Nous sommes tous Islandais

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.

islande

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En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.

Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.

L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.

Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.

Le pays est ruiné.

Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».

Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.

Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?

Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

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24 Réponses

  1. Je suis entierement d’accord avec ton texte sauf sur un point.

    La droite n’est pas forcement aussi mauvaise que tu le decris. Le probleme c’est qu’on ne connait que les droites pourries qu’on nous propose aujourd’hui à travers certains partis politiques vereux. Il y en a d’autres, pour le moment plus ideologiques certes, mais pas moins humaines, environnementalistes, realistes et respectueuses que ta vision de gauche. Je pourrais prendre des exemples de partis de gauche ayant eu le pouvoir et ayant abouti eux aussi à une catastrophe.

    Alors la vraie raison de ce fiasco, ce n’est pas forcement la droite en tant que philosophie politique, mais plutot quelques aspects bien precis :

    1- l’incompetence et la concentration des richesses à quelques familles (aucun rapport avec la philosophie de droite)
    2- Le néolibéralisme à outrance, la dereglementation, la corruption des gouvernements et des outils de control (je ne connais personnellement personne de droite qui appuie cela et qui ne soit pas choqué, au moins autant que toi)
    3- une gauche malade, dysfonctionnelle, eteinte, qui ne fait plus sont travail et qui ne surveille plus la droite. (l’equilibre, la surveillance mutuelle, des partis d’opposition en santé, la recette de la democratie et de la reussite)
    4- l’egocentrisme, la molesse, la lacheté, le decouragement et l’apathie des gens, maux internationaux de nos sociétés occidentales et qui touche tous les horizons politiques.

    La gauche, la droite, dans le fond c’est de la bouillie pour chat. Il n’y a que les bonnes idees, les mauvaises idees, celles qui sont respectueuses et honnêtes et celles qui ne le sont pas. Il n’y a pas de couleurs dessus, elles sont rarement la propriété d’une seule ideologie.

    Je le repete, pour le reste tu as tout à fait raison et bien que de droite, ca me dégueule autant que toi.

  2. « Naguère, nous faisions de la politique pour défendre des idéaux. Aujourd’hui, la mort des idéologies a asséché le discours politique. On ne parle plus de militants mais de supporters. La politique est devenue le lieu d’affrontement des clans, des écuries où on s’engage avec l’obsession d’un retour sur investissement. Flics, politiques, se préoccupent plus de leur avancement ou de leur Légion d’honneur que de l’intérêt général. »

    Jean-Louis Debré, ex-député, ex-mnistre de l’Intérieur, président du
    Conseil constitutionnel (France).

    Bon ce n’est peut-etre pas le mieux placé pour nous parler de l’integrité des politiciens, mais ca resume ce que j’en pense. Ce n’est vraiment pas un probleme de gauche ou de droite, mais plutot de politiciens carrieristes (et/ou), arrivistes, partisans, egoistes, decrochés des realités, incompetents, voire corrompus pour certains.

  3. L’exemple de l’Islande n’est pas vraiment le meilleur pour dénoncer la droite. C’est comme de dire que la gauche est mauvaise en citant la Corée du Nord.

    La privatisation, l’impôt ( le fameux flat tax… ) et autres mesures dit de droite n’y sont pour rien. Il faut comprendre que les banques en Islande représentait la majeur partie de leur économie. Si ce secteur a des difficultés, l’état va en souffrir peut importe qu’il soit à gauche ou à droite.

    Les sub-primes ont coulé leur trois principales banques et le gouvernement, dans un geste d’une stupidité incroyable, a nationnaliser une des banques. Il a tenté de sauvé les deux autres par la suite, menant son pays à la faillite. Bien qu’il y est eu d’autres facteur dont leur politique monétaire, l’intervention de l’état a été le point tournant entre une récession comme tous les autres pays ou une faillite.

  4. La gauche, la droite, c’est du n’importe quoi.

    Les nationalistes sont stigmatisées comme des extrémistes de droite maintenant. Même la nationalisation des banques par Hitler est considérée comme du fascisme !

    Il y a des choses à conserver et des choses à faire progresser. Lorsqu’on parle de gauche et de droite on parle alors d’extrêmes. C’est à dire qu’on veut tout faire progresser sans rien conserver ou tout conserver sans que rien ne progresse. Ce sont des termes qui ne servent qu’à stigmatiser comme extrémiste.

    Les banques privées veulent faire progresser leurs profits. Sont-ils alors des institutions de gauche ?

    Les syndicats veulent conserver leur obligation de contributions des employés. Sont’elles alors de droite ?

    Une sociale démocratie ça ne décide rien. Ça n’établie rien de solide, de permanent. Rien à long terme.

  5. Voila une phrase, la seule d ailleurs dans laquelle je peu inclure un mot Islandais et en meme temps un des méfaits des néo-cons…Voila:
    Geyser.. vis les hamburgers avec de l éthanol au lieu du ketchup!…
    Ah!Ah!Ah!….

  6. @ Louis

    Chapeau pour ce billet et bravo pour ton excellente recherche !

    @ Reblochon

    «La gauche, la droite, dans le fond c’est de la bouillie pour chat. »

    C’est bizarre, c’est toujours les gens de droite qui disent cela ! Dire que tout n’est pas pourri à droite comme à gauche, cela me va. N’empêche que l’essence de la politique et l’expression de la différence des valeurs des humains demeure la droite et la gauche.

    @ SPiedade

    «L’exemple de l’Islande n’est pas vraiment le meilleur pour dénoncer la droite »

    Remplaçons alors de s de Islande par un r. Est-ce vraiment mieux ?
    http://www.nytimes.com/2009/04/20/opinion/20krugman.html

  7. Un pays de 300,000 habitants est trop petit pour tenter des expériences du genre «privatisation» à outrance ou l’inverse. L’Islande devrait être «centre-centre»!

  8. Toutes les économies ont été affecté, tant de gauche que de droite. Si je me fie à la logique de l’article, le Québec qui est le plus à gauche en Amérique du Nord ne devrait même pas être en récession. On a beau critiquer les libéraux d’être trop à droite, ils sont comparativement aux autres états très à gauche sur l’échiquier.

    Pour revenir à l’Irlande, on parle encore d’une crise des banques. Comparer à l’Islande, leur économie était plus diversifié, ils s’en sortent mieux.

    Dans les deux cas, la privatisation n’est pas la cause de leur crise économique. On peut même dire qu’ils ne sont pas directement responsable. Ils n’ont pas fait attention et ont permis à leur banque de prendre trop de risque. Ils n’ont pas dérèglementé, mais plutôt leur système bancaire n’était pas assez réglementer à la base.

    Doit-on considérer le socialisme comme mauvais à cause des exemples comme Cuba? Non. Alors pourquoi devrait-on le faire pour la droite?

  9. On est tous à la droite de quelqu’un. C’est pour cela que je disais que c’est de la bouillie pour chat. Ca veut dire quoi la gauche et la droite ? … surtout quand on se trouve en amerique du nord !

    Et ne devrait-on pas gouverner en prenant le meilleur de tout le monde ? Jusqu’à present j’ai plus souvent vu des gouvernements de droite prendre des politiques de gauche que le contraire. Bien sur, les droitistes mangent des enfants, on ne peut pas s’allier avec eux. Donc bien normal que generalement les droitistes soient plus capables d’arriver à cette conclusion, parce que bien plus souvent ouvert aux autres idees qu’on veut bien nous le faire croire chez les gauchistes, des gens gentils qui donnent des bonbons aux enfants !

  10. « Finis les Big Mac en Islande. »
    Voilà bien la preuve qu’il y a un beau côté à tout. Même aux dogmes du gourou néolibéral.

    Mais je dois admettre que c’est bien « maigre » comme beau côté.
    De gauche à droite et inversement:
    « Il est capable du meilleur et du pire, mais dans le pire, c’est lui le meilleur. »

  11. @ Reblochon.

    Ton lien, c’est de l’endoctrinement des jeunes dans les écoles dans sa forme la plus pure. Ça bat la présence de la Mère Térésa des pauvres dans le cahier d’exercices d’Éthique et culture religieuse de secondaire 4 et l’info-pub pour Culbec suicidaire qui vient avec ça.

    Décidemment, la France est indigne d’avoir des enfants.

  12. Mon lien c’est de l’humour … du second degré … un truc de droitiste pour se foutre de la gueule des gauchistes.

    Tu as raison, il y a des gens qui auraient du se passer de faire des enfants. Plein !

  13. Salut Louis,

    Cette histoire ressemble à ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande, il y a plusieurs années, et plus récemment à ce qui s’est produit en Irlande, des pays qui avaient suivis la recette néo-libérale. C’est cette même recette que voulait appliquer Jean Charest quand il a pris le pouvoir. On l’a échappé belle!

  14. « C’est bizarre, c’est toujours les gens de droite qui disent cela ! »(Darwin)

    Donc, toujours les gens de gauche du point de vue de la droite.

    Rien de bizarre.

    Le conservatisme de la gauche est présenté comme du progressisme et le progressisme de la droite est vu comme du conservatisme par la gauche, et vice versa.

  15. On vois les grands capitalistes (la supposée droite) faire appel à l’État pour les sortir du trou, puis on vois les grandes centrales syndicales (la supposée gauche) négocier les mises à pied (restructuration) avec ces grands capitalistes et y faire la spéculation avec l’argent des syndiqués.

    La gauche et la droite sont deux mains jointes qui tiennent le paquet de dollars.

    Le problème est au centre. L’intérêt et la spéculation.

  16. En cherchant sur le neo libéralisme j etais tombé sur ce nom; Friedman il y avait aussi un Haveck. J ai cherché aussi sur Margaret Thatcher et enfin je suis tombé sur les Think Tanks…lol!…
    Les Think Tank (Bébelle né aux Etats) sont des groupes d experts payés pour faire un travail, une recherche etc pour le gouvernement…..J ai fait aussitot le lien avec les gugusses comme les LUCIDES….
    Plusieurs actions de ce genre d outil sont décrites a l article sur Wiki…Moi j ai fait mes propres conclusions: Les Lucides seraient des Lobbyistes qui s installeraient dans le Lobby de la population au contraire de ceux qui s installent dans le Lobby du Gouvernement…Au lieu de solliciter l Etat pour des subventions, des projets de loi etc…ils solliciteraient (Ou travailleraient!..) La population selon les volontés de l Etat pour faire passer ses messages……
    S affirment t ils comme un groupe de chercheurs neutres? Je sais pas!….Mais on sais qui est le BOSS!….L..!…Monsieurs le Premier veut un autre café!….Avec des frites en plastiques!..Lol!…

  17. @reblochon: Il ne faut pas oublier que la gauche et la droite forment deux conceptions différentes du politique et de la société en générale. Ce n’est pas parce que des erreurs se produisent sur tout le continuum gauche-droite qu’il ne faut pas les dénoncer. Et les réformes néolibérales furent une erreur et les extrémistes libertariens ont contribué à détruire l’économie de ce pays.

    @SPiedade: Ce n’est tout de même pas une coïncidence que les pays dont l’économie a le plus souffert de la crise sont ceux qui avaient suivi avec le plus de zèle les réformes néolibérales. Et même avant la crise, se rappelle-t-on de l’Argentine, cas-école des réformes imposées par le FMI?

    @Gébé Tremblay: La gauche et la droite sont simplement des endroits sur un continuum impliquant des conceptions différentes de la société. À mon avis, ce n’est pas « n’importe quoi ». Ce sont effectivement des mesures économiques très à droite qui ont causé cette situation; il faut le dire et l’écrire!

    @normand lemay: Le lien que tu fais avec les Lucides est pertinent. Si on avait appliqué leurs recommandations, nous ne serions pas l’endroit le moins affecté par la crise en Amérique du Nord, comme c’est le cas actuellement.

    @Darwin: Merci, et bon point pour l’Irlande. J’avais écrit un texte à ce sujet il y a quelques mois. Irlande, le Waterloo d’André Pratte?

    @Garamond: Et l’Irlande? Et l’Argentine?

    @Çaparle Aupopette: Hehe… L’art de voir du positif partout! 🙂

    @Sylvain Rocheleau: En effet, on l’a échappé belle… Mais ce que Charest ne fait pas directement, il le fait par la porte d’en arrière. Les hausses des tarifs et des frais de scolarité en font partie.

    Merci pour vos commentaires!

  18. @ Louis

    «J’avais écrit un texte à ce sujet» (Irlande)

    Désolé, je ne savais pas. Mais, Même l’avoir su, j’aurais peut-être cité quand même Krugman… en plus de ton texte pour en avoir un en français, bien sûr ! En plus de Pratte, il y a Piché qui a souvent vanté la déréglementation en Irlande et qui n’en parle plus du tout…

  19. Pour quelqu’un qui défend si férocement le français, tu aurais pu montrer plus de respect pour la langue islandaise, parlée par seulement 300000 personnes et garder « Independence Party » pour les paresseux: Sjálfstæðisflokkurinn c’est le vrai nom.

    🙂

  20. Freidman n’était pas un libertarien concernant les questions monétaires et bancaires et cela change tout:

    Extrait:

    « / »Mais en dehors de ce milieu restreint, et en particulier chez les défenseurs conventionnels du libre marché, Friedman a toujours été considéré comme Mister Free-Market par excellence. Chez les gauchistes, où l’on comprend et l’on s’intéresse encore moins à ces questions, la perception est similaire et Friedman est simplement vu comme un «néolibéral» extrémiste défendant une diminution radicale de l’interventionnisme étatique, point à la ligne. Qu’on soit pour ou contre, presque personne ne conteste le pedigree libertarien de Milton Friedman.

    La crise économique actuelle, qui permet de constater et de remettre en question bien des choses, a cependant aussi l’effet de mettre beaucoup plus clairement en lumière l’influence néfaste de Friedman, particulièrement sur les questions monétaires.

    L’an dernier, mon article accusant les monétaristes d’être de collusion avec les keynésiens et, en bout de ligne, avec les marxistes, a connu une vaste diffusion aux États-Unis et dans le monde. »/ »

    http://www.leblogueduql.org/2009/09/milton-linflationniste-anna-la-keyn%C3%A9sienne.html

  21. […] souhaite afin de nous précipiter dans des réformes ayant connu un retentissant échec, tant en Islande qu’en Irlande ou […]

  22. […] y a un an, Louis P. écrivait ce texte sur la crise islandaise. Étant à Copenhague à l’époque, je me suis contenté d’un […]

  23. […] sauvages dans leur budget ou effectué des privatisations à outrance. Nous avons comme preuve l’Islande, techniquement en faillite après avoir suivi à la lettre les recettes de l’extrême-droite […]

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