillent chez eux …

  3. J’oubliais : pour se sentir de nationalité québécoise, c’est à dire appartenir à la grande nation québécoise, il faut déjà la reconnaitre et ensuite la respecter. Ce que beaucoup d’ultra-nationalistes canadiens vivants au Québec, qu’ils soient francophones, allophones ou anglophones, ne sont pas capables de faire.

    Et oui, on peut vivre au Québec comme un pur étranger même avec des ancêtres vivant ici depuis 300 ans… ce n’est pas incompatible. Et non, ce ne sont pas les Québécois qui excluent ces gens du NOUS, ils le font d’eux-mêmes, comme des grands.

  4. Effectivement, je crois à la différence de culture entre la nôtre et celle anglo-saxonne au niveau de l’alcool. On n’ à qu’à penser à la prohibition au XXeme siècle au É-U.
    Je généralise, mais les anglo-saxons sont plus réservés dans la vie de tous les jours et quand ils boivent ils se laissent donc aller, un peu comme deux extrêmes. On peut aussi voir ça au Japon quand les travailleurs se saoulent à mort.
    Aussi, j’ose croire que boire un verre seulement pour le plaisir des papilles est moins présent chez eux, comme au repas avec le vin par exemple, que chez nous, et que lorsque que les jeunes boivent il sont moins d’expérience avec l’alcool et ce n’est que pour se saouler à fond.
    Aussi quand des jeunes viennent en vacances ici ils se laissent aller et ca ne fait qu’empirer, la preuve en est les bus remplis d ‘américains en vacance pour le nouvel an ou des congés.. c’est souvent pas trop beau à voir.

    Autre expérience personnelle: je suis tombé sur un régiment anglais de fanatiques de foot fraichement débarqué a Barcelone ( grace aux billets d’avions pas chers), à la limite entre l’amateur hard-core et hooligans : ca sentait l’acool avant d’approcher leur rassemblement, des ruisseaux de pisse, des batailles éclataient partout, des vieux monsieurs Barcelonais se faisaient lancer des cannettes etc…Je sais que c’est pas une représentation de toute la population anglaise ,mais bon c’est pas une belle carte de visite non plus.

  5. La Loi sur les boissons alcooliques en Ontario est trop sévère et désuète. Ça donne un peuple qui, effectivement, ne sait pas boire. Quand ces bons Ontariens sortent de chez eux, ils se sentent permis de lâcher leur fou et de se saouler la gueule. Généralisation dangereuse mais combien souvent vérifiée….

  6. Là, ça sert bien tes idées sur le nationalisme québécois car les coupables sont Ontariens. Ils auraient peu être Américains, Australiens, Britanniques mais je me demande si la réaction aurait été la même si ça avait été des Finlandais.

    Ce n’est pas tant l’appartenance ethnique que l’endroit où tu vis. Plus tu habites un endroit où les règles sur la consommation d’alcool sont sévères, plus tu lâches ton fou quand tu es en voyage.

    À Berlin, les exemples avec les touristes anglo-saxons et scandinaves versus les autres étaient probants. C’est à Prague que les Britanniques ont le plus besoin d’assistance consulaire, et bizarrement c’est aussi la seule ville où j’y ai vu des souvenirs faisant état de la réputation de la ville comme étant un endroit où se rendre pour se saouler. La Lettonie était un autre endroit à problèmes.

    Mais est-ce que c’est une raison pour remettre en fonctions les frontières de l’UE? Non. Simplement parce que ce n’est pas parce que quelques (dizaines, centaines) milliers de gens manquent de savoir-vivre qu’on va empêcher 400 millions de personnes de voyager librement sur leur continent!

    D’ailleurs, il y a présentement des tonnes de Québécois dans le Sud. Fais-moi croire que ces gens sont tous, à côté des Américains, des exemples de savoir-vivre, des modèles « d’intégration temporaires », quand plusieurs passent la semaine à boire de 10:00 à 4:00 dans leur tout-inclus, tippant avec l’argent « Canadian Tire » et sans rien connaître de l’espagnol autre que de quoi se commander un rhum!

    Quand j’étais guide touristique à Berlin, je travaillais en majorité avec des clients francophones surtout québécois, suisses et français. Les Québécois parlaient aux Allemands en anglais, les Suisses en allemand et les Français se plaignaient que les Allemands ne parlent pas français. On dira ce qu’on voudra mais ce n’est pas vrai que l’on s’adapte tant que ça quand on est de passage. Je doute même que tu qualifies ce comportement de « dénationalisation » ou quelque chose du genre, cela étant « oublier temporairement son identité le temps d’être à l’étranger ». Quelle faiblesse de l’identité, quand on y pense!

    Puis, est-ce que tu crois vraiment que Kevin Parent a été pris à partie parce qu’il est une « icône culturelle »? Il était là et faisait la fête avec ses amis, peu importe, mais rien ne l’identifiait comme un chanteur québécois connu. La seule différence, c’est la médiatisation de l’évènement. Kevin Parent aura immensément plus d’attention que cet Australien poignardé dans un bar de Berlin pour avoir commandé sa bière en anglais (le pauvre, il était entré dans le premier bar qu’il a vu et c’était ce qu’on appelle une « taverne nazie »), mais à part ce fait, ça ne rend l’évènement ni plus ni moins grave. Même que je me poserais davantage de question si c’était considéré comme pire parce que ça touche une « vedette ».

  7. @Benjamin: Non, je n’inclus pas les 290 000 francophones (car c’est le chiffre) d’Ontario. Je parle de différence entre les cultures et les mentalités. Et il ne fait aucun doute, à mon avis, que ce qui reste des Franco-Ontariens ont plus à voir avec les Québécois qu’avec les Ontariens.

    @reblochon: Bien d’accord: un Québécois est quelqu’un qui respecte notre langue et nos valeurs communes. Faudra le répéter encore et encore! 🙂

    @yoyoba: Très intéressante anecdote; merci de l’avoir partagée. Il n’est pas de bon ton de parler des différences culturelles ou génétiques de nos jours. Nous avons peur de ces sujets; pourtant elles existent et ce n’est pas du racisme que de s’y intéresser!

    @Garamond: Trop sévère? Hmmm… Si elle l’était moins, imagine le bordel…

    @derteilzeitberliner: Merci de cette réflexion. Je ne peux pas dire que je suis en accord avec l’expérience des Québécois dans le sud, car je nous trouve beaucoup plus civilisés que lorsque les Anglais débarquent ici.

    Merci à tous pour vos commentaires!

  8. Louis, question comme ça:

    Une bande de québécois francophone hétérosexuel qui, une fois saoul, attends un québécois homosexuel à la sortie d’un bar, c’est un problème de consommation d’alcool ?

    Ne généralises pas une poignée d’anglophone ontariens francophobes saouls comme étant une généralité d’anglophones ne sachant pas boire. J’en ai connu personnellement des anglophones qui aimaient boire, et jamais ils ne s’attaquaient à quiconque, sauf si quelqu’un s’attaquaient à leurs amis, ce qui est normal selon moi.

    Par ailleurs, pour avoir passé une partie de ma vie dans Hochelaga et Rosemont, je peux te dire que boisson n’égale pas toujours bonne humeur et joie de vivre dans ces quartiers. Un exemple ?

    J’habitais sur Laurier, entre la 4eme et la 5eme avenue, à Rosemont. Un soir, le voisin du sous-sol a menacer, sous l’effet de l’alcool, un autre voisin avec un couteau. La police a dû faire un périmètre de sécurité autour du bloc à logement. Ce même voisin a aussi voulu s’en prendre à moi. Si je n’avais pas eu un ami chez moi à ce moment, il m’aurait attaqué.

    Si les anglophones ont un problème avec l’alcool, dis-toi que les francophones aussi en ont un. On en parle tout simplement pas.

  9. De grâce, des jeunes sont dans une autre province pour faire le « party » et vous vous attendez à ce qu’ils soient civilisés? Je ne suis pas si certain que nous ferions mieux s’il était dans nos habitudes d’aller fêter à Ottawa ou Toronto. Je me souviens en particulier d’un voyage de jeunesse à Toronto où mes congénères s’en permettaient pas mal à Toronto… Loin des parents, il y a bien des jeunes qui déconnent.

    Ancien résident de Québec, je peux dire que des anglos saoûls, j’en ai vus, mais des francophones aussi, dans les autobus retournant dans les banlieues après les parades, prompts à faire des conneries et à vomir par ci par là.

    Le carnaval a toujours été le festival de la beuverie, c’est la principale cause des déboires de M. Parent.

    Louis, je n’ai absolument rien contre l’indépendantisme, et oui il y a des anglos bourrés de préjugés à notre égard, ce qui donne envie de partir au plus vite de cette union mal foutue. Mais récupérer un fait divers à des fins politiques, c’est un peu cheap, ne t’abaisse pas au niveau de certains éditorialistes anglophones…

  10. Enkidu (l’homme sauvage; ironique),

    Prétends-tu vraiment que ce serait possible qu’une dizaine de Québécois se rendent à Toronto, sans parler anglais et puissent attaquer un anglais?

    Vraiment, c’est ridicule!

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