Affichage en anglais: cause ou symptôme?

Plusieurs amis sur Facebook m’ont fait part de cette nouvelle publicité anglophone affichée dans le métro par l’université Concordia. Ne violant pas une loi 101 affaiblie par plus de 200 amendements depuis sa création et permettant l’affichage anglophone pour les établissements d’éducation anglophone, cette affiche est tout à fait légale.

affichage-anglais-concordia

Source de l’image

En fait, tout le problème est là: la légalité. On ne peut plus discuter du recul du français sans parler de lois, de statuts ou de règlements. Un peu comme si le destin de notre langue et de notre culture avait été télécopié à quelque organisation distante le gardant précieusement dans un dossier quelque part dans une filière. Montréal s’anglicise? Pas grave, la ville demeure officiellement francophone. Des universités et des médias affichent en anglais seulement? On ne peut rien faire, c’est la loi. Les immigrants s’intègrent principalement à l’anglais? Pas grave, leurs enfants apprendront le français à l’école. Peut-être.

De quel genre de peuple s’agit-il donc, que cette nation de gens ne pouvant prendre en mains eux-mêmes la protection de leur langue et devant toujours espérer qu’une loi, un statut ou un règlement leur sauve la mise?

Les anglophones, eux, n’attendent rien ni de l’État ni d’une quelconque loi. Ils entrent dans le commerce où je travaille, en plein Hochelaga-Maisonneuve, ils m’imposent le « Hi », ils comprennent très bien quand je leur parle en français, et pourtant ils continuent à me parler en anglais, s’offusquant presque, parfois, que je ne les serve pas dans leur langue. Ils vivent dans une société où presque tout l’affichage est unilingue français, mais ils arrivent à imposer leur langue dans un groupe de francophones même s’ils sont seuls à parler anglais. Ils sont capables de travailler en anglais, de vivre en anglais.

Et leur langue est vivante: l’indice de vitalité de l’anglais à Montréal atteint 1,43 (contre 1,09 pour le français), soit un niveau encore plus élevé que celui de n’importe quelle autre province canadienne. N’est-ce pas paradoxal? C’est dans la métropole de la seule province où on limite l’affichage en anglais que la culture anglophone se porte le mieux.

Qu’on se comprenne bien: la loi 101 a son utilité dans un contexte d’un peuple habitué à faire le dos-rond et à oublier ses racines. Il faudrait probablement même la renforcer et faire un formidable pied-de-nez à cette Cour Suprême d’un État nous ayant reconnu comme nation, mais cherchant à nous empêcher de lui donner des dents.

Pourtant, c’est insuffisant. Le combat pour le français ne se trouve pas seulement dans une loi. C’est à nous, chacun de nous, qu’il importe de valoriser notre langue, de la chérir comme un cadeau légué par nos ancêtres, et d’oeuvrer, au quotidien, pour sa défense. Nous sommes ceux qui ont le pouvoir de refuser de travailler en anglais, de ne pas accepter de parler anglais à un immigrant qui vient d’arriver ici, de ne pas consentir ainsi à l’anglicisation de ce qui reste du fait fait français en Amérique du Nord.

Montréal pourrait afficher en Mandarin, en Allemand ou en Russe que le français se porterait mieux si la population, sur le terrain, le parlait et l’imposait. Car sur le plancher des vaches, actuellement, c’est l’anglais qui domine, et même si la plupart sont capables de me parler en français, on voit bien qu’entre eux c’est l’anglais qui prime. Ils se foutent éperdument de quelque loi ou statut; Montréal est ce qu’ils en font, et c’est une ville anglophone qu’ils bâtissent, mot à mot, comme des milliers de structures porteuses d’avenir pour leur propre langue dans le futur. « Des affiches? So what! On s’en fout des affiches. Tout le monde nous sert en anglais partout de toute façon. »

S’offusquer qu’on nous impose cette verrue anglaise au coeur de notre cité est une chose, mais reconnaître qu’on peut contribuer soi-même à notre propre anglicisation en refusant de faire du français la seule langue commune des Montréalais en est une autre. Il ne faut pas confondre cause et symptôme: les publicités anglophones ne sont pas tant à l’origine de l’anglicisation de Montréal qu’une simple représentation de celle-ci.

Quand la publicité de Concordia parle de « promouvoir le changement social et l’activisme », il faut la prendre au mot.  Ce n’est pas la publicité elle-même qui constitue le problème, mais bien la réalité derrière celle-ci.  Celle d’anglophones pour qui tout changement se fait en anglais et qui imposent de plus en plus leur langue.  Ce changement social, c’est notre anglophilie qui le nourrit.

Pendant qu’on s’obstine sur la langue d’affichage, sur la légalité de ceci ou cela, les anglophones prennent Montréal, quartier par quartier, et, s’appuyant sur le bilinguisme institutionnel imposé par nos pleutres politiciens, jettent les fondations d’une future métropole anglophone au coeur d’un Québec dépossédé de sa propre langue.

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20 Réponses

  1. Les anglophones « prennent » Montréal quartier par quartier ? Ça nous donne beaucoup trop de crédit ! Je pense que l’analyse de Pierre Curzi est plus juste : le départ massif des familles francophones de la classe moyenne vers la banlieue est la principale cause de l’affaiblissement du fait français sur l’île de Montréal. Si on veut stopper ces départs et ainsi renforcer le poids du français à Montréal, il faut développer notre ville autrement (plus de transports en commun, moins d’autoroutes, plus de logements abordables avec deux chambres ou plus, moins de condos de luxe…) et la rendre plus accueuillante aux familles.

  2. Et si, au contraire de renforcer la loi 101, on l’éliminait ? Il n’y aurait que nous pour protéger la langue française. Si ça fonctionne pour les anglophones qui ne font que protéger leur langue(car aucune loi ne protège l’anglais en ce moment), Pourquoi ça ne fonctionnerais pas pour nous, francophones ?

    C’est parce qu’on a un gouver-maman qui est derrière nous pour nous protéger qu’on ne fait rien. Quand nous serons devenu le filet de sécurité de la langue française, peut-être allons-nous commencer à bien la parler et surtout, à bien l’écrire.

  3. @Alex Norris: Je suis en profond désaccord avec l’analyse de Curzi. Encore une fois, on confond cause et symptômes. Si en cinq ans Montréal s’est dégonflée de 30 000 francophones et gonflée de 15 000 anglophones, ce n’est pas à cause des logements, du transport en commun ou des autoroutes. Il n’y a pas de gène francophone anti-autoroute pas plus que les anglophones aiment vivre dans une ville sale.

    Non, je crois plutôt que les Québécois désertent Montréal parce que la ville leur ressemble de moins en moins. Ils n’arrivent même plus à travailler ou à se faire servir dans leur langue et on leur impose une culture qui ne leur plaît pas. Moi-même, c’est une des raisons pour laquelle je songe parfois à quitter Montréal dès que j’en aurai les moyens.

    Cette ville, oui elle est mal faite, oui on pourrait faire mieux, mais un de ses problèmes est qu’elle ne représente plus les Québécois. Et c’est en déménageant hors de la métropole que les Québécois lancent ce message: redonnez-nous notre ville ou nous la quitterons!

    Je suis certain qu’un Montréal francophone ET mieux administré inciterait davantage de Québécois à y revenir. C’est pourquoi j’hésite encore à voter pour Projet Montréal; le parti me semble trop près des intérêts anglophones et pas assez des Québécois. Quoi que Harel me déçoit aussi de ce côté-là…

    @Martin R.: Dans un contexte minoritaire où le français ne représente pas plus de 2% de l’Amérique du Nord, la loi 101 a son utilité. Tous les moyens pour assurer notre survie sont les bons. Le but de ce billet visait à dire que les moyens légaux ne sont pas les seuls nécessaires. Il faut tous s’orienter dans la même direction!

  4. Point de vue intéressant.

    Je suis francophone. Et je suis très chanceux (selon mes valeurs): je travaille en banlieue. Ce qui me permet de rester en banlieue.

    Je demeure à 3 km de mon lieu de travail. Pas de côte. L’été, je peux faire le trajet à bicyclette sans problème.

    J’ai de l’espace. De la tranquillité. Du silence. Des arbres. Des terrains avec de la pelouse. Et j’aime ça.

    Se pourrait-il que les francophones valorisent davantage ces aspects que les anglophones? Se pourrait-il que les anglophones préfèrent demeurer là où se brassent les vraies affaires?

    Je n’en sais rien. Mais c’est une théorie intéressante.

  5. « C’est à nous, chacun de nous, qu’il importe de valoriser notre langue… »(Louis P.)

    Les Anglais ne considèrent pas leur culture comme un trait individuel, mais collectif. C’est collectivement qu’ils la défendent.

    Ils ne se considèrent pas anglophones, mais Anglais. Pas Québécois, mais Montrealers.

    Si les Anglais restent à Montréal c’est pour être près de leurs institutions et quartiers. Ils s’y sentent chez eux et soutenus par les leurs. Les immigrants y voient cette cohésion et désirent l’intégrer.

    Les Québécois sont réduits à des francophones et n’ont aucune institution ni quartier. Aucune cohésion ni aucun soutient. C’est chacun pour soi. Il n’y a rien à intégrer.

    Pas étonnant que des Québécois deviennent anglophiles.

  6. M. Préfontaine,

    Nous sommes tous d’accord avec ce que vous dites.
    Mais vous restez toujours au niveau théorique.

    Pourquoi ne pas passer à l’action!

    Pourquoi ne pas mobiliser les gens pour aller manifester à un endroit précis contre une infraction précise???

    Si jamais vous décidez que la théorie c`est assez et qu’il est temps de passer à l’action, voici du matériel concret…

    Si vous avez à coeur la langue de Molière, pouvez-vous faire circuler dans votre milieu!
    Merci à l’avance!

    CENTRE-VILLE DE MONTREAL

    ====================================

    Une anglicisation fulgurante en photos et vidéos
    Déjà un millier d’infractions possibles à la loi 101!
    Et ce ne sont ni des rumeurs, ni des ouï-dire, ni des peurs mal-fondées, ni des épouvantails à moineaux, ce ne sont que des faits réels.
    Et comme Paul Watzlawick, philosophe et grand psychanalyste, dit bien dans sa formule: « La déliquescence des cultures précède la disparition des sociétés ».

    Allez constater sur ce site:
    http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2008/montreal-anglais.html

  7. Ouf… vous devriez lire le programme de Louise O’Sullivan. Elle veut augmenter l’immigration à Montréal, comme si le fait de recevoir 85% de l’immigration au Québec n’était pas suffisant.

    L’immigration Québécoise doit être décentralisée et régionalisée. Voilà la principale recommandation de l’essai de Boucar Diouf «Commission Boucar pour un raccommodement raisonnable». Voilà un exemple d’intégration sans douleur pour ce Rimouskois venu du Sénégal (bon, je pense qu’il est venu engraisser le Plateau depuis :P).

  8. Gooooooood! Afternoooooonnnne! Teacherrrrr!…Ainsi devait on saluer ma premiere maitresse d anglais quand elle entrait dans la classe..Ca se passe dans les années soixante…..Il est 3 heures habituellement la classe se termine a 4 heure…Mais pas avec le cours d ANGLA!…La seule exception ou tu finis plus tard que 4 heures c est que tu est en punition: en retenue!…Mais! Si les éleves ont pas comprit la lecon…le cours d ANGLA continues Stie! Y a pas de limite!…Que se soit le francais, l histoire, les maths..Meme Dieu! (Le religion)…TEACHER passe AVANT Dieu! Lol! Aucun autre cours ne continues en surtemps si les eleves n ont pas comprit la lecon comme faut! On est au Québec! la…Pas en Ontario! Pas au Manitoba! Au Québec!….Dans les anées soixante!….Tiens ma grosse Anglaise d amour(…)…Tu l as mérité! Goooo!..F……Y……!…Teacher!!!!Ah!Ah!Ah! Et j espere qu elle ce fait tapocher de l autre bord par Frncois Villion!..lol!
    Tous ca pour dire que ce qui m inquiete pour la langue c est l éducation…Si t enseignes a des petits flots la langue ou on peu écouter 60 chaines de TV avec des petits bonhommes…au lieu de la langue francaise avec une demi douzaines d émissions pour enfants t est perdant en partant!….L émigration, l histoire du vieillissement me fait bien rire! A la premiere génération ok! Certaines ethnies vont avoir beaucoup d enfants comme ils ont chez eux…Mais les enfants vont s occidentaliser et ils vont s apercevoir qu avoir des enfants ca coutent aussi chers pour eux que pour les autres…..Tu vat avoir un baby boom! Hi!Hi!Hi!….Des bébés booomer noirs! les yeux bridés….Des baby boomers qui vieilliront aussi mais que tu pourras pas aider par une nouvelle vague d immigration parce qu avec les progres dans le tiers monde les gens vont immigrer moins! (La preuve:La diminution du nombre d adoptions en Chine…AaaaaH!…AH!..) Comme d habitude s est pelleter par en avant un autre probleme……

  9. je termine j avais peur de perdre mon texte avec la connection….La source d immigration vat se rarifier aussi parce que des Etats homogene comme le Japon ou autre vont offrir beaucoup aux immigrants pour compenser leur retard…Pour eux il vat s agir de cas d urgence…..C est alors qu on sera bien content d en avoir recu quand c étais le temps, augmentant ainsi notre démographie francophone en Amérique du Nord fasse a l anglophone….Francophone? Oui! On a qu a regarder ce qui s est passé au Québec au dix neuviemes siecle….Il y a 4 ou 5 ans: je traversais le Parc des Pins et j ai apercut un groupe de trois ou quatre ados blanc francophone s éloigner d un autre qui lui était noir….Tout d un coup!…Le noir crie aux autres: Aye! Lé gars! Attendez moé tabarnak! (Sans accent!…)……Ce jour la c est drole j ai comme compris que le Québec etait sauvé!….Je me fous de la couleur de peau, des origines des gens qui dans deux cent ans vont avoir gardé le Québec francophone toujours vivant avec ses cotumes, son pacifisme…Meme sont histoire!!!…….Mais une menace planne sur notre avenir…..Cette menace nous viens des memes bozos qui vont faire monter la température de 4 degrées alors que l Afrique est en train de sécher!…..Les memes bozos qui ne savent pas administrer! Qui ne savent que jouer au monopoly avec nos vies…nos langues…et nos pays!..Des bozos! Les memes! Qui nous envoyaient la grosse maudite anglaise!…..Lol!….The end.

  10. […] and it’s a place where English thrives best out of any city presently within a united Canada, as some […]

  11. […] est, il semble, plus vivant que dans n’importe quelle autre grande ville canadienne comme certains […]

  12. How old are you? Do you go to school whit John and Mary by bus?…Do you are sucking often the cock of the statue of the Amiral Nelson?On the Plasse Jack Cartierre?….In the Montioule?………Dont be worry! Be happy! Les extra terrestres sont aussi protégé par la paire de short! De charte! Désolés! Hi!Hi!……..Take a brake!…Make that in your bobette!.Lolllllllllllll!No in front to me!……..

  13. j ai pas envie de rire…….

  14. World press!…..Grouiles ton hostie de steak!

  15. Bof……….Who s care?…………….Not me! Surely! …..God night!……I gonna take care more of that next time….Bye!

  16. […] J’aime assez bien Projet Montréal, mais c’est triste à voir que leurs candidats recourent aux angryphones, comme si les doutes qu’exprimait M. Préfontaine devait s’exprimer dans la réalité. […]

  17. […] rejoint ce que j’avais déjà expliqué à Alexander Norris, un autre candidat de Projet Montréal: il n’y a pas de gène francophone ou […]

  18. […] rejoint ce que j’avais déjà expliqué à Alexander Norris, un autre candidat de Projet Montréal: il n’y a pas de gène francophone ou […]

  19. […] Anglophone metropolis in the heart of Quebec, dispossessed of it's native  language."  Louis Prefontaine, Quebec language zealot According to Mr. Prefontaine and other language nationalists, the island […]

  20. […] l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours […]

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