France Boucher: un prix Autruche bien mérité

« Pas scientifique ne veut pas dire pas valable ». S’il fallait résumer en quelques mots la contribution de France Boucher à la tête de l’Office québécois de la langue française (OQLF) et expliquer pourquoi le Mouvement Montréal français (MMF) lui a remis le prix Autruche de l’année 2009, la semaine dernière, ce seraient ceux-là. Censure de ses chercheurs, camouflage des études, sélection des dates de publication pour en limiter l’impact médiatique, utilisation de données désuètes, climat de méfiance et de paranoïa dans ses rencontres, refus de fournir une analyse qualitative quant à la situation du français, invocation d’études-bidons, le règne de cette ancienne employée du gouvernement libéral de Robert Bourassa est marqué par le mépris le plus total de ce qui devrait constituer sa première priorité : la défense du français.

Source de l’image

Censure

Lors d’un colloque de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) en mai 2006 à l’université McGill, Elke Laur, chercheuse à l’OQLF, a déclaré qu’elle était dans l’impossibilité de présenter les conclusions de ses recherches sur les perceptions du français et de l’anglais à Montréal. (( La Presse, Nouvelles générales, mardi, 16 mai 2006, p. A7, L’accord de la ministre d’abord, Une chercheuse de l’OLF doit attendre l’autorisation de la ministre de la Culture avant de présenter ses travaux, Noël, André. )) Elle a donc dû discourir pendant vingt minutes sur la méthodologie sans pouvoir offrir le moindre chiffre, la moindre statistique susceptible d’éclairer son propos.

La directive empêchant les chercheurs de dévoiler leurs recherches avant l’approbation et la publication de la ministre avait été imposée le 10 février de la même année dans un document interne à l’OQLF – non-signé – intitulé Document adressé à la présidente-directrice générale (de l’Office)- Suivi de la situation linguistique- Modalités de diffusion des travaux. Depuis cette date, les chercheurs doivent attendre patiemment l’autorisation ministérielle avant de dévoiler les résultats de leurs recherches.

Camouflage

Cette forme de censure entérinée par la présidente de l’OQLF a permis à l’organisme – et au gouvernement qui le contrôle – de surseoir à la publication d’études démontrant un recul du français.

Ainsi, l’OQLF est-elle restée assise sur une étude dévastatrice sur le statut ultra-précaire du français à Montréal pendant près d’un an et demie. C’est en août 2006 que le chercheur Marc Termote avait remis la conclusion de sa recherche, mais il aura fallu attendre le mois de mars 2008 pour que les résultats soient publiés. Pire : France Boucher elle-même a annulé une conférence de presse prévue en janvier 2008 pour diffuser les résultats, car ceux-ci auraient nui politiquement au gouvernement Charest à cause d’une enquête menée par le Journal de Montréal sur l’embauche d’une unilingue anglophone à Montréal et d’une controverse autour d’une promotion menée en 2006 sur les services en français dans 2500 commerces du centre-ville de Montréal. (( Idem. ))

L’étude a finalement été engloutie dans les 1700 pages du rapport quinquennal de l’OQLF, remis deux minutes avant la conférence de presse aux journalistes et dont Mme. Boucher se disait très fière.

Données désuètes

Question fierté, il y avait quelque chose d’un peu gênant à voir France Boucher présenter un volumineux compte-rendu de la situation du français au Québec avec des données basées sur le recensement de 2001, alors que les données de 2006 étaient déjà disponibles. Rima Elkouri, journaliste à La Presse, s’est même demandé: « Faudra-t-il attendre 2014 pour que l’OQLF compile les données de 2006? »

Refus d’une analyse quantitative

En plus d’offrir aux citoyens du Québec des chiffres datant de sept ans, France Boucher a été dans l’impossibilité de qualifier les résultats. Faisant fi de son mandat on-ne-peut-plus clair, stipulant qu’il était de son devoir de « signaler les problèmes émergents, les signes de dégradation ou d’amélioration » quant à la situation du français, elle s’est bornée à présenter les chiffres sans les commenter. Une conclusion générale eût été trop « facile », a expliqué la présidente de l’OQLF. Facile, peut-être, mais il était de son devoir de le faire et ses conclusions auraient pu être très pertinentes.

Même le président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), Conrad Ouellon, est sorti de sa réserve habituelle pour blâmer la présidente de l’OQLF. Talonnée sans merci par les journalistes, elle a lancé un pathétique «J’en ai assez ! » et a préféré blâmer le comité de suivi pour les délais. Toujours la faute aux autres…

Méfiance et paranoïa

Le président du comité de suivi, Simon Langlois, avait démissionné quelques jours avant la publication des résultats, jugeant que la présidente imposait des règles de confidentialité inacceptables.

En effet, le 4 décembre 2007, dans un climat digne des plus sombres moments de la Guerre Froide, France Boucher avait invité les membres du comité à prêter serment avant de se rendre dans une pièce à l’abris des espions, sans le moindre ordinateur, ni papier, ni téléphone cellulaire, afin d’examiner le bilan. Toute copie annotée devait être détruite à la sortie de la salle. Les membres ont évidemment refusé de se prêter à cette façon de faire davantage digne d’une prison que d’un organisme devant, théoriquement, avoir la situation du français à cœur.

Fernard Daoust, qui détient le record de longévité en tant que membre du Conseil de la langue française, a jugé cette façon de faire tout à fait incompréhensible : « J’ai été membre de l’Office pendant vingt-cinq ans. Jamais on ne m’a demandé de prêter serment… C’est incroyable! ».

Or, qu’a fait France Boucher à la suite de ces critiques? Elle a déclaré, en commission parlementaire, qu’elle voulait « nettoyer la soue » à l’OQLF. Un peu comme si le porc se portait volontaire pour nettoyer la porcherie.

Étude bidon

Après qu’une enquête du Journal de Montréal eût démontré, début 2008, avec quelle facilité une personne unilingue anglaise pouvait se trouver un emploi à Montréal, le gouvernement Charest a répondu qu’une étude menée en 2006 dans plus de 2500 entreprises avait démontré que la loi 101 était respectée dans 90% des commerces du centre-ville de Montréal. (( Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 19 janvier 2008, p. a3, Loi 101: deux petites pages pour soutenir les prétentions de St-Pierre, Robitaille, Antoine ))

En fait, on a appris par la suite qu’une telle étude n’avait jamais existé et que France Boucher – encore elle – avait colligé des données basées sur une campagne de promotion de la loi 101. La vaste « étude » présentée aux journalistes se résumait à deux pages d’un document sans la moindre méthodologie ou prétention scientifique. Mais, comme on le sait déjà, « pas scientifique ne veut pas dire pas valable » selon la présidente de l’OQLF. CQFD.

C’est en l’honneur d’une grande fossoyeuse du français qui, grâce à son poste à l’OQLF, aurait pu contribuer à la protection de notre langue commune, mais qui a choisi de jouer les chiens de garde du gouvernement en place, que le Mouvement Montréal français a remis le prix Autruche à France Boucher.

Malgré toute sa censure, son camouflage, ses données désuètes, son refus d’analyse, sa paranoïa et ses manipulations, France Boucher n’a pas su réussir à travestir la réalité pour la faire se conformer aux prétentions du gouvernement en place.

Malgré toutes ses prises de parole farfelues, ses démentis, ses silences évocateurs, elle n’a pas su nous faire oublier une réalité fondamentale : le français est en régression à Montréal, dans les banlieues de Montréal et dans l’ensemble du Québec.

Si elle avait eu le courage de confronter la réalité en face au lieu de s’accrocher à son rôle de sous-fifre des basses œuvres d’un gouvernement insensible aux légitimes préoccupations d’une population l’ayant porté au pouvoir et qui tente de faire confiance à ses institutions, elle n’aurait sûrement pas mérité ce prix, cette haute distinction remis à quelqu’un qui avait le pouvoir de changer les choses, mais qui a préféré rester assis sur ses privilèges en regardant notre langue couler aussi irrémédiablement que sa propre crédibilité.

Ou ce qu’il en reste.

Publicités

5 Réponses

  1. Sa mère doit bien la regarder de là-haut et avoir pitié d’elle. Cette femme n’est pas du tout à sa place. Elle fitterait bien comme secrétaire ou attachée politique libérale, mais pas à la tête de l’OQLF. Pour être à la tête de l’OQLF, il faut être le chien de garde de la survie du français au Québec! Or, France Boucher manque à son mandat et à toutes règles de transparence qui viennent avec son poste.

    Sa famille a beau être libérale et très connue à Québec (oui, c’est la fille de feu la mairesse Andrée Boucher), mais, quand même, la partisanerie ne doit pas primer sur la survie de notre langue. Donc, Charest n’a d’autres choix que de réclamer son départ, de même que celui de la St-Pierre qui nous cache toujours des études troublantes sur l’état du français à Montréal.

    En passant, c’est drôle que plus personne ne parle des sales magouilles libérales qui ont été faites à la Société du 400e avant l’arrivée de Daniel Gélinas! Vraiment très propre, le PLQ! La vague libérale qui a frappé Québec en 2008 restera, pour moi, un mystère total.

  2. France Boucher est la fille de feu la mairesse Andrée Boucher! Ah bon! Ceci explique bien des choses à mon avis.

  3. @Jean-Luc Proulx & internationaliste: J’ignorais que c’était la fille de feue Andrée Boucher! Voilà en tout cas qui démontre que le caractère et l’indépendance d’esprit, ce n’est pas nécessairement génétique!

    Merci pour vos commentaires!

  4. Bonjour Monsieur Préfontaine,

    Pour étayer vos dires, voici hors de tout doute, un dossier noir sur l’O.Q.L.F qu’a dressé IMPERATIF FRANCAIS sur son site Web.

    Si vous avez à cœur la langue de Molière, pouvez-vous faire circuler dans votre milieu!
    Merci à l’avance!

    CENTRE-VILLE DE MONTREAL

    ====================================

    Une anglicisation fulgurante en photos et vidéos
    Déjà un millier de dérogations à la Charte de la langue française!
    Et ce ne sont ni des rumeurs, ni des ouï-dire, ni des peurs mal-fondées, ni des épouvantails à moineaux, ce n’est qu’un constat.
    Et comme Paul Watzlawick, philosophe et grand psychanalyste, dit bien dans sa formule: « La déliquescence des cultures précède la disparition des sociétés ».
    « Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

    Allez constater sur ce site pour voir en totalité le millier d’infractions à la loi 101 au centre-ville de Montréal :
    http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2008/montreal-anglais.html

    Pour un bref aperçu (si vous manquez de temps), allez visitez ce lien:
    http://www.youtube.com/user/montrealenfrancais

    Gilles Thompson

  5. Rien, absolument rien à ajouter à ça, sinon que le gouvernement lui-même mériterait aussi une belle autruche en or, pour l’ensemble de son oeuvre. Encore bravo pour un autre texte en béton!

Comments are closed.