Louise Harel: la force de ses faiblesses

« Mise sur tes forces et oublie tes faiblesses! » Voici grosso modo ce que me répétait ad nauseam mon professeur d’échecs. Il ne sert à rien de se concentrer à améliorer ses faiblesses; mieux vaut travailler sur ses avantages et les rendre tellement colossaux que l’adversaire n’aura de choix que de s’incliner. Voilà la leçon de base m’ayant servi le plus aux échecs et qui m’inspire, encore aujourd’hui, dans la vie. Une leçon qu’aurait grand avantage à suivre Louise Harel, au lieu de s’enliser dans ses principes de grandes amitiés anglophones et de « certification iso-diversité ».

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En effet, au lieu de servir de son unilinguisme francophone pour promouvoir la francité de la métropole québécoise, Harel a choisi de s’investir dans une campagne contre-productive intitulée Friends of Louise Harel (Les amis de Louise Harel). Ce site Internet, publié en anglais, vise principalement les anglophones et les allophones. Oui, les allophones. Dans le Montréal de Louise Harel, les allophones parlent anglais – y a-t-il un plus puissant aveu d’échec pour l’ancienne ministre péquiste?

Or, pourquoi Louise Harel ne prendrait-elle pas acte non pas de l’anglicisation de Montréal en tant que composante politique à exploiter, mais plutôt d’un phénomène à enrayer? Qu’on se comprenne bien: Louise Harel ne parle pas anglais et croit à une ville francophone et a tenté d’agir, tout au long de sa carrière politique, pour la préservation du fait français. Qu’a-t-elle à gagner à travestir ses idéaux d’une ville où le français constitue la langue rassembleuse et universelle pour espérer grappiller quelques votes allophones ou anglophones?

Plutôt que de se servir de son unilinguisme francophone comme d’une force, d’un tremplin permettant de remettre dans l’actualité l’incapacité croissante des Québécois à pouvoir travailler ou vivre dans leur propre langue à Montréal, elle préfère faire de la vieille politique, camouflant tout ce qui pourrait le moindrement susciter les passions. Elle lance le message, aux Québécois qui espèrent un coup de main pour refranciser notre ville, qu’elle ne sera pas celle qui osera imposer le français et le considérer comme ce qu’il doit être: la langue qui unit tous les Montréalais.

En outre, elle se discrédite elle-même, faisant un gros plan sur son unilinguisme et le faisant apparaître comme une tare plutôt que la richesse qu’il devrait être, c’est-à-dire cette fierté de pouvoir atteindre les plus échelons politiques dans sa propre langue et cette fierté de maîtriser la langue française comme elle la maîtrise. Elle donne raison à ses adversaires en se concentrant sur ses faiblesses plutôt que de les transformer en force.

De la même manière, Harel veut créer un « bureau de la diversité » et une « certification iso-diversité » afin d’aider les « communautés culturelles » à se trouver un emploi. Pourquoi, aurait-on envie de se demander? Déjà, en 2005, on apprenait que « sur les 392 étudiants embauchés durant l’été 2005, 309 étaient des femmes, 51 provenaient des minorités visibles, 30 des minorités ethniques et deux étaient des autochtones. Aucun étudiant mâle francophone n’a obtenu d’emploi au sein de la ville cet été ». (( Raymond Gervais, L’hôtel de ville est fier de son plan d’embauche des minorités, La Presse, 19 septembre 2005)) Et on veut en plus créer une « certification iso-diversité »? Quelle sera la prochaine étape? Ne serons-nous heureux que lorsque les visiteurs des soupes populaires seront tous blancs et francophones?

En opposition à des « communautés culturelles » où Harel a autant de chance de percer que le Bloc Québécois en Alberta, ne vaudrait-il pas mieux plutôt valoriser la « communauté québécoise »? Je suis Québécois, et je fais partie d’une communauté partageant une certaine culture. Pourquoi ainsi contribuer à isoler davantage les immigrants en leur donnant l’impression qu’ils sont différents, qu’ils ne font pas partie de notre communauté québécoise? Louise Harel, en cherchant à colmater une autre brèche dans sa campagne, manque de rappeler ce qui devrait véritablement nous unir: la citoyenneté québécoise. Le fait d’avoir la peau brune, jaune ou bleu avec des taches orangées ne devrait pas déranger qui que ce soit. On ne peut pas prétendre s’opposer à de soi-disant injustices en en créant de nouvelles.

La candidate à la mairie, de par son historique péquiste et favorable à la langue française, devrait plutôt encourager l’intégration des immigrants en leur parlant en tant que Québécois, peu importe leur pays d’origine. Les immigrants ne demandent que cela. Leur rend-t-on service en les engageant à cause de leur couleur de peau? Au lieu de chercher à acheter le vote des « communautés culturelles », Harel devrait plutôt s’intéresser à la plus grande des « communautés culturelles », celle des Québécois qui sont ouverts à la différence et qui désirent qu’on engage des individus non pas en fonction de leur race ou de leur sexe, mais plutôt de leurs strictes compétences. En faisant ces propositions à la Jeune Chambre de commerce haïtienne, Harel tourne le dos au reste des citoyens et manque encore une fois l’occasion de mettre de l’avant ses forces.

Aux échecs, quand on choisit de s’attarder à ce qui nous amoindrit plutôt qu’à ce qui fait notre puissance, on s’enferme dans une logique négative de repli sur soi qui conduit inévitablement à un manque d’espace et à une lente asphyxie, menant irrémédiablement à la défaite si l’adversaire joue correctement. En utilisant ce type de stratégie sans-issue, Vision Montréal mène une campagne négative, espérant seulement une erreur des adversaires pour pouvoir s’imposer. Le parti veut se faire élire sans provoquer de débat, sans la moindre controverse, sans risque de choquer qui que ce soit.

Dans un monde politique aseptisé où la langue de bois semble constituer la seule parole acceptable, ne faudrait-il pas plutôt des politiciens municipaux fiers de ce qu’ils sont et osant véritablement affirmer leurs idéaux sans avoir à leur passer une muselière et à se défendre de n’être pas ceci ou cela? Je rêve du jour où un candidat se lèvera et affirmera clairement: « Je crois en ce que je suis, et si vous n’êtes pas d’accord, et bien tant pis pour vous! »

Peut-être que si nos politiciens avaient moins peur de provoquer des débats et des controverses; peut-être s’ils osaient encore haranguer les foules et leur donner matière à véritable fierté, peut-être que la majorité des citoyens ne resterait pas chez eux le jour du vote.

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8 Réponses

  1. Je rêve du jour où un candidat se lèvera et affirmera clairement: « Je crois en ce que je suis, et si vous n’êtes pas d’accord, et bien tant pis pour vous! »

    Ton reve est realisé, il s’appelle Bergeron. Ca restera un candidat et rien d’autre

    Oui, moi aussi je trouve cela dommage. Apres il y a tes reves et il y a la realité dans laquelle tu vis. Un combat à la fois. Je doute que ton prof d’echec t’ait appris à essayer de capturer en meme temps la tour, le cavalier, tout en te decouvrant pour te faire mettre echec et mat trois tours apres.

  2. Je pense qu’il faut seulement considérer Louise Harel, candidate parce ce qu’il n’y avait simplement personne d’autre, comme une mairesse temporaire en attente d’un vrai visionnaire pour Montréal.
    Mais quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, le Québec est un état aussi pauvre que l’Alabama aux USA et Montréal restera une ville de moyenne importance…

  3. Et la version française du site est en… anglais! Incroyable.

  4. Merci d’avoir si bien dit ce que tant d’autres pense tout bas.
    La langue de bois est malheureusement un fléau trop répandu…
    ***Soupir***

  5. Bonsoir monsieur Préfontaine,

    Vous apportez de très bons points dans ce billet. Je partage votre point de vue sur la francisation et sur la citoyenneté québécoise. Il faut miser sur une citoyenneté républicaine basée sur le français comme langue commune peu importe l’origine ethnique.

    Je retiens votre conseil d’utiliser au maximum nos forces….

  6. J’ai aussi publié un billet sur le site des friends de Louise Harel.

    http://bit.ly/LvveJ

    En plus de ne pas maximiser sur ses forces, son équipe à plagié mon propre blogue.

    Vraiment pathétique !!!

  7. Évidemment la proportion des citoyens de Montréal qui s’identifie à la culture anglo-montréalaise est importante. Le ras-le-bol généralisé vis-à-vis du maire actuel est tel qu’une partie non négligeable de cette communauté pourrait être tentée d’aller vers Harel en se pinçant le nez pour atténuer les odeurs « péquisses » qui s’en dégagent.

    L’occasion est trop belle; elle ne peut la négliger, il faut qu’elle en profite. Néanmoins je trouve, moi aussi, déplorable que la connaissance de l’anglais, tant au niveau national que municipal, soit devenue, comme dit si bien Louis, « une tare » inadmissible et honteuse. Sans toutefois considérer l’unilinguisme comme une richesse, mesdames Harel et Marois ne devraient pas s’excuser de ne pas parler l’anglais. En fait elles devraient même ne pas tenter de s’exprimer dans cette langue tant et aussi longtemps que leur degré d’aisance en anglais ne rende justice à l’intelligence et la précision des idées qu’elles expriment. Il y a des tas de jeunes interprètes qui ne demandent pas mieux que de mettre à profit leur compétences linguistiques.

    Cette attitude risque d’accroître encore davantage la couardise naturelle qu’affiche le Québécois moyen devant la langue du conquérant.

    Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord pour souliger l’importance et l’urgence de s’adresser aux communautés haïtiennes et maghrébines qui se sont faites berner par les autorités de l’immigration et qui ont cru qu’elles pouvaient travailler en français à Montréal.

    Il y a des limites à courtiser un électorat et, bien que l’ouverture soit nécessaire, ne serait-ce que par respect pour ces électeurs anglos, la dose qu’y met madame Harel est discutable.

    Mesdames Harel et Marois, si vous prétendez vouloir nous représenter, redressez-vous un peu s’il-vous-plaît.

  8. Tremblay est tellement dans la m… que madame Harel devrait l’emporter par défaut…

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