Il ne faut PAS fusionner les cégeps anglais et français

Jean-François Lisée propose, sur son blogue, de fusionner les réseaux anglais et français au collégial. Il soutient que la proposition d’appliquer la loi 101 au Cégep est « frileuse et défensive » et que seule sa proposition permettrait de reprendre l’initiative. À mon avis, il a tort.

En effet, le problème avec la pensée de Lisée, c’est qu’elle est typiquement péquiste. Les péquistes sont des gens extrêmement intelligents et conscients de leur rôle de protecteurs de la langue française, mais ils croient – à tort – que tous les citoyens sont aussi fiers et libres qu’eux. Ils pensent qu’il suffit de mélanger une majorité de francophones à une minorité d’anglophones pour que les anglophones se francisent.

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Or, les anglophones et les francophones ne sont pas égaux dans leur histoire. Le français porte sur ses épaules le poids de 250 ans de domination et de repli alors que les anglophones, au Québec, se comportent comme une petite minorité rhodésienne imposant ses valeurs et sa langue. En clair: ce n’est pas en mettant ensemble un renard minoritaire avec des poules majoritaires que le renard se mettra à picosser le grain! Les Québécois se sont habitués à se sentir inférieurs face à l’anglais, habitués à reculer devant l’anglais, habitués à considérer l’apprentissage de cette langue étrangère comme la huitième merveille du monde.

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le fiasco des fusions municipales à Montréal. Si la logique péquiste avait été respectée, le regroupement d’une majorité francophone à une minorité anglophone aurait francisé la ville et augmenté le rayonnement du français. Et le résultat? Montréal s’anglicise plus que jamais, les francophones sont aujourd’hui minoritaires, et un maire corrompu à la crédibilité détruite a été réélu grâce au vote monolithique d’anglophones préférant la mafia et les enveloppes brunes à une démocrate « séparatiste ».

De la même manière, en fusionnant les deux réseaux, qui nous assure qu’on ne sera pas simplement témoin de la bilinguisation croissante des cégeps francophones? Qui nous assure que la minorité historique à la culture forte ne dévorera pas simplement la majorité historique à la culture faible?

Lisée affirme que nous nous retrouvons dans une attitude défensive en tentant d’appliquer la loi 101 au Cégep. Il a entièrement raison. Mais peut-on reprocher à quelqu’un dont l’identité est attaquée depuis sa naissance de se retrouver sur la défensive? Devrait-on demander à l’enfant battu par son père depuis sa tendre enfance de ne pas trembler la nuit en entendant les lourds pas s’approcher de sa chambre? Oui, nous sommes sur la défensive. Lisée a raison de dire qu’il faudrait passer à l’attaque, mais cela doit se faire intelligemment, c’est-à-dire en mesurant les conséquences de nos choix. Moi-même, je parlais dans ce texte de la nécessité de dépasser le cadre légal pour exprimer note identité.

Pour ce faire, je préfère qu’on commence par s’attaquer à l’extravagant surfinancement des institutions anglophones? Ces écoles, ces cégeps, ces universités sont autant de pôles d’attraction anglophones qui permettent d’angliciser des quartiers entiers. Recevant plus d’argent que les institutions francophones en fonction de leur poids démographique, ils constituent un des freins majeurs à la survie du français à Montréal.

Ensuite, qu’on applique la loi 101 au cégep. Oui, c’est peut-être défensif. Mais c’est nécessaire. C’est indispensable. Un Cégep comme Dawson, par exemple, avec ses 7500 étudiants, perdrait 40% de sa clientèle si on appliquait la loi 101. On parle ici de 3000 étudiants québécois qui poursuivraient des études supérieures en français, seulement pour cette école. En ouvrant leurs horizons littéraires, philosophiques et en participant à leur donner deux années supplémentaires de francité, on pourrait certainement en convaincre plusieurs de poursuivre, à l’université, des études en français. C’est un pari que nous ne pouvons pas perdre.

Finalement, il faut s’attaquer au plus grand des tabous: l’enseignement de l’anglais au primaire. Il faut revenir à un minimum de sens et permettre son enseignement – facultatif – à partir de la quatrième année. Il est insensé que des jeunes de six ans apprennent une seconde langue alors que des finissants du secondaire ne peuvent même pas écrire correctement un texte simple. D’un point de vue collectif, il s’agit d’une pure idiotie nuisant à la qualité de notre langue et à notre capacité à rendre fiers ceux qui la parlent. Et d’un point de vue individuel, des études ont démontré que l’apprentissage précoce d’une deuxième langue réduisait le niveau du vocabulaire dans les deux langues tandis que les gains présumés au niveau cognitif pourraient être supérieurs si on enseignait… les échecs, par exemple! Si un parent désire que son enfant parle une autre langue, peu importe laquelle, c’est son choix, mais le Québec n’a pas à encourager et à financer une pratique qui affecte sa capacité de survie.

Oui, il faut reprendre l’initiative. Cela passe par des solutions courageuses et des combats non seulement contre les anglophones, mais contre notre propre infériorité présumée qui nous pousse à adopter, naturellement, la langue de l’autre si l’État ne nous incite pas à faire le contraire. Individuellement, nous sommes faibles, mais unis, derrière l’État, nous pouvons nous donner les moyens de résister et de s’assurer de la survie du français.

Fusionner les cégeps anglais et français comme le propose Lisée, c’est contribuer à faire porter le fardeau de notre survivance sur nos frêles épaules, comme le dénonçait Facal, récemment. C’est à l’État, à nos politiciens, à nos élites, d’épauler notre combat quotidien et de nous donner les moyens d’assurer le futur d’une langue fragile et menacée. Et ce futur, il passe par des cégeps francophones d’un côté, et des cégeps anglophones de l’autre, tous deux soumis à une loi 101 revigorée.

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17 Réponses

  1. Pas d’accord.

    Si nous laissons l’avantage du surfinancement d’institutions anglophones alors nous assuront notre disparition dans la médiocrité.

    Ce complexe d’infériorité tient à cette supériorité des moyens et n’a rien à voir avec une soi-disant supériorité de la langue anglaise.

    En fusionnant les institutions, cette supériorité disparraît et est remplacée par une supériorité de la majorité francophone ainsi que l’obligation des anglos et allos d’étudier en français.

    La comparaison avec des villes ne tient pas, car ce n’est que la gestion qui a été fusionnée et non pas les citoyens qui ont été distribués d’un quartier à l’autre. Les ghettos sont restés là où ils étaient.

    Il ne faut pas se retrancher encore plus. Il faut foncer.

    Il faut se faire des renards.

    Qui veux vivre comme une poule ?

  2. Au CEGEP j’avais de bonnes notes, de très bonnes notes. J’ai appliqué et ai été accepté dans trois universités McGill et 2 universités francophone. J’ai reçu de l’université McGill des lettres, plusieurs lettres, en Français m’offrant des bourses. Ça n’arrêtait pas d’arriver, il y en avait pour 26 000$ (C’était il y a 15 ans). Je n’avais qu’à aller étudier à McGill et je gagnais à la loterie. On n’était pas riche, cette somme là c’était énorme.

    L’une des 2 universités francophones m’offrait 1000$ et la seconde rien du tout. Ça porte à réfléchir…

  3. Est-ce que le français et les écoles françaises seraient plus attrayantes simplement en éliminant la culture de haine, de repli sur soi identitaire (contraire de l’ouverture), de requêtes auprès des politiciens pour plus d’arbitraires et d’anti-capitalisme?

    J’y vois quelque chose de normal pour le parent ou l’étudiant qui a à coeur de maximiser ses chances de réussite dans sa vie de passer par un réseau privé ou public non-francophone.

    Les Francophones qui passent par le réseau public apprennent vite à jalouser ou à haïr ceux qui firent des choix différents. C’est pas leur faute, on leur a appris que ce n’est jamais leur faute ou celle du système en place mais celle des autres, même celle de ceux hors-Québec, de l’anglophone ou du capitaliste à Londres, à Los Angeles, à Toronto, Calgary ou à Melbourne.

    Il faut voir qui ça avantage de nous faire croire, de génération en génération, de faire croire qu’un individu francophone né est pour un petit pain et qu’il doit vivre pour et par l’État.

    Certainement bien des politiciens, bureaucrates et privilégiés du système national-socialistes en place.

  4. Le problème ne demeure-t-il pas dans la qualité d’enseignement aux écoles francophones ? J’ai habité dans plusieurs grandes villes du monde où une éducation en français était réservée à la haute aristocratie ; un symbole élitiste. En Ontario, les parents font la queue pendant des heures pour que leurs enfants gagnent une place dans une des écoles réputées (et souvent publiques) dans la langue de Molière.

    Au lieu de jouer le Robin Hood en parlant d’un surfinancement des institutions anglophones, il serait mieux de parler du sousfinancement des institutions francophones !

    Mais peut-être est-il difficile de faire le ménage d’abord chez nous…

    Quant au bilinguisme, il est dommage que malgré la noyade dans une mer anglophone, les gens ne connaissent ni l’anglais, ni le français alors qu’aux pays scandinaves, ils maitrisent non seulement leurs langues maternelles, mais aussi les langues avoisinantes, l’allemand, et l’anglais ! Le Québec perd l’occasion de devenir une force majeure sur la scène nord-américaine et le monde – l’anglais et le français sont les langues les plus importantes du monde actuel.

  5. Désolé Mathieu, mais ce sont les institutions anglophones qui se replient sur elles-mêmes.

    Mais je ne les blâme pas de ne pas vouloir rejoindre la médiocrité des institutions francophones.

    La fusion pourrait permettre une négociation de changement de système au Québec. Tout le système éducatif francophone au Québec est paralysé. De la vraie mélasse.

    La différence du souci de la qualité. Un étudiant en théâtre aurait le goût d’aller étudier à Sherbrooke ou à Dawson selon vous ?

    Regardez moi la différence de présentation et de salle :

    Théâtre au cégep de Sherbrooke:
    http://www.collegesherbrooke.qc.ca/album/main.php/main.php?g2_itemId=1102&g2_imageViewsIndex=1

    Théâtre au collège Dawson:
    http://dc37.dawsoncollege.qc.ca/theatre/box-office.html

  6. Avec l’espagnol, le portugais, l’indien et le chinois… entre autre. Le francais, ca ne vaut malheureusement plus grand chose internationalement. Il perd meme sont statut de langue diplomatique de plus en plus. Il reste quoi ? Informatique, information, commerce, tout se passe en Anglais au niveau international. (je peux me tromper, sur ce coup je ne suis pas sur de ce que j’avance, c’est plus une impression)

  7. « le problème avec la pensée de Lisée, c’est qu’elle est typiquement péquiste. Les péquistes sont des gens extrêmement intelligents et conscients de leur rôle de protecteurs de la langue française, mais ils croient – à tort – que tous les citoyens sont aussi fiers et libres qu’eux. »

    J’ai rarement vu un resumé aussi juste du PQ en si peu de ligne. Bravo ! Bon sang que je me sens seul tout d’un coup !

  8. L’idée n’est pas mauvaise. Je ne vois pas comment les anglophones pourraient finir leur cégep sans parler un français convenable; et comment les francophones n’en ressortiraient pas avec un anglais largement supérieur à celui d’aujourd’hui.

    Cependant, l’image du renard et des poules est malheureusement très près de la réalité à anticiper. Il y a en effet un risque à ne pas négliger. Je crois qu’on devrait conserver cette bonne idée pour plus tard. Lorsqu’enfin nous aurons un pays normal.

  9. Biensûr que c’est la médiocrité des institutions francophones québécoises le problème.

    Les lycées français en Ontario sont aussi excellents que les institutions anglophones au Québec.

    Ce n’est pas une question de langue.

    Pourtant, il n’y a qu’un seul lycée au Québec !

    Cherchez l’erreur !

  10. @Gébé Tremblay: Qui a parlé de laisser le surfinancement des institutions anglophones? Avez-vous lu mon texte? J’écris que c’est précisément le problème!

    @Je me souviens: Voilà, c’est exactement le problème: les universités anglophones sont surfinancées et les Québécois sous-financées….

    @Mathieu: Désolé, je n’adhère pas aux dogmes libertariens. Quand à l’idée de jalousie, je serais jaloux moi si j’étudiais dans des institutions francophones sous-financées, en comparaison à des institutions anglophones surfinancées…

    @Émile: Veux-tu sérieusement comparer les pays scandinaves, dans une Europe multi-linguistes et dont le principal voisin est russe, aux Québécois, pris dans un pays étranger dans une Amérique du Nord anglophone où ils ne représentent que 2%… Soyons sérieux. Mais je suis d’accord qu’il faut peut-être parler de sous-financement des institutions québécoises avant de parler de sur-financement des anglophones. Dans tous les cas, il y a un déséquilibre majeur!

    @reblochon: Voilà pourquoi la lutte pour le français est la lutte pour toutes les cultures minoritaires! Et merci pour l’appuie concernant les Péquistes. On notera au dossier que j’ai écrit qu’ils étaient intelligents. 😛

    @Çaparle Aupopette: Le problème, c’est que le bilinguisme est TOUJOURS, chez tous les peuples minoritaires, la première étape vers l’anglicisation. Le bilinguisme est l’ennemi numéro un. L’élite peut être bilingue, et n’importe quel individu aussi s’il en fait le choix, mais la masse critique des citoyens ne doit pas l’être. Enfin, c’est un autre débat. Ceci dit, je crois aussi qu’après l’indépendance on pourrait éliminer le réseau anglophone. En ce moment, la meilleure chose à faire serait simplement de lui couper les vivres.

    Merci pour vos commentaires!

  11. « Avez-vous lu mon texte? J’écris que c’est précisément le problème! »(Louis P.)

    Un problème que seule la fusion règlerait car nous n’avons aucun pouvoir sur ce surfinancement.

    Ce que l’État québécois donne à ces institutions c’est des pinottes comparé à ce que leur donnent le fédéral et les fondations caritatives anglophones du Canada, USA et UK.

    Ce que le Québec leur retirerait serait compensé aussitôt et nous n’aurons pas plus un meilleur système pour nous. La saignée franco et immigrante vers les institutions anglos se poursuiverait.

  12. @Monsieur Préfontaine

    Vous avez écrit:

    « …ils croient – à tort – [les péquistes] que tous les citoyens sont aussi fiers et libres qu’eux. Ils pensent qu’il suffit de mélanger une majorité de francophones à une minorité d’anglophones pour que les anglophones se francisent. »

    Vous n’avez pas compris la pensée de Jean-François Lisée. La voici:

    « …1. Fusionnons les Cégeps en un seul réseau de la prédominance du français. Partout où c’est possible, et totalement dans la région montréalaise, faisons en sorte que tous les cégépiens reçoivent les trois-quarts de leurs formation en français et le quart, en anglais.

    Ainsi, on donnerait un coup de barre structurel majeur, osons dire historique, un bain francophone réel pour la totalité de nos élites de demain et on répondrait simultanément à la demande massive des parents francophones et allophones de voir leurs enfants bien connaître leur langue seconde, l’anglais. »

    Tiré de:
    Jean-François Lisée
    L’actualité www2.lactualite.com
    lundi 16 novembre 2009

    ou de
    http://www.vigile.net/Cegeps-en-francais-un-peu-d

    Thaïs Potvin

  13. @Gébé Tremblay: As-tu des preuves pour appuyer ton hypothèse que nous n’aurions aucun pouvoir sur le sur-financement des institutions anglophones? Pour ne parler que du MUHC, c’est Québec qui délie les cordons de sa bourse, principalement. Et pour les Cégeps, je ne vois pas en quoi ce serait différent.

    @Thaïs Potvin: Je vous rassure, j’ai très bien compris la position de M. Lisée et je suis à 100% CONTRE ce projet dangereux pour la langue française. Mettre en commun le renard et les poules, jamais. La seule hypothèse envisageable serait un seul réseau public francophone avec tous les cours en français. L’État n’a pas à financer l’apprentissage d’une langue étrangère. Sinon, il faut conserver les deux réseaux (tout en coupant massivement les subventions au réseau anglais) et empêcher l’anglicisation qui suivrait nécessairement si on adoptait un projet dangereux comme celui de Lisée.

  14. Tu veux une idée de la différence d’argent que les institutions anglophones font entrer au Québec comparé au francophones ?

    Fait un tour ici :

    http://www.uquebec.ca/bourse/

    Et maintenant ici :

    http://coursecalendar.mcgill.ca/scholarships2005-06/Scolarships2005-06-1-6.html

    Pas même le PQ ne va changer quoi que ce soit à celà.

    Je doute qu’on entende même Parizeau se prononcer là dessus.

  15. Re-bonjour Louis,

     » L’élite peut être bilingue, et n’importe quel individu aussi s’il en fait le choix, mais la masse critique des citoyens ne doit pas l’être. »

    D’accord.

    Mais on parle ici du niveau collégial. Sans qualifier d’élitiste les détenteurs d’un DEC, ils sont loin de constituer la majorité de la population qui, sans aucun doute… tout à fait d’accord… n’a pas a être bilingue. Cette nécessité du bilinguisme pour tous est une fumisterie destinée tout simplement à accomoder la classe dominante anglophone, unilingue ou francophobe.

    Ceci dit, j’arrive du Métro: tous les produits « Selection » affichent l’anglais d’abord, le français ensuite…quand y a de la place. Que faire ? Tu connais des gens qui ronflent tout éveillés ?
    C’est ce que nous sommes.

  16. […] dans leurs Cégeps où les cours seraient donnés essentiellement en français. N’empêche. Le blogueur Louis P. présente ici l’argument que j’ai aussi entendu de vive voix à quelques reprises […]

  17. […] the imagination; COLONIZATION HUMILIATION CULTURAL GENOCIDE OPPRESSION RESISTANCE FREEDOM Perhaps Louis Prefontaine, a next generation Anglo-basher sums up their attitude; "Anglophones and Francophones do not share […]

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