Vive le 2 janvier… libre!

« Vous devez être content; vous avez ouvert une heure plus tard que d’habitude ce matin! » m’exprima le client en parlant de l’ouverture du commerce à 11h00.  Moi, je lui répondis qu’au 2 janvier dernier, c’était à 13h00 qu’on ouvrait et que deux ans plus tôt on était fermé.  Alors son heure supplémentaire, elle m’a fait le même effet qu’une voiture après un accident dont on vanterait le fait qu’il reste au moins le volant.   Sur les deux mains, le volant, dirait Charest.  Tout est scrap, mais on se félicite comme on peut.

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A-t-on perdu une guerre? Faisons-nous face à une terrible famine du 2 janvier pour forcer ainsi les commerces à ouvrir leurs portes et les employés, encore éméchés par leurs partys de la veille, à trimbaler leur carcasse pour que deux-trois badauds puissent avoir leur dose de consommation rapide?

On me répondra: « on ne force pas les commerces à ouvrir le 2 janvier; on les laisse libre de le faire ou non ». Oui, libre. Vous savez, cette liberté du genre de celle qui justifie les pires excès. Si on abolissait le salaire minimum, on ne pousserait pas des centaines de milliers de personnes dans la pauvreté, non non, on leur rendrait la liberté de choisir leurs propres conditions de travail. Et si on éliminait les feux de circulation pour laisser les automobilistes libres? Et si on laissait les gens acheter de l’alcool à toute heure du jour ou de la nuit? Et si on permettait la liberté totale, ultime, celle du meurtre et du viol?

La liberté, c’est bien autre chose que de laisser le marché agir à sa guise. Socialement, nous avons établi que le salaire minimum est une bonne chose, que les feux de circulation empêchent les accidents, que la consommation d’alcool la nuit augmente les risques d’alcoolisme ou de violence urbaine et que les meurtres et les viols sont inacceptables. On n’a jamais laissé les gens libres ou non de le faire car on a établi que ce sont des responsabilités collectives qui garantissent le bien-être de tous.

Or, pourquoi en serait-il différent pour l’ouverture des commerces le 2 janvier, ou, accessoirement, les dimanches? Ne profiterait-on pas d’une plus grande cohésion sociale où la population, ne serait-ce que pour quelques jours supplémentaires par année, vivrait à l’unisson, sur le même rythme, sans cette sempiternelle opposition entre les consommateurs en congé d’un côté et les employés qui les servent de l’autre? Autrement dit: ne pourrait-on pas établir des journées où, définitivement et sans compromis, tout est fermé? Des journées où il serait possible de se contacter les uns les autres, de se voir, de célébrer sans savoir qu’un tel ou une telle est au travail?

Car la liberté d’ouvrir ou non, quoi qu’on en dise, constitue une absence de choix. Dès qu’un commerce décide d’ouvrir le 2 janvier, il crée une pression sur ses concurrents qui se doivent d’ouvrir également pour ne pas perdre de ventes. Alors qu’à l’origine les gens auraient simplement acheté davantage dans les jours précédents, qu’ils auraient planifié leur journée du 2 janvier et ainsi gonflé les ventes de fin d’année, ces ventes sont désormais étalées sur plusieurs jours, forçant les entreprises désirant rester compétitives à ouvrir leurs portes. C’est l’économie, stupide, comme dirait l’autre.

Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas envie que ce soit l’économie qui gère ma vie. Sa liberté, on la connaît et on sait l’épeler: p-r-é-c-a-r-i-t-é. C’est la liberté de se désolidariser et de forcer une grande partie de la population à vivre à reculons du monde, à l’envers du mouvement naturel de la société, à s’isoler dans des horaires complexes ne répondant pas aux besoins de l’individu mais aux seuls impératifs mercantiles d’entreprises n’ayant en vue que le profit.

Sous prétexte de satisfaire les besoins immédiats de gens incapables de planifier leurs achats, on s’empêche peut-être de créer la plus grande et la plus durable des richesses: celle d’une société cohérente et fraternelle, de gens en congé ayant le loisir de se parler et de se reposer ensemble, bref une population plus en santé et moins dysfonctionnelle.

Voilà peut-être la plus grande des libertés.

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19 Réponses

  1. Leurs partys de la veille … tu ne fetes pas le 31 au soir et ne recupere pas toute la journée du 1er ?

    Si tu nous parles de tout fermer le dimanche … meme les restos, cinés, bars, parcs d’attraction, zoos, musées, etc. en ne laissant ouvert que les services essentiels (transports, hopitaux, etc.) je suis avec toi. Si tu ne parles que des magasins … pas d’accord.

  2. Par d’accord Reblochon. Les restos, bars, cinés et toute ta liste sont justement des lieux où les gens vont se changer les idées, relaxer, se reposer. Pas acheter des babioles souvent inutiles. Les services offerts en ces lieux visent avant tout à détendre, satisfaire les curiosités, instruire, éduquer…pas consommer pour répondre à des besoins trop souvent inventés et vendus comme étant essentiels, alors que les vrais besoins vitaux sont d’un tout autre ordre.

    À quand la pause qui nous permet de réfléchir un peu sur la vraie vie ? On a réussi à nous vendre l’idée que si tu ne consommes pas tu n’existes pas, tu ne vis pas. Louis a raison, il faut conserver quelques moments sacrés. Comme en France à midi tapant…;-)

    Personnellement les fériés n’existaient pas dans mon secteur d’activités et je n’en voulais pas à ceux qui étaient en congé le dimanche ou même au Jour de l’An. J’ai appris à apprécier faire mes courses alors que la plupart sont au travail.

  3. Mais en France (à la bonne epoque du dimanche sacré), bon nombre de restos etaient fermés, les bars en aprem n’ouvraient pas, il te restait les parcs publiques, les balades dans les rues et les musées. En general c’etait la journée famille, j’en garde encore des sequelles … qu’est-ce qu’on s’emmerdait le dimanche !

    Et n’oublions pas que la plupart des commerces etaient fermés le lundi ! Et tous les jours, apres 19h, y avait plus rien d’ouvert, en plus de la fermeture des magasins de 12h30 à 15h ! Perso ca ne me derange pas.

    Si j’ai fait cette liste ce n’est pas innocemment. Louis se plaint que des gens n’ont plus de vie parce que des gens veulent consommer. Que dire de ceux qui n’ont plus de vie parce que les gens veulent se distraire ? C’est une forme de consommation.

    Y a des personnes, comme moi, qui ont plus de plaisir à se faire deux heures dans un magasin de renovation section outil, plutot que d’aller voir la derniere bouse hollywoodienne. Je ne vois pas pourquoi un ciné devrait etre plus ouvert qu’un centre de renovation, surtout que la fin de semaine c’est justement un des rares moments où on peut retaper sa baraque de gros bourgeois tellement riche qu’on n’a pas forcement les moyens de se payer un entrepreneur.

    C’est ce qui est drole chez les gauchistes, les regles c’est un peu comme ca les arrange (je ne parle pas de toi là), donc on ferme ca parce que monsieur y travaille, mais il faudrait par contre que les endroits où il souhaite passer du bon temps reste ouvert et que des employés subissent cela.

    On ferme tout ou rien ! Sinon le raisonnement ne tient pas. Deja que j’ai ete large avec les services essentiels en y inclant les transports … z’ont qu’à rester chez eux les gens ; pourquoi emmerder les employés des sociétés de transport qui aimeraient avoir un dimanche tranquille ? En plus, ca permettrait de redecouvrir les joies des relations de voisinage et donc d’une meilleure entraide entre les gens. Pas besoin d’un ciné pour se changer les idées, un bon repas avec les gens du quartier, une balade dans le parc voisin, un petit tour en velo dans le coin, etc. En plus c’est bon pour la santé.

    DImanche, y a que les hopitaux d’ouverts et le service de police/pompier. Le reste, on en a pas besoin pour survivre une journée. Mon dernier mot ! Sinon tout doit etre ouvert, c’est un jour comme un autre. Soyons coherent.

  4. « (à la bonne epoque du dimanche sacré) »,

    Je me souviens, il y a tout juste deux ans, après un vol du samedi soir au dimanche matin, ramassé la Scenic à CDG, la A3, le périphérique, la A6,

  5. Mauvais clic, je reviens…

  6. […] 2) Et (de dire l'employé), avez-vous pensez à moi? Voir ceci: https://ledernierquebecois.wordpress.com/2010/01/02/2-janvier-jour-ferie […]

  7. Qu’est-ce que je disais… ah oui, la A6, crévés, on débarque à Givors, on a faim, on perd le nord, faut descendre à Carpentras, le temps file, on veut pas arrêter, on veut juste acheter une petite bouffe pour manger en arrivant au gîte, on s’informe… »z’êtes pas fous ?…c’est dimanche…c’est tout fermé…c’est dimanche.

    Eh oui, je dirais que c’est pas mal moins américain et pas mal plus civilisé.

    « On ferme tout ou rien ! » Mais non Reblochon, cherchons plutôt l’équilibre ! Avant qu’on ouvre les magasins le dimanche, ils étaient fermés. Ben oui ! Et on était loin d’une société gauchiste.

    « z’ont qu’à rester chez eux les gens ! » Là, je soupçonne une mauvaise foi volontaire, consciente et un peu pour attiser la discussion. Mais j’irai plutôt vers ceci:

    « Soyons cohérents. »
    Justement, la cohérence vise plus l’harmonie que l’uniformité. Les valeurs du monde moderne doivent rester hamonieuses; et non pas se soumettre aux pires tares du système commercial, le capitalisme soit être tenu sous bride pour le mieux être du plus grand nombre. J’ai l’impression que depuis quelques années ce capitalisme se transforme en dictateur. C’est le « Crois dans ta piastre ou meurs ».

    Franchement Reblochon, évitons de simplifier les équations; ça pourrait nous mener à des extrêmes déplorables. L’ouverture des magasins le dimanche n’est pas une catastrophe, (moi aussi je capote dans les rayons d’outils chez Rona) mais, pendant que je niaise chez Rona, mon projet de réno n’avance pas chez nous.

  8. Bravo, Louis. Tout à fait d’accord.

  9. Franchement… Quel genre de socialiste pourrait comparer la liberté d’ouvrir un magasin avec le viol et le meurtre.

    Une telle attitude fait totalement fi du principe de non agression… D’abord personne n’est obligé de se conformer à un horaire, comme monsieur le dit si bien avec la pénurie de main d’oeuvre, les employés ont le beau jeux…

    Comparer cela avec la sécurité routière… Attention, je pourrait acheter des godasses que je ne voudrai plus 3 jours plus tard, mon dieu…

    Les gens incapables de bien planifier leurs achats: Bien il y en a beaucoup qui travaillent plus que du 9 à 5, si tu termine de travailler à 6 heures bonne chance pour faire ton magasinage.

    Dieu merci, on peut aujourd’hui magasiner 24heures par jour sur internet et avec l’automatisation grandissante, on n’aura bientôt plus besoin que de la moitié du personnel actuel dans les magasins et épiceries… Donc votre débat est appelé à disparaitre, avec les puces électroniques, on va pouvoir rentrer au magasin et passer tout droit et recevoir notre facture chez nous… (on voit déjà des progrès avec les caisses automatiques chez MAXI)

  10. […] son blogue, dans un message à propos de la question de la fermeture des magasins le 2 janvier, Louis P. revient avec ce que j’appellerais l’argument des feux de circulation. Je l’ai entendu […]

  11. @Reblochon: Oui, je suis pour la fermeture de TOUS les commerces le 2 janvier et même le dimanche (quoi que c’est un autre débat). Il faut permettre à la société dans son ensemble de souffler, et si on permet l’ouverture des restaurants et des lieux culturels, on force des gens à travailler une journée où on vise le congé du plus grand nombre. Je crois que les bénéfices pour tous vaudraient largement les légers inconvénients. « Que fais-tu le 2 janvier/dimanche? » ne pourrait plus être répondu par « je travaille »; enfin un peu de cohésion! Et je ne crois pas que l’ennui soit un problème; en sommes-nous rendus à nous ennuyer si on ne peut consommer? Personnellement, je ne m’ennuie jamais en congé! 🙂

    @Çaparle Aupopette: Je suis d’accord: conservons quelques moments sacrés, des moments de repos, un moment où le bien-être de la population passe avant les impératifs du commerce. C’est déjà assez difficile pour des centaines de milliers de travailleurs au statut précaire; offrons-leur au moins quelques journées de congé garanties! Ça leur fera peut-être simplement davantage d’heures la veille ou le lendemain, quand les gens achèteront davantage qu’à l’habitude.

    @Maria Gatti: Merci.

    @LouiL: Le principe de non-agression est un principe décidé collectivement. Nous, la société, avons décidé que le meurtre et le viol étaient des comportements dommageables pour tous. De la même façon, nous, la société, pouvons décider que le fait d’offrir une journée de congé à tous permettrait une plus grande cohésion sociale et marquerait une pause salutaire pour tous. C’est le même type de réflexion, la même volonté de penser à l’ensemble des citoyens. Sinon, si on laisse chacun le soin de décider pour lui, qu’est-ce qui nous empêcherait de revenir aux crimes d’honneur et à la loi du Talion au moindre affront?

    Merci pour vos commentaires.

  12. «Et si on permettait la liberté totale, ultime, celle du meurtre et du viol? […] Le principe de non-agression est un principe décidé collectivement. Nous, la société, avons décidé que le meurtre et le viol étaient des comportements dommageables pour tous.»

    Vous auriez un peu plus de lecture à faire sur l’anarchisme et la liberté des marchés. La liberté n’est pas une chose qui se permet mais une chose acquise selon les lois de la nature humaine. De plus, dans une société où il aurait moins d’intervention du gouvernement, dixit plus de liberté, la violence diminuerait.

    Bref, certains de vos arguments manque de cohérence et sont un peu démagogiques! Comme LouisL l’a souligné, comparer le meurtre aux heures d’ouverture d’un magasin est philosophiquement douteux. De plus, à Québec par exemple, la plupart des commerces sont fermés à 17h00-17h30 5 jours sur 7.

  13. Un petit détail intéressant qui n’apparaît pas nécessairement au premier coup d’oeil. Quand on demande officiellement aux employés de rentrer le 2 janvier, cette journée perd son statut de « journée sacrée ». Ainsi les proprios se frottent les mains – puisque c’est une journée ordinaire, plus besoin de payer temps double ou temps et demi.

    Et gare à vous si vous n’êtes pas d’accord!

    D’autre part pour ceux qui sont un peu lent à saisir, ça existe des familles qui fêtent le 31 au soir dans la grande famille maternelle et le 1er au soir dans la grande famille paternelle. Donc travailler le 2 au matin est un autre exemple de la grande entreprise insensible à autre chose qu’à son profit.

    Finalement mais non le moindre, je vois qu’on accuse Louis de faire de la démagogie … pas d’accord du tout. Au contraire – Louis démontre très clairement qu’il existe deux poids deux mesures : le citoyen se tape le code civil pendant que la grande entreprise reçoit le laisser-aller. Il ne fait que le prouver par l’absurde. Tous à genoux! Baisez la main de l’homme riche car il crée de l’emploi! Attendez votre délivrance!

    Alors voilà donc un autre excellent exemple de pelletage dans la cour du voisin; il y a rarement création de véritable richesse – il n’y a que transfert (un peu comme la théorie de Lavoisier) de l’argent, du temps et de l’énergie. Le 2 janvier n’est qu’un autre exemple de la descente aux enfers progressive des gens ordinaires.

    Et on peut compter sur nos gouvernement actuels pour regarder ailleurs quand ça arrive.

  14. Et si tous les travailleurs refusaient de rentrer le 2 janvier ? Y a pas que les gouvernements qui regardent ailleurs, y a aussi la population dans son ensemble, la société … et les syndicats.

  15. OUI JE SUIS TOUT A FAIT D ACCORD AVEC LA FERMETURE DES COMMERCES POUR LE
    2 JANVIER.
    NOUS SOMMES ESSOUFLES ET AVONS BESOIN DE RESPIRER ET FAIRE LE POINT!!!!

  16. Et la seule solution a l’essoufflement c’est d’avoir plus de congé, l’idée de trouver les raisons de l’essoufflement c’est pas envisageable?

    Je passe du temps de qualité toute l’année avec mes amis et famille, je n’ai pas besoin de me coucher a point d’heure le 31 au soir pour être heureux et je peux être frais comme une rose le 1er au matin.

    Si les gens disent avoir besoin de longs congés pour voir leur familles c’est qu’ils ont fait le choix de vivre loin de celle-ci. Il faut assumer nos choix et cesser de vouloir « imposer » des dates forcé de congé a ceux qui préfèrent les prendre ailleurs.

  17. Salut Louis ! Bonne Année pour commencer !

    Je voulais juste te signaler que fermer TOUT les commerces le 2 janvier, ou le dimanche, priveraient plusieurs personne d’un revenu qu’ils ont besoin d’avoir. Comme les serveurs/serveuses des restaurant; plusieurs personnes vont prendre un brunch, donnant un pourboire que les employés de la restauration ont besoin.

    Si tu fermes les dépanneurs, la mère qui manque de lait le samedi soir parce qu’elle a reçu de la visite inattendu, comment va-t-elle faire pour nourrir ses enfants ? On peut, à la limite, fermer les magasins à grandes surfaces, mais les petits commerces ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux.

    Et pour le 2 janvier, faudrait que la société devienne cohérente. On veut de la laïcité partout, mais on veut garder nos fêtes religieuses. Je suis d’accord pour garder le 25 décembre et le 1er janvier, mais pour les autres dates dans le temps des fêtes, c’est à la discrétion de l’employeur.

    Dans le pire des cas, si tu n’es pas content, tu n’as qu’à signer une lettre de démission. Mais je ne te le conseilles pas; tu reviendrais à UHEC…

  18. Elles faisaient comment les meres dans le temps ? Elles laissaient mourir leurs enfants ?

    A non, elles allaient demander un peu de lait à la voisine !

    Bienvenue dans un monde egocentrique et sectaire où nos voisins sont des etrangers et où on ne sait plus vivre en société. Ils n’ont rien à craindre les commercants avec une telle mentalité, surtout que chez eux on peut meme trouver un ami.

  19. C’est amusant. Ici en France, on voudrait que les commerces soient ouverts le dimanche pour « stimuler l’économie » et les opposants donnent les mêmes arguments que vous : les dépenses seront juste étalées sur 7 jours au lieu de 6 sans augmenter, cela va créer une pression supplémentaire sur les employés des commerces, etc.

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