Grand-papa Landry

Je l’aime bien, Bernard Landry. Dans le style grand-papa sympathique, qui raconte des histoires agrémentées de citations latines, un bon verre de vin à la main au coin du feu. Ouais, un bon jack, dirait-on. Parfois, pourtant, je le trouve d’une mollesse, d’une pusillanimité à faire peur. Tiens, aujourd’hui, par exemple, à une conférence de presse de la Société Saint-Jean-Baptiste pour annoncer une activité favorisant la mise en application de la loi 101 au Cégep et un plus juste financement des universités francophones.

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Donc, un journaliste a posé « la question qui tue » à M. Landry, c’est-à-dire la question la plus prévisible qui aurait pu lui être posée, et dont il aurait dû être prêt à répondre depuis des semaines. « Désirez-vous appliquer la loi 101 aux universités? » Interrogation légitime, et la réplique aurait pu être courte et efficace: Landry aurait pu répondre: « Non, nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui ». Fin du débat. Mais non. M. Landry s’est lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de McGill, ce « fleuron » québécois, et a réassuré les anglophones qu’ils n’avaient rien à craindre, et ainsi de suite. Plus colonisé que cela, tu te mets ta ceinture fléchée, tu t’agenouilles et tu dis « missié oui, boss » à tous les passants aux chapeaux haut-de-forme que tu croises sur Beaver Hall.

Évidemment que personne ne propose d’appliquer la loi 101 aux universités! La situation du français à Montréal est catastrophique, mais pas désespérée. La loi 101 au Cégep constitue une réplique proportionnée à la perte d’influence du français à Montréal. Si jamais on doit imposer la loi 101 à l’université, ce sera parce que nous aurons épuisé toutes les autres solutions. Dans dix ans, dans vingt ans, qui sait? J’espère bien qu’on n’y arrivera jamais.

Or, entre affirmer qu’on ne va pas s’en prendre aux institutions anglophones et célébrer le « fleuron » de McGill, il y a une marche que M. Landry gravit beaucoup trop facilement. Si n’importe quelle autre université québécoise recevait le financement des universités anglophones, on en ferait un fleuron. Doit-on rappeler que les trois universités anglophones québécoises reçoivent près de 27% du financement alors que les anglophones de langue maternelle ne composent que 8,2% de la population? Faut-il parler du fait qu’entre 2000 et 2005, McGill a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées dans tout le Canada, coast to coast? Que 52% des médecins formés à McGill ont quitté le Québec après leurs deux années de résidence? Que le taux de diplomation des francophones est près de 35% plus faible que celui des anglophones? Que les anglophones de 30 à 39 ans sont deux fois plus nombreux à détenir une maîtrise ou un doctorat que les francophones?

Le voilà, le beau « fleuron » québécois que sont les universités anglophones. Des institutions hyper-choyées qui permettent aux anglophones de s’éduquer et de s’émanciper en anglais. Des universités qui agissent comme autant de pôles d’attractions anglophones pour les Québécois: près de 54% des bacheliers originaires de Montréal, en 2003, avaient étudié à une université anglophone. Des usines à anglicisation. Tu rentres puncher au matin de tes vingt ans et tu en ressors dix ans plus tard à chercher tes mots à chaque deux phrases en français. C’est ça, la réalité de McGill et des autres « fleurons » du monde de l’éducation anglophone au Québec.

Nous n’avons pourtant pas besoin d’imposer la loi 101 à l’université. On peut s’inspirer des propositions des jeunes péquistes, qui désirent réduire les subventions pour les allophones choisissant le réseau collégial anglais. À l’université – le nerf de la guerre – on n’aurait même pas besoin d’aller aussi loin. Il suffirait seulement d’établir un équilibre et de financer les universités anglophones à hauteur de la population de langue maternelle anglaise, soit à plus ou moins 8% plutôt que les 27% actuels. En remettant l’argent économisé dans les universités francophones, on en créera, nous aussi, des fleurons.

Oui, c’est un bon grand-papa, M. Landry. Mais tout comme le moment vraiment intéressant des histoires au coin du feu est la discussion qui les suivent, le vrai mérite de cet homme ne constitue peut-être pas ce qu’il dit, mais plutôt les débats qu’il lance. Car soyons honnêtes: on a devant soi un homme se réclamant indépendantiste mais qui grelotte et réclame qu’on ferme la fenêtre par laquelle espèrent s’échapper ses codétenus. Par respect pour les geôliers, peut-être. Ces fleurons de la profession.

Et si on osait prendre le problème du sur-financement des universités anglophones à bras-le-corps?

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18 Réponses

  1. Bernard qui?…..Bof! Connais pas!.

  2. Plusieurs valeurs se bousculent ici.

    D’une part, le bien individuel vs le bien collectif: si un individu considère que sa vie sera meilleure s’il possède bien la langue anglaise dans son travail, la société doit-elle (peut-elle) restreindre son choix pour le bien de la langue? La langue (symbole culturel s’il en est un) est-elle plus importante que l’individu?

    Et si un médecin considère qu’il sera un meilleur médecin s’il maîtrise les termes techniques en anglais de façon à pouvoir assister sans gêne aux colloques de perfectionnement des autres provinces ou des États-Unis… doit-on lui interdire un apprentissage en anglais? Pas évident…

    D’autre part, la valorisation de l’excellence: si McGill reçoit autant de chaires de recherche, c’est un peu (beaucoup?) en raison de l’excellence de cette institution. Pas moins de 12 prix Nobel sont passés par McGill dont 3 dans les 3 dernières années. L’ensemble des universités francophones en compte combien?

    La question: doit-on récompenser les institutions performantes ou non? C’est loin d’être évident: l’élitisme vs le nivellement par le bas.

    Ce sont des questions fondamentales pour lesquelles il n’y a pas de vraie réponse.

    ___________

    En passant, j’aimerais bien avoir des détails sur le 54%. Ici: http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Universite–Les_disparites_du_systeme_quebecois_de_financement_des_universites_par_Marc_Chevrier , on dit que 29% des bacheliers sont issus d’une université anglophone.

    ___________

    En terminant, j’adore Landry. Tout comme Parizeau, d’ailleurs.

  3. T’as déjà allé à la bibliothèque de lettres et sciences humaines de McGill? (MacLennan-Redpath)? Tout beau, de bonnes heures, un café avec Tim Hortons & Pizza Pizza juste en bas, plein de places et de prises pour le portable, des gens attirants et enthousiastes pour leur travail scolaire, la tranquilité est respectée, etc.

    Par contre quand je vais à celle de l’UdeM, je note que la bibliothèque LSH semble plutôt vidée de la plupart des étudiants, et ce n’est nullement un «centre» de la vie étudiant. Il n’y a pas beaucoup de places ni prises. La source vitale de caféine se trouve éloignée. Tu t’assis à un groupe de bureaux où il y a peut-être une fille à l’autre extrémité et elle commence immédiatement à fermer les choses pour s’en aller. Distrayant, avec les gens soupirant en frustration ou parlant à haute voix juste à côté des panneaux qui plaident pour un peu de silence, parce que les étudiants ne vont pas le faire. On a l’impression que tout le monde a déjà quitté le campus, en passant par leur voiture dans le garage géant, pour aller étudier ailleurs…

  4. J’aime bien monsieur Landry mais j’aime encore mieux monsieur Parizeau, qui n’est jamais frileux dans ses propos, lui….

  5. Je n’arrive pas à comprendre que quelqu’un, en 2009, croit encore au nationalisme, voire indépendantisme, de Bernard Landry.

    Le monopole Gesca-Power Corp c’est lui, le CHU anglais c’est lui, la santé au privé anglais c’est lui, l’endoctrinement multiculturaliste dans les écoles c’est lui, les écoles linguistiques c’est lui, les éloges envers Desmarais c’est lui, Rousseau à la Caisse c’est lui, etc… etc…

    Récemment il publiait une ode à la gloire de l’Union des Républiques Soviétiques Européenne. Biensûr il n’a pas encore introduit le « Républiques Soviétiques » à l’instar de plus en plus de politiciens en Europe. Pour Bernard, ces républiques sont toujours incontestablement des États souverains et donc nous n’aurions rien à craindre d’une telle Union à l’Américaine anglaise.

    McGill est effectivement, pour une bonne part, le fleuron de Landry.

  6. De grâce, la collusion du commité du Prix Nobel n’est plus un secret !

    Faire de la langue française la langue officielle et obligatoire des universités du Québec ne brime en rien le choix des citoyens. N’importe qui peut apprendre l’anglais et les cours seront toujours donnés dans les écoles. Les bibliothèques universitaires devraient tenir autant de livres en anglais. Il n’y a aucune restriction de l’anglais dans le choix d’établir la langue française comme officielle au Québec ! Au contraire ! Elle assure le bilinguisme des anglophones ! C’est un plus !

    Depuis quand l’obligation du français est une interdiction de l’anglais ?

    Et c’est vous qui voulez donner des leçons de nivèlement par le bas ?

  7. Et c’est nous, Québécois de souche, qui payons ce surplus à McGill depuis 100 ans !

    McGill qui reçois des centaines de millions de plus du ROC !

    Vous voulez nous faire croire que c’est parce que McGill est anglophone qu’elle est supérieure ?!

    Vous croyez que l’Université de Paris est anglophone ? C’est pourquoi elle est classée mondiallement, en 2009, en 49e position tandis que McGill est en 60e ! C’est une question de langue ?

    Vous croyez que vous pouvez aller étudier à l’ Université de Zurich, 24e position, en Suisse si vous ne parlez pas allemand ? Ou l’Université de Tokyo au Japon, 19e position ? L’université d’Utrecht au Pays Bas, 47e ? En Suède, 51e ?

    Comment peut’il y avaoir compétition sans fièreté ? Sans dignité ? Sans estime de soi ?

    Non, ce n’est pas qu’une question de langue.

  8. Vous voulez nous faire croire que c’est parce que McGill est anglophone qu’elle est supérieure ?!

    Je crois qu’il dit très clairement que c’est parce que cette universté reçois plus d’argent en proportion aux autres universités. Il dit même croire qu’une université francophone pourrais très bien devenir le fleuron en étant mieux financée. Vous ne savez pas lire?

  9. absolument personne n’a dit sur ce blogue qu’il croyait au nationalisme de Landry. otre commetaire est complètement inutile et vide de sens.

  10. Oups !

    C’est à Steph qu’était destiné mon message !

    J’ai pesé le mauvais boutton !

    Ça deviens mêlant ces petites boîtes de Pandore ! 🙂

  11. Désolé, c’est parce que je revenait juste d’une visite sur Vigile.net 🙂

  12. Bien sûr que l’on n’hésitera jamais à nous seriner qu’à McGill on y offre des cours en français, qu’au MUHC, on y reçoit des soins en français.. L’ennui, sinon l’agacement, c’est que plus nous montons dans la hiérarchie de ces institutions, du secteur de la recherche de pointe à la haute direction, plus nous y retrouvons des unilingues anglophones. Ainsi Madame la Principale et Vice-Chancelière de McGill, Heather Munroe-Blum condescend parfois à baragouiner un ou deux mots dans la langue des barbares québécois … Et que dire du Directeur en Chef du MUHC, Dr Arthur T. Porter qui, lui, est un pur et dur unilingue anglophone ?! Car la structure de pouvoir au Canada™ des Anglais est irréductiblement non seulement hiérarchique mais même « monarchique » et cette élite d’aristocrates, ne parle qu’une langue et c’est celle de l’impérialisme anglo-saxon. Or, NOUS , au Québec, nous sommes fondamentalement républicains, où la notion de « citoyen » nous est très chère. Il n’y a pas de castes ici ! Nous n’avons que faire de ceux qui prétendent représenter la « Civilisation ». Et c’est en continuant à encenser ces « fleurons » que nous participons à rien de moins à ce qui ressemble de plus en plus à un APARTHEID linguistique à Montréal ! Et qui dit « apartheid », dit troubles sociaux à venir. Oui, à l’instar du sirupeux Landry, McGill et toutes les autres institutions anglophones peuvent accumuler leurs thuriféraires au nom de l’ « excellence » mais à terme, mes chers amis, la réalité de la majorité reprendra ses droits et le risque de dérives sont sérieusement à craindre. L’obscénité se retrouvera au coin de la rue. Un peuple comme le nôtre en Amérique du Nord ne se laissera pas mourir sans rugir et réagir à la mesure de la violence qui lui est faite. Le noyau de résistance se rétrécira peut-être mais, du coup, se durcira et ce sont tous les « Bernard Landry » de ce monde qui devront en porter toute la responsabilité. Vous ne pourrez pas dire « nous ne savions pas ». Après tout, la « civilisation » ne peut plaider l’ignorance… Voyons !

  13. Ben oui, tu sais, l’ancien rédacteur en chef de LA PRESSE !!! (Oups. Ça c’est RODGER DEE LANNDREE. Désolé 😉

  14. Bravo !

    Votre portrait de Landry lui est tout craché !

    Il est colonisé à l’os. C’est un anglophile. Amoureux de la monarchie et du common law anglais. De la même nature que la reine Marois dans son palais.

    Lorsqu’au pouvoir, Landry est un démocrate dévoué au libre marché, au « business is business », et à la caste supérieure anglaise.

    Hors du pouvoir, il se transforme en patriote, défenseur des Québécois, un nationaliste résistant et appelant à des gestes concrets qu’il a lui même refusé d’entreprendre lorsqu’au pouvoir.

    C’est la même chose avec Marois qui joue à la patriote hors du pouvoir, mais qu’aussitôt au pouvoir se transforme en princesse et rejoint les princes loyalistes anglais.

    C’est ce qui donne tant de marge de manoeuvre aux Libéraux. La corruption (même idéologique et politique) est à un point tel que tous peuvent faire chanter l’un et l’autre.

    Bienvenue au déca-occident.

  15. On est vraiment trop gentils…

    Pourquoi ne comprenons-nous pas qu’on n’a pas besoin de se détester pour aimer les autres. Être pro-français ne veut pas nécessairement dire être contre l’anglais.

    Ce carnet est dû pour un billet positif sur la situation du français à Montréal.

  16. On a pas à être pro-français dans un Québec Français.

    L’unilingue anglais a pas sa place au Québec.

  17. Le meilleur exemple c’est les juifs. Ils sont tellement pro-juif qu’ils ont réussi à garder leur langue au-delà de 2000 ans d’exil.
    Pourquoi, nous, on se rabaisse tout le temps?
    Ça je ne comprend pas. On peut respecter et aimer les autres sans se rabaisser sans arrêt.

    Un exemple: The message factory. Une entreprise géniale d’ici (je pense qu’ils sont situés à St-Jean). Ils fabriquent, au Québec, des vêtements beaux, équitables et de qualité. Pourquoi, diable, s’apellent-ils ‘The message Factory’ et pourquoi la plupart de leurs vêtements ont-ils des slogans en anglais???

    La pire menace pour notre langue, ce n’est pas les autres, c’est malheureusement nous même.

  18. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans notre réseau universitaire francophone par rapport à l’utilisation de la langue française. En 2009, il y a encore plusieurs programmes d’études ou il est imposé du matériel didactique OBLIGATOIRE unilingue anglais. Je parle ici de manuels universitaires nécessaire à la formation universitaire… Allo la loi 101 !!!

    C’est bien beau reconnaître le Québec en tant que société distincte, encore faut-il donner le moyen à cette population d’accéder à une éducation de qualité dans sa PREMIÈRE langue officielle.

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