Les miettes du privé

Des statistiques publiées sur Cyberpresse démontrent que de nombreux collèges privés expulsent leurs étudiants au moindre faux-pas. Dans certains cas, des cohortes perdent plus de 50% des leurs entre l’entrée au secondaire et le diplôme. Simples choix d’institutions privées ou dangereuse leçon de vie financée par notre propre gouvernement?

miettesprive

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Pensons-y un peu: les écoles soi-disant privées sont subventionnées à 60% par l’État. En fait, ce ne sont même pas des écoles privées; l’État finance la part du lion et les actionnaires empochent les profits. De juteux profits. À l’image du gouvernement américain ayant pris le contrôle d’entreprises à la dérive, le gouvernement finance massivement des institutions pourtant très rentables. Et qui excluent systématiquement ceux qui pourraient faire baisser leurs profits.

Or, quelle leçon lance-t-on ainsi aux autres, à ceux qui restent, ceux qui font leur secondaire au complet dans ce milieu hyper-compétitif? On leur dit: « Vous êtes des forts », sous-entendant que les autres sont des faibles. On leur exprime une vision du monde où celui qui a des difficultés, celui qui aurait besoin d’une aide professionnelle, celui qui commet des impairs, est un fardeau ne méritant que l’exclusion.

C’est une simple question de gestion, répondraient certains. Pas rentables les cas-problèmes. Et puis, en filigrane, on sort toujours la calculette: un psychologue à 40$ de l’heure, un professeur supplémentaire pour les retenus, un psycho-éducateur en surplus, et puis quoi encore. Trop cher. Mieux vaut renvoyer l’étudiant. « Tu as perdu mon ami, t’es Game Over, bye bye et ne te retourne pas. » Et l’État cautionne cela.

Imaginerait-on des écoles publiques agissant ainsi? On leur reproche d’être coûteuses, mal administrées, d’être un foyer de médiocrité. Dans les faits, elles font face aux pires cas-problèmes précisément parce que le privé écrème ses étudiants et ne choisit que les meilleurs, c’est-à-dire ceux qui obtiendront les plus hauts résultats, assurant le prestige de l’institution, et qui coûteront le moins cher. L’école publique ne peut pas simplement prendre un cas-problème et le renvoyer illico. Imaginez-vous le tollé si on apprenait que telle ou telle école publique a renvoyé un élève parce qu’il coulait ses cours? Meuh non. Au public, on crée des cours de rattrapage, des classes spéciales, on embauche des professeurs spécialisés. Toutes ces dépenses qui coûtent cher et que le privé n’a pas à assumer. Car le public, c’est la dernière étape, le dernier parachute avant la chute libre.

Ainsi, ce sont deux visions du monde que l’on crée. Celle des vainqueurs, qui apprennent à exclure quiconque montre le moindre signe de faiblesse ou n’est pas à la hauteur. Futurs yuppies, ils congédieront leurs subordonnés sans la moindre honte et ils mépriseront tous ceux qui sont sur l’aide sociale, qui vivent dans la rue ou qui ont des difficulté majeures. Ils vivront dans de cossues résidences, loin des gueux, et auront une conception élitiste de la société. Et celle des perdants, qui ont compris qu’il y aura toujours l’État derrière eux pour les rattraper s’ils tombent, et qui voient la réussite d’un oeil douteux, englués dans une école publique avec un ratio trop élevé de cas lourds qui gangrènent jusqu’à la volonté d’apprendre.

C’est une véritable leçon d’exclusion et d’échecs que l’on crée. Avec notre argent.

Au contraire, pourquoi ne pas créer un seul réseau véritablement public? Ce faisant, les cas lourds ne seraient peut-être plus cinq ou six étudiants par classe, mais peut-être seulement un ou deux, devant suivre la voie des autres, déterminés à apprendre et à s’éduquer. En coupant les subventions aux écoles privées, on peut croire que la vaste majorité de ses étudiants rejoindraient des institutions publiques beaucoup mieux financées et ne se contentant plus seulement de jouer le rôle de réseau de la dernière chance, mais permettant réellement d’éduquer nos enfants dans le respect de la diversité du monde qui nous entoure.

Car – on l’oublie souvent – le monde n’est pas constitué seulement d’une élite hyper-motivée et désireuse de s’éduquer, pas plus qu’il ne représente qu’un dépotoir où végètent une armée de trouble-fêtes entourés de quelques « bolés » s’attirant sarcasmes et moqueries à cause de leur désir de s’éduquer. L’équilibre, voilà ce qui manque à la situation actuelle. D’un côté des élites déconnectées du vrai monde, et de l’autre des démotivés qu’un système monopolisé par les cas-problèmes empêche de réussir. Un réseau soi-disant privé bien financé et qui se permet de faire la fine gueule, et un réseau public sous-financé récupérant les miettes du privé.

Et si on mélangeait un peu tout ce beau monde?

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24 Réponses

  1. Autre bon billet !

    Je suis agréablement surpris par cette série d’articles de La Presse. Elle n’aborde pas tous les aspects de la question, mais elle pose beaucoup de bonnes questions. J’aurais entre autres aimé que les données puissent préciser l’ensemble des départs, ce qu’elles ne font pas, comme il est mentionné dans les articles. En fait, les données comparent le nombre de finissants de cinquième secondaire avec le nombre d’entrées en première et négligent que bien des départs sont remplacés par l’admission d’autres élèves, ce qui peut atténuer drôlement l’ampleur du phénomène. De combien ? C’est ce qu’on ne sait pas.

    Il y a toutefois un point qui n’a pas été abordé. Les subventions aux écoles, privées comme publiques, sont basées sur le décompte du 30 septembre. Ainsi, quand une école privée expulse un élève en cours de session, elle conserve tout le «60 %» de sa subvention, et l’école publique qui l’accueille doit se débrouiller avec son budget. D’après une information que j’ai reçue, le décompte se ferait maintenant deux fois par année, en fin septembre et en fin janvier, tandis qu’il ne se faisait qu’en fin septembre il y a quelques années. Alors, non seulement les écoles privées qui expulsent des élèves balaient leurs problèmes au public, mais cela est payant pour elles.

    D’ailleurs, le directeur de l’école secondaire où j’ai été président du conseil d’établissement me disait que jamais il ne recevait d’élèves des écoles privées avant le 30 septenbre, mais en recevait très souvent dans la première semaine d’octobre… Pas des tonnes, mais quelques-uns quand même.

    Je ne prétends pas ce phénomène ait une importance capitale, mais c’est un accroc supplémentaire aux principes.

  2. Le financement des écoles privées est l’un des plus grand scandales du Québec moderne.

    Injuste et passéiste cette mesure est rarement remis en cause.

    Elle est injuste aussi à un autre niveau. L’accès à l’école privée est aisée à Montréal et à Québec, mais difficile voire impossible en région. Donc les Québécois des régions paient encore une fois pour un service, « l’école de luxe », auquel ils n’ont pas accès.

  3. Tiens! Ca m avait frappé cet article la, moi aussi! Moi ca m a fait penser au régime de castes des Hindous….Le brahmane en haut placé la par sa naissance et non pas par son talent…et tout en bas de l échelle! L intouchable! qui meme s il aurait le Q.I. d Einstein…n a aucune chance de développer ses talents!…..
    Je verrais tres bien l école publique, seule autorisée, constituée de deux catégories: Les plus doués et les moins doués afin que les deux catégories ne se nuisent pas et afin quelles puissent progresser au rhytme propre a chacune.
    Si l éducation serait orienté vers la culture et le développement humain et non pas sur l argent…Il y aurait surement moins de tdc…a l administration de notre société! Et plus de gens INTELLIGENTS et qualifiés! Mais! Se serait s attaquer a une bien grande chose que de descendre Jean-Claude de son école sur sa colline champetre et qu il prenne la place de Ti Claude qui, vat a l école en bas..de l autre coté de la trac et qui malgré qu il est sans le sous…vaut bien dix Jean-Claude!……
    Un déficit? Un trou dans la couche d ozone? Le passage du nord-ouest ouvert? Avec vos oeufs de poissons?…….MMmmmm!!!!!Dé-li-cieux!…Ma cherrrre!……Tiens! Vous avez une nouvelle tumeur dans le front? Ah! Le progres!!!Lollllll!!!!!!!!!!!!!!!!!!!…..

  4. D’entrée de jeu, je tiens à préciser que je suis, moi aussi, favorable à l’élimination des subventions aux écoles privées. Du moins dans un monde idéal.

    Dans notre monde, il faut réaliser deux choses: l’école publique est elle aussi élitiste (par le biais des écoles internationales) et le budget du ministère de l’éducation n’est pas infini.

    L’école internationale publique, c’est tous les avantages du privé mais gratuit. Pas étonnant que la demande soit aussi forte et que la sélection soit encore plus grande que celle des écoles privées: imaginez-vous une école publique qui n’accepte que 8% des candidatures (ou si vous préférez, une école publique qui rejette 92% des enfants). Ça existe: http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/michele-ouimet/200902/12/01-826490-abolissons-les-subventions-a-lecole-privee.php . C’est le privé qui recueuille les miettes du public.

    D’autre part, chaque enfant qui fréquente le secteur privé fait économiser de l’argent. Dès qu’un de ces enfants quitte le privé pour aller au public, cela fait augmenter le coût total pour le ministère. Alors soit on coupe des postes d’animateur socio-culturel, d’orthopédagogue ou de conseiller d’orientation, soit on augmente le budget du ministère. Mais si c’est cette dernière solution qui est retenue, pourquoi attendre que l’enfant ait quitté le privé?

  5. À voir sur Canal D, le 18 octobre prochain, Les enfants du palmarès :

    http://www.canald.com/emissions/docu-d/505319792-les-enfants-du-palmares/

  6. Il est faux de dire que les écoles privés font économiser de l’argent. Plutôt, elles coûtent plus cher car il faut calculer le profit des dirigeants des écoles. En cessant de les subventionné, on économiserait beaucoup d’argent (jusqu’a 86 millions selon un invité de Mongrain hier). Simplement les parents pairait l’école avec leurs impots, pas de leur poche. Tout le monde y gagne

  7. Est-ce la subvention à l’école privée que vous dénoncez ou l’école privée en général ( en utilisant la subvention comme prétexte )?

    C’est que ici comme dans la Presse, ce qui est dénoncé est la subvention. Mais toute l’argumentation porte sur le principe de l’école privée.
    Et ceci noie le poisson.

    Si le débat est sur le financement, les questions sont simples:
    – Est-ce qu’un parent a le droit de payer l’éducation de son enfant comme il l’entend ?
    – Si oui, l’état doit-il lui payer une part du montant qu’il aurait invertit pour l’éduquer ? La question pourrait se poser autrement: l’état prend-il de l’argent des citoyens pour payer l’éducation des enfant du pays ou pour financer son système d’éducation ?

    La réponse à ces questions déterminera si l’école privée a droit d’exister et si le parent l’utilisant a droit à une part du montant payé par tous pour éduquer les enfants.

    Toutes les questions de décrochages, d’injustice sociale, de caste sociales ne sont pas vraiment pertinentes.
    C’est trop facile de mettre ainsi tous les problèmes de l’école publique sur le dos du privé. De présenter les enfants ayant une meilleure capacité d’apprentissage comme étant des profiteurs, des «sans morale» et de revendiquer le droit au reste de la société d’en profiter.

    Le coeur du problème, à dénoncer ainsi le privée, vous le contournez.
    Pourquoi le privé est-il si populaire ? Parce qu’il offre la possibilité à un enfant d’apprendre dans un cadre respectant son potentiel. Ca, TOUT le monde le sait.
    Vous nous dites que ces enfants n’ont pas droit à une éducation à la mesure de leur potentiel…
    Mais jamais ne demandez-vous au public d’offrir un tel programme à ces enfants. Et la solution est pourtant la.
    Si l’école publique était capable d’offrir ceci aux meilleurs enfants, le privé serait en voie extinction.

    Mais cette idée de respecter le désir des meilleurs enfants d’avoir la meilleure éducation possible est ce qui semble être le problème.
    Et la question ici est: désire-t-on vraiment l’égalité des chances ou l’égalité des résultats ?

    Dans tout le débat, ici et dans la Presse, jamais personne n’a fait l’éloge du public. Celui-ci est considéré comme la «dernière chance».
    Au lieu d’hair ceux qui réussissent à éviter cette supposée «dernière chance», c’est ce système d’éducation qu’il faut reconsidérer. A caler les autres dedans, rien n’y changera.

  8. […] de dénoncer le financement public au réseau privé d’éducation (1, 2); je n’y ai rien vu qui assure à l’école publique une amélioration […]

  9. Pour moi, le privé semble être un endrit où la discipline et le contrôle existent encore, contrairement au public où c’est un free-for-all complet,,,
    C’est pour cette raison que j’envoie mes enfants au privé…

  10. Ridicule.

    Les écoles privées sont des organismes à but non lucratif. Le profit n’y existe pas.

    Par contre, les parents paient une partie des frais. Ce qui fait que les contribuables contribuent moins.

    Ton invité à Mongrain était-il neutre? Informé? J’en doute.

  11. @Darwin: Excellent point. J’ignorais cette règle du 30 septembre. Donc les écoles privées prennent l’argent et se débarrassent ensuite des cas-problèmes. Cela ne change rien au fait que l’école privée est sur-financée, mais ça rajoute un clou dans le cercueil…

    @FX-le savant masqué: Bien d’accord! C’est un véritable scandale. C’est une honte innommable. On finance le privé à même les fonds publics et on y exclue une grande partie de la population, qui végète ensuite dans un réseau public sous-financé. Ça doit changer!

    @normand lemay: Le problème, c’est qu’on crée le terreau de l’exclusion future. On crée les mentalités de demain qui seront celles d’une élite se croyant supérieure et de déshérités se croyant incapables. L’éducation est la base de tout, et on paie, nous, contribuables, pour cette exclusion.

    @Steph: Pas d’accord! Chaque enfant qui quitte le privé ne coûte pas plus cher. En cessant de graisser un réseau privé souffrant d’embonpoint, on aura plus de ressources pour subventionner adéquatement le réseau public. La différence, c’est qu’au lieu que ce soit financé par un 2000$ ou 3000$ applicable à tous (indépendamment du revenu) ce seront les impôts qui paieront, ce qui pénalisera moins les plus pauvres. Et l’éducation au public, qui ne sera plus un rassemblement des miettes du privé, ne pourra être que supérieure. Ça marche en Ontario, qu’attendons-nous?

    @Luc: Tout à fait en accord! Je n’ai pas vu Mongrain, mais je n’ai aucun problème à croire que le fait de cesser de subventionner le privé nous fera économiser de l’argent. C’est le gros bon sens!

    @Julien Beauregard: J’écouterai si je peux.

    @Francois: Ce n’est pas le fait d’être public qui fait que le public performe moins. C’est le fait qu’il est composé des résidus du privé et qu’il constitue donc un sous-réseau de gens démotivés tirant les autres à la baisse. Crée un seul réseau et le public va être beaucoup plus performant, ne se contenant plus d’être le porte-poussières du privé.

    @Garamond: Il y a des écoles publiques où il y a de la discipline et dans un contexte où elles ne seraient plus les écoles des restes du privé, ce serait encore plus facile à imposer. C’est facile de chiâler contre le public actuellement; personne ne dit que le public actuellement est meilleur; simplement que le public va moins bien parce que le privé le gangrène et lui vole ses meilleurs éléments, le laissant avec les restes. Simple question de logique.

    Merci pour vos commentaires.

  12. Désolé, Louis, mais je crois que tu fais fausse route.

    Tu dis: « Chaque enfant qui quitte le privé ne coûte pas plus cher. »

    Ce que je trouve: un élève de niveau secondaire qui fréquente le réseau privé coûte environ 4000$ aux contribuables (source: http://www.meq.gouv.qc.ca/dgfe/Regles/reg_priv/index.html). Le reste est payé par les parents.

    Un élève de niveau secondaire qui fréquente le réseau public coûtait (désolé, je n’ai pas trouvé les chiffres pour cette année) environ 9000$ aux contribuables il y a 3 ans (source: http://www.mels.gouv.qc.ca/stat/ind_gestion_scol_08/igestion_cs_0607.htm)

    Je comprends que les enfants qui fréquentent le privé coûteront moins que la moyenne des autres enfants de la commission scolaire. Mais ils coûteront plus cher aux contribuables, c’est sûr.

    Tu dis: « En cessant de graisser un réseau privé souffrant d’embonpoint, on aura plus de ressources pour subventionner adéquatement le réseau public. »

    C’est tout à fait cohérent avec ton énoncé précédent. Mais moi, ce que je crois, c’est qu’éliminer les subventions ne permettrait aucune économie mais occasionnerait au contraire un coût supplémentaire aux contribuables car bon nombre d’élèves ne fréquenteraient alors plus le réseau privé.

    Et pourtant, je serais favorable à une telle mesure. Pour moi, c’est le prix à payer pour une société plus équitable. Je ne me cache pas la tête dans le sable et je n’essaie pas de prétendre que le privé est tout noir et le public est tout blanc. Il y a des nuances de gris.

    Les subventions aux écoles privées existent encore aujourd’hui parce qu’elles font économiser de l’argent au gouvernement. Ça, c’est leur côté blanc. Tout le reste est noir. Mais ça donne un résultat gris.

    Et le public n’est pas blanc non plus. Une école publique financée à 100% par les contribuables et qui refuse 92% des enfants voulant la fréquenter, tu trouves ça correct? Mieux qu’une école financée à 40% et qui refuse 20% des candidats?

  13. « Ce n’est pas le fait d’être public qui fait que le public performe moins. C’est le fait qu’il est composé des résidus du privé… »

    Soit complet: des résidus du privé et des écoles publiques axées sur la performance.

    Exemples:

    École d’éducation internationale de Laval
    École internationale de Montréal
    École polyvalente Le Carrefour
    École polyvalente St-Jérôme
    École secondaire André-Laurendeau
    École secondaire d’Oka
    École secondaire de l’Île
    École secondaire de Mortagne
    École secondaire de Neufchatel
    École secondaire de Rivière-du-Loup
    École secondaire de Rochebelle
    École secondaire Joseph-François-Perrault
    École secondaire Pointe-Lévy
    École secondaire polyvalente de l’Ancienne-Lorette
    École secondaire Roger-Comtois

    Et j’en passe.

    Au Canada, il semble y avoir 77 écoles internationales francophones publiques. Et 23 écoles internationales sont des écoles privées.

    L’élitisme ne se limite pas au secteur privé.

  14. @ Louis, Steph et Luc

    «C’est le gros bon sens! »

    Pour moi, le gros bon sens, ça n’existe pas. Cette expression sert à justifier tout et son contraire. Ce qui a du bon sens pour un n’en a pas pour d’autres. Je n’ai par exemple jamais trouvé que la révolution du bon sens de Mike Harris en avait beaucoup…

    Il en est de même dans la question de savoir si le fait de cesser de subventionner l’école privée générerait des économies ou pas. Dans le fond, on ne le sait pas. On peut très bien prendre la comparaison avec ce qui se passe en Ontario, où les écoles privées ne sont pas subventionnées, pour tenter de prévoir le % d’élèves qui quitteraient l’école privée au Québec. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la Fédération autonome de l’enseignement pour en arriver à sa prévision d’une économie de 86 millions $, qui semble être la prévision mentionnée par Luc et entendue à l’émission de Mongrain (voir entre autres http://www.newswire.ca/en/releases/archive/October2009/07/c4658.html ). Cette économie repose sur l’hypothèse que 50 % des élèves y resteraient et la même proportion passerait à l’école publique. Comme on économiserait la subvention de 60 % pour la moitié des élèves qui resteraient à l’école privée, et paierait 40 % de plus pour ceux qui passeraient au public, il y aurait en effet une économie.

    Mais, qu’est-ce qui prouve que la situation au Québec serait comparable à celle en Ontario ? Il y a trop de variables et trop peu de précédents pour faire des prévisions crédibles. Avec la phobie de l’école publique, fortement ancrée en raison entre autres du palmarès de l’Actualité et de l’information biaisée provenant des médias, le taux de retour pourrait être beaucoup plus faible et les économies plus importantes. De l’autre côté, le revenu moyen des Québécois étant plus faible qu’en Ontario, le taux de retour pourrait être plus élevé, annulant les économies et devenant un coût si le taux de retour dépasse 60 %. Et d’autres facteurs difficiles à évaluer pourraient changer la donne.

    Pour les gens qui favorisent l’abolition (graduelle, disons 10 points de pourcentage par année pendant six ans) des subventions à l’école privée, comme moi, cette analyse est paradoxale. Si on veut se servir de l’argument des possibilités d’économie, c’est qu’on estime que les écoles privées ne perdront pas trop d’élèves. Par contre, un des principaux objectifs de l’abolition des subventions est justement l’inverse : qu’une forte proportion des élèves du privé aille à l’école publique pour que celle-ci puisse bénéficier de l’émulation des élèves plus forts et faire diminuer la proportion d’élèves en difficulté dans les classes.

    Il faut bien sûr faire des prévisions de retour, ne serait-ce que pour planifier la logistique des effets de l’augmentation du nombre d’élèves dans les écoles publiques et pour présenter des budgets qui se tiennent. Peut-être que d’autres économies pourraient provenir de la moindre nécessité de diminuer le ratio du nombre d’élèves par classe ou d’augmenter le ratio du nombre d’élèves par travailleur social, psychologue, psychoéducateur, orthopédagogue et éducateur spécialisé, puisque la proportion d’élèves en difficulté diminuerait.

    Mais, tout cela est fortement hypothétique. Il est presque impossible de prévoir ce genre de chose. On a reproché au gouvernement de ne pas avoir prévu correctement la popularité des centres de la peite enfance lors de l’adoption du programme à tarif réduit (garderies à 5, puis à 7), ou celle du programme de congés parentaux. Mais, sur quelles bases aurait-il pu prévoir précisément le comportement des citoyens ? Il en est de même pour la question de l’impact précis de l’abolition des subventions à l’école privée.

    De toute façon, je considère que l’objectif visé, l’amélioration de notre système scolaire, est beaucoup trop important pour s’attarder à quantifier les économies ou les coûts, qui demeureraient dans tous les cas bien mineurs par rapport au budget global des commissions scolaires.

    Se perdre dans les arguments de ce type, c’est accorder plus d’importance à l’accessoire et perdre de vue l’essentiel.

  15. Sujet intéressant s’il en fut un!

    Mais un sujet où il est facile de noyer le poisson avec des idées trafiquées. Alors il faut être vigilant; Toujours demander qui profite en bout de ligne.

    Qui profite? Au Québec le privé c’est privilège aux nantis! Où vont les enfants de nos élus, des dirigeants d’entreprise et des vedettes de la télé? Où vont les enfants de ceux qui croient au système économique et à la privatisation du bien commun? Poser la question c’est y répondre.

    Et bien sur il y aura toujours les parents plus pauvres qui sont d’accord avec cette brisure sociale et qui enverront leurs enfants au privé pour qu’ils se frottent avec le gratin de notre société. Ce faisant ils encouragent la ségrégation à nouveau. Haro sur eux s’ils le font consciemment.

    Et puis pensons-y bien. Jean Charest envoie ses enfants à l’école privée. École privée qui est à la source du scandale du poltron québécois Thierry Vandal, tête élitiste d’Hydro Québec qui voulait leur verser un extra à nos frais. Que fait Jean Charest? Il couvre et protège le vandale. Et que fait Vandal en retour? Il refuse de s’excuser publiquement. Pourquoi? Parce que l’élite n’a pas d’excuses à faire. Dans les faits, le privé refuse de s’abaisser au niveau du public. Rien de moins. Tout le reste est contrôlé d’aussi loin que possible.

    Alors voilà, dans les faits, la grande rupture. Et elle trouve sa source, si on veut, dans un système scolaire à deux vitesses qui n’est, finalement, qu’un privilège aux nantis. Et ne vous demandez pas pourquoi l’abolition des subventions au privé ne figurent nulle part. Ça fait 6000$ de plus par an et par enfant dans les poches de ceux qui se croient plus importants que les autres.

    Un gros 6000$ juteux que les plus pauvres devront payer par des postes de péage, par des augmentations de l’hydro et par toutes sortes d’autres moyens parce que l’élite québécoise ne veut pas perdre son privilège et ne veut pas (ô Dieu jamais de la vie) taxer l’entreprise privée comme il faut.

    Et vous pensiez que ce sujet était isolé du reste de cette foire aux privilégiés?

    Qui profite en bout de ligne? Plus ça change, plus c’est pareil.

  16. «Ainsi, quand une école privée expulse un élève en cours de session, elle conserve tout le «60 %» de sa subvention»

    Faux.

    Par ce lien, http://www.mels.gouv.qc.ca/dgfe/Regles/reg_priv/pdf/prive2009-2010.pdf , vous pourrez constater que la subvention suit l’élève et ne reste pas dans l’école (publique ou privée) que l’élève quitte.

  17. J’aurais pu être plus précis… Par le lien précédemment cité, voir l’annexe F (page 45).

  18. Tant mieux si cela a été modifié depuis ce que le directeur m’a dit. Cela se passait au milieu des années 90. Et ce n’est que justice.

    Merci de la précision !

  19. Merci, Darwin. Je suis très heureux de voir la source du 86 millions.

    Et je suis d’accord pour dire que tout n’est qu’hypothèses. Mais cela ne signifie pas qu’il est impossible de porter un jugement sur la vraisemblance de ces hypothèses.

    Par exemple, si on prend le cas de cette étude. Elle suppose que 50% des enfants demeurerait dans le secteur privé. Actuellement, au secondaire, 18% des jeunes fréquentent le privé. Si la moitié quittent le réseau privé, cela signifie que 9% des élèves resteraient au privé.

    En Ontario et en Alberta, c’est 5%. En Nouvelle-Écosse, c’est 2%. Et nous, qui avons une proportion de riches beaucoup plus proche de la Nouvelle-Écosse que de l’Alberta et l’Ontario, nous aurions 9%. C’est possible. On peut croire tout ce qu’on veut croire. Particulièrement si on a un message à faire passer.

    Mais j’aimerais bien mettre la main sur les détails de cette étude. Retrouver les 388 M$ et 306 M$.

  20. Je viens de trouver le rapport: http://www.lafae.qc.ca/utilisateur/documents/pageswww/recherche%20ecoles%20privees/Rapport%20de%20recherche.pdf

    Je vais y jeter un coup d’oeil.

  21. Louis, tu dis que dans le public, tout les élèves sont égaux, mais je dois te dire que tu as tort. Il existe dans le public des élèves qui ont des troubles d’apprentissages, et qu’on doit mettre dans des classes à part. Les élèves du réguliers ne cessent de les discréditer et de les rabaisser, comme tu n’arrêtes pas de dire que les élèves du privés rabaissent les élèves du publics.

    Et puis, si un patron qui a fait ses études au privé doit renvoyé un employé qui a fait ses études au public, ce ne sera pas avec le mépris que tu semble le penser. Un employeur va toujours tout faire pour garder ses employés parce qu’ils possèdent quelque chose que les autres n’ont pas: l’expérience de travail.

    Et puis je tiens à dire quelque chose d’autre: sans avoir fait mes études au privé, je méprise ceux qui sont sur le « bonheur social »(exceptions faites de ceux qui ont de bonnes raisons de ne pas travailler). Ceux qui n’ont pas le courage de se lever le matin pour aller travailler, attendant leur chèque à tout les débuts du mois pour avoir de l’argent pour manger de la pizza, boire de la bière et acheter leur drogue. Je méprise moins les itinérants parce qu’au moins, il ne profitent que de la générosité du monde sans déranger personnes. Et pour faire ces déclarations, comme je l’ai dit, je viens du réseau public et je ne fait pas 20$/heure, mais 11, donc, un « pauvre ». Mais moi, j’ai le courage de me lever le matin pour gagner ma croute et faire vivre ma famille. Je peux dire avec fierté que je ne dépends pas de l’état, bien que parfois, je tire le diable par la queue.

    Donc arrête de dire que tout les problèmes du monde viennent du privé; il serait temps d’admettre que les problèmes viennent de partout, même de la gauche que tu sembles vouloir défendre à tout prix.

  22. Après avoir étudié un peu ce rapport, j’y vois plusieurs erreurs et mensonges. Dommage.

    Je préciserai ces erreurs et mensonges si on me le demande. Mais en fait, ce rapport ne vaut pas grand-chose.

  23. La grande majorité des textes de La Presse traite des pratiques de certains collèges privés, à ce que je sache. Il n’y a que dans le texte de Mme Ouimet ou l’on aborde ce point.

    Vous avez une vision de l’éducation publique très négative et inexacte, comme je le souligne dans votre blogue. Elle offre aux enfants des parcours différents, qu’ils soient «forts» ou «faibles». Mais bien des parents vivent de préjugés…

  24. […] leur mission éducative.Point à la ligne. Mais là ou j'enrage un peu, c'est quand je lis les commentaires de cet internaute en réponse au billet de Louis P.:«Pourquoi le privé est-il si […]

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