Pierre Falardeau n’est pas mort

« Nous vaincrons ». Deux mots, griffonnés d’une écriture tremblante à la va-vite sur le scénario de son film « 15 février 1839 ». 1997. Téléfilm Canada refusait de financer son projet. Une journée d’octobre, froide, au ciel laiteux, et nous étions peut-être 300 ou 400 personnes à marcher avec Pierre Falardeau.

Qu’est-ce qu’il m’avait dit exactement? Le souvenir s’est édulcoré, comme une règle de grammaire qu’on oublie mais qu’on applique sans s’en rendre compte. Était-ce: « N’arrête jamais! » Ou peut-être: « Ces hosties là me font chier ». Je ne m’en souviens plus. Mais je me rappelle du principal: Pierre Falardeau, dans toute son intégrité, passionné comme jamais, m’a donné l’impression d’un homme authentique qui ne plierait jamais l’échine devant qui que ce soit.

pierre-falardeau-mort

Source de l’image

Or, n’était-ce pas précisément ce qu’on lui reprochait? On aimait le dépeindre comme une relique du passé, comme un homme d’un autre temps, enfermé dans une logique sectaire ou réfractaire au « nous inclusif ». Ce à quoi Falardeau répondait toujours quelque chose du genre: « Nous qui? Nous quoi? Nous, tabarnak! Ceux qui veulent! Les autres, c’est des esti d’sales et j’vas leur casser la gueule! » Ses mots choquaient, ses attaques aussi, mais il nous forçait à réfléchir, à nous questionner sérieusement. Mais peut-on réellement lui donner tort? La langue de bois du « nous inclusif » et autres réductions de la réalité, il la prenait, la trempait dans l’essence et la lançait au visage de ceux qu’il considérait trop coincés pour pouvoir s’exprimer librement. Pour Falardeau, ce n’était pas au présent de s’adapter aux diktats de l’air du temps, mais plutôt aux passionnés comme lui de forger le futur. Il croyait au pouvoir de l’action.

En fait, Falardeau, loin d’être passéiste comme certains le décrivait, adaptait son discours en fonction des événements. En 1996 ou 1997, il manifestait avec le défunt Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), faisant la tournée des hôtels de ville de l’ouest de Montréal ou de la rive-sud pour s’en prendre aux défusionnistes, dont les plus jeunes devaient avoir soixante ans bien sonnées et leur crier toute sa haine du Canada. Mais une décennie plus tard, alors que le Canada devenait de plus en plus un concept abstrait et où on commençait à nous imposer le bilinguisme comme si c’était la panacée, il ajustait le tir: « il ne s’agit pas de savoir s’il vaut mieux parler une, deux, trois ou cinq langues, il s’agit de refuser de se faire imposer le bilinguisme pour gagner sa vie ». Falardeau, c’était aussi cela: un homme de son temps, capable de réfléchir et de sentir quels étaient les véritables enjeux du moment.

Bien sûr, il choquait. Il carburait à la polémique. Il n’hésitait pas à dénigrer ses adversaires idéologiques. Mais ses insultes n’étaient jamais gratuites, contrairement à ce que certains aimaient lui reprocher. Il pouvait résumer un trait de personnalité le dérangeant chez quelqu’un en quelques mots. Ainsi, il parlait de Monseigneur Steven Guilbault, du Père Hubert Reeves, des Cowboys mélangés, de l’autre mongol à barbiche, Suzuki, Kawasaki, Yamamoto ou quelque chose du genre venu à Montréal nous faire la morale in English only, de Patrick Lagacé, le blagueur de La Presse, de l’unifolié, un pavillon de complaisance, de Françoise David et son catalogue de bons sentiments… Il ne faisait pas semblant, pour la galerie, d’être ouvert d’esprit; il l’était réellement, c’est-à-dire qu’il n’hésitait jamais à confronter directement les idées d’autrui, à les engueuler pour une virgule, bref à faire tout ce que nous, petits Québécois habitués au « tu as ton opinion et j’ai la mienne, maintenant tenons-nous par la main et faisons une ronde » n’osions plus faire: débattre sérieusement, et permettre que de la violence d’une saine discussion puisse jaillir la vérité.

En ce sens, Falardeau était le descendant direct de Pierre Bourgault, à la différence que ce dernier cherchait réellement à convaincre ceux qui ne pensaient pas comme lui tandis que Falardeau, lui, parlait surtout aux convaincus, leur lançant le message qu’il était possible d’être soi-même, d’habiter son corps et ses idées, que nous n’avions pas à nous cacher pour avoir des convictions ou même pour être vulgaire.

En fait, le grand combat de Falardeau, ce n’était pas tant celui de la liberté, bien qu’il a utilisé ce mot à toutes les sauces tout au long de son oeuvre, mais plutôt celui de l’identité. Celui du droit d’être soi-même, d’être un Québécois parlant en joual, sacrant, un bon vivant, se battant puis se réconciliant, un francophone, un descendant des Patriotes, un fier habitant de cette Terre et réclamant le droit d’avoir son mot à dire pour le futur de ceux qui n’aspirent qu’à avoir un petit chez-eux où vivre selon leurs convictions.

À sa façon, Falardeau nous rappelait constamment l’importance de ce vieux proverbe: « Il n’y a que deux choses que nous puissions transmettre à nos enfants : des racines et des ailes ». Dans un monde où on survalorise la réussite individuelle et où on oublie l’importance des racines, Falardeau a fait du combat identitaire pour la survie du peuple francophone d’Amérique du Nord un combat vital, actuel, nécessaire. Il nous a rappelé qu’au-delà de nos petites vies individuelles, nous participons à un combat plus grand que nous-mêmes et que nous ne sommes qu’une maille dans une grande chaîne d’idées et de valeurs. Il nous a rappelé notre devoir de mémoire et de respect des valeurs et de l’identité de ceux qui nous ont précédé.

Pierre Falardeau n’est pas mort. Il vit encore, parmi nous, dans nos têtes, dans la survivance de ces valeurs et de cette identité collective qui fait de nous un peuple unique. Est-ce que « nous vaincrons »? Difficile à dire. Une chose est certaine, pourtant: s’il y avait davantage de Falardeau au Québec, nous serions assurés qu’il y aurait encore un « nous » ayant la possibilité de vaincre dans le futur.

REP – Repose en paix Pierre Falardeau. On va les avoir, les tabarnaks.

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30 Réponses

  1. Pierre Falardeau mérite selon mon humble opinion le titre de – PATRIOTE et mériterait les plus grands honneurs au moment qu’il nous quitte.

  2. […] the only wall postSee AllLouis wrote at 10:04amPierre Falardeau vit toujours parmi nous: https://ledernierquebecois.wordpress.com/2009/09/26/pierre-falardeau-mortPhotosNo one has uploaded any photos.LinksNo one has posted any links.VideoNo one has uploaded any […]

  3. Ha! Dans l’article de La Presse ils ont ommis son documentaire Le Temps des Boufons !

    Pas surpris du tout !

    C’est une bombe ! (comme Falardeau d’ailleurs !)

  4. Tu vois, c’est exactement ce pourquoi je disais dans mon billet que tu es meilleur que Patrick Lagacé et Richard Martineau. Tu as la réponse dans un extrait de Tout le monde en parle où Falardeau.

    T’es pas phoney. On ne te paie pas pour fouiller la merde, juste pour brasser de la m… C’est pas un job poru toi ton blogue, c’est ton opinion et la défense de tes valeurs, pas un show, un choix de vie.

  5. […] This post was Twitted by mindsix […]

  6. Oups ! J’ai coupé un bout de phrase. Il manque où Falardeau explique ce qu’ils pensent de ces deux-là.

    Excusez-moi !

  7. Un grand patriote nous quitte. L’éducation du peuple par l’Histoire, c’était son créno et il n’en dérogeait pas. «15 février 1839», «Octobre ’70», «Le Temps des Boufons», «Speak White», tous ses films servaient à ce que la nation québécoise puisse prendre conscience de son Histoire et qu’elle soit fière de son passé, la chose la plus importante quand on veut faire un pays.

    Inutile que j’en rajoute davantage! Louis a déjà dit tout ce que je pense de ce grand cinéaste et grand Québécois qu’était Pierre Falardeau, même si je n’était pas vraiment d’accord avec lui sur les autres dossiers.

    «Téléfilm Canada refusait de financer son projet.»

    «Merci» à François Macerola, l’époux de Suzanne Lévesque et libéral notoire dont le nom a sorti dans le scandale de Radio-Canada!

    http://lequebecdedemain.blogspot.com/2009/08/le-gouvernement-desmardais-1er-partie.html

  8. @André Lefebvre: Bien d’accord avec toi! Il devrait avoir des funérailles nationales. Cet homme a profondément marqué le Québec!

    @Gébé Tremblay: On ne peut pas dire que La Presse doit l’aimer beaucoup. Il ne manquait jamais une occasion de taper sur Gesca et Power Corporation!

    @Daniel Labonté: Merci, c’est gentil! Je crois que Falardeau est parmi les derniers d’une longue lignée de pamphlétaire et de militants authentiques et n’ayant pas peur de choquer les gens avec ses opinions. Vraiment, ne reste que Chatrand il me semble. Après, le vide.

    @Jean-Luc Proulx: Falardeau n’a jamais eu peur de s’afficher comme indépendantiste, mais aussi comme protecteur du français. C’est une belle leçon pour tous!

  9. Je seconde.

  10. J espere que la ou il, est il est dans un Etat souverain! Pas dans un ostie d Etat de colonisés! Meme s il n y aurait rien apres la mort ce rien la est quand meme souverain! Finis les tarlas qu ils veulent partir avec ce qui t appartiens comme t a langue! Assez torlons Hi!Hi! Pour rebaptiser ton arbre de Noel Arbre des fetes! Pis les boules? Elles? Elles sont tu correct!?……C est plus inclusif…Ouin! Inclusif on l est pas a peu pres! Nos indiens du temps de la Nouvelle-France sont encore la! Cherchez-en donc! Des amérindiens En Nouvelle-Angleterre ou a Terre-neuve!…..Des fois…je dis bien des fois je trouvais que….Hmmmm!..Mais Falardeau c était Falardeau!…..Mais la phrase la plus terrible dont j ai eut connaissance elle est de Trudeau; J ai prit ca dans une biographie du bonhomme: Il parle au Premier Ministre du Manitoba au téléphone…Le premier du Man lui dit: Si tu rapatries unilatéralement la Constitution tu risques de briser le Canada! Trudeau: Si ce pays la ne rapatries pas sa Constitution ce pays la ne mérite pas de vivre! Je l ai cité de mémoire j ai pas le livre ici…..Falardeau lui parlait dans BATIR un pays! Pas d en étouffer un!…

  11. Pourquoi pas la rue Claude Ryan.

    On ferait d’une pierre deux coups, ça serait moins dure pour les fédéralistes et du même coup on se souviendrait du vibrant et très respectueux hommage de Falardeau lors du décès de l’ancien chef du PLQ.

    http://bit.ly/2zJ9Bv

  12. Que faites-vous donc ici petit vendu de fédéraste ? Vous chercher encore la controverse ?

  13. Il y a assez de place à Ottawa pour une rue Claude Ryan. Ne melangeons pas les torchons et les serviettes.

  14. Le NOUS INCLUSIF, ce n’est pas forcement de la langue de bois. J’y crois, tout le monde est bienvenue, « ceux qui veulent » comme disait pierre. Les AUTRES, on ne les forcera pas, qu’ils mangent de la marde ces ultra-nationalistes canadiens refusant de batir un pays avec nous, de toute facon ils ne reconnaissent pas la nation quebecoise, comment pourraient-ils pretendre lui appartenir !

    Dis donc Louis, il ne t’a jamais parlé de toi et ton catalogue de bons sentiments ? 🙂 (sans rancune hein)

  15. Il avait au moins la qualité d’être vrai et ce, peut importe ce qu’on pense du reste, c’est en soit admirable…

    Requiescat in pace

  16. A son image : rue étroite a sens unique et quelque peu sinueuse.

  17. Je vais surement m’ennuyer de l’artiste, celui qui nous a donner les Elvis Gratton et les 15 février 1839, sans oublier Octobre. Mais une chose est certaine, jamais je ne vais regretter le militant indépendantiste qui insultait tout ceux qui n’était pas blanc francophone. Il ne mériterait aucune éloge avec ce qu’il a écrit à la mort de Claude Ryan.

    Salut l’artiste,
    Va au diable, militantiste

    Tant qu’à moi, aucune rue ne devrait porter le nom de Ryan ou Falardeau.

  18. Merci ! Ça fait du bien.

  19. Encore un qui qui juge sans connaitre le personnage. Il n’a JAMAIS insulté les gens pour leur couleur ou leur langue, juste parce qu’ils n’etaient pas du bord du peuple quebecois et de sa lutte pour son independance. Ils aimaient tous ceux qui aimaient son pays. De toutes origines, de toutes langues !

    Content de voir un type qui base son jugement sur ce que les medias federalistes et les ennemis de falardeau ont depeint, ca me conforte dans l’idee que je me fais de la populace ignorante et qui se base sur des clichés, des raccourcis, des oui-dires, etc. Un petit quebecois, un !

    Tu aurais croisé Falardeau, aussi blanc et francophone que tu puisses etre, il t’aurait insulté … et avec raison.

  20. ET Ryan c’etait une belle ordure… relis ton histoire.

  21. « je ne vais regretter le militant indépendantiste qui insultait tout ceux qui n’était pas blanc francophone. Il ne mériterait aucune éloge avec ce qu’il a écrit à la mort de Claude Ryan. »(Martin R)

    Je ne savais pas que Claude Ryan était noir anglophone !

    Il le cachait bien ! 🙂

  22. C’est toi qui devrait aller relire ton histoire. Ryan a juste diriger le clan du NON, mais était très attacher au Québec.

    http://www.vigile.net/Claude-Ryan-et-l-heritage

  23. […] This post was Twitted by CasimirQc […]

  24. Tssss : Camp du NON et attaché au Quebec, ca ne se peut tout simplement pas. Tu nous parles d’un ultra-nationaliste canadien qui gerait sa province de colonisés ! Tu confonds un Quebecois et un canadien vivant au Quebec et ne voulant pas voir la nation quebecoise s’epanouir et devenir maitre chez elle. Un ennemi voire pire un roi-negre !

    Tu confonds une position geographique et l’appartenance à un peuple. Ryan n’etait pas Quebecois, il etait un extremiste CANADIEN !

    Tu sais, y a des colons juifs qui sont tres attachés au lieu de leur residence… sauf qu’ils ne sont pas attachés au pays dans lequel ils vivent, ils ne sont pas chez eux !

    Tu voulais surement dire : il a dirigé le clan du NON et attaché le Quebec.

  25. Très bon texte! On pourra dire ce qu’on voudra sur Falardeau, mais il n’a jamais trahi ces idéaux et il est aller jusqu’au bout. Repose en paix!

  26. […] Pierre Falardeau n'est pas mort! Louis P. nous rappelle que tant que nous nous battrons, nous vivrons. Et un jour, nous vaincrons!Pierre, […]

  27. Si Pierre Falardeau n’avait pas trouvé les moyens de nous partager sa vision, il y aurait surement plus d’ambivalence au Québec. Qu’il nous aie fait réfléchir ou ragir, il nous aura fait prendre position malgré nous. Je me rappelle lors d’une réunion d’amis, où j’avais eu l’idée de faire le visionnement d’Elvis Gratton. La réaction a été très favorable au personnage et à l’oeuvre du cinéaste, malgré les divergences politiques.

    Je suis d’accord avec l’affirmation que nous ne connaissons pas notre histoire et c’est peut-être du fait que certaines informations ont été retenues. C’est normal, mais non acceptable. Nous sommes un peuple conciliant et peu mobilisé derrière les causes sociales et politiques. C’est pourquoi je tiens à remercier le passage de cet homme passionné et vrai dans mon existance. J’aurai développé un sens critique et plus personne ne m’intimidera sur mes convictions politiques. Merci Pierre, d’avoir parlé si fort, quand la majorité de supposés idéalistes se cachaient derrière l’Establishment fédéraliste. Merci de m’avoir fait comprendre que lorsque l’on est troublé par une injustice, il est tout à fait normal d’être en …

    Quand à ses détracteurs, il est normal que certaines personnes soient troublées par ses propos, au moins essayer de connaître une personne ou une situation avant de commenter n’est-ce pas là un signe d’intelligence !

  28. ne me parlez pas de Martineau, comme disait Falardeau, le « p’tit mardeu à Martineau ». Martineau, un vieux con qui se prend pour un jeune, un vieux con qui ne fait que rététer ce que les bien-pensants imposent et qui s’imagine avoir une opinion qui lui est propre.

  29. Puisse-tu reposer en paix, ordure.

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