Les valeurs « canadiennes » de René Lévesque

René Lévesque, un des plus grands Canadiens? Figurant au nombre des 18 plus grands Canadiens, selon le magazine Maclean’s, René Lévesque mérite cette reconnaissance notamment parce qu’il aurait épousé des « valeurs canadiennes » comme le centrisme, l’honnêteté, l’engagement en faveur de la démocratie et la non-violence. Valeurs canadiennes… ou québécoises?

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Le centrisme. Depuis l’élection du Parti Québécois, en 1976, tous les gouvernements du Québec se sont tenus au centre de l’échiquier. De 1976 à 1982, au centre-gauche, et depuis au centre-droit, avec quelques tentatives un peu plus à gauche. À chaque fois qu’un gouvernement a tenté de tirer vers les extrêmes, il s’est fait ramener très rapidement à l’ordre par la population. On peut simplement penser aux grandes manifestations contre Jean Charest dans les premières années de son mandat de 2003, et de quelle façon il a dû adoucir son discours de réingénierie de l’État.

Au Canada, par contre, on n’a jamais hésité à s’éloigner du centre, surtout vers la droite. Les gouvernements de Mulroney (1984-1993) et de Harper (depuis 2006) se sont clairement affichés à droite. Le premier a été un partisan de privatisations massives (dont celle de Petro-Canada, véritable joyau) et le second utilise sensiblement les mêmes recettes économiques que George W. Bush. Avant d’être élu, Harper a séduit des Québécois désillusionnés par la corruption du Parti Libéral du Canada, mais dès qu’il a commencé à appliquer ses politiques moins centristes, ses appuis ont fondu comme neige au soleil.

C’est le Québec qui a toujours ramené les gouvernements vers le centre. Le centrisme est une valeur beaucoup plus québécoise que canadienne.

Honnêteté et engagement en faveur de la démocratie. Personne n’est contre la vertu; tous les pays au monde se disent « en faveur de la démocratie ». Jusqu’à ce qu’une crise survienne et qu’on puisse réellement mesurer cet engagement. Et y a-t-il eu une crise plus profonde que le référendum très serré de 1995 pour mesurer l’attachement canadien à la démocratie?

Alors que le Parti Québécois a joué franc-jeu, a respecté les dépenses allouées pour la campagne du OUI et a été intègre dans tout le processus, le gouvernement canadien a littéralement volé le référendum. Quelques exemples au hasard:

  • Près de 42 400 immigrants ont reçu prématurément leur citoyenneté avec la consigne claire de voter pour le NON. « Vous êtes Canadien maintenant; votez en conséquence! »
  • Plus de 15 000 Canadiens hors-Québec ont pu voter grâce aux manoeuvres frauduleuses de l’avocat Casper Bloom, payé avec des ressources non comptabilisées dans les 5 millions de dollars permis par la loi.
  • L’augmentation des attributions de certificat de citoyenneté a bondi de 87 % entre 1993 et 1995.
  • Trois jours avant le référendum, plus de 100 000 Canadiens sont arrivés à Montréal dans des vols nolisés, par autobus, ou par train. Il a été démontré que plusieurs de ces voyages ont été gratuits, et donc payés par l’État canadien lui-même, en violation directe des lois du Québec.
  • En 1998, le Directeur général des élections du Québec a conclu que 56 000 personnes ne détenant pas de carte d’assurance-maladie du Québec (et n’habitant donc pas le territoire du Québec) ont voté illégalement au référendum de 1995.

La voilà, la belle honnêteté canadienne et cet engagement en faveur de la démocratie. Au seul moment où le Canada a réellement eu la chance de mettre en application ces principes dont il se gargarise depuis des décennies, il a échoué lamentablement et a violé la volonté de tout un peuple.

Non-violence. L’Histoire récente du Canada a toujours opposé les pacifistes québécois aux Va-t-en-guerre canadiens-anglais. Déjà, le 27 avril 1942, lors d’un référendum sur la conscription, les Canadiens-anglais votaient OUI à 80% alors que les Canadiens-français votaient NON à 85%. Et aujourd’hui, rien n’a changé. Un sondage démontre que 73% des Québécois s’opposent à la présence canadienne en Afghanistan, contre seulement 54% des Canadiens. Pire: Harper et Ignatieff ont tous deux appuyé l’invasion de l’Irak par les États-Unis; aujourd’hui, des soldats québécois mourraient en Irak si un de ces deux chefs avait été au pouvoir en 2003.

En fait, des révélations ont démontré que c’est la peur de favoriser l’élection du Parti Québécois qui a poussé Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, à s’opposer à la guerre en Irak. Dit plus clairement: sans le Québec, le Canada serait allé en Irak.

C’est grâce au Québec que le Canada s’est mérité cette image de nation non-violente et pacifique. Le fait que les deux principaux partis, actuellement, partagent la même vision militaire du pays ne démontre qu’une chose: la baisse du pouvoir politique du Québec; en 2009, on peut gagner le pouvoir sans le Québec.

On le constate, le centrisme, l’honnêteté, l’engagement en faveur de la démocratie et la non-violence ne sont pas des valeurs canadiennes, mais québécoises.

Or, si René Lévesque est un grand Canadien parce qu’il a réussi à convaincre le Canada d’accepter ces valeurs, ce n’est peut-être pas grâce à lui, mais plutôt malgré lui. Le Canada s’est toujours trouvé de nobles valeurs lorsque le nationalisme québécois était assez fort pour le tenir en respect. Ne pas tenir compte des valeurs québécoises aurait constitué un sérieux coup de pouce aux indépendantistes, Lévesque ou pas Lévesque. Ce n’est donc pas Lévesque qui a permis de changer le Canada pour le mieux, mais les indépendantistes eux-mêmes. Grâce à leur puissance, ils ont forcé le Canada à changer et à tenir davantage compte des valeurs québécoises.

Voilà une leçon que certains Canadiens feraient mieux de se rappeler avant de dénigrer le mouvement indépendantiste québécois. Si le Canada est ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce aux Québécois et à leurs valeurs.

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17 Réponses

  1. Le canada a besoin du Quebec pour survivre. Le Quebec n’a pas besoin du canada pour s’epanouir. Ce que la propagande federaliste nous cache bien, c’est justement toute la richesse sociale, economique, politique, linguistique, artistique, culturelle, etc… que le Quebec apporte au canada. Ils preferent rester dans des discours negatifs et de peurs (on n’y arrivera pas, c’est trop dur, c’est trop tard, sans le canada on n’est rien, on va perdre nos rentes, les quebecois sont racistes et vont chasser les anglos et les immigrants, le quebec va se refermer sur lui meme, les usa vont les envahir, …).

    C’est evident que le coté social-democrate-centriste-pacifiste-tolerant-accomodant qui prevaut generalement au Quebec a grandement influencé le canada et que ce n’est pas l’inverse, surtout pas avec nos creationistes extremistes haineux et intolerants de l’ouest canadien … de vrais amaricains dans le sens pejoratif du terme ! Ignatieff devrait revoir son jugement sur les roteux de biere à casquette.

    Et c’est une autre evidence que la grande majorité des gains du Quebec et de ses reussites au sein d’un canada uni ont ete l’oeuvre de souverainistes qui ont mis la pression sur les federalistes. Rien que la pseudo reconnaissance electoraliste de la nation quebecoise de Harper n’a ete qu’un geste desesperé pour contrer le BLOC q

  2. Très bon texte Louis, vraiment. Seul bémol: je n’inclus jamais les maritimes lorsque je fais référence à l’attrait que peuvent avoir la population canadienne (hors Québec) pour les politiques de droite (droite politique, droite religieuse ou droite économique). On retrouve également plusieurs progressistes dans la population anglophone du Québec. Y’a également des mouvements ouvriers et syndicaux importants au Manitoba et en Saskatchewan. La « vraie » droite est mainteant concentrée en Alberta et dans la valée de l’Okanagan (région intérieure de la Colombie-Britannique), berceau du Reform Party.

  3. Les anglophones du Quebec, qu’ils le veulent ou pas, ils sont un peu quebecois, ou completement quebecois. Autant que leur culture a eu une influence sur nous, autant que la notre a bien depeint sur leur facon de voir le monde. Dommage que pour certains, leur nationalisme extremiste les aveugle completement. Sorti de la question nationale, ils sont vachement moins « guerriers » et intolerants que ceux de l’ouest !

    Il y a quand meme quelques fous de Dieu dans les maritimes, mais pas autant de droite qu’à l’ouest c’est vrai. Les ravages peuvent etre quand meme terrible aupres de leurs enfants, j’en ai eu des beaux exemples proches de moi, on se serait cru en 1840 !

  4. Salut Louis !

    En lisant ton texte, je me demandais si tes belles valeurs démocratiques tiendraient le coup advenant que les anglophones de l’ouest de l’ile décidaient DÉMOCRATIQUEMENT par référendum de se séparer du Québec pour rester avec le Canada, advenant bien entendu que le Québec aies décider démocratiquement de se séparer du Canada.

    Je me rappelle d’un texte écrit par Lucien Bouchard, alors premier ministre du Québec, qui disait que le Québec n’était pas divisible. N’est-ce pas un bel exemple d’anti-démocratie ça ?

  5. De mon point de vue, je ne peut voir les choses ainsi que vous les présentez, ou plutôt comme MacLeans les présente.

    Il n’y a pas de reconnaissance de valeurs canadiennes. La constitution fédérale spécifie clairement qu’il n’y a pas de culture canadienne. Elle ne reconnaît que le multiculturalisme. Parcontre, le Québec se reconnaît des valeurs communes et une culture commune, sans pour autant le reconnaître par une constitution.

    Il ne peut donc pas y avoir un « Grand Canadien », seulement un « Grand citoyen canadien » dont la grandeur serait dûe à ses propres valeurs, en tant qu’individu, misent au service de la collectivité multiculturelle.

    Parcontre il peut y avoir un « Grand Québécois ». C’est à dire un Québécois qui sert les valeurs québécoises et non pas des individus. Des principes, quoi.

    Finalement, je ne suis pas certain de l’exactitude de cette proposition:

    « En fait, des révélations ont démontré que c’est la peur de favoriser l’élection du Parti Québécois qui a poussé Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, à s’opposer à la guerre en Irak. Dit plus clairement: sans le Québec, le Canada serait allé en Irak. »

    Ici aussi nous sommes face à un questionnement de valeurs et de principes. Est-ce Chrétien s’opposait à la guerre en Irak seulement pour des raisons de politique provinciale québécoise ou bien parce que son gendre André Desmarais (Power Corporation) avait de gros intérêts financiers dans l’Affaire Petrole contre Nourriture avec Saddam Hussein :

    http://cf.groups.yahoo.com/group/Pour-le-Pays-du-Quebec/message/23319

    So much pour les valeurs canadiennes.

  6. Aucun rapport avec la democratie. Le droit international reconnait comme frontiere d’un nouveau pays, les frontieres qu’il avait avant. AUCUN pays n’a ete obligé de se partitionner avec son colonisateur !

    Les seuls qui auraient un jour le droit de demander un partage de notre territoire, ce sont les nations amerindiennes, le jour où elles auront atteint un niveau de maturité sociale et economique.

    Le Quebec n’est pas divisible, comme l’ontario n’est pas divisible, comme l’Alberta n’est pas divisible… le canada est une federation !

    Tu ne fais que relayer la propagande de peur des federalistes, propagande qui a l’air de marcher sur toi !

  7. Tant que les Québécois resteront fidèles à leur langue et
    leur culture et qu’ils aspireront à un pays souverain,
    ils se feront respecter des autres provinces du Canada.
    Grâce à René Lévesque!
    Il faudrait souhaiter que tous les Québécois puissent
    vous lire.
    Même si la devise du Québec est ‘Je me souviens’, ils
    ont tendance à oublier…

  8. René Lévesque aurait pu être un peu plus indépendantiste qu’il ne l’a été, surtout à l’époque du «beau risque».
    C’est peut-être pour ça que les Canadians l’aimaient tant ?

  9. Est-on venu sur terre pour plaire aux canadiens ?

  10. René Levesque était un grand confédéraliste.

    Ottawa en a profité largement.

  11. @reblochon: J’ai un ami qui dit que le Canada n’a trouvé son identité qu’à partir du référendum de 1995, c’est-à-dire en réaction au mouvement indépendantiste québécois, ou plutôt, en prenant conscience qu’on ne pourra jamais véritablement l’éliminer (en 1980, il était possible de croire qu’il s’agissait d’un phénomène temporaire). Sans nous, ce ne sont que des Américains du Nord, en effet!

    @lutopium: Merci. Tu as raison, les Maritimes ont une culture différente, et je serais porté à croire que la forte présence francophone n’y est pas pour rien…

    @Martin R.: Comme reblochon le note, le Québec n’est pas divisible. On ne peut pas faire un référendum pour séparer une rue, un bloc appartement ou un salon. Il faut tracer la ligne, et la ligne de frontière de notre peuple, ce sont les frontières du Québec. Du moins, c’est mon opinion et je crois que c’est un consensus non seulement ici, mais un peu partout dans le monde.

    @Gébé Tremblay: Haha, bon point! C’est vrai que le Canada est tellement empêtré dans son multiculturalisme qu’il n’y a pas effectivement de culture canadienne. En passant, et pour le plaisir, savais-tu que l’endroit au Canada où l’indice de vitalité de la langue anglaise est le plus élevé est au Québec? Hé oui: l’endroit où l’anglais se porte le mieux, c’est ici. Où va le Canada n’est pas seulement la question, mais également: d’où vient-il, et quelles valeurs a-t-il à conserver?

    @Isabelle Lefebvre: Bien d’accord, mais encore faut-il qu’il reste des Québécois dans 50 ou 100 ans. Au rythme où vont les choses, on parlera bientôt de Québécois-français comme on a déjà parlé de Canadiens-français. Ce sera le prélude à notre disparition finale.

    @Garamond: Bon point!

    Merci pour vos commentaires!

  12. http://www.cex.gouv.qc.ca/saic/territoire-f.htm
    (2 sur 6) [2001-04-02 12:04:03]
    Jacques Brassard
    Ministre délégué aux Affaires
    intergouvernementales canadiennes

    Le territoire du Québec souverain restera tel qu’il est aujourd’hui

    Avant la souveraineté
    Tant que le Québec fait partie du Canada, son territoire ne peut être modifié sans le consentement de
    l’Assemblée nationale. La constitution canadienne est très claire à ce sujet : la garantie a été inscrite dans
    la Loi constitutionnelle de 1871 et elle n’a jamais été remise en question depuis.
    Cette garantie continuera évidemment d’exister pendant la période de transition durant laquelle le
    gouvernement du Québec cherchera à conclure une entente de partenariat avec le Canada après une
    victoire du oui à un référendum. Pendant cette phase de négociation, le Québec fait encore partie du
    Canada et la constitution canadienne s’y applique comme auparavant.

    Après la souveraineté
    Au moment où le Québec accédera à la souveraineté au terme de la période de transition déterminée par
    l’Assemblée nationale, la constitution canadienne cessera de s’appliquer sur son territoire. Son intégrité
    territoriale sera alors garantie par les principes bien établis du droit international.
    Selon ces principes, les frontières du Québec telles qu’elles étaient avant l’accession à la souveraineté
    constituent les frontières du nouvel État. La règle consacrée en droit international est celle de l’uti
    possidetis juris, ce qui signifie pour l’essentiel :  » Tu posséderas ce que tu possèdes déjà « .

    Cette règle s’est rigoureusement appliquée dans tous les cas récents d’accession d’États à la souveraineté.
    Par exemple, les anciens territoires fédérés de l’Union soviétique sont devenus des États souverains en
    conservant leurs frontières antérieures; le respect de ces frontières a d’ailleurs été l’un des critères
    principaux retenus par la communauté internationale aux fins de la reconnaissance des nouveaux États.
    Bref, les autres provinces pas plus que le gouvernement fédéral ne pourraient profiter de cette occasion
    pour réduire ou modifier le territoire du Québec sans son accord.
    Le Québec est indivisible
    Des parties du Québec auraient-elles le droit de décider de demeurer au Canada?

    Aucune règle de droit international ne permet de retenir cette hypothèse. L’idée que l’on pourrait
    constituer, contre la volonté du Québec, des enclaves étrangères ou rattacher à un autre pays des parties
    de son territoire une fois le Québec devenu souverain est contredite par le droit international. Cela
    reviendrait en effet à modifier les frontières du Québec, ce qui est tout à fait contraire aux règles qui ont
    été appliquées à de nombreuses reprises dans des situations comparables.
    Le Québec deviendra un pays qui regroupera tous ses citoyens sur son territoire actuel ou il demeurera
    une province du Canada. Il ne peut pas y avoir de situation intermédiaire.

    Une municipalité ou un groupe de municipalités ne pourraient-elles pas emprunter la même voie?

    http://www.cex.gouv.qc.ca/saic/territoire-f.htm (3 sur 6) [2001-04-02 12:04:03]
    Cela est rigoureusement impossible.
    Les résolutions adoptées par certaines municipalités sur la partition du territoire québécois n’ont aucune
    valeur juridique. Les municipalités ou les villes sont des entités administratives qui existent par la
    volonté de l’Assemblée nationale et du gouvernement du Québec. Celles-ci n’ont aucun pouvoir leur
    permettant de décider de leur appartenance ou pas au Québec. L’État québécois exerce sa souveraineté
    sur l’ensemble de son territoire.

    Les frontières du Québec, rappelons-le, sont géographiques et non pas
    linguistiques ou ethniques.

  13. […] Texte original publié sur ledernierquebecois.wordpress.com […]

  14. […] On le constate, le centrisme, l’honnêteté, l’engagement en faveur de la démocratie et la non-violence ne sont pas des valeurs canadiennes, mais québécoises.     Louis Préfontaine ledernierquebecois.wordpress.com/ […]

  15. […] Texte original publié sur ledernierquebecois.wordpress.com […]

  16. […] ledernierquebecois.wordpress.com/ […]

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