Il était une foi

Je regardais les images du cardinal Turcotte, officiant hier une messe en français et en créole pour aider les Haïtiens. Sentiment de malaise, d’anachronisme. Comment se peut-il qu’une Église qui, autrefois pouvait prétendre parler pour tous les Québécois, n’en représente plus qu’une minorité aujourd’hui? Quelles trahisons, quelles manipulations, quel esprit corporatiste ont-ils poussé les Québécois à tourner le dos à cette Église? Puisque c’est le nationalisme québécois qui, avec la Révolution tranquille, a mis fin à la domination du clergé au Québec, ne faudrait-il pas s’attarder à ses causes, son origine?

Source de l’image

Puisque nos cours d’histoire ne nous enseignent pas ces réponses – il ne faudrait tout de même pas trop parler de la naissance de l’idée de nation du Québec dans le cadre d’un cours d’histoire du Québec – je nage toujours dans les eux noires de mon ignorance crasse et je m’émerveille quotidiennement en lisant le chef-d’oeuvre de Hélène Pelletier-Baillargeon, Olivar Asselin et son temps. De loin le livre le mieux écrit, avec le vocabulaire le plus riche et le sources les plus complètes sur les enjeux du tournant du siècle dernier que j’aie pu lire.

Donc, je regardais les nouvelles et je voyais le cardinal Turcotte jouer les faux-modestes devant une foule de convaincus, puis j’allais lire sur cette époque trouble où, face à l’intransigeance de provinces canadiennes ayant décidé d’abolir ou de limiter sévèrement l’enseignement du français dans les écoles du Manitoba (1890), du Nord-Ouest (1892), puis de l’Ontario (1912), est née l’idée que le Québec ne pouvait être que le seul endroit où les Canadiens-français, grâce à leur majorité numérique, seraient à l’abri de ces forces assimilatrices.

Et l’Église, face à ces crises? En 1910, alors que les orangistes ontariens, ces « Prussiens de l’Ontario » selon Henri Bourassa, fourbissaient leurs armes afin d’imiter les provinces de l’ouest dans leur combat pour l’assimilation définitive des francophones, le Congrès eucharistique international de Montréal accueillait des personnalités comme Mgr. Francis Bourne, archevêque de Westminster. Celui-ci a osé affirmé bien haut ce que plusieurs savaient déjà: l’Église catholique, l’institution, ne voulait pas défendre la langue française, mais plutôt assurer la diffusion de la foi dans la langue de la majorité anglaise en Amérique du Nord. Selon Bourne, le Canada était appelé à grandir, à se peupler, mais à parler anglais. À l’image des évêques irlandais cherchant à assimiler les exilés canadien-français dans le nord des États-Unis, la langue constituait un obstacle à la foi.

La réponse de Henri Bourassa, le plus grand tribun de son temps malgré sa pusillanimité politique, était historique, et marquerait le Québec pour les décennies à venir:

« Mais, dira-t-on, vous n’êtes qu’une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais ce n’est pas à l’école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. »

Malgré tout, le ver était dans la pomme. L’Église ne pouvait plus se prétendre la grande défenseure des droits linguistiques des Canadiens-français. Face aux actions d’un Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui lança une vaste campagne d’aide à la résistance franco-ontarienne en 1913, l’Église en appela encore à la docilité de ses ouailles et contribua, de par sa complaisance avec les autorités ontariennes, à désolidariser les Québécois et à empêcher de réunir une somme suffisante pour réellement permettre aux Franco-Ontariens de lutter effectivement contre les lois discriminatoires qui les ostracisaient.

Certes, la foi catholique continua de dominer au Québec pendant encore un demi-siècle, mais les forces nationalistes qui s’étaient pour une première fois éveillées avaient su saisir ce que nous avions à attendre d’une institution davantage intéressée par la diffusion maximale de ses idées que par la protection des valeurs du peuple qui a constitué son avant-garde pendant des siècles en Amérique du Nord.

Ainsi, je regarde le cardinal Turcotte et je vois: je vois une vieille Église qui, si elle s’est construite sur de nobles idéaux, n’a jamais su comprendre l’importance pour un peuple de défendre sa langue et qui a échoué tant à imposer sa foi à une Amérique du Nord anglophone qu’à conserver la confiance de francophones qui se sont sentis trahis, utilisés, et viciés par l’odeur fétide des intérêts institutionnels d’une organisation millénaire incapable de s’arrimer aux enjeux identitaires d’un monde voulant de moins en moins croire pour voir, mais plutôt voir pour croire.

Face à la désaffection des Québécois, l’Église ne peut que se regarder dans le miroir et se blâmer d’avoir réussi à transformer le peuple le plus pieux d’Amérique du Nord en collectivité de consommateurs individualistes célébrant leur culte du consumérisme dans tous les centres d’achats de la petite province, avec ses restants de ce qui fut un jour un grand peuple Canadien-français couvrant la plus grande partie de ce continent. Elle ne peut que faire face à elle-même et constater que la quasi-disparition des Canadiens-français à l’ouest du Québec ne s’est pas traduite par une montée de la foi catholique en Amérique du Nord, mais plutôt par l’exact contraire.

Alors non, Monsieur Turcotte, ne parlez pas pour les Québécois. Parlez en votre nom et au nom de votre institution. Mais laissez les Québécois exprimer leurs sympathies à Haïti autrement que par une Église qui a contribué à faire d’eux la fragile minorité qu’ils représentent aujourd’hui. S’ils croient en Dieu, malgré tout, laissez-les y croire sans le besoin du filtre ostentatoire de vos prétentions.

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18 Réponses

  1. L’Église ce n’est pas l’institution catholique, M. Préfontaine. Ce n’est pas le Vatican (État).

    L’Église c’est l’ensemble des chrétiens. Ils sont catholiques, orthodoxes, protestants, cotes, et autres.

    De même que le Québec n’est pas la nation. Ce sont les Québécois (Canadiens français) qui forment la nation. Le Québec c’est l’État.

    La nation c’est l’ensemble des Québécois. Ils sont fédéralistes, nationalistes, indépendantistes, de gauche ou de droite, et autres.

  2. Le Vatican se met toujours du côté du pouvoir. Son État passe avant tout (c’est bien normal).

    C’est pourquoi il se met du côté des coups d’États par les grandes puissances.

    Ce qui compte c’est la sauvegarde de son État et le catholicisme dans le monde. Le Québec est une bien petite perte pour lui. Les pays pauvres lui rapportent bien plus.

    Cette messe était c’elle des pouvoirs. Les politiques bien en vue.

  3. Louis, je ne sais pas si vous avez écouté en entier l’Homélie de Mgr Turcotte aux Haïtiens. En aucun moment Mgr Turcotte affirme parler au nom de tous les Québécois comme vous le prétendez.
    Je viens de publier en entier son Homélie sur mon blogue.

  4. hola!

  5. url de mon blogue

  6. Précisons le débat : L’Église nous a t elle trahi ou sauvé ?

    Pour répondre à cette question allons à l’essentiel : Qu’est-ce qui fut NÉCESSAIRE pour que ce peuple français en Amérique survive au vent contraire de l’Histoire : Un État pour conserver sa cohésion nationale.

    Géopolitique 101 : L’État et la cohésion nationale.

    De 1608 à 1759 l’État est en croissance organique. Grâce au rôle d’appoint de l’Église, il atteint une masse critique qui lui a permit de ne pas être anéantie par la victoire britannique. Cette contribution fut donc essentiel.

    Durant les 150 premières années, la cohésion nationale de ce peuple français qui reposait sur les assises de son État avec lequel elle était en adéquation n’était pas remise en question, sauf de l’extérieur.

    La victoire britannique viendra tout changer.

    La première conséquence est celle de voir les institutions politiques et l’appareil d’État (Nouvelle France) démantelés. Et le lien avec la France rompu. (Ce que consacre le Traité de Paris, 1763). Que reste il comme assise alors pour conserver notre cohésion nationale (peuple français) face à un Empire qui veut nous assimiler : L’Église.

    Elle fut la contrepartie de la couronne britannique dans l’Acte de Québec de 1774 (consentie parce que les anglais n’était pas dans un rapport de force si favorable face à un peuple qui avait atteint une masse critique et qui pouvait se joindre à la révolution qui menaçait au Sud).

    C’est cette institution millénaire dans ses capacités de structurer les sociétés, laquelle avait joué un rôle d’appoint nécessaire dans les premiers élans de notre État, qui va venir jouer un rôle « cardinal » pour la suite de l’histoire : L’Église va se substituer à notre État démanteler pour en assumer elle-même les fonctions essentiels : Peupler et mettre en valeur le territoire !

    C’est sur les assises de cette institution que va reposer nos espoirs réels (géopolitique) de conserver notre cohésion nationale. Elle s’est si bien acquitté de sa mission historique que, suite à 200 ans de gain de potentialité, ce peuple va passé de la puissance à l’acte en 1960 pour se doter d’un État moderne pour assurer sa cohésion nationale. Un saut périlleux pour les « canayens ».

    Ce sera la Révolution tranquille : Maitre chez nous.

    Mais pas tout à fait. Très vite les acteurs politiques vont faire le constat que ce demie État annexé et réduit dans ses capacités d’agir n’offre pas toutes les garanties pour assurer la pérennité de la cohésion nationale. La quête de l’État souverain commence. Son élan sera brisé en 1995 ; depuis nous sommes dans le reflux de l’histoire. Le contrôle de notre demie État nous échappe complètement, conséquence du fait de la perte de notre cohésion nationale.

    Alors même que élites politique semblent ignorer l’urgence de la situation. Pour une première fois depuis 1759, nous sommes en danger réel de perdre notre cohésion nationale.

    Ce qu’il faut constater c’est que notre demie État semble sur le point de faillir là où l’Église avait réussi, c-à-dire sur l’ESSENTIEL : Conserver notre cohésion nationale. (L’ontologie je vous dis)

    Mis à part les anecdotes et les faux choix (la révolte alors que l rapport de force n’était pas favorable). L’Église à jouer un rôle cruciale dans notre existence de peuple.

    Simple constat géopolitique 101 : L’Église ne nous a pas trahie,elle nous a sauvé !

    JCPomerleau

  7. Je pense que l`église a plutot contribué a sauvé le Québec au 18 eme et 19 eme siecle par la démographie. De plus l`église a été obligée de prendre le controle politique du Québec apres la rebellion avortée de 1837 de la part des notaires et medecins – élites qui ont ensuite été vue avec méfiance par les Britanniques.

    Ce sont plutot les élites athées et gauchistes du Québec des années 60 qui avec la perte de sens de la famille, de la religion et l`immigration massive mene le pays a son déclin lent.

  8. C’est exact M. Pomerleau.

    L’État catholique nous a servi d’État car nous en avons pas nous-mêmes.

    Le Vatican est un État bien réel et avec tous ses pouvoirs.

    En se faisant catholiques, nous avions un État légitime et très puissant.

    Duplessis avait compris que pour construire l’État-nation des Québécois il devait se faire conjointement avec l’État catholique. C’est pourquoi la croix sur le drapeau.

    Le mouvement libéraliste de gauche des années 60 nous a fait croire que nous n’avions plus besoin de l’État catholique et que le peuple se donnerait seul son État-nation.

    Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

  9. Est-ce qu’un des chefs de QS, qui veut faire entrer le voile islamique dans l’État en faisant appel à notre sympathie pour les musulmans, est entrer à l’oratoire pour partager sa sympathie avec les Haitiens ?

  10. Beau texte, Louis, mais j’aime bien les commentaires de JC Pomerleau.
    L’Église mène son propre combat : est-ce que ça peut aider la cause indépendantiste ?
    Je ne suis pas certain et je ne compterais pas trop là-dessus.

  11. J’ai écouté la cérémonie, je surveillais les dirigeants de QS.
    Je n’ai vu personne que je connaissais.
    J’ai alors pensé que les dirigeants de QS n’ont aucune sympathie envers le peuple haïtien trop occupés à protéger le port du voile dans l’État.

    Triste QS.

  12. Si elle se sent menaçée, oui.

    Son support fut capital pour l’indépendance de la Pologne de l’Union Soviétique et de d’autres pays de l’est aussi.

    L’Union Soviétique était anti-religion.

    Tant que le Canada supporte le droit des religions, le Vatican sera de son côté. Mais depuis 10 ans l’occident sombre dans le relativisme religieux et les États se mettent à usurper le rôle des institutions religieuses. Ce n’est pas loin du soviétisme laïque. Les manifestations en faveur de la laïcité intègre explosent. Le Vatican aime pas ça, c’est pourquoi il fait appel à la laïcité « ouverte » comme toutes les autres institutions religieuses (et aussi QS).

    Le Vatican sait que dans une laïcité intègre c’est l’islam qui a l’avantage de par sa force dans le domaine civil. Le Vatican dépend des pouvoirs.

    Le Vatican ne veux pas disparraître et nous non plus.

    Lorsque deux entités ont le même but , ils ont tendance à s’unir et faire des pactes.

  13. Un tel pacte est QS et les musulmans (et juifs).

  14. Il ne faut pas gommer l’écart entre l’élite cléricale et le bas clergé. Au contraire. Pour comprendre il faut s’efforcer de nuancer. Après la répression implacable et largement provoquée du Mouvement patriote, ce fut l’âge d’or des collèges classiques, un retour de l’influence du catholicisme. Il n’y avait rien, rien d’autre. L’église catholique nous a trahi par son élite et sauvée par ses écoles et ses hôpitaux, nous évitant ainsi l’obligation d’aller massivement chez l’anglais pour nous instruire. L’Église aura ajournée de plus de cent ans notre assimilation et créée les conditions de la révolution tranquille. Une révolution tranquille qui nous aura ouvert sur le «monde» et (je le crains) perdu à nous-mêmes. Dans la «longue» histoire, notre assimilation connaît des ralentissements et des accélérations, mais elle ne cesse jamais. Nous sommes en période d’«accélération», l’oeuvre de l’Église d’après 1837 nous aura permis de vivre une période de ralentissement salutaire. Dieu merci ! Je n’ai pas d’opinions sur Monseigneur Turcotte et je suis agnostique. Toutefois, je revendique un attachement aux valeurs d’inspiration gréco-romaines-catholiques (dans le sens noble) et des Lumières. Je suis occidental et de la chrétienté – et je m’oppose à l’immigration exogène, voire à toute immigration, du moins pour un temps. Je ne suis pas raciste mais soucieux de l’intégration des immigrants, condition d’une saine écologie sociale. GV

  15. Je n’ai pas beaucoup suivi la cérémonie de l’Oratoire. Le Cardinal Turcotte parlait-il vraiment au nom des Québécois ?

    Il me semble qu’il est naturel pour un prélat de parler au nom de son institution et de ses fidèles. Son message est simplement ajouté à celui des Québécois qui, sans être croyants, sont touchés par la situation en Haïti. Le soutien spontané du Québec en entier qui s’est manifesté depuis le séisme en fait foi.

    Le peuple Haïtien est très croyant et il me semble important que l’Église du Québec manifeste, comme l’ensemble de la société, son appui et sa compassion.

    Quant au rôle de l’Église dans la minorisation des canadiens-français, je dois me ranger du côté de monsieur Pomerleau. L’Église, par toutes sortes de moyens qui, de nos jours, paraissent complètement rétrogrades, a été le moteur essentiel qui nous a permis, pour un temps de sauvegarder cette « cohésion nationale ».

    D’ailleurs, si la Révolution Française et la déchristianisation de la France qui s’en est suivie, était survenue avant le Traîté de Paris, je ne crois pas que nous pourrions avoir ce débat en français aujourd’hui.

  16. @tous: Merci pour vos commentaires. Je n’ai pas eu le temps de répondre individuellement comme à mon habitude, mais je vous ai lu. Je dois cependant continuer de défendre mon point: si l’Église n’avait pas laissé tomber les franco-américains et les Canadiens-français, je crois que nous serions loin d’être la minorité que nous sommes aujourd’hui. L’Église a voulu que la foi catholique s’anglicise pour rejoindre une maximum de personnes; elle a cloué le cercueil de l’assimilation de nombreux Canadiens-français.

    Merci pour vos commentaires!

  17. « L’exigence d’une enquête ! »
    « Parmi toutes les horribles suppositions que l’on peut faire sur « ce que l’on nous cache », la plus inattendue, la voici : Notre époque aurait reçu un authentique Message de Dieu. Vu l’état de ce monde, pourvu que non, n’est ce pas ? Fort heureusement, la mise en sectes politico-médiatique des spiritualités a jusqu’ici fonctionné, quoique branlante.
    En 1974, le Christ serait-il revenu comme un voleur ? Qui en a entendu parler ? Nous demandons qu’une véritable enquête indépendante soit constituée pour établir la plausibilité – ou non – de l’authenticité de la Révélation donnée à Arès.

    Au minimum, il est FACILE d’établir que :
    1) ce Texte n’a pas pu être rédigé par Michel Potay, l’homme qui affirme l’avoir reçu ;
    2) ce Texte est le dernier qu’on écrirait pour des motifs de pouvoir ou d’argent ;
    3) ce Texte est d’une extraordinaire Beauté et Vérité.

    Que les enquêteurs enquêtent enfin ! Ce n’est pas difficile, et l’enjeu et la responsabilité sont immenses. Que tout soit public ! Que SI la plausibilité de l’authenticité en est clairement établie, les pouvoirs politico-médiatiques lui concèdent un véritable Droit de Cité. Et l’avenir dira le reste !
    La réalisation effective de l’évangile est « devant nous, en nous », dirait le Créateur. C’est aussi l’écologie extrême, dit le témoin d’Arès !
    Droit à l’information ! Droit de Cité ! »

  18. on sen fou de tout sa ecoutez moi je pense ke ce ki konpt ces ke lon soi tous dac sur legalité des religions PEACE

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