Le consensus

Il est aberrant de constater avec quelle facilité le gouvernement libéral crée des consensus factices. Se basant sur les livrets de propagande d’économistes-caniches comme Luc Godbout, Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Robert Gagné, réclamant tout autant de sacrifices de la part des citoyens qu’ils reçoivent de généreux émoluments en se nourrissant aux mamelles de l’État pour accomplir leur œuvre de sanctification des politiques du parti au pouvoir, la ministre Courchesne déclame son appréciation d’un « consensus » autour d’une nouvelle hausse des frais de scolarité.

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« Je pense qu’il y a un consensus qui est en train de se mettre en place au Québec, a expliqué la ministre hier en entrevue à La Presse. Quand je parle de consensus, j’exclus les étudiants. Mais on voit que, de plus en plus, l’importance d’augmenter les droits de scolarité se fait sentir. » Notons: le consensus exclut les étudiants. Cela va de soi. Il exclut également le Conseil canadien sur l’apprentissage, qui calculait les coûts du décrochage, conséquence logique de l’augmentation du fardeau imposé aux étudiants. Il exclut la Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics, qui souligne qu’une étude a déjà démontré que les hausses de frais déjà annoncées priveront entre 6000 et 13 000 étudiants d’éducation supérieure. Il exclut aussi les centrales syndicales, qui dénoncent l’impact d’une hausse des frais sur l’accessibilité. Il exclut Québec Solidaire, qui s’inquiète de l’endettement des étudiants. Il exclut l’Association canadienne des professeurs d’université, qui estime que les gouvernements fédéraux et provincial abandonnent les étudiants. Et, pire que tout, il exclut les Québécois eux-mêmes, qui s’opposent aux hausses des frais de scolarité dans une proportion des deux tiers. Consensus, vous dites?

En fait, une hausse des frais de scolarité serait extrêmement dommageable pour la société, peu importe ce qu’en pense la ministre Courchesne et son « consensus » qui exclut les étudiants et la majorité de la population. L’investissement de l’État dans l’éducation est rentable. Quand l’État augmente sa participation dans le réseau scolaire, elle fait un placement. Le bulletin statistique du Ministère de l’éducation de décembre 2008 le démontre: le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%. Concrètement, en investissant dans l’éducation, c’est l’ensemble de la société qui s’enrichit. Les diplômés universitaires ont de meilleurs salaires (et paient donc davantage d’impôts), sont moins sur le chômage, sont plus en santé; chaque dollar investi pour favoriser la progression d’un étudiant vers les échelons supérieurs de l’éducation rapporte un dividende à l’ensemble de la collectivité.

En cherchant à augmenter encore une fois le fardeau des étudiants, on ne peut que contribuer à réduire leur désir de poursuivre leurs études. Les prêts et bourses ne sont pas disponibles pour tous, et cet endettement ne constitue pas non plus la panacée. En forçant des jeunes qui commencent dans la vie à porter sur leurs frêles épaules le fardeau de l’éducation, on ne peut que les inciter à travailler davantage en-dehors des classes et à délaisser, progressivement, leurs études. Tous ne le font pas, beaucoup s’accrochent, mais chaque décrocheur coûte annuellement 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Si on multiplie cette perte par les 6000 à 13 000 décrocheurs qui ont déjà quitté à cause de la hausse précédente, on obtient une somme pouvant atteindre plus de 140 millions de dollars par année! Il s’agit d’un manque à gagner et de frais qui sont à la charge de l’ensemble des contribuables. Pour récupérer quelques millions sur le dos des étudiants, on s’appauvrit substantiellement d’un autre côté! Vous y comprenez quelque chose?

Le consensus dont parle la ministre n’est pas celui des chiffres, ni des individus. L’éducation est rentable; l’ignorance est coûteuse. Avec un tel « consensus », on peut justifier n’importe quoi. Quand un gouvernement est plus à l’écoute d’une minorité de technocrates et de soi-disant experts grassement rémunérés par l’État ou par des think-tanks privés que de la majorité de la population et des individus directement concernés, on peut s’attendre aux pires absurdité. On peut virer l’État sens dessus dessous et enfoncer dans la gorge des protestataires le grain rance de consensus forgés de toutes pièces pour satisfaire les visés idéologiques du gouvernement. Quand l’idéologie prend le pas sur la plus simple logique qui veut qu’un peuple éduqué soit un peuple en santé, on peut s’attendre aux pires dérives.

Or, avec la faiblesse éternelle d’une opposition péquiste ayant adopté le discours néolibéral et ayant à peine la volonté de s’opposer à l’inacceptable autrement que par des clips de douze secondes constituant autant de croustilles vides pour les nouvelles de dix-huit heures, et d’une opposition adéquiste tournant en rond à force de se chercher à droite et encore davantage à droite, on peut s’attendre au pire.

À défaut d’avoir un consensus au sein de la société, il y en a effectivement un au parlement, si on exclut Amir Khadir, le seul député à avoir un peu de gueule au sein de ce ramassis de carnassiers de l’éducation. Les trois principaux partis de l’Assemblée font fi de la volonté des étudiants, des professeurs, des spécialistes et sacrifient sur l’autel d’un déficit zéro largement causé par leurs propres politiques de droite ce qui leur reste de représentativité.

Quand on jouit de l’appui quasi-unanime de la chambre, quand on sait que l’opposition s’oppose pour la forme, il est facile de se forger des consensus. Il est facile de sacrifier les étudiants et de se priver du rendement de l’éducation publique pour satisfaire des visées idéologiques partagées, sur le fond, par le Parti Québécois et l’Action Démocratique du Québec.

Entre affairistes, corporatistes et carriéristes, on se reconnait, on se respecte.  On se gratte le dos et on se prépare une carrière dans le privé.

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7 Réponses

  1. L’augmentation proposée ne rapportera pas tant d’argent que ça. Une simple correction aux contrats d’infrastructure déja accordés aux ti-zamis comblerait rapporterait beaucoup plus !

  2. Ca, c’est exactement ce que disait Campeau dernièrement : 5 milliards de déficit … sur-facturation des infrastructures 5 milliards … je l’ai trouvé le moyen de combler le déficit !

  3. Si le gouvernement avait des couilles, il arrêterait de subventionner des écoles et collèges privés, ou seul un certain nombre de jeunes, ayant de meilleures notes que d’autre, peuvent aller. Avec l’argent récolter, on pourrait ainsi éviter une trop grosse hausse des frais de scolarité pour des études supérieures.

    Parce que oui, il faut augmenter les tarifs. On doit tous se serrer la ceinture en temps de crise économique. Ça suffit l’endettement public pour qu’on nous donne à manger sans avoir à lever son cul de sur sa chaise.

  4. « En forçant des jeunes qui commencent dans la vie à porter sur leurs frêles épaules le fardeau de l’éducation, on ne peut que les inciter à travailler davantage en-dehors des classes et à délaisser, progressivement, leurs études. »

    Il y a aussi l’effet de faire bouder les activités scolaires. Devoir travailler veut dire moins de temps pour partager les temps et les perspectives avec les autres étudiants. Plus d’atomisation chez les universités déjà assez atomisées socialement. Et qui peut aller manifester ou aller en grève quand il faut aller travailler dans deux heures?

    Tant mieux si t’es une ministre libérale impopulaire qui veut imposer une autre hausse plus tard…

  5. Louis je suis assez d’accord que de garder un prix de l’éducation bas c’est bon pour le pays mais question d’éviter certain abus, faire connaitre aux gens le prix de cette éducation et éviter les choix non réfléchi j’aimerais bien voir un système où on te prête les $ pour tes études et si tu réussi on te rembourse sinon c’est pour ta pomme. Tu crois en un système du genre? Tu pense que ça pousserait a réussir tout en gardant l’éducation accessible?

  6. @Garamond: Absolument! Mais je crois que c’est idéologique avant tout. On le sait que ça ne fait pas de sens d’un point de vue logique, mais quand l’idéologie prend le pas sur la logique, tout est permis!

    @reblochon: Et moi je prends les 10 milliards de baisses d’impôts! Mais sérieusement, c’est normal d’être en déficit actuellement; faut l’accepter. C’est un peu comme si un chômeur décidait d’arrêter de se raser, de se faire couper les cheveux, de manger et de s’habiller pour économiser de l’argent et ne pas « faire de déficit »… Vous croyez qu’il se trouvera un travail après?

    @Martin R.: C’est exactement le contraire. En période de crise, il faut accepter les déficits et stimuler la demande. Ce n’est pas pour rien que le Québec est l’endroit qui s’est le mieux sorti de la crise dans toute l’Amérique du Nord. Je crois que si on veut s’enrichir à long terme, investissons dans chaque étudiant, et récoltons ce 8,5% de bénéfice. Je crois qu’une baisse des frais de scolarité permettrait de nous enrichir de cette façon.

    @neumontréal: Bon point. Ça me fait penser, un peu en dérision, quand l’ADQ voulait s’attaquer aux étudiants… Je m’étais dit: si les gens ne savent plus lire et écrire, ce sera bon pour l’ADQ! 😛

    @André: Je crois que le processus d’essai-erreur fait partie de la vie. Je connais de nombreuses personnes qui se sont trompées (dont moi!) mais qui ont fini par trouver les bonnes études, le bon domaine. Je crois qu’il faut accepter le droit à l’erreur et se dire que ça fait partie de l’investissement. Certains savent ce qu’ils veulent faire à 16 ans, d’autres seulement à 23 ans! Peut-on sérieusement trop s’éduquer, après tout? L’éducation est une richesse, un investissement, pas une dépense!

    Merci à tous pour vos commentaires!

  7. N’y a-t-il pas un fort consensus, qui exclut les libéraux, selon lequel on devrait renverser le gouvernement au pouvoir ?

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