La honte

J’aimerais dire que je n’ai pas eu honte. Je souhaiterais écrire ici que cette stupéfiante mascarade d’une cérémonie d’ouverture olympique où on a vomi la feuille d’érable pendant deux heures ne m’a pas donné envie de changer de nationalité et de devenir Chinois, Italien, ou même Australien. Je désirerais vraiment parler positivement de cet invraisemblable amalgame de fausse canadianité tartinée à la sauce néo-folk et qui a pris tout autant de soin de célébrer les racines des autochtones, ces gentils bibelots, qu’elle a ignoré le peuple québécois, sa seule spécificité face aux États-Unis. Comme à toute ouverture des Jeux Olympiques, j’aspirais à un peu d’humanité plutôt qu’à cette pourriture de carte postale défraîchie par le souffle fétide d’une identité qui n’existe pas et n’existera jamais.

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De Pékin à Turin, en passant par Salt Lake City ou Sydney, les Jeux Olympiques se sont toujours donnés une vocation universelle, c’est-à-dire que les organisateurs se doivent avant tout de célébrer le génie humaine dans son ensemble. Les prouesses de la nation hôte ne constituent que le glaçage sur un gâteau déjà bien sucré et savoureux; on veut avant tout célébrer l’humain, non l’organisateur. Celui-ci se doit de demeurer en filigrane, ne se levant pas au milieu du party pour réclamer son apologie et exiger la dévotion des fidèles qui participent à son spectacle.

Or, au Canada, pays de la diversité en autant que celle-ci ne s’appelle pas québécoise et ne parle pas le français, ce n’était pas le genre humain qu’on célébrait, ni même les prouesses canadiennes en tant que représentantes du potentiel de l’humanité, mais le fait canadien en tant que marque enregistrée, symbole de rêve d’une identité imaginaire. Au milieu d’une scène tachée de la feuille d’érable, elle-même entourée de dizaines de ces vestiges végétaux d’un rouge aussi agressant qu’inutile, se pavanaient des musiciens, danseurs et autres rigolos apportant le grand message de paix et de formidable diversité canadiennes aux téléspectateurs ayant la malchance de regarder cette sinistre comédie sans avoir enfin englouti leur désespoir dans l’alcool ou autres remèdes contre cette ignominie.

Oh qu’ils étaient beaux ces milliers de Canadiens à agiter leur torchon vermillon, à croire que, pour un soir, le Canada représentait autre chose que la crapuleuse excroissance cancéreuse d’une américanité n’ayant pas encore réussi à se débarrasser de la culture latine française souillant ses divines terres coast to coast. Oh qu’ils étaient adorables ces athlètes québécois, tout de rouge vêtus, qui trônaient au milieu de la piste comme d’innombrables brimborions venus enrichir le contingent de mercenaires payés pour citer leur larmoyant « I believe » entre une annonce de McDonald de Purolator.

Des médailles, des médailles, des médailles! On veut des médailles! Mais pourquoi? Pour voir des Québécois, ayant grandi ici, parlant notre langue, issus de notre riche culture, s’enrouler dans le drapeau sanguinaire d’un pays génocidaire de sa minorité francophone et gicler de chaudes larmes au son du « Oh Canada, We stand on guard for thee, God keep our land Glorious and free » tout en remerciant son pays comme une quelconque pute remercie son proxénète de lui remettre une infime partie de son dû après une humide nuit de travail. Pour constater que le Canada, sans l’apport d’un Québec qu’il contribue à élimer comme autant de vagues se brisant sur la roche de notre identité, ne représente rien, n’a rien à offrir, ne constitue qu’une supercherie sportive sur-financée temporairement pour espérer offrir au monde autre chose que le triste spectacle de l’agonie d’un pays dont la contribution à l’humanité se résume à un ou deux alinéas dans des documents que les puissants de ce monde lisent sur le trône.

Ne me faites pas pleurer avec votre bilinguisme à la noix. Ces olympiques sont une fumisterie qui consume l’intelligence et qui nous rappellent à tous, aujourd’hui plus que jamais, que ce pays n’est pas le nôtre, que ces athlètes qui se masturbent dans l’unifolié ne méritent pas notre respect et que cette misérable organisation méprisant notre langue et ignorant notre présence ne devrait même pas être habileté à nettoyer les dalles de la plus cochonne des morgues.

La honte, aujourd’hui, ce n’est plus tant d’être un Canadien, mais bel et bien d’être Québécois, d’avoir dit NON deux fois et de subir cette infâme putréfaction qui nous enfouit le dogme multiculturaliste-nous-sommes-tous-Canadiens-même-si-nous-ne-partageons-aucune-valeur-ou-culture-ou-langue comme autant de poignées d’insectes puants jusqu’au fond de nos gorges, et qui, malgré l’odeur et la déglutition vomitoire qui nous assaillent, nous incite à célébrer cette pathétique exhibition ostentatoire comme une marque de la grandeur de notre résilience face à une nation qui ne désire que notre disparition.

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11 Réponses

  1. Excellent!

  2. […] ledernierquebecois.wordpress.com – https://ledernierquebecois.wordpress.com/ Go to Source […]

  3. […] : “La honte”. On dira que ces affaires de langues sont de peu d’importance dans une manifestation […]

  4. Louis, ça fait un bout de temps que je te lis avec intérêt. Tu écris magnifiquement.

    J’ai d’abord considéré que tu étais un Québécois fier de sa culture, de sa langue et de son histoire. Et je le crois encore.

    Je croyais que c’étaient cas sentiments qui étaient la source de ton inspiration, ton moteur. J’en suis de moins en moins sûr.

    J’hésite. Mais je commence à croire que le véritable moteur de tes pensées (et peut-être de ta vie, je ne saurais dire), c’est la haine. La haine de l’ennemi: l’anglophone.

    J’espère me tromper. Personnellement, je ne pourrais être heureux si j’étais animé principalement par la haine.

  5. @Jean Faucher: Merci!

    @Steph: Fierté et haine de ce qui réduit notre fierté sont deux choses reliées. On ne peut pas être fier du Québec, de sa langue et de sa culture, et accepter impunément de voir le Québec réduit à un statut d’ethnie comme une autre dans un Canada qui fait tout pour sa disparition. On ne peut pas être fier du Québec et de sa culture et ne pas haïr, ne pas détester, ce qui affaiblit et louisianise le Québec et sa langue et sa culture. Ce n’est pas la haine qui anime, c’est la haine qui motive, car la haine de ce qui tue notre existence et détruit nos idéaux est légitime. Le monde n’est pas, malheureusement, une grande ronde à la Passe-Partout où tout le monde se tient par la main et danse. On ne peut pas voir ses idéaux foulés et détruits de jour en jour et se montrer heureux et satisfait de la situation.

    Merci pour vos commentaires!

  6. Le Canada anglais a encore raté une occasion de se faire aimer.
    Israël (pays) rate depuis 1949 toutes les chances qu’il a de se faire aimer.
    Alors, s’ils veulent ne pas se faire haïr, qu’ils s’organisent donc pour se faire aimer.
    « God…un proxénète… ? St-Jean-Baptiste lui ? 😉

  7. Pour moi, ces Olympiques sont tout simplement quelque chose qui se passe ailleurs. Mais un petit commentaire – n’oubliez pas que « l’américanité » n’est pas uniquement anglophone et étatsunienne ou canadienne-anglaise. Les Latins plus au sud parlent de « Nuestra América » en évoquant tout le continent, en espagnol ou en portugais (en citant le texte célèbre de José Martí).

  8. Céline n’ira pas chanter à Vancouver….René est fâché ! Ils ont raison en plus d’avoir une bonne raison de ne pas y aller !

  9. Pas de haine de mon coté, juste la certitude plus que jamais qu’on n’a rien à avoir avec ces gens-là … comme si j’avais besoin de cela.

    Si haine je devais avoir, ca serait plus contre mon petit peuple de molasson mou du cul, sans couille, incapable de se tenir debout. Mes ennemis, je ne les deteste pas, je ne les hais pas, il y a meme une forme de respect envers eux, ca n’en fait pas des amis pour autant. Et je precise qu’il n’en tient qu’à eux pour qu’on devienne les meilleurs amis du monde.

    Pas lu ton texte au complet, juste en diagonale, pas par manque de respect, mais parce que ce discours je l’entends tous les jours, parce qu’en partie (sans la « haine ») je le repete tous les jours. Donc je ne peux que dire +1

  10. AH! Je découvre votre blogue et quelle jouissance intellectuelle que de lire quelqu’un qui pense point par point exactement comme moi!!! MERCI!!! On ne changera peut-être pas le cours des choses avec les blogues, mais tout au moins, on se rend compte que nous ne sommes pas seuls!

    Je passe pour le « négatif » avec les gens que je côtois quand on me parle des olympiques. Et Dieu sait qu’au Québec, on aime ni la chicane, ni la critique trop aiguisée!

    Pourtant, j’ai moi aussi une nausée intense face à la propagande vide olympienne et à cette indigestion de feuilles d’érable rouges.

    En fait, je ne réponds plus rien à mes proches tellement toute l’opération olympienne de Vancouver est pourrie à l’os.

    En fait tout ce qui me vient en tête est la conclusion du « temps des bouffons » de Falardeau: Quelle bouffonnerie!

  11. […] gone on long enough. There are one too many peoples living in this country." Louise Prefontaine LINK "Oh they were beautiful, the thousands of Canadians, waving their scarlet cloth, believing that […]

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