Il faut hausser les impôts, pas les tarifs!

Une récente étude du Conference Board du Canada a démontré que le Canada se classait au 15e rang sur les 17 pays les plus industrialisés au niveau de la pauvreté des personnes en âge de travailler. Seuls le Japon et les États-Unis, véritables cancres, font pire. Quelle est la recette des quatorze autres pays? Une meilleure imposition des plus fortunés, entre autres, permettant une redistribution optimale de la richesse et une réduction des inégalités sociales.

hausser-impots-tarifs

Source de l’image

En effet, quand on y regarde de plus près, on peut dégager une constante des pays faisant mieux que le Canada: ils imposent plus lourdement ceux qui ont les moyens de contribuer davantage.

Personne seule sans enfant à 167% du revenu moyen
Impôt plus contribution de l’employé moins bénéfices en argent en fonction du revenu brut ((Taxing Wages 2008 – OECD © 2009 – ISBN 9789264049338, Table II.3c. Evolution of the tax burden, 2000-2008Single persons without children at 167% of average earningsIncome tax plus employee contributions less cash benefits as a % of gross wage earnings ))
Pays Pourcentage d’imposition
Danemark 49.6
Belgique 49.3
Allemagne 45.6
Pays-Bas 41.1
Autriche 38.1
Suède 37.2
Finlande 37.2
Italie 36.0
Norvège 36.0
France 33.3
États-Unis 30.5
Angleterre 30.3
Australie 28.7
Islande 28.4
Canada 27.0
Suisse 26.5
Japon 24.3

En fait, à l’exception de la Suisse, tous les pays industrialisés qui réussissent mieux que le Canada dans ce domaine demandent un plus grand effort à ceux des leurs qui sont plus fortunés. Le Danemark, dont le taux d’imposition pour ses mieux-nantis est le plus élevé des pays de l’OCDE, arrive premier non seulement en ce qui concerne la pauvreté de sa population en âge de travailler, mais également au niveau du coefficient de Gini, mesurant les inégalités sociales.

Or, à une époque où on nous parle de hausser les tarifs pour financer le déficit, ne s’agit-il pas précisément d’aller à contre-courant de ce qui fonctionne ailleurs? En haussant les tarifs, on s’attaque aux plus défavorisés tout en épargnant ceux qui ont plus que profité des baisses d’impôts accordées aux mieux-nantis depuis une décennie. On contribue donc à augmenter la pauvreté de la population en âge de travailler, nous éloignant encore davantage du terrible mensonge de l’abolition de la pauvreté des enfants (si on veut éliminer la pauvreté des enfants, il faut éliminer la pauvreté des parents; cela semblait trop difficile à comprendre pour les parlementaires en 1989), faisant porter sur les épaules de la classe moyenne et des plus pauvres le fardeau d’un déficit qu’explique en grande partie les baisses d’impôts consenties aux plus riches.

Bref, ce que démontrent ces statistiques, c’est qu’il faut agir autrement. Si on désire réduire la pauvreté tout en renflouant les coffres de l’État, il faut aller chercher l’argent là où elle se trouve, c’est-à-dire dans les poches des plus favorisés d’entre nous. Il s’agit non seulement d’une question de redistribution de la richesse, mais également une question de cohésion sociale et de développement harmonieux du pays.

Il est plus que temps de se débarrasser du tabou des hausses d’impôts et d’en parler honnêtement, sans complexe. Il en va du mieux-être non seulement de la classe moyenne et des plus pauvres, mais également du pays dans son ensemble.

Maintenant, quel gouvernement aura le courage de nous faire rattraper ce retard? Et quels médias traditionnels, dont la plupart sont propriétés de riches hommes d’affaires, relaieront le message de cette nécessité?

Publicités

18 Réponses

  1. Les riches trouveront toujours des moyens pour payer le moins d’impôt possible.
    Seuls les salariés à 100% sont vulnérables face aux hausses d’impôt.
    Tous ceux qui peuvent créer leur compagnie à numéro ou déduire toutes leurs dépenses sont privilégiés par rapport aux salariés.
    Si vous gagnez plus de 200,000$, allez voir un bon fiscaliste, il va vous arranger ça !

  2. Pourquoi ne pas aussi parler de couper dans les programmes?

    Quand on ajoute des programmes, on ajoute des fonctionnaires pour les faire marcher, on ajoute des coûts.
    Pourquoi ne se questionne-t-on pas sur les coûts à long terme (faire des projections, en regardant le pire qui pourrait arriver) avant de se lancer dans des programmes?

    Aucune espèce de projection n’est faite et on est pris avec des contractions dans l’essentiel (routes, réparations d’aqueducs et égoûts, etc… sans parler des édifices scolaires qui tombent en ruine), puis en catastrophe quand les viaducs nous tombent sur la tête le Québec doit emprunter pour payer l’épicerie.

    Hélas, comme dans notre vie privée il faut apprendre à se limiter, à vivre selon nos moyens. Cependant quand n’importe quel gouvernement ne fait que des promesses de saine gestion, ça devient « platte ».

    Garamond, dans sa sagesse a raison. Les riches ont les moyens de se payer des avocats fiscalistes pour payer le moins d’impôt possible. L’impôt est une voie mais une taxe sur la consommation, qui toucherait tous les consommateurs en est une autre à mon avis!

  3. Les riches font leur part.
    Voir cet article de Michel Girard : Impôts qui paie la facture au Québec
    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/opinions/chroniques/200901/09/01-692370-impots-qui-paie-la-facture-au-quebec.php

    […] nos 3% de nantis payent autant d’impôt que 80% des contribuables québécois!

  4. On s’attaque aux mêmes questions… : http://intempestif.ca/content/%C3%A9lectricit%C3%A9-gratuite-pour-tout-le-monde-ou-comment-augmenter-les-revenus-du-gouvernement

    Merci pour les stats, c’est révélateur!

    HJ

  5. L’electricité et l’eau gratuite sur une base par nbre de personnes habitants un lieu et la surconsommation facturée outrageusement. Une idee capitalo-communiste que je defends depuis le debut.

    Ca resout aussi les problemes environnementaux tant que ceux de la repartition des richesses de notre pays.

    Reste plus qu’à trouver une regle juste pour les maisons secondaires habitées temporairement qui ne sont pas toujours la propriété de riches personnes ; peut-etre en fusionnant les comptes.

  6. Les données sont tout à fait pertinentes pour démontrer votre point, que j’endosse boen sûr. Mais, il y en a beaucoup d’autres, plus spécifiques au Québec.

    À http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/famls_mengs_niv_vie/revenus_depense/revenus/rev_faib_rev.htm , on peut avoir accès à toute une panoplie d’indicateurs d’inégalité du revenus, dont le coefficient de Gini, pour le Québec et le Canada, pour les familles ou les personnes seules, avant impôt et transfert (revenu marchand), après transfert et avant impôt, ou après impôt et transfert, de 1973 à 2006, le tout présenté sur une feuille Excel.

    Cela permet entre autres de mesurer l’effet concret à travers les années des transferts et de la progressivité de l’impôt sur les inégalités de revenu. On verra par exemple que l’impôt joue encore un rôle important pour atténuer les inégalités, mais moins qu’au milieu des années 90, ce qui appuie votre propos (qui est aussi le mien !).

  7. Les riches trouvent toujours des moyens pour éviter de payer leur part d’impôt:
    Compagnie à numéros, déduction des dépenses, paradis fiscaux, etc…
    Seul le salarié à 100% est vulnérable devant les hausses d’impôt, pauvre lui !

  8. Les pures et dures vous traîteront de Socialiste, c’est ça le problème…

    Les riches les plus intélligents feront comme Georges Gilet, ils trouveront un ou des moyen(s) pour ne pas payer d’impôt au Canada…

  9. «Les riches trouvent toujours des moyens pour éviter de payer leur part d’impôt»

    Il est certain qu’ils tentent d’en payer le moins possible et qu’ils ont les moyens d’embaucher des fiscalistes pour les aider. Cela dit, il demeure indéniable que l’impôt sur le revenu, malgré ses échappatoires est le moyen de redistribition des revenus le plus équitable et le plus efficace, après les transferts (assurance-emploi, aide sociale, pensions, etc.). L’article cité par Hispong Elbayne le montre d’ailleurs éloquemment, même si ce n’est pas nécessairement son intention.

    Depuis une vingtaine d’années, l’effet des transferts retire plus de 10 points au coefficient de Gini du Québec et l’effet des impôts le fait baisser d’un autre 4 points. L’effet combiné de ces deux facteurs a culminé en 1998, en retirant 16,6 points au coefficient de Gini pour les revenus marchands (11,8 pour les transferts et 4,8 pour l’impôt), avant de diminuer à 13,7 en 2006 (9,7 pour les transferts et 4,0 pour l’impôt).

    Si la baisse de l’effet des transferts sur le coefficient de Gini peut s’expliquer par l’amélioration du marché du travail (forte baisse du nombre de prestataires d’assurance-emploi et des bénéficiaires de l’aide sociale), celle des impôts ne peut s’expliquer que par les baisses des impôts des deux paliers de gouvernement.

    Bref, il n’est pas malsain de critiquer les échappatoires fiscaux, mais il ne faut pas en conclure que les hausses d’impôts n’ont aucun rôle dans la redistribution des richesses et dans la lutte contre la pauvreté.

  10. @Garamond: Je suis désolé de péter ta balloune, mais le revenu moyen au Canada pour une personne seule était de 35 700$ en 2007 (Statistiques Canada). Puisque le taux d’imposition ci-haut concerne la tranche qui est à 167% du revenu moyen, on obtient 59 619$ (35700*1.67). En clair, il n’est pas question de gens gagnant 200 000$, mais bien simplement d’individus gagnant 60 000$ toutes sources de revenus comprises.

    Et puis, même si des gens peuvent réussir à échapper à l’impôt, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de les imposer. Arrête-t-on de de donner des contraventions parce que certains s’en foutent? Ou de surveiller les politiciens parce que Gérald Tremblay et son administration ont l’apparence d’être corrompus? Faire cela, c’est laisser tomber, c’est déclarer sa défaite, et je m’oppose à tous les jours à ce défaitisme.

    @Jean-Guy: Pourquoi ne pas parler de coupures? Parce qu’on n’a pas à faire ces coupures. Le déficit actuel a été causé par les baisses d’impôts et de taxes des dernières années. Je t’invite à lire le texte de Josée Legault à ce sujet. Ou mes précédents textes.

    @Hispong Elbayne: Ce n’est pas assez. Ils ne font pas leur part, ce que démontre les statistiques ci-haut. Une personne favorisée au Canada paie près de deux fois moins d’impôts que la même personne dans plusieurs pays d’Europe. Nous devrions les imposer plus adéquatement.

    @reblochon: Je crois qu’au lieu de chercher des solutions originales, voire un peu simpliste, il faudrait simplement regarder ce qui faisait que ça fonctionnait il y a dix ans et que ça ne fonctionne pas aujourd’hui. Que s’est-il passé depuis dix ans? 10 milliards de baisses d’impôts, ça donne déjà une indication…

    @Darwin: Merci beaucoup pour ces informations. Je trouve tes interventions très positives et constructives à lire. J’aimerais laisser un commentaire plus long, mais généralement j’écris plus long quand je ne suis pas d’accord alors que je suis 100% en accord avec ce que tu écris.

    @incognito: Les purs et durs, je m’en fous. Et il n’est pas question de millionnaires ici, mais de gens gagnant 60 000$ et plus…

    Merci pour vos commentaires!

  11. Merci pour tes bons mots !

    J’aimerais présenter un autre aspect de la question.

    Le lien que tu fais entre l’impôt et les tarifs est encore plus pertinent que ne le montre le coefficient de Gini. En effet, le coefficient de Gini n’étant basé que sur les revenus, il ne peut pas saisir l’impact des programmes gouvernementaux sur les dépenses des citoyens, autre aspect des inégalités sociales.

    En fait, cet impact se fait à l’inverse de ce que décrivait ton billet sur les tarifs (Les fables de Clément Gignac), puisqu’il est en quelque sorte son miroir. Les dépenses gouvernementales dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services de garde permettent aux ménages d’économiser sensiblement le même montant peu importe leur niveau de revenus. Mais cette économie représente un pourcentage beaucoup plus élevé pour des ménages à faibles revenus que pour ceux à revenus élevés. Par exemple, si un ménage économise 10 000 $ grâce à la quasi-gratuité de l’éducation primaire et secondaire, cela représente 25 % des revenus d’un ménage qui gagne 40 000 $ par an, mais seulement 10 % des revenus d’un ménage qui gagne 100 000 $ par an. Cet exemple s’applique aussi aux dépenses en santé, en médicaments ou en service d’éducation à la petite enfance (garderies) et à bien d’autres domaines.

    En fait, bien des ménages à faibles revenus ne pourraient tout simplement pas envoyer leurs enfants à l’école, acheter des médicaments ou aller à l’hôpital si ces services n’étaient pas offerts par l’État. En tarifant ces services, on accentuerait donc les écarts de niveaux de vie, même si cet écart ne peut être mesuré par le coefficient de Gini. Bref, comme tout indicateur, le coefficient de Gini est précieux, mais ne peut à lui seul présenter tous les aspects de l’inégalité.

  12. le Danemark a une taxe de vente de 25% mais ce n’est surement pas la raison que leur état va bien…..

    le prix du kwh en France est de plus de 11 centimes, beaucoup plus cher qu’ici, et pourtant ils s’en sortent bien non?

    Alors faut arrêter de penser que augmenter les impôts des riches est la seule façon de faire ouvre un peu ton esprit… ça devrait être a tout le monde de faire son effort, pas seulement aux riches.

  13. Précision extrêmement pertinente.

    Merci, Darwin.

  14. Il faut donner le libre choix dans tout:

    Ecoles, santé, Régimes de retraite (je veux sortir de la rrq -ce titanique qui coule !!!), assurance médicaments (j’en prends rarement, donc j’en veux pas et me veux pas payer 500$ par an !),etc

    Aidons SEULEMENT ceux qui ont en ont besoin et couper une fois pour toute notre dépendance à l’état providence !

    Pourquoi l’état doit s’occoper de ma santé si je ne veux PAS de son aide ?

    Même chose pour l’éducation de mes enfants !

    Yo, les amis dépendants de l’état, l’état ne s’occupe pas de plusieurs de mes besoins de base (à part la santé et mon éducation),comme par exemple, mon alimentation et mon mon toit sur la tete !

    UNE CHANCE!!! <<

    Sinon, bonjour les pénuries et les famines !

    Justement parce que l'état se montre presque toujours inefficace pour rendre des services, que je fais plus confiance à mes concitoyens pour s'occuper de leurs vies.

    Occupons-nous de ceux qui ont en ont vraiment besoin et laissons le reste de la société tranquille.

    L'état a besoin d'une ENORME cure minceur et nos libertés (et nos responsabilisations!) seront augmentées d'autant !

    Merci de m'avoir lu

  15. Il faut donner le libre choix dans tout:

    Ecoles, santé, Régimes de retraite (je veux sortir de la rrq -ce titanique qui coule !!!), assurance médicaments (j’en prends rarement, donc j’en veux pas et me veux pas payer 500$ par an !),etc

    Aidons SEULEMENT ceux qui ont en ont besoin et coupons une fois pour toute notre dépendance  » universel » à l’état providence !

    Pourquoi l’état doit s’occoper de ma santé si je ne veux PAS de son aide ?

    Même chose pour l’éducation de mes enfants !

    Yo, les amis dépendants de l’état, l’état ne s’occupe pas de plusieurs de mes besoins de base (à part la santé et mon éducation),comme par exemple, mon alimentation et mon mon toit sur la tete !

    UNE CHANCE !!! <<

    Sinon, bonjour les pénuries et les famines !

    Justement parce que l'état se montre presque toujours inefficace pour rendre des services, je fais plus confiance à mes concitoyens pour s'occuper de leurs vies.

    Occupons-nous de ceux qui ont en ont vraiment besoin et laissons le reste de la société tranquille.

    L'état a besoin d'une ENORME cure minceur et nos libertés (et nos responsabilisations!) seront augmentées d'autant !

    Merci de m'avoir lu

  16. […] je l’écrivais dans un précédent billet, les pays qui ont les impôts les plus élevés sont également ceux dont la pauvreté de la […]

  17. […] que l’État se délaisse de son rôle de redistribution de la richesse. Comme je l’écrivais ici, le Canada a également un des taux d’imposition des particuliers aisés parmi les plus faibles […]

  18. […] de frais de scolarité, à la réduction des prestations de l’assurance-emploi, aux incroyables baisses d’impôts consenties aux mieux-nantis depuis une décennie et qui font que le Canada est un des pays […]

Comments are closed.