Littératie: le grand retard québécois

Les Québécois ont de la difficulté à écrire. Tout comme la moitié des Canadiens, ils souffrent de la manquent gravement de littératie, cette aptitude à lire des textes suivis utiles dans les tâches quotidiennes. Encore plus significatif: si 50% des Québécois n’ont pas atteint un niveau de fonctionnalité en lecture de textes suivis de trois sur une échelle de cinq, ils ne sont que 40% des anglophones résidant sur notre territoire à souffrir de ce problème. Et si la différence entre l’oral et l’écrit y était pour quelque chose?

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Le Québec est bilingue. Cela vous surprend-t-il? Ne pensez pas « anglais », car vous êtes loin du compte. Tous, nous savons très bien parler le québécois, mais nous devons aussi apprendre à écrire le français. Nous disons: « j’été voère ein crisse de bon show hier soère », mais nous écrivons: « j’ai assisté à un formidable spectacle hier soir ». Nous nous exclamons: « Man chu pèté j’me suis couché aux tites heures », mais nous rédigeons: « Je suis vraiment exténué, car je me suis couché aux petites heures du matin ». Et ainsi de suite. En permanence, nous devons jongler entre deux systèmes de communication fort différents l’un de l’autre. Nous possédons deux langues quasi-distinctes.

Or, si la langue joual n’est pas directement valorisée, on ne peut pas dire non plus qu’elle soit taboue dans la plupart des milieux. Le bien-parler, par contre, ne passe pas. Rencontrez un homme qui vous parle d’une oeuvre d’art en disant qu’elle représente « l’exquise quintessence d’un art fin d’une maturité artistique surprenante », et vous vous demandez immédiatement s’il n’est pas au mieux homosexuel, au pire un snob de la pire espèce. Mieux vaut afficher un air niais et se contenter de dire que « c’est beau en crisse ». C’est plus viril. C’est plus « toffe ». Le moins on détache les syllabes, le mieux c’est. Si vous pouvez aligner cinq mots de suite sans étirer vos lèvres ou articuler, vous gagnez. Dans ce contexte, comment espère-t-on mettre en valeur une écriture correcte, si pour une grande partie de la population elle n’a pas la moindre utilité à l’oral?

Évidemment, la situation s’améliore. Depuis les années 60, les réformes de l’éducation ayant valorisé l’accessibilité à une éducation de qualité ont permis de grandement corriger la situation. Seulement entre 1994 et 2003, date du dernier volet canadien de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), l’indice de compréhension de textes suivis est passé de 255 à 266 au Québec, soit un progression de 11 points. Au Canada, par contre, la hausse ne fut que de deux points, de 270 à 272. Concrètement, nous rattrapons une partie de notre retard, mais beaucoup reste à faire. Nous sommes toujours handicapés.

La différence entre les résultats des anglophones et des francophones est largement due au fait qu’à scolarité égale les anglophones utilisent davantage l’écrit et lisent davantage que les francophones. Jean-Pierre Corbeil, spécialiste en chef de la Section des statistiques linguistiques de la Division des statistiques sociales et autochtones de Statistique Canada, explique: « Quand on observe la situation des anglophones du Québec, même chez les personnes les plus âgées, qui, dans les autres groupes linguistiques, réussissent beaucoup moins bien parce qu’elles n’ont pas été autant scolarisées, on se rend compte que, même à scolarité égale, ils réussissent mieux. C’est intéressant parce que ça dépeint des différences d’ordre culturel. Les personnes de langue maternelle anglaise ont tendance à beaucoup utiliser l’écrit au quotidien. » (( Le Devoir, CAHIER SPÉCIAL, samedi, 5 septembre 2009, p. g7, Littératie, Les anglophones québécois s’en tirent mieux que les francophones, Les nouveaux arrivants sont plus scolarisés, Corriveau, Émilie )) Concrètement: pour un même niveau d’éducation, la langue écrite rejoint davantage la réalité des anglophones que celle des Québécois. Elle fait davantage partie du réel parce qu’elle se rapproche davantage de leur utilisation à l’oral. Ce fait, tout comme le sur-financement des institutions d’éducation anglophones, permet à la minorité anglophone de maintenir un bon niveau d’écriture et de lecture.

Il n’y a pas des milliers de solutions. Dans les années soixante, la valorisation du joual avait permis une resynchronisation temporaire de l’écrit et de l’oral. On a cependant fini par comprendre que de mal écrire pour appuyer un mauvais-parler ne constituait pas une libération, mais une simple célébration de notre aliénation. Quel choix reste-t-il, alors, sinon la valorisation du bien-parler et du fait qu’il doit être possible de bien s’exprimer à l’oral sans pour autant faire preuve de snobisme ou de se croire supérieur à autrui?

On me reproche souvent de mal parler. Et je réponds que j’écris bien. Mais j’écrirais encore mieux si je pouvais prendre l’habitude d’utiliser à l’oral les mots que j’affiche sur l’écran et ainsi me libérer de centaines d’années d’aliénation linguistique et culturelle ayant transformé notre langue en un créole certes original, mais appauvri et déficient.

Outre de coûter près de 4 milliards de dollars par année à la société et de nuire à la santé de la population, la littératie généralisée constitue un poids que doivent porter ceux qui désirent mieux s’exprimer et un terreau fertile pour le dénigrement systématique d’une langue plus riche et porteuse de sens.

Le jour où celui qui sait bien s’exprimer et qui utilise à bon escient toute la complexité et la richesse de notre langue pour bien communiquer ses pensées, le jour où celui-ci sera valorisé et cité en exemple, nous aurons véritablement rattrapé notre retard. D’ici là, nous ne serons qu’un peuple à la prononciation infirme et à qui on enfonce de force l’anglais, cette autre béquille du bilinguisme, au lieu de bien nous apprendre la seule langue qui pourrait nous permettre de réellement reprendre possession de notre destin identitaire: le français.

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30 Réponses

  1. Je me dissocie de tes propos homophobes ! Si c’est naturel et non genetique ou social, je ne vois pas pourquoi un homo ne dirait pas : « c’est-tu capoté leur affaire man ? j’en ai chié dans mes bobettes ciboire ! »

    voila

    Veuillez, Monsieur Préfontaine, recevoir l’expression de mes considerations les plus sinceres et non je ne suis pas pédé !

  2. Souffrir de littératie? On a le sentiment étrange, à vous lire, que la littératie est une maladie, une tare. !!! L’incapacité à utiliser l’information écrite dans la vie de tous les jours est certainement une situation handicapante, mais je doute que « la littératie généralisée constitue un poids que doivent porter ceux qui désirent mieux s’exprimer ». À moins que ce soit moi qui ne comprenne pas le sens du mot.

  3. @reblochon: L’homophobie est, qu’on le veuille ou non, encore largement répandu, et je parierais un beau petit deux dollars qu’elle l’est encore davantage là où la littératie est la plus répandue.

    @Caroline: Oui, la littératie est une tare. C’est une incapacité à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante. C’est une profonde incapacité, et lorsque cette tare se généralise, elle contribue à tout entraîner avec elle vers le bas, y compris ceux qui aimeraient mieux parler. La littératie coûte cher, nuit à la santé de ceux qui la subissent et nuit aux efforts d’alphabétisation de toute notre nation.

  4. Je suis parfaitement d’accord avec vous sur le fond, monsieur Préfontaine.

    Mais je continue de douter du sens que vous conférez au terme « littératie ». À ma connaissance, la littératie est le contraire de l’illétrisme (illiteracy en anglais*). Par conséquent, plus le niveau de littératie d’une personne est élevée, meilleure est sa compétence à l’écrit.

  5. @Caroline: Voici la définition de littératie selon Wikipedia.

  6. Voilà, c’est ce que j’écrivais. Merci pour le lien.

  7. Je ne fais pas dans l’anti-intellectualisme, loin de là, mais il me semble quand même qu’il y a un snobisme chez certaines personnes scolarisées, snobisme à proscrire parce qu’il encourage le rejet de la Culture par une bonne part de la population.

    Il est vrai que nous ne valorisons pas assez la Culture, qu’on encourage pas suffisamment la lecture et la « consommation » (si je peux l’écrire ainsi) d’oeuvres d’arts. L’Art et la Culture, qui sont présentés comme inutiles par nos politiciens/vendeurs de « chars », contribuent à former la pensée.

    Cela dit, je me demande parfois s’il n’est pas utopique de vouloir que toute la population soit lettrée à ce point. Nous sommes tous différents question intérêt, intelligence, etc… Je ne doute pas que nous puissions améliorer les choses, mais je pense que nous atteindrons une limite insurmontable à un moment donné. Il faudra alors trouver le moyen de permettre aux personnes qui ont certaines limites à cet égard de s’épanouir d’une autre façon, et faire quelque chose de productif…

  8. Entièrement d’accord avec vous, M. Préfontaine.

    Comment est-ce possible que nos écoles n’enseignent pas la diction, dès le primaire ?

    Où sont les cours de théâtre ?

    Ce n’est pas une affaire de culture. Écoutez les ministres qui ont reçu leur éducation des religieux dans les années 50. Les cours classiques.

    Lisez les vieux journeaux de cette époque.

    Notre système d’éducation francophone actuel est intentionellement médiocre. Je n’ai plus aucun doute là dessus. C’est un système au service de l’infériorisation d’un peuple.

    L’OCDE a déjà fait la sélection des compétences réservées selon les pays et leurs populations. Le marché du travail organisé pour tout l’occident. Chacun son avenir prédéterminé selon son groupe.

  9. Des Québécois ont compris. Ils envoient leurs enfants dans les cégeps anglophones. De plus en plus.

  10. S’il-te-plaît, Louis, s’il-vous-plaît, please, pleas, plea, pl…

    Littératie n’est pas un mot français. C’est un avorton du mot anglais literacy. Et ce n’est pas le fait qu’il soit aujourd’hui à la mode qui le rend plus français. Literacy signifie alphabétisme ou alphabétisation.

    J’ai entendu le mot « literacy » pour la première fois il y a une dizaine d’année. Il évoque pour moi de sombres souvenirs. Il avait été prononcé par un des directeurs des ressources humaines d’une importante compagnie de Montréal. Évidemment ce directeur ne parlait
    pas français (ICI, à Montréal). Même si je n’avais jamais entendu ce mot, il n’était pas sorcier de le comprendre puisqu’il a des racines françaises. (comme flirt qui vient de fleurette, d’où: to flirt = conter fleurette).

    Mais ne nous égarons pas.

    Je représentais plusieurs centaines d’employés à reclasser ou relocaliser dans cette importante compagnie. Il se plaignait du « literacy problem » dont mes candidats étaient affectés. N’eût été de l’importance vitale de nos démarches vis-à-vis cette compagnie, je lui aurais sûrement suggéré de tenter un tant soit peu, d’améliorer sa « literacy » française. Mais je m’en gardai bien. Ce qui à ma courte honte, n’améliora pas notre situation. Mon seul argument était que ses employés, actuellement en poste, ceux d’un âge certain, comme mes candidats, n’auraient certainement pas passé ses fameux tests de « literacy ».

    Il est impératif de savoir lire et écrite. Ça s’appelle l’alphabétisme, le B A ba de l’éducation.

    L’éducation, l’éducation, l’éducation…

  11. Tout à fait édifiant et interpellant votre note sur ce fossé malheureux entre le parler et l’écrit qui malheureusement appauvri la langue, néanmoins pour moi de loin le joual a quelque chose de fascinant et truculent et cette langue québécoise parlé me parait tout à fait poétique.
    Je ne connaissais pas ce concept de littératie.
    Ici, en France, certains voudraient supprimer l’orthographe, cela suscite un débat des plus virulents…
    Comment écrirons nous dans les vingt années à venir…

  12. Quand vous dites qu’on ne « consomme » pas assez d’art j’aimerais vous demander ce qu’est l’art. Est-ce que le cinéma n’est pas un art, pourtant on aime bien la télé et encore plus près de mes passions, les jeux vidéos ne sont-ils pas des pièces d’art? On y trouve un scénario écrit par un écrivain avec des graphismes fait par des artistes graphique 🙂

    J’ai seulement l’impression qu’avec la quantité d’art disponible les gens se dispersent et du coup on peut avoir l’impression que les gens sont moins intéressés par l’art car en fait il sont seulement moins intéressés par les arts « classiques »

    Enfin c’est seulement un point de vue d’un pauvre concepteur de jeu vidéo 😀

  13. Pas que je sois très excité à l’idée mais le « sms talks » me donne l’impression qu’on se diriger vers un écriture au son…

    sa peu doné kekchoz com sa…. 🙂

  14. Il y a une troisième langue pour nous Québécois : le Français des courriels, avec ses abbréviations, sa tolérance des fautes de frappe et autres, ses petits icones supposément comiques, etc…
    Si vous êtes bilingue, ça vous fait six idiomes à maitriser ! ouf !

  15. Je suis bien content d’apprendre que selon vous, les Québécois «souffrent» de littératie! Définition du mot littératie selon Antidote: Ensemble des connaissances en lecture et en écriture permettant à une personne d’être fonctionnelle en société.

    Donc, si je vous comprends bien, les Québécois souffrent d’être apte à bien comprendre le sens d’un texte.

    Et là, on est en train de s’obstiner sur le sens même du mot qui définit les aptitudes à bien analyser un texte? Wow! C’est fascinant!

  16. « J’été voère ein crisse de bon show hier soère ».
    Nos parents auraient probablement dit: « …hier au soère. » Évolution ?

    Ce billet est très intéressant. Je dirais que les québécois, comme les français ou les canadiens sont beaucoup plus que bilingues. Chaque peuple a des expressions idiomatiques multiples selon le contexte où il se trouve. Tu dis que tu parles mal mais je n’en suis pas si sûr. Selon la nature de ton interlocuteur, tu aurais peut-être dit: « J’suis allé voir un maudit bon spectacle hier soir »; c’est encore un langage populaire mais c’est un autre registre; un registre que tu utiliserais par exemple en rencontrant un client ou quelqu’un que tu rencontres pour la première fois ou que tu sais un peu pointilleux sur la langue parlée.

    Quelqu’un qui écrit comme toi et comme la plupart des gens sur ce blogue ont cette capacité d’adapter leur langue aux circonstances ou aux interlocuteurs qu’ils rencontrent. Il y a plusieurs « parlers » d’une même langue: la langue administrative, la langue technique, la langue populaire, la langue vulgaire etc… Reste évidemment et malheureusement ceux qui, par ignorance ou illettrisme, sont confinés aux langues populaires ou vulgaires.

    Selon les milieux ce pourrait être « l’archilangue vernaculaire qui est la langue maternelle d’ici et de maintenant », dont parlait Henri Gobard, auteur de « L’aliénation linguistique ».

    Et il y a aussi les accents. L’idée étant de se faire comprendre, il est normal d’adapter, sans toutefois se dénaturer, la qualité de nos prononciations aux circonstances et interlocuteurs. À moins que votre groupe culturel se soit imposé, par le nombre, la puissance économique et culturelle, il est toujours nécessaire de s’adapter. Par exemple, vous ne verrez pas un Américain adapter la prononciation de sa langue américaine à l’anglais de son interlocuteur British. Ni l’inverse.

    Quant aux meilleurs résultats des anglophones, j’y vois des raisons sociales et historiques: à scolarité égale, les anglophones ont historiquement obtenus de meilleurs emplois; ce que l’on appelait des « jobs de bureau ». C’était l’époque où un francophone bilingue gagnait moins qu’un anglophone unilingue. Nous sommes en ratrappage, mais nous n’y sommes pas encore.

    Ce que je trouve inquiétant, c’est que pour bien structurer sa pensée il faut savoir l’exprimer clairement. Il suffit de fréquenter TV5 pour constater (par exemple chez Ruquier) que la qualité et la clarté d’expression des idées est remarquable. Et tout cela à une vitesse vertigineuse et dans une ambiance bon enfant. Espérons que l’ère médiatique que nous vivons aura un effet bénéfique en nous rapprochant de la Mère Patrie pour ce qu’elle a de plus stimulant: la rigueur de la pensée et la précision de son expression.

  17. En tout cas, d’apres les federalistes, 49.42% des Quebecois etaient trop cons pour comprendre une question en 1995. Ca craint !

  18. OK Louis a commis un contresens. Mais il semble bien qu’on a tous compris. Un peu d’indulgence SVP. Au rythme où ces billets sont publiés il normal que ça arrive de temps en temps.

  19. J’approuve.

    Louis n’est malheureusement pas parfait. J’ai un peu de misère à croire qu’on puisse lui reprocher sa langue parlée tant sa langue écrite est d’un haut niveau, mais il n’est pas parfait.

    Le contexte du texte permet de comprendre le sens qu’il donne au mot littératie. Il serait juste et bon de le confronter sur son idée plutôt que sur la pertinence du mot choisi pour véhiculer l’idée.

    ________

    @ Louis:

    Non mais, sérieusement, c’est vrai que « On me reproche souvent de mal parler. »? J’aimerais tellement ça « mal parler » comme toi…

  20. En effet, on a de la littératie à revendre ici ! On avait bien compris.

  21. […] pas l’éducation. Toutefois, comme le relate l’excellent billet de Louis P. https://ledernierquebecois.wordpress.com/2009/09/09/litteratie-retard-quebecois, le grand retard des Québécois en matière d’alphabétisation ne peut être que dû au […]

  22. @Tous: Vous avez raison; j’ai commis un impair au-sujet de la définition de littératie. Pour une raison que je ne comprends pas encore aujourd’hui, j’ai mal exprimé mon propos. Je crois que ce que je voulais dire quand je parlais de « souffrir de la littératie » était un peu comme quand on écrit « souffrir du foie » ou « souffrir de la tête », c’est-à-dire que le fait d’en souffrir voulait dire que ça n’allait pas bien de ce côté-là. Dans tous les cas, mon introduction était un peu confuse et vous avez raison de l’avoir noté. J’espère que ça n’a pas affecté le sens de mon propos.

    @Çaparle Aupopette: Oui, j’aurais peut-être dû utiliser le mot « alphabétisme ». Tu as raison. Et tu as raison aussi de dire que tout passe par l’éducation. C’était le but de ce billet et manifestement on se rejoint là-dessus! Et tu as raison au niveau des langues administratives, techniques, etc. Je crois simplement que c’est pire ici (voir commentaire à Steph plus bas)

    @Enkidu: Tu poses une question intéressante: est-ce que tout le monde devrait être lettré? C’est une bonne question. Je crois que si on ne peut l’imposer avec certitude, on peut au moins y travailler, considérant que les gens plus lettrés ont une meilleure santé et représentent une richesse pour la société.

    @André: Très bon point. L’art est partout. Je me risque, mais peut-être que ce que Enkidu voulait dire c’est que les gens n’ont pas toujours les connaissances générales historiques ou artistiques pour apprécier cet art à sa juste valeur. Simple hypothèse, évidemment, mais je crois qu’un individu regardant une toile de Hitler sans savoir qui il est aura une perception différente des autres… (Pas de point Godwin ici, SVP! :P)

    @Gébé Tremblay: Je crois aussi qu’il y a une place à l’école pour les recettes qui ont déjà fonctionné. Pas besoin de passer des heures à apprendre la diction, mais un petit trente minutes par semaine ne serait pas de trop. Histoire de donner un (maigre) contre-poids au cynisme ambiant qui valorise la dépréciation du bien-parler…

    @helenablue: Sous prétexte de nous « internationaliser », nous perdons une richesse irrécupérable. On veut rendre le français plus accessible, mais on le dénature complètement!

    @Garamond: Tout juste. Mais il est aussi possible de bien communiquer avec cette technologie. Ça dépend des individus, je crois.

    @Alex: Oui, j’ai fait une erreur au sujet de mon utilisation du mot « littératie » sans m’en rendre compte. Mea culpa.

    @Steph: Merci! 🙂 Et oui, je parle mal… J’écris bien, mais je parle plutôt mal, sauf si je fais un effort de bien parler. Donc, je possède deux niveaux de langages, deux langues: l’une « cool » et de tous les jours, et la plus sérieuse, à utiliser dans certains moments plus formels. Toutes les cultures possèdent cette différence, mais j’ai l’impression qu’ici la différence est majeure!

    @reblochon: Hahaha! En effet!

    Merci pour vos commentaires!

  23. Question-quizz:

    La véritable différence entre la performance des anglophones et les francophones ne pourrait-elle pas être due … à l’écart entre la langue parlée et la langue écrite?

    En anglais, et particulièrement en anglais US, la langue écrite évolue rapidement en suivant la langue orale. « You’re » au lieu de « you are » est parfaitement acceptable à l’écrit alors que « t’es » au lieu de « tu es » n’est pas accepté par l’académie française.

    En français, il faut écrire comme on parlait en france il y a 100 ans…

  24. Très bonne question Steph. Moi aussi j’ai l’impression que le français n’évolue pas assez rapidement et est très conservateur, surtout quand on regarde l’Académie Française.

  25. Si on parle de littératie, ca n’a pas de rapport avec les competences en ecriture, mais seulement en comprehension. Je dis ca vite fait, mais honnetement j’ai juste survolé le sujet et donc je peux etre à coté de la definition de ce mot. Donc non ! Ou du moins pas tant que ca. Quelqu’un comprenant « t’es » comprendra surement « tu es ».

    Ca me fait plus penser à des gens incapables de comprendre le sens d’un texte, voire de données en general. Ce qui ne me permet pas plus d’expliquer la difference entre franco et anglo … si ce n’est que nous n’avons bien souvent pas le meme niveau economique, ni la meme histoire dans ce coin du monde. Il est parfois difficile de rattraper les sequelles de plusieurs centaines d’annees de colonialisme au sein de la population francophone. Je connais personnellement des Quebecois pures-laines agés totalement à la rue quant à leur competence de litteratie. Ils me disent que soit ils n’ont pas eu acces à l’education, soit qu’on les a forcé à parler anglais (et pour certains que c’est seulement à l’arrivé de Lesvesque qu’ils ont repris de la fierté et le gout pour leur langue maternelle). Leurs enfants ont du souffrir de ces carences et par repercution leur petits-enfants, etc.

    Et non, on n’ecrit pas le francais comme il y a 100 ans. Il y a eu depuis plusieurs evolutions.

  26. « Tu veux-tu dire que tu comprends quand j’te d’mande:
    T’es tu sûr de ça ?
    C’est Bouhjna qui m’a allumé là-dessus. Quelqu’un peut-il bien me dire d’où peut venir cette déformation ?

  27. Ils sont parfois lassants ces gens qui ne veulent pas «polluer» notre «belle langue» avec des expressions soi-disant empruntées à l’anglais.

    Dans le Grand dico (OLF quand même), j’apprends que «Littératie» et «alphabétisme» sont des synonymes, mais que le premier s’applique à la didactique et le second à l’éducation. (en fait, quand on google le mot, on apprend que dans les milieux spécialisés, ils expriment deux concepts assez différents.)

    On relate également que c’est un mot en usage au Québec et qui a un sens plus restreint que l’alphabétisation. Sans compter qu’on utilise bien «littérature» pour «literature», alors pourquoi pas littéracie? En anglais comme en français, ils ont tous les deux la même racine latine, litterae (« lettres »). Bref, c’est pas un mot anglais. Et pour qu’une langue vive, elle doit être dynamique.

    Ainsi:

    littératie n. f.

    Équivalent(s)
    English literacy

    Définition :
    Ensemble des connaissances en lecture et en écriture permettant à une personne d’être fonctionnelle en société.
    .

    Sous-entrée(s) : .

    variante(s) graphique(s)
    littéracie n. f.

    . Note(s) :
    Le seuil de connaissances nécessaires pour être fonctionnel change au fil du temps et est variable d’une société à l’autre.
    L’ensemble des connaissances acquises doit permettre à une personne de lire et de comprendre des textes de trois types : des textes suivis (articles de journaux), des textes schématiques (cartes routières) et des textes à contenu quantitatif (calcul de l’intérêt sur un emprunt).
    La mesure du niveau de littératie fournit un indicateur économique; plus le niveau de littératie d’une personne est élevé, meilleures sont ses chances d’occuper un emploi rémunérateur.

    En français, la finale -tie, prononcée « si », est plus fréquente que la finale -cie.
    .
    . .
    . .
    . .
    . [Office de la langue française, 2002]

    et sous alphabétisation, on trouve ceci:

    alphabétisme n. m.

    Équivalent(s)
    English literacy
    .

    Définition :
    Capacité de comprendre, d’utiliser et de traiter l’information écrite nécessaire pour bien fonctionner en société, réaliser des objectifs personnels, développer ses compétences et acquérir des connaissances.
    .

    Sous-entrée(s) : .

    synonyme(s)
    littératie n. f.

    . Note(s) :
    Au Québec, le terme alphabétisme est plus répandu que littératie.
    Le terme alphabétisme fait référence à un continuum de capacités. Ainsi, l’expression faible degré d’alphabétisme sert à désigner la situation d’une personne incapable de comprendre, d’utiliser ou de traiter l’information écrite de façon suffisante pour répondre aux exigences minimales de fonctionnement en société dans sa langue maternelle, et ce, tant sur le plan personnel que sur les plans social, professionnel et culturel. On emploie également de plus en plus l’expression personne faiblement alphabétisée, de préférence à analphabète.

  28. « @Tous: Vous avez raison; j’ai commis un impair au-sujet de la définition de littératie. Pour une raison que je ne comprends pas encore aujourd’hui, j’ai mal exprimé mon propos. Je crois que ce que je voulais dire quand je parlais de « souffrir de la littératie » était un peu comme quand on écrit « souffrir du foie » ou « souffrir de la tête », c’est-à-dire que le fait d’en souffrir voulait dire que ça n’allait pas bien de ce côté-là. Dans tous les cas, mon introduction était un peu confuse et vous avez raison de l’avoir noté. J’espère que ça n’a pas affecté le sens de mon propos. »(Louis P.)

    J’ai aussitôt pigé votre lapsus. Le sens de votre propos était très clair.

    Encore plus clair grâce à votre lapsus.

    Voilà un exemple comment l’inconscient utilise des lapsus et symboles pour transmettre à la conscience.

  29. Right on !
    This guy’s on the ball !
    Craint pas, ça va venir.

  30. Il faut admettre que nous sommes une société diglossique (français plus littéraire à l’écrit, français joualisé à l’oral), et à Montréal, il faut ajouter le bilinguisme quasi-institutionnalisé.
    Ça me fait penser à la situation des pays de culture arabe où la distance séparant l’arabe littéraire des langues arabes locales est immense.

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