Ignatieff, un danger pour le Québec

Pour de nombreux Québécois, Michael Ignatieff, chef du Parti Libéral du Canada et prétendant au poste de premier ministre lors des prochaines élections, constitue une énigme. On connaît peu ses valeurs et ses prises de position; on sait simplement qu’il est plus charismatique que Stéphane Dion et un peu moins à droite que Stephen Harper. Mais cela veut-il dire qu’il ferait un bon premier ministre respectant les intérêts des Québécois? Permettez-moi d’en douter.

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En effet, Ignatieff est un libéral parmi les libéraux: il ne conçoit pas l’existence d’autres libertés que celles des individus, de la propriété et du commerce. Pour lui, la guerre froide opposait cette liberté individuelle à celle des droits sociaux (santé, éducation, etc.) et la première a gagné. Fin de l’histoire, comme le prétendait Fukuyama. Tout ce qui s’est produit depuis la chute du mur de Berlin, de la première guerre du Golfe à la guerre du Kosovo (qu’il a appuyé) en passant par le 11 septembre 2001, l’invasion de l’Irak en 2003 (qu’il a appuyé) et la mission canadienne en Afghanistan (qu’il a contribué à rallonger deux fois) ne sont que des souvenirs un peu gâteux de ceux qui n’ont pas encore compris que l’histoire est belle et bien terminée. La bouteille d’eau minérale ne pétille plus, et s’il advenait qu’une bulle se forme, ce ne serait que pur hasard, voire une erreur.

Pour lui, les Occidentaux possèdent un devoir moral d’action dans le reste du monde. À cet effet, il a d’ailleurs écrit en 2005 que George W. Bush serait un visionnaire si la démocratie s’enracinait en Irak. Trois mois avant l’invasion de l’Irak, en 2003, il publiait une longue lettre dans le New York Times expliquant que « l’empire était devenu, dans des endroits comme l’Irak, le dernier espoir pour la démocratie et la stabilité ». Pour lui, les États-Unis forment un empire, et il était normal, voire souhaitable qu’ils imposent leur vision de la liberté aux retardataires moyenâgeux qui n’avaient pas encore réalisé que l’histoire était terminée. D’une étrange façon, Ignatieff embrasse donc à la fois la vision fin-de-l’histoire de Fukumaya et celle du choc des civilisations de Huntingdon. Comment fait-il pour solutionner cet apparent paradoxe? Il s’attaque au nationalisme.

Le nationalisme, ennemi juré d’Ignatieff

Ignatieff, peut-être à l’image de son grand-père Pavel Nikolaïevitch Ignatiev, avant-dernier ministre de l’éducation d’un tsar Nicolas II désireux d’assurer l’homogénéité russe d’un bout à l’autre du pays, avant la révolution, déteste toute forme de nationalisme. À ses yeux, celui-ci constitue une aberration brimant les libertés individuelles, les seules valeurs importantes. L’identité n’est pas innée, mais constitue un choix délibéré. Si on développe une identité nationale, on supprime les autres identités potentielles. Sa solution est simple, voire simpliste: éliminer les identités collectives afin que les individus ne se voient réellement que comme ils sont, individuellement, avec toutes les identités qui avaient été reniées. (( Source ))

En fait, Ignatieff ne pousse pas sa logique jusqu’au bout. L’élimination des identités multiples conduit à une atomisation complète de la société, voire à sa désintégration. On n’est plus Québécois ou Canadien, mais on a atteint ce qu’Ignatieff conçoit, dans son livre Blood and Belonging, comme étant une conscience post-nationale. On est hétérosexuel, métrosexuel, homosexuel, gothique, emo, prep, rap, amateur de ceci ou de cela; il n’y a plus de cohésion entre les individus. Il n’y a plus de « grand tout » (la nation) reliant chaque individu déconnecté avec son prochain. Ceux qui se réclament de cette nation sont ces attardés qui n’ont pas compris la fin de l’histoire.

Or, quelle est la conséquence logique de cette survalorisation des identités individuelles au détriment de l’identité collective? L’indifférence vis-à-vis de la chose publique. L’apolitisme. L’autisme collectif, le repli sur soi, la schizoïdie. Pourquoi voter, quand ce qui me concerne vraiment est la partie de hockey ou la dernière de Star Académie? Pourquoi militer pour une meilleure société quand ma société se résume à l’espace entre mon gros orteil et mon cuir chevelu? Pourquoi faire attention à mon environnement quand ceux qui me suivent me sont aussi des étrangers? Pourquoi même me battre pour quelque chose d’important, quand plus rien n’a de sens, sinon la fête organisée samedi prochain ou le dernier clip de Yo-mutha-fucka? C’est ça, la décadence. Et c’est ainsi que Rome s’est écroulée. Pas parce qu’elle n’était pas puissante. Parce que ses habitants ont préféré se regarder le nombril plutôt que d’embrasser leur fierté d’être des Romains et de se battre pour que les valeurs romaines continuent d’exister.

Pour Ignatieff, la nation québécoise ne devrait pas exister autrement que dans sa forme « civique » ou « inclusive ». Bref, il nous reconnaît le droit d’être des Québécois en autant que ça ne dérange personne. Pas question de protéger notre langue avec des lois. Non, non, pensez aux pauvres anglophones! Pas de place pour les tests de citoyenneté. Non, non, un immigrants arrivé ici hier matin est aussi Québécois que vous! Ignatieff n’a rien contre le Québec tant que celui-ci reste à genoux et qu’il ne s’exprime pas autrement que par des lignes fictives sur la carte canadienne. Le nationalisme québécois, pour lui, c’est cette araignée qu’on tolère au grenier mais qu’on tue sans la moindre pitié lorsqu’elle descend dans la maison.

Dans un monde de plus en plus uniforme et en manque d’identités collectives – il suffit d’observer la progression d’une religion comme l’Islam pour s’en convaincre – a-t-on vraiment besoin d’un énième rouleau-compresseur de l’Histoire espérant jeter aux oubliettes tout ce qui façonne la diversité du genre humain? Le nationalisme, loin d’être une aberration, est l’expression de la pluralité humaine la plus achevée. Dans toutes les villes du monde, ce ne sont pas ces nouveaux habitants « post-nationaux » qui enrichissent le genre humain avec leur culture aussi aseptisée que transnationale, mais bien ces vestiges nationaux d’un passé porteur de sens pour la collectivité.

C’est cela qu’Ignatieff aimerait éliminer. Cette liberté des peuples de se définir eux-mêmes et d’avoir le droit d’atteindre une liberté collective porteuse de sens pour les générations futures. Cette liberté de considérer que ce sont les lois qui modèrent l’individu qui le rendent vraiment libre et qu’il n’y a point de réelle liberté pour chacun de nous sans que notre vie ne soit porteuse d’un sens plus grand que nous-mêmes et partagé par notre voisin.

A-t-on vraiment besoin d’un Ignatieff au Québec?

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12 Réponses

  1. « Ignatieff, peut-être à l’image de son grand-père Pavel Nikolaïevitch Ignatiev, avant-dernier ministre de l’éducation du tsar Nicolas II avant la révolution russe, déteste toute forme de nationalisme. »(Louis P.)

    D’où tenez vous que Pavel Ignatief détestait toute forme de nationalisme ?

  2. Il ne deteste pas le nationalisme etant lui meme un ultra-nationaliste canadien. Il ne se bat pas pour creer la grande amerique du nord, mais bien pour l’unité canadienne.

  3. @Gébé Tremblay: Le tsar Nicolas II était farouchement opposé à toute forme de nationalisme pouvant nuire à son empire. Il fut un des architectes de la russification du Caucase. Oui, en quelque sorte, il était un nationaliste (russe), mais c’est l’esprit d’un être opposé aux autres nationalismes qui a peut-être engendré la suite. À l’époque, ne l’oublions pas, il était impossible de ne pas être nationaliste, au moins envers sa nation. C’est l’intransigence de Nicolas II vis-à-vis des autres nationalismes qui m’intéresse ici. Est-ce que Pavel Ignatiev était aussi intransigeant? Probablement, même si on ne peut en être certain. Toujours est-il que son fils (et père de Michael Ignatieff) a bien fait jouer les nationalismes dans les Balkans selon les intérêts russes de l’époque. J’ai modifié légèrement le passage pour le rendre plus clair. Mais notons tout de même que ce n’est pas central à ce que j’essaie de dire sur Ignatieff.

    @reblochon: Le nationalisme canadien n’existe que dans la mesure où c’est une nationalisme individuel, de type libéral, bref un anti-nationalisme. Le Canada en tant que nation et peuple n’existe même pas. C’est la conception très trudeauiste et « post-nationaliste » de la nation qui y prévaut. Et c’est ce que Ignatieff veut pour le Québec.

  4. Je passe vite mais l’ombre d’un PET avec Justin me donnait la nausée. Mais bon cette réponse fait dans le préjugé.

  5. Ignatief pour Ignace de Loyola s.j.?….ou pour ignition? verbe anglais signifiant allumage!?…Mmmm!…Harper sans son ami Bush est devenus innofensif,meme neutalisé! ..Le chef de file n envahira pas grand chose! et surtout qu en restant minoritaire on peu le débarquer a l instant ou il vat faire une montée de droite trop concentrée…nauséabonde!….Ignatief c est autre chose..Derriere ou a coté de lui il y a du Chretien et du Trudeau ce qui promet des -turbulences- et avec Charest a Québec la! On vat etre dans le trouble!…Vendredi….Monsieurs Charest donnait une conférence de presse sur un moment historique (Affirmait il…)A le voir aller j ai crus qu il nous annoncait la réunion du haut et du bas Canada!…Non! Mais il a dit: Je reprends de mémoire….Qu il y a une quarantaine d années qu il y avait eut une entente entre le Gouvernement de l Ontario et Jean Jacques Bertrand sur la francophonie…Bertrand c est le premier Ministre de l Union nationale qui a remplacé Johnson…..C est son gouvernement qui a pondus le Bill 63! M en rappel j étais aux manifestations contre le Bill c était noire de monde dans la rue!….C est la que la population, ouvriers, étudiants, syndicats a eut véritablement le feu allumée au derriere!…..Le Bill autorisait les immigrants a envoyer leurs enfants dans l école qu ils voulaient…4 sur 5 auraient choisis l école Anglaise! Imaginez Montréal aujourdhui si ca l aurait passé!…..Bertrand a été battus avec son union nationale….Par Robert Bourassa.Libéral….Six péquistes sont entré en meme temps a l assemblée nationale….Puis ca été octobre 1970…..Plus tard Bourassa corrigera l erreur et la langue francaise sera reconnus comme seule langue officielle du « Québec…Ensuite Lévesques fera la loi 101….Mais! Revenant a vendredi??? C est qui pour Charest? Bourassa? Un mangeux d hot dog!?…Est-ce que le grand batisseur se rappel qu il est libéral?…Est-ce que le PLQ est dirigé par un hybride conservateur-libéral-union national?…..On pourrait peut etre dans ce cas rebaptiser Jean Charest; Jean Rodrigue Charest! lol!….Scusez moi d avoir été aussi long…..Félicitation au premier ministre de l Ontario pour son francais! Thank you!

  6. Wow !
    C’est la première fois que je vois M. Ignatieff dépeint ainsi.
    Et si c’était le cas, je serais plus que porté à voter pour lui…

    Mais oublions le cas Ignatieff. La où mon point de vue diffère du votre est sur la reconnaissance du collectif par les gouvernements.
    Ce que vous dites est que le gouvernement DOIT considérer l’opinion de la majorité au détriment des individus.
    Vous allez même jusqu’à sous-entendre que l’opinion des individus est totalement insignifiant, que significative que lorsqu’il s’associe à un groupe. ( ie: autisme collectif )

    Ce que vous insinuez est que toute idée collective n’est valide que si reconnue par le gouvernement. ( l’atomisation de la société et sa désintégration serait autrement la conséquence ).
    Je ne suis pas d’accord.
    Si une idée est partagée par la majorité des citoyens, ceux-ci ne peuvent qu’essayer de convaincre les autres ou en accepter les différences. Selon quel principe est-ce que la majorité a droit d’imposer son point de vue à travers le gouvernement ? Et selon quel principe moral une société qui se dit juste peut agir ainsi ?

    Vous faites la promotion de la diversité humaine ( a-t-on vraiment besoin d’un énième rouleau-compresseur de l’Histoire espérant jeter aux oubliettes tout ce qui façonne la diversité du genre humain? ) mais en déniant cette diversité aux citoyens de votre pays.

    Le concept de liberté pour un peuple ne peut être dissocié comme vous le faites de la liberté des individus qui le constituent.
    (C’est cela qu’Ignatieff aimerait éliminer. Cette liberté des peuples de se définir eux-mêmes et d’avoir le droit d’atteindre une liberté collective porteuse de sens pour les générations futures. Cette liberté de considérer que ce sont les lois qui modèrent l’individu qui le rendent vraiment libre et qu’il n’y a point de réelle liberté pour chacun de nous sans que notre vie ne soit porteuse d’un sens plus grand que nous-mêmes et partagé par notre voisin. )

    Le principe que vous exprimez que ma liberté n’a aucun sans si elle n’est pas partagé par mon voisin est une perversion de ce qu’est la liberté !

    Francois.

  7. @un gars: C’est vrai que ça ressemble un peu à ça; mais c’est pour ça qu’il a été choisi…

    @normand lemay: Il est certain que la situation aurait pu être pire, ça c’est sûr!

    @Francois: Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’il s’agit d’une perversion de dire que la liberté n’est pas valide si elle n’est pas partagée par le voisin. Prends l’exemple des règles de la circulation. Ta liberté serait de ne pas te laisser « brimer » par celles-ci. Ta liberté serait de passer sur toutes les lumières rouges si tu en éprouves le besoin. Sauf que ta liberté, ainsi, nuit à celle de ton voisin. Il faut que ta liberté soit arrimée à celle de ton prochain, qu’elle aille dans le même sens, sinon elle se fait au dépend de celui-ci.

    Je ne dissocie pas le concept de liberté d’un peuple de celui des individus, mais je dis qu’il n’y a pas de réelle liberté des individus sans la liberté des peuples. Fragmenter une société jusqu’à la moelle et voir des millions de gens désabusés, perdus dans leurs identités multiples ne constitue pas plus une liberté qu’un régime totalitaire niant complètement la présence de ces identités.

    Comme toujours, je suis pour l’équilibre; nous avons besoin de racines et d’ailes. Ignatieff, avec sa « conscience post-nationale » à la noix, essaie de nous couper les racines et de faire croire que la liberté constitue la somme de tous nos petits désirs quotidiens. C’est faux. C’est cela, la perversion.

    La vraie liberté n’est pas qu’individuelle; elle est collective. Vivre sans se sentir relié aux autres, sans comprendre que les autres font partie de soi et qu’il y a des causes plus grandes que les satanés libertés individuelles, voilà la pire des aliénations. Et c’est cette aliénation et ce déni de la réalité d’une cause plus grande que chacun de nous, celle de la survie du peuple francophone d’Amérique du Nord, que Ignatieff aimerait éliminer.

  8. Le seul moyen de gagner pour les libertariens, ce serait de s’unir et d’imposer par leur majorité leurs vues à tous les individus de la société … euh attends ! pfffff !

    L’etre humain est un animal gregaire… ca on ne le changera pas. Alors pas besoin d’essayer de le transformer en etre egocentrique, un gros nombriliste qui soit disant pour proteger l’individu pense avant tout à sa petite personne frustrée… oui comme le gros matou bien gras de matante yvette.

    En revenant à Iggy, c’est juste un soldat du ROC ramené par les trudeausites pour combattre les separatisses ! Comme disait si bien Chretien, on est en guerre. Et il y a encore des abrutis de Quebecois (y a pas d’autres mots, désolé) pour vouloir laisser la chance au coureur (comme si il avait besoin d’une chance pour demontrer qui il est) ou penser que le federalisme va se renouveler et permettre au Quebec de s’epanouir pleinement au sein d’un canada uni. Et apres on appelle les souverainistes des pelleteux de nuages ! Marrant, y en a pourtant beaucoup de pays devenus independants qui ont reussi à mieux performer que lorsqu’ils etaient occupés … et il y en a pas beaucoup qui vivaient mieux en total soumission à une nation etrangere qui decidait pour eux, parlait pour eux, pensait pour eux !

  9. Merci, M. Préfontaine. Ce n’était pas une critique de ma part.

    J’ai de bonnes raisons de croire qu’il n’était en fait pas du tout nationaliste ni tsariste. Il est le seul ministre sous Nicolas II qui ne fut pas exécuté par les bolshéviks, bien qu’il fut capturé et emprisonné par ceux-ci. Il fut simplement relâché.

    Les versions fusent et se contredisent sur les raisons de cet étrange « pardon ». Et donc j’ai entrepris depuis un certain temps des recherches en la matière.

    Pavel (Paul) Ignatieff était un agent du contre espionnage (anti-révolutionnaire) à Paris. Les informations que j’accumule forment un portrait qui est loin des versions dans les les différentes biographies du « main stream ».

    Je vais rassembler le tout et le publier ici.

  10. Merci de ces précisions! J’ai simplement voulu signifier qu’Ignatieff possède une famille ayant un historique de lutte contre les petits nationalismes… Si vraiment Pavel était le mouton noir du Tsar, et bien tant mieux!

  11. C’est aussi ce que je me suis dit, de ma récolte de premières informations, mais les informations ultérieures ont démontré le double-jeux. Le contre-espionnage est un jeu qui mène le joueur à ne plus savoir de quel côté il est au juste.

  12. […] Ignatieff, un danger pour le Québec […]

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