Quand The Brick achète notre fierté pour 25$

Combien vaut notre fierté linguistique? L’entreprise The Brick a réussi à répondre à cette question: vingt-cinq piastres! C’est ce qu’elle a offert à un client offusqué d’avoir reçu une circulaire publiée entièrement en anglais et distribuée dans le temps des Fêtes un peu partout dans la région de Montréal. Pas d’excuses officielles dans les journaux, pas de mea culpa sur la place publique pour avoir violé la loi fondamentale des Québécois, pas d’explications alambiquées; chez The Brick, on sort une poignée de pinottes et on les garoche au premier venu.

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Quand Claude Dumoulin est arrivé aux bureaux de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal pour se plaindre, lundi, il n’était vraiment pas de bonne humeur. Qu’importe, l’individu habitant Laval-des-Rapides a opéré un large détour pour dénoncer cette situation. « C’est très fâchant, c’est une insulte », a-t-il expliqué à Mario Beaulieu, président de la SSJB. « Ils m’ont donné vingt-cinq dollars pour me faire taire ».

Déjà, le 21 décembre, des lecteurs de ce blogue m’avaient averti de la situation, et quelques jours plus tard, Impératif français avait dénoncé la dite circulaire, envoyée à Saint-Léonard cette fois. Il semble donc que l’envoi ait eu lieu à plusieurs endroits et qu’il ne s’agit pas d’une erreur isolée. Ce sont des milliers de foyers qui ont reçu ce « cadeau » de Noël.

En outre, il était possible de lire, dans les petits caractères, que certaines des promotions affichaient des prix différents au Québec, que la livraison était disponible à Montréal, que les heures d’ouvertures variaient pour la province. Bref, quoi qu’on en dise, cette circulaire s’adressait effectivement aux citoyens du Québec, et on n’avait pas envoyé par méprise celle de Winnipeg ou de Vancouver. Pour The Brick, le Québec n’existe pas; le Canada forme une même et unique nation anglophone d’un océan à l’autre. Et si vous osez vous plaindre, on vous enfoncera la face de la reine et du « Siré » Wilfrid Laurier dans la gorge.

Quel est le prix de la fierté?

The Brick a peut-être considéré qu’il était plus rentable d’envoyer une circulaire entièrement anglophone au Québec et de payer vingt-cinq dollars aux aborigènes qui osaient se plaindre que d’en imprimer une dans la langue nationale. Simple question de ratio coûts/bénéfice: quand la population est apathique, quand elle n’ose plus exiger qu’on la respecte, quand la priorité numéro un de la cheffe du Parti Québécois est l’apprentissage d’une langue étrangère, et quand notre loi 101 ressemble de plus en plus à un chihuahua qui jappe mais qui ne mort pas, c’est ce genre de situations qui risque de se produire. On regarde le pitou aboyer, et on part avec le téléviseur.

En fait, cet épisode en dit plus long sur nous, Québécois, que sur The Brick elle-même. Que The Brick nous insulte en refusant de s’adresser à nous en français ou qu’elle tourne le fer dans la plaie en cherchant à acheter le silence des plaignants ne devrait même plus nous surprendre. Nous avons peur d’exiger le français, nous nous contentons de peu; un français de qualité médiocre, des publicités bilingues, puis éventuellement le remplacement de notre langue par l’anglais. Nous sommes des moutons avec un néon lumineux accroché sur les fesses où est écrit « Tondez-moi » et nous feignons la surprise lorsqu’on se retrouve dénudé l’hiver venu.

The Brick a fixé le prix de notre fierté parce que nous avons refusé de le faire. Nous préférons l’accommodement, la bonne entente, la ronde où tout-le-monde-il-est-gentil, où tout-le-monde-il-est-fin, où tout-le-monde-il-se-tient-par-la-main-et-danse. Nous acceptons de travailler dans une langue étrangère pour des salaires médiocres, nous décidons de faire fi de nos valeurs quand nous acceptons de nous faire servir en anglais dans des commerces, nous refusons de donner la moindre valeur à notre spécificité humaine. Nous sommes uniques, nous sommes riches, nous avons une culture merveilleuse, mais nous la méprisons en refusant de la protéger. Nous nous traitons comme de la merde, et The Brick a simplement donné un prix à ces excréments culturels.

Que des gens un peu partout se soient sentis offensés constitue une bonne chose. Que des citoyens bien ordinaires, des travailleurs, des hommes d’affaires, des Québécois comme Claude Dumoulin, ait décidé de réagir montre qu’il y a de l’espoir. Mais pour chacun d’eux, combien se sont simplement contentés de hocher la tête et d’accepter qu’on les traite comme des citoyens de seconde classe? Pour quoi, au fait: un téléviseur à écran plat, un divan, une laveuse frontale?

Le jour où nous serons réellement fiers de notre héritage, de telles situations ne pourront plus se produire. La personne qui aura pris la décision d’envoyer ces circulaires ou d’offrir le vingt-cinq dollars sera déjà à attendre dans une file de chômage et une juteuse amende pénalisera la compagnie. Et on n’aura plus à se demander si la loi 101 doit couvrir telle entreprise, telle publicité, tel pourcentage de prédominance du français; il sera simplement normal qu’au Québec, au sein de cette grande nation francophone, tout se fait en français car c’est la seule et unique langue commune.

Et ça, ça n’a pas de prix.

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20 Réponses

  1. Je souhaite juste qu’on aille tous chez Brick en même tenps pour réclamer le 25$ tout en logeant une plainte pour leur faire doublement mal à cette entreprise ne méritant même pas d’être au Québec

  2. Le problème c’est qu’on ne fabrique plus grand chose. On ne contrôle ni la production, ni la distribution, ni la vente de presque rien de ce que l’on consomme. Si on ajoute à cela un sentiment d’infériorité chronique (tout à fait injustifé mais tout de même for présent)… Cela dit à 25$ par « client » offusqué ça peut quand même faire une « amende » volontaire plutôt salée. On fait quoi pour le réclammer ce 25$?

  3. À Franklin , très bonne idée , moi je suis partante pour le faire mais es-ce que les francophones sont assez fier de leur langue pour se faire respecter ? j’en doute énormément . Je n’ai pas reçu cette circulaire . Mais je suis prête à porter plainte et à réclamer le $25 . Je n’ai jamais acheter quoi que ce soit chez Brick et c’est pas demain la veille où je vais le faire , je me respecte trop en tant que francophone québecoise pour le faire .

  4. On va voir ce que ça va faire moi c’est sûr que je me pointe là demain…. Au pire comme d’hab il ne va en avoir que cinq qui vont réclamer leur du. Y en ont tu parler dans les médias….

  5. Dans l’éventualité où le magasin en question, dans un futur pas trop éloigné, contreviendrait toujours au règlement des publicités commerciales, aimeriez-vous que ce même magasin ferme ses portes ? Ou mieux, seriez-vous prêts à entreprendre des actions pour que la direction finisse par fermer les portes du magasin ?

    J’attends vos réponses …

  6. Il semble que Brick publie son circulaire en français et en anglais
    sur l’Internet.
    http://www1.thebrick.com/brickb2c/jsp/ancillary/bodyOnlyTemplate.jsp?pageName=flyer_NewYearsMadness

    Mais j’approuve ceux qui exigent que le français soit
    prioritaire au Québec puisque c’est la langue de la
    majorité (pour le moment)…
    aussi, achetez si possible que des marchandises fabriquées
    au Québec. On y fabrique de beaux meubles et de meilleure
    qualité que ceux fabriqués en Chine.

  7. Si le 25$ vous allez le chercher vraiment pour la cause et que vous croyez en la cause vous devriez en faire don a une des associations protégeant le français.

    Sinon Encore une fois acheter c’est voter et je crois que la majorité se fou de la langue du moment qu’ils n’ont pas à vivre dans un Québec anglophone avant de mourir.

    *Malgré mon commentaire je ne veux pas qu’on pense que je veux protéger la langue 🙂

  8. Depuis l’étranger, le Québec est perçu comme un fervent défenseur de la langue française (moins d’anglicismes que les chez les français, expressions colorés et accent chaleureux). Tel Astérix, il faut résister à l’envahisseur, mais le jeu en vaut la chandelle. C’est une question de fierté.

    Je vous encourage donc à vous battre pour faire respecter cette langue si riche et défendre notre culture par la même occasion.

    La réponse à cette situation ne devrait elle pas être plus constructive que de débarquer chez eux pour réclamer son 25$?

  9. Moins d’anglicisme ca c’est ce que l’on croit. Y en a moins en France.

    Entre les mots deformés venant de l’anglais, les traductions mot à mot des expressions anglaises, des mots carrement anglais, les Quebecois utilisent enormement d’anglicisme. Dans une certaine mesure ce n’est pas forcement un mal ca fait partie de l’aspect vivant de cette langue. Le probleme c’est quand ca devient trop intrusif et important.

    Pour comprendre un Quebecois moyen, il faut mieux avoir une base en anglais, surtout chez les moins de 40 ans. Apres si tu parles de l’age d’or … oui il parle bien francais, mais en France aussi generalement.

    Le probleme en France vient plutot du fait qu’on essaye pas d’adapter un mot de chez nous, en creer un nouveau quand on rencontre une nouveauté, on va directement piger chez les anglos. C’est dommage.

  10. Ce n’est pas la langue de la majorité, mais la langue commune et la langue officielle de cette nation distincte ! Faudrait peut-etre se renseigner non ?

  11. Intéressante réponse Reblochon.

    Je suis assez d’accord sur le point qu’une langue évolue et est donc vivante ainsi que les ainés parlent le français parfois bien mieux que les jeunes.

    J’attire toutefois votre attention sur la nature de l’anglicisme, qui selon cet article, peut être de nature sémantique ou syntaxique. D’autant plus que les différences entre le Québec et la France sont assez bien explicités.
    http://www.cce.umontreal.ca/auto/anglicismes.htm

    Il n’en revient donc pas de savoir qui est meilleur mais de comprendre les différences.

  12. 1- j’explique un peu la diversité des anglicismes que l’on rencontre au Quebec, parce que pour beaucoup de gens la definition d’anglicisme est encore un mystere et ils ne savent pas qu’ils en font plein parce que pour eux les mots prononcés sont francais ou semble francais.

    2- je ne faisais pas le concours du meilleur, il n’y a pas besoin de concours, le gagnant est connu. Et si je relis dans ton premier message « moins d’anglicismes que les chez les français », je pense que tu le faisais ce concours et que tu avais d’ailleurs attribué la medaille d’or au mauvais coureur.

    Je suis francais, je vis au Quebec depuis 15 ans environ tout en gardant un contact etroit avec des francais d’à peu pres toutes les regions et de tous les ages, je pense que je sais de quoi je parle. Quand tu dialiogues avec un Francais, à moins d’etre sur un plan professionnel et surtout dans les milieux de la finance/banques/commerciaux, il fait bien moins d’anglicisme qu’un Quebecois. Et je ne compare pas avec Justin Trudeau hein !

  13. @Franklin: Je crois que c’est une bonne idée de réclamer ce 25$. Claude Dumoulin, lui, l’a refusé car il considérait que sa fierté valait davantage que 25$. Cette histoire va-t-elle sortir dans les médias traditionnels? À suivre…

    @Achat local 100% Québec: Deux problèmes bien importants soulignés dans votre commentaire. On ne produit plus grand chose (merci au libre-échange) et on souffre d’un problème d’infériorité chronique. Dans une nation qui se respecte, il aurait été impossible – je souligne, impossible – qu’une telle erreur se produise. Mais ici, on pense que le petit mouton québécois va simplement passer de l’anglais au français sans trop se questionner…

    @Francine: Si nous étions davantage comme toi, nous serions déjà indépendants et l’avenir du français serait assuré au Québec!

    @Frankie: Je crois que c’est une question étrange. Personne ne veut faire fermer un magasin; on veut simplement se faire respecter en tant que Québécois. Du moins, c’est ma vision bien personnelle des choses!

    @Isabelle Lefebvre: Dans la semaine avant Noël, le circulaire était unilingue anglais sur Internet également. J’aurais dû le sauvegarder, mais j’avais fait le choix de ne pas en parler alors, mais l’histoire du 25$ m’a fait changer d’idée…

    @Reblochon: Langue commune, oui. Pas parce qu’on est majoritaire (on est seulement 2% en Amérique du Nord, ne l’oublions pas!), mais parce que c’est la seule langue au Québec, par la loi, par notre héritage et notre culture, par notre volonté de la protéger.

    @André: Je crois que c’est une carte-cadeau de 25% de Brick… Pas certain, mais c’est vrai qu’on pourrait la donner tout de même!

    @Jonathan: Je crois également que la solution est dans le combat linguistique. Il faut se battre pour chaque mot, chaque virgule, se battre pour une meilleure éducation, un meilleur enseignement du français et surtout, se battre contre le bilinguisme institutionnalisé.

    Merci à tous pour vos commentaires!

  14. « La réponse à cette situation ne devrait elle pas être plus constructive que de débarquer chez eux pour réclamer son 25$? »
    Suggestions?

  15. Soyez malins;
    – Écrivez une postulation d’emploi spontané afin d’enrichir l’équipe linguistique de cette entreprise. (CV et lettre de motivation en français bien sûr)
    – Signalez l’omission de la version française aux autorités compétentes qui auront ainsi plus de poids et surement de meilleurs outils.

    Soyez diplomates;
    – Le contenant du message est souvent plus important que le contenu.
    – Une approche agressive ne favorise pas un accueil favorable.

    Soyez ferme
    – Tel que Louis m’a répondu, il ne faut pas laisser passer. Sinon on perd de la crédibilité.

    Désolé de ne pas être plus concret mais je crois que ces pistes sont un début…

  16. Dire que pendant ce temps, la ministre St-Pierre continue probablement à dormir sagement en prétendant que tout va bien!

  17. ca prend de crote pour imgigier que perssone au Quebec veule faier faire argert sur quebecquoi

  18. Reblochon, je suis militante d’une association populaire dans la circonscription du jeune Trudeau. En effet, son français est pitoyable. Il est con en plus.

  19. […] […]

  20. […] Dubuc, ce n’est qu’unhôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de […]

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