Le français aux Jeux olympiques: une formidable mascarade!

Signalisation déficiente, affiches unilingues anglophones, bénévoles incapables de parler le français, zéro service en français aux aéroports. Le rapport du Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, est cinglant:  si rien n’est fait, le Canada manquera à ses objectifs d’assurer la tenue de Jeux Olympiques bilingues. « Je ne veux pas que les visiteurs se fassent accueillir par des phrases comme: « Sorry, I don’t speak French » », affirme-t-il. Trop tard, c’est déjà le cas: ce pays n’est pas plus bilingue qu’un adéquiste n’est socialiste. C’est une vue de l’esprit: le Canada demeure un rouleau-compresseur à francophones, peu importe les fioritures.

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Source de l’image

Partout, au Canada anglais, le francophone est un individu de seconde classe. Aux aéroports de Vancouver et de Toronto, par exemple, l’offre active en personne de service en français atteint respectivement 5% et 0% alors que la disponibilité du service en français – c’est-à-dire ceux qui ont assez de temps pour attendre qu’on aille chercher le ti-coune de service qui baragouine un peu la langue de Molière – n’est que de 55% et 23%. En terme d’éducation supérieure, ce n’est guère mieux: 950 000 Canadiens francophones se partagent un maigre 72 millions de dollars, contre 400 millions de dollars pour les 575 000 anglophones du Québec. On traiterait la minorité anglophone du Québec de cette façon que l’OTAN aurait déjà bombardé la ville de Québec.

En fait, le retard en ce qui concerne le bilinguisme des Jeux olympiques de Vancouver constitue peut-être simplement cette pression du réel qui n’a pas encore été terni par la politique. La réalité, pour l’ouest du pays, est anglophone. Au recensement de 2001, on dénombrait 1,9% de francophones au Manitoba, 0,5% en Saskatchewan, 0,7% en Alberta et 0,4% en Colombie-Britannique.   Il y a davantage de turcophones à Montréal que de francophones dans toute la Saskatchewan.  De plus, comme le note Charles Castonguay, le taux d’assimilation des 35-44 ans – le coeur de la pyramide démographique – atteint 60% alors que le déficit entre générations atteint plus de 40% au Manitoba et 50% dans les trois autres provinces.

Pire, l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule la capacité d’une langue à se renouveler (un nombre supérieur à 1 indique une croissance; inférieur à 1 une décroissance), atteint dans ces régions respectivement 0,45, 0,26, 0,33 et 0,29. À titre indicatif, l’IVL des allophones au Québec atteint 0,62. Concrètement, un allophone du Québec a au moins deux fois plus de chances d’assurer la persistance de sa langue qu’un francophone hors-Québec. Dans ce contexte, toute notion de bilinguisme apparaît plus qu’étrange pour les habitants de l’ouest canadien.

Or, en cherchant à bilinguiser l’affichage, la signalisation ou l’accueil aux aéroports, on ne fait qu’ajouter une couche de peinture rose supplémentaire au bulldozer anglophone. On lui donne un aspect charmant, presque naïf. On fournit un service de façade au touriste francophone; on lui offre sa propre version de ce qu’il conçoit du Canada, c’est-à-dire un pays réellement bilingue. Bref, on lui monte un gros Truman Show où les bénévoles et employés ne sont plus de simples participants, mais de véritables acteurs devant « veiller à ce que la dualité linguistique du Canada soit prise en compte de manière adéquate ». Dit autrement: le Canada se présente sur la scène mondiale et dans tous les congrès francophones comme étant un pays bilingue. Puisque la réalité ne rejoint pas cette perception, on va modifier la réalité pour offrir, l’espace de quelques semaines, un Canada fictif aux voyageurs. Et quand la flamme sera éteinte, quand les caméras seront parties, l’assimilation des francophones se poursuivra.

Le summum de toute cette opération de marketing linguistique s’avère notre propre participation à cette mascarade. Pertinemment, nous réclamons des services en français pour les Jeux de Vancouver, mais nous oublions que de contribuer à une telle image d’un Canada bilingue ne fait que diminuer notre légitimité internationale en tant qu’indépendantistes. De quelle aide le chef d’État assistant aux cérémonies et repartant convaincu que le français se porte bien au Canada peut-il nous être? On se l’imagine déjà, s’adressant à la mouvance souverainiste, et déclarant: « De quoi vous plaignez-vous? Je suis venu au Canada, et j’ai très bien été servi en français. » Certains diront que ce n’est qu’un détail. Je ne crois pas. Le Canada sera le centre de monde pendant deux semaines et il aura l’occasion de se créer une image et une apparence bilingues dans l’esprit des centaines de millions de personnes regardant les Jeux.

Le Canada déploie de formidables efforts pour assurer des jeux bilingues à ses invités. Ne pourrait-il pas faire de même avec ses propres citoyens francophones, dont la proportion fond comme une boule de crème glacée sur l’asphalte brûlant de juillet?

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21 Réponses

  1. Le pire, c’est qu’on avait promis que les problèmes d’Athènes et de Pékin ne se reproduiraient plus. Et, parlant de cela, je crois que la perte d’influence du français à l’intérieur du mouvement olympique n’est pas non plus étrangère à cette faible considération.

  2. Le Francais n’est pas aux JO, pas plus que les Quebecois. (je sais, je souffre de litteratie)

    Meme pas une place pour notre nation distincte !

  3. D’accord avec l’argumentaire. Mais il ne faut pas oublier notre nature « bon comme du bon pain » québécoise. Ils seront des centaines sinon plus à répondre aux d’emplois offerts par l’organisation des Jeux Olympiques, afin de « profiter » de cette expérience de vie rarissime… et à aider nos chers concitoyens Canadiens à augmenter le quotas de francophones afin de sauver la face. Il est clair qu’il n’y a pas suffisamment de francos dans le ROC pour pallier au manque. De plus, nous avons l’avantage du bilinguisme (!)

    Nous sommes des « Canayens » fiers et chauvins lorsqu’il y a des évènements internationaux, mais nous avons aussi cette faculté extraordinaire d’oublier le mépris avec lequel, nous sommes aujourd’hui et serons demain, traités par nos «amis».

  4. Billet très intéressant et informatif. C’est sciant. Merci Louis.

  5. Bah. Faites comme nos bons fédés et fermez-vous les yeux et répétez bien fort que tout cela n’est que de la propagande des séparatissss.

    Osti qu’on a manqué notre coup en 95.

  6. Vancouver est une ville anglophone située dans un autre pays. Comme À Atlanta ou À Los Angeles, les JO seront donc en anglais…

  7. C’est pas normal. La langue officielle du mouvement Olympique est le Français.

  8. Charte olympique
    État en vigueur le 7 juillet 2007

    Article 24.1
    Les langues du CIO (Comité International Olympique) sont le français et l’anglais.

    Article 24.2
    À toutes les Sessions, une interprétation simultanée doit être fournie en français, anglais, allemand, espagnol, russe et arabe.

    Article 24.3
    En cas de divergence entre le texte français et le texte anglais de la Charte olympique et de tout autre document du CIO, le texte français fera foi, sauf disposition écrite contraire.

    On parle ici du CIO et non des Jeux Olympiques. Les Jeux de Vancouver se dérouleront en anglais. Le Canada est un pays anglophone. Il est illusoire de prétendre démontrer le contraire.

  9. @derteilzeitberliner: Je suis en partie d’accord, mais je crois qu’on a surtout affaire ici à un problème typiquement canadien. Peu importe les langues officielles des Jeux olympiques, au Canada-anglais le français est et demeurera une langue mineure.

    @reblochon: Il est vrai qu’il y avait davantage de Québécois aux Jeux olympiques auparavant. C’est une impression, mais il me semble qu’il y en a moins.

    @Mel: Je crois que c’est toujours la même vieille rengaine: l’individuel contre le collectif. Individuellement, c’est une belle expérience pour un Québécois que d’aller y travailler, mais collectivement, ça contribue à nous isoler en démontrant faussement au reste du monde que le Canada est un pays bilingue. Ce qui est de moins en moins vrai.

    @Caligula: Selon ma connaissance des choses, il y a deux langues officielles aux Jeux olympiques, le français et l’anglais.

    @Garamond: Malheureusement oui! Avec 0,4% de population francophone en Colombie-Britannique, à quoi pouvait-on s’attendre?

    @Çaparle Aupopette: Merci, ça confirme ce que je croyais. Et je suis d’accord avec toi: le Canada est un pays anglophone et nous en avons encore la confirmation.

  10. C’est vrai, l’anglais aussi est une langue Olympique. Seulement elle est supposée être traitée au même niveau que le français. Ce n’est pas le cas depuis longtemps.

  11. Il n’y a jamais eu de Quebecois aux JO, que des canadiens ! On ne peut meme pas agiter notre drapeau ou faire valoir notre caractere distinct. Tu essayes et tu es directement viré d’equipe canada… le pays le plusse respectueux des differences et de la liberté au monde !

  12. Le joual cé une lanque olympik. Y devrà y’aouère dé compititions de joual que tut lé nàtions pourà se compititioner ent’reux.

    Cé mon opinion.

  13. Hey Mario, stop shooting off yer mouth. Ya aint gonna tell me joual aint fishy, are ya ?

  14. Entièrement d’accord avec toi !

  15. « ce pays n’est pas plus bilingue qu’un adéquiste n’est socialiste »

    Les adéquistes SONT des beaux socialistes gau-gauchistes qui s’ignorent. Ils sont simplement une mince coche microscopique au dessus des autres partis tellement que ç’en est purement cosmétique, électoraliste et insignifiant.

    Ce pays est selon les lois bilingues. Si Vancouver refuse d’y adhérer, ils peuvent toujours se séparer du Canada, c’est une option car de facto, ils ont accepté d’y souscrire.

  16. Tym Machine qui est réduit à bloguer sur les autres blogues parce qu’il a tellemnet censuré sur le sien que plus personne veut débattre avec lui.

    Il cherche la liberté d’expression chez les autres.

    Liberté d’expression qu’il refuse aux autres.

    Et il vient parler de lois ! 🙂

    Allez, Tym Machine, fais pour nous un saut double-tour arrière !

    Hop!
    Hop!

    🙂

    Tu te méritera un bon harangs salé !!! 🙂

  17. […] a good mixture of paranoia and victimization, please have a peak at Louis P. web site at: https://ledernierquebecois.wordpress.com/2009/09/16/francais-jeux-olympiques-vancouver-mascarade)I know that in British Columbia, French people are a tiny minority just as any other minority, the […]

  18. @Gébé,

    Vous n’êtes jamais venu sur mon blogue alors comment pourrais-je vous censurer?

    Et pour l’attaque sur le messager, hum, je ne suis pas surpris. N’êtes-vous pas vous même la tête de turc de vigile.net?

  19. C’est drôle, le dernier commentaire que j’ai censuré date d’il y a un an et c’était anti-pollution à ce que je sache suite à une mésinterprétation d’un commentaire de trois mots.

    Alors so much pour être ce méchant type qui censure tout le monde.

    Parlez-en à tous les souverainistes que j’ai laissé publier sur mon blogue, Jean-Luc Proulx, Renart Léveillé, Lutopium, Anti-Pollution. Demandez leur si c’est si dur que cela de se faire publier sur mon blogue.

    Ne prenez pas mes dires pour de l’argent comptant, allez vérifier vous même. On s’en reparlera après…

  20. Reblochon : Évidement, mais c’est pareil pour tous les pays du monde qui ont une population importante et disparate.
    En France, parler autre chose que le français était réprimé jusqu’au milieu du 20ème siècle. Et dès que l’on parle de différence culturelles, voire de nation, on est taxé d’indépendantiste.
    La réalité, c’est que pour être considéré, il faut faire parti d’une minorité « visible » sur la peau. Si tu es Breton, Basque ou Corse, tu n’as droit qu’à te taire.
    Donc, bienvenue au club ! (Au fait, tous les pays se revendiquent « pays de la liberté »)

    Effectivement, si le français n’est pas parlé en Colombie Britannique, autant ne pas se casser la tête pour proposer des bénévoles « bilingues » (en plus, ils sont bénévoles alors faut pas trop en demander, non plus!) ? Pour renseigner qui ? Les spectateurs viennent de tous les pays (d’Europe principalement, et des USA). En gros, à part les français et les Italiens, dans la plupart des pays de l’Ouest de l’Europe qui ont un nombre d’athlètes au jeux d’hiver significative, la population parle anglais ou se débrouille très bien (les scandinaves l’apprennent à l’école primaire, les germanophones au secondaire, mais beaucoup le parle bien). Une fois qu’on a dit cela, je ne sais pas pourquoi les organisateurs des Jeux de Vancouver vous ont menti sur le fait que le français serait représenté, puisqu’ils ne voulaient pas y mettre les moyens (peut-être le coût était trop important par rapport à l’utilité) ou tout simplement parce-qu’ils n’ont pu trouver suffisamment de personnes disponibles parlant la langue dans la région. Que les représentants de l’Etat fédéral s’en inquiètent, s’en émeuvent maintenant, et surtout qu’il n’aient rien dit avant n’est pas étonnant : ils sont dans leur rôle.

    Votre problème, c’est qu’au Québec, vous avez suffisamment de fédéralistes pour ne pas pouvoir faire sécession : donc, faut pas trop rêver d’indépendance. Et puis surtout, je ne pense pas que cela serait pratique: vous êtes certes ignorés par les Canadiens-anglophones, mais avez l’avantage de devoir faire des efforts et d’avoir des moyens pour apprendre l’anglais, ce qui vous sert surement dans le travail. Faire sécession, çà veut dire de nombreux coûts supplémentaires (douanes, police, administrations…) et qui paiera ? Surement plus les « sables bitumineux de l’Alberta » !!!
    Tiens, çà m’a fait bien rire quand j’ai entendu que les Canadiens de Vancouver protégeaient la nature et qu’il fallait prendre un bus-navette pour se rendre à la compétition (de descente ou de surf, je ne sais plus), quand je constate le mode de vie Nord-Américains et l’exploitation des ressources énergétiques !

    C’est vrai que la chanson de Garou à la fin de la cérémonie d’ouverture n’est qu’un vernis qui masque l’assimilation. Mais il en est de même pour les peuples amérindiens, que l’organisation a voulu mettre en avant pour faire propre ! Peu importe, l’essentiel n’est pas là, car vous avez, comme ces peuples, une culture et une histoire, mais ne demandez pas aux anglophones de la cultiver ! Ne comptez pas sur eux, car je vous rappelle qu’ils sont « le modèle dominant » et sont partisans du moindre effort (y’a qu’à voir les américains à Paris : ils n’essayent même pas d’aligner deux mots de Français pour demander quelque-chose !), par contre, ils devraient être envieux pour votre histoire et culture au lieu de vous ignorer, parce-qu’eux, ils n’en ont pas !

  21. […] Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est […]

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