Le SISP contre les couilles en or

À chaque fois qu’un Lucide s’exprime, La Presse et autres médias à la solde d’intérêts privés se dépêchent de rapporter ses propos et de les présenter comme étant le « gros bon sens ». Quand le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) donne ses propres solutions économiques, on devient soudainement bien silencieux à l’office de propagande de la rue St-Jacques.

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Évidemment, je ne suis pas si naïf: la réfutation en règle des propositions du SISP viendra. On ne peut pas laisser impunément des « méchants syndicats » contaminer le débat public en insinuant qu’on pourrait parler d’économie autrement que pour décider de quelle façon on peut convaincre les plus pauvres de s’appauvrir encore davantage.

Pourtant, les suggestions du SISP sont intelligentes et bien équilibrées. Contre la folie du déficit zéro à tout prix, on rappelle la nécessité, pour l’État, de stimuler l’économie et d’assurer ainsi la croissance, comme cela s’est fait notamment aux États-Unis avec le plan Obama, quitte à revenir à l’équilibre budgétaire un peu plus tard. Contre les bouchers ne rêvant que de dépecer encore davantage nos services publics, on rappelle l’importance de les protéger. Contre l’aveuglement de la hausse des tarifs d’électricité, qui pénaliserait les plus pauvres, on suggère l’intensification de la lutte à l’évasion fiscale, une imposition plus équitable des plus hautes fortunes, l’imposition d’une taxe sur les produits de luxe, une augmentation des contributions des sociétés financières, l’imposition d’un impôt minimum aux entreprises rentables et un resserrement des crédits d’impôt et congés fiscaux des entreprises. Contre l’à-plat-ventrisme du gouvernement Charest face à Ottawa, on exige qu’il obtienne une compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS, une mesure qui pourrait rapporter jusqu’à 2,6 milliards de dollars.

Or, ces propositions ne sont-elle pas, précisément, plus lucides et complètes que celles d’une certaine droite à la logique binaire, répétant ad nauseam qu’il n’y aurait de choix économique qu’entre des hausses de tarifs et des coupures dans nos services? Ne sont-elles pas plus complètes, elles qui s’intéressent notamment aux (trop) généreuses baisses d’impôts accordées aux plus nantis depuis une décennie?

Le problème, c’est la crédibilité, ou plutôt l’apparence de crédibilité que certains médias donnent à ce genre de propositions. Quand ce sont des syndicats – des organisations démocratiques au service de leurs centaines de milliers de membres – qui proposent, personne n’écoute. Mais si c’est La Presse, un quotidien à la solde d’intérêts privés et d’une minorité de bien-nantis, qui propage son petit catéchisme depuis 1884, soudainement, cela prend de l’importance. Il s’agit du deux poids, deux mesures typique d’une société de moutons qui en est venue à confondre ceux qui les flattent pour leur bien et ceux qui jaugent de la qualité de leur chair avant de les amener à l’abattoir.

En fait, il semble qu’il y a tout un discours à reconstruire. Il est devenu suspect, dans un Québec habitué à plus de vingt-cinq années de politiques économiques de droite, de vouloir s’attaquer aux privilèges indus et à ceux qui auraient les moyens de contribuer davantage au bien-commun. Avec fatalisme, on regarde une minorité s’enrichir grâce à notre force de travail, grâce à la cohésion sociale offerte par une société ne laissant pas ses plus pauvres à l’abandon, grâce à une éducation de qualité payée à même nos impôts, et on considère cette richesse extravagante comme un dû et cette nouvelle bourgeoisie comme devant être protégée des affres de mesures socialisantes voulant les priver du fruit de leur labeur. En clair: on sait où se trouvent les ressources, mais on préfère se battre entre nous pour les miettes plutôt que d’oser les récupérer. On préfère demander aux plus vulnérables d’entre nous d’écoper plutôt que d’avoir à augmenter les impôts des entreprises ou des mieux-nantis ou de s’opposer aux dogmes d’un libéralisme économique nous ayant conduit à cette crise.

Alors oui, peut-être que les recommandations du SISP sont orientées idéologiquement et visent à protéger les intérêts de leurs membres. Mais je préfère de loin l’idéologie d’une organisation démocratique au service de centaines de milliers de travailleurs et qui s’applique à chercher le véritable bien-commun à celle d’une minorité de propagandistes aux couilles en or qui, bien assis dans leur fauteuil en cuir de la rue St-Jacques, nous répètent que nous devons nous serrer la ceinture.

Ces petits princes de l’opinion se croient bien lucides lorsque vient le temps de nous demander de nous attaquer à nos « vaches sacrées », mais ils ne remettent jamais en question les mamelles privées desquelles ils s’abreuvent et grâce auxquelles ils nous fournissent, semaine après semaine, le même vieux fromage puant d’une servilité n’ayant que trop fermenté dans le vieux lait caillé d’une entreprise ne visant pas l’information des citoyens, mais plutôt son propre profit.

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6 Réponses

  1. Jamais compris pourquoi ici la taxe est la meme pour tout ce qu’on achete. Du rouleau de papier toilette au litre de Chanel no5. Y a des pays qui ont un tas de taxes differentes suivant le produit acheté.

  2. Reblochon, les produits essentiels comme la bouffe ne sont pas taxable du tout. mais le chocolat ou le coca eux sont taxable.

  3. Sinon Louis j’aimerais que tu me donne ton avis. Je ne comprend pas pourquoi on veut augmenter l’impôt des entreprises. Déjà elles sont imposée sur leur bénéfices, ces bénéfices versés aux actionnaires sont encore imposés je ne vois pas pourquoi un système doit être compliqué comme ça.

    Dans ma tête ce serait beaucoup plus efficace de s’attaquer au système d’actionnariat, limiter le nombre total de dividende par action et obliger les entreprises à investir leurs profits dans leur fonctionnement.On ajoute a ca un salaire maximale. Je serais même très a l’aise avec un système d’achat automatique des actions par les employés avec le temps.

    Enfin je crois qu’il faut encourager les entreprises mais trouver une solution pour que les gens cessent de se faire des sous sur le dos de ces entreprises.

    Tu ne jure que par l’impôt pour redistribuer les richesses, c’est un bon véhicule oui mais avec le nombre d’avantages sociaux que tu donnes a coté il devient trop simple de contourner cet impôt. Il me semble que ce serait bien que la richesse soit distribué en fonction du travail accompli…

    Désolé pour ma poussé de naïveté ce matin.

  4. Ce n’est pas vraiment ca. Les produits non-preparés ne sont pas taxé. Et là, on ne parle pas d’une taxe differente, juste de « plus de taxe du tout ». Tu aurais pu me parler des livres, des couches pour bébé, etc.

    Nan, je parle de mettre une taxe SUPERIEURE pour les produits de luxe. 15% ca frise le ridicule. Un Ipod, une piscine, une télé 42 pouces, je ne vois pas dans quelle condition c’est essentiel à une bonne qualité de vie ? Pas plus pour un vehicule de luxe, une moto (ah non pas le motos, ca va faire gueuler), etc.

    Et meme pour proteger l’environnement, une enorme taxe sur les bois rares et les diverses ressources en danger, l’eau pour faire comprendre aux gens l’importance qu’elle represente (avec une base gratuite de consommation pour ne pas defavoriser les plus demunis), etc.

    On pourrait trouver pas mal d’argent tout en amenant une politique de responsabilisation de la population et des entreprises.

    De là où je viens, l’eau on ne la laisse pas couler pour se servir un verre d’eau fraiche, pas plus quand on se brosse les dents ou que quand on lave la vaisselle et encore moins pour nettoyer un trottoir ! Et pourquoi ? Parce qu’elle a un prix !

    Augmenter les impots… oui et non, les plus riches trouvent toujours mille facons pour eviter de les payer completement, deja avec la bande de fiscalistes qu’ils se payent.

    Les taxes, c’est deja plus dur pour eux de les eviter.

    Deja augmentons les taxes d’habitation avec un facteur surface/nombre de personnes. Ca va en calmer quelques uns. Augmentons les taxes sur les maisons secondaires non occupées, etc.

  5. En réponse à André, il faut signaler qu’au Québec, plus de 50 % des entreprises ne paient pas d’impôt et que globalement, les entreprises reçoivent plus en subventions qu’elles ne paient d’impôt. Il s’agit d’une réalité documentée (voir les travaux de l’IRIS par exemple) et non pas de mythes créés par la gau-gauche.

    Les grands médias commerciaux, qui sont dorénavant au service de groupes d’intérêts particuliers, nous rabâchent depuis plus de deux décennies que les entreprises sont les vaches à lait de l’État, ce qui est totalement faux, et qu’on doit leur accorder toutes sortes d’avantages au risque de les voir s’installer ailleurs. C’est devenu une sorte de doctrine dont il faut se débarrasser, au risque de voir s’accentuer encore les problèmes sociaux et environnementaux que la recherche de profits à tout prix ne fait qu’aggraver.

    Cette doctrine est beaucoup justifiée par l’affirmation suivante: « Il faut créer la richesse avant de la redistribuer ». Si c’était le cas, pourquoi alors les entreprises n’ont-elles pas été mises davantage à contribution pendant la plus longue période de croissance économique de l’après-guerre que nous avons connue jusqu’en 2008? Au contraire, c’est pendant cette période, sous prétexte de concurrence fiscale, qu’on a vu toutes sortes d’échappatoires fiscales mises en place par les différents États et une croissance fulgurante du recours aux paradis fiscaux.

    Les entreprises faisant des affaires au Québec profitent d’une main-d’oeuvre éduquée et en santé et elles profitent aussi d’infrastructures leur permettant de générer des profits substantiels. Est-il normal qu’elles ne contribuent que très peu aux revenus de l’État afin de soutenir ces services et infrastructures? Pour soutenir cette affirmation, quelques statistiques: en 1965, les revenus d’impôts des gouvernements provenaient à 60 % de l’impôt des entreprises et à 40 % de l’impôt des particuliers. En 1999, ils ne provenaient qu’à 19 % de l’impôt des entreprises et à 80 % de l’impôt des particuliers. Aujourd’hui, l’impôt des entreprises constituerait moins de 9 % de ces revenus. Il y a là matière à réflexion.

    En matière d’économie, la naïveté, tout comme la prétendue « lucidité » de certains, coûte très cher.

    Bravo à M. Préfontaine pour l’expression d’un point de vue malheureusement trop peu souvent entendu.

  6. […] […]

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