Élèves francophones minorisés: faut-il réduire l’immigration?

Minoritaires! Après que la proportion de francophones à Montréal ait chuté sous le seuil historique des 50%, un nouveau plancher vient d’être défoncé: les Québécois de souche sont désormais moins nombreux que les allophones dans les écoles publiques montréalaises! Et ce n’est pas fini: le nombre d’immigrants devrait augmenter de 46 000 à 55 000 d’ici 2010. Jusqu’où ira-t-on pour affaiblir la culture québécoise?

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Oh, mais je vous entends déjà débiter le sempiternel refrain: « l’immigration est une richesse, comment oses-tu remettre en question ce formidable trésor, ce don du ciel, alléluia! » et bla-bla-bla. Vrai. Mais l’eau aussi constitue une richesse, ce qui n’empêche pas qu’en trop grande quantité elle peut tuer. L’eau est une richesse, mais le tsunami tue. Une richesse n’est pertinente qu’en relation avec les conséquences négatives de sa trop grande possession.

De la même manière, la cohésion sociale représente peut-être une richesse encore plus précieuse que l’immigration. Selon Marie McAndrew, professeure à l’Université de Montréal, à partir d’une concentration ethnique dépassant 75%, des effets négatifs sur la cohésion peuvent se produire dans les classes. Près de soixante écoles sur l’île de Montréal dépassent ces chiffres. Pensons-y un peu: comment espère-t-on intégrer des jeunes vivant dans un environnement ignorant tout du Québec et de sa culture et où le terme « Québécois » possède plus souvent qu’autrement une connotation négative?

Pourtant, les effets négatifs d’une trop grande immigration sont bien connus. Benoît Dubreuil, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM), explique:

On sait que l’incidence de la pauvreté chez les immigrants est deux fois supérieure à ce qu’elle est dans la population en général et que les minorités visibles sont deux fois plus touchées par le chômage. Ces résultats ne semblent pas dépendre de notre système de protection sociale particulier puisque tous les pays industrialisés – autant la Suède, la Belgique que les États-Unis – sont confrontés à des résultats semblables.

Qui plus est, la ghettoïsation a atteint un stade inquiétant dans le domaine résidentiel, où se multiplient les enclaves ethniques, et dans le domaine scolaire, où 60 % des enfants issus de l’immigration fréquentent des écoles à majorité immigrante. À cela s’ajoute bien sûr la question linguistique, loin d’être réglée alors qu’un immigrant sur deux arrivé au cours des 25 dernières années utilise toujours l’anglais dans ses interactions publiques.

Certains pays, comme l’Angleterre, ont compris les dangers d’une trop grande immigration sur la cohésion sociale et ont décidé de limiter la venue de certains groupes. (( Le Monde, International, jeudi, 26 octobre 2006, p. 8, EUROPE, GRANDE-BRETAGNE MARCHÉ DU TRAVAIL, Au nom de la cohésion sociale, Londres limite l’immigration des Bulgares et des Roumains, Marc Roche )) Ici, pas question! On ouvre encore davantage les vannes, et que l’eau monte! Vous en voulez une richesse, la voilà! Et buvez, buvez, chers amis, jusqu’à votre mort!

L’ouverture

D’autres nous disent encore: « il faut faire preuve d’ouverture! ». Sommes-nous réellement plus « ouverts » aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans, par exemple? Le ratio naissances/immigration était de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année). En 2007, le ratio tombe à 1,8. Pour un nombre de naissances semblable, nous recevons trois fois plus d’immigrants. (( Statistiques Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Et ce n’est qu’un début!

Qu’est-ce que l’ouverture, au fait? L’ouverture, il me semble, c’est de se montrer accueillant et prêt à faire des compromis, à accepter l’autre dans ses différences en autant que celui-ci respecte nos valeurs de base. Et de ces valeurs, il me semble, une doit être notre capacité à survivre en tant qu’entité culturelle et linguistique et l’autre doit être de bien pouvoir s’occuper des nouveaux arrivants. On peut ouvrir toutes grandes les portes de notre maison, mais il doit être clair pour nos invités qu’il s’agit effectivement de notre maison. Ils nous font la fleur d’amener leur héritage culturel, mais y a-t-il suffisamment de pots pour tous?

Parallèlement, il a été démontré que l’intégration des immigrants constitue un travail beaucoup plus ardu qu’on pourrait le croire. Le démographe Marc Termote le souligne:

Les natifs dont la langue maternelle n’est ni le français, ni l’anglais, ni une langue autochtone, constituent environ 30 % du total de la population de langue maternelle « autre ». Même s’ils sont nés au Canada, ces descendants d’immigrants ne sont guère portés à abandonner la langue tierce qu’ils ont héritée de leurs parents : seulement quelque 40 % l’ont fait, et parmi ces derniers, à peine un quart ont choisi le français comme langue d’usage à la maison. En d’autres termes, au sein de ce groupe de natifs de langue maternelle tierce, seulement 10 %, soit environ 20 mille personnes, ont choisi comme langue d’usage à la maison la langue officielle et majoritaire du Québec. Puisqu’il s’agit ici de transferts sur la durée de vie, on peut aisément estimer à quelques centaines d’unités le gain annuel moyen réalisé par le groupe francophone grâce à l’ « intégration » linguistique des descendants d’immigrants. Un tel résultat démontre, s’il en est besoin, l’extrême difficulté à changer de langue.

Ce problème est particulièrement explosif chez les immigrants de souches non latines. Le Conseil supérieur de la langue française (CSLF), en plus de dénoncer la hausse prévue du nombre d’immigrants comme étant disproportionnée en relation aux ressources disponibles pour l’intégration de ceux-ci, a établi que les efforts de francisation des Asiatiques, Slaves et Scandinaves depuis trente ans ont été à peu près nuls. (( Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 27 juin 2008, p. a1, État de la langue française, Québec «ne doit pas laisser aller les choses», Un bloc irréductible d’immigrants ne se francise jamais, Dutrisac, Robert )) Composant près de 35% de l’apport d’immigrants à chaque année, ils n’apprennent le français que dans une proportion de 15%. Comment expliquer cela?

L’indice de vitalité linguistique

La réponse se trouve peut-être dans l’indice de vitalité linguistique (IVL). Cet indicateur, très utile, s’obtient en divisant le nombre de personnes parlant une langue d’usage par celles la parlant en tant que langue maternelle. Quand le résultat est près de 1, il y a stagnation, au-dessus il y a un certain attrait pour cette langue, et en-dessous on parle d’assimilation. Au Québec, par exemple, l’IVL des francophones sur l’île de Montréal est passé de 1 en 1986 à 1,08 en 2006. Les anglophones, eux, ont vu leur IVL exploser de 1,22 à 1,42! Concrètement, le pouvoir d’attraction de la langue anglaise est de loin supérieur à celui du français. Faut-il se surprendre, alors, s’il a été démontré qu’entre 54% et 60% des travailleurs de langue maternelle française parlent anglais quand ils s’adressent à leurs supérieurs, leurs collègues ou leurs subordonnés anglophones? ((Idem.))

L’anglais constitue une langue plus attractive, simplement.

Des lieux d’éducation remplies d’immigrants, une cohésion sociale amoindrie, des difficultés d’intégration, une dévalorisation de la culture québécoise, une langue menacée et un faible pouvoir d’attraction; ne s’agit-il pas de la recette parfaite pour une catastrophe linguistique et culturelle? Quelle société d’accueil offre-t-on aux nouveaux arrivants en les parquant dans des écoles où ils ont peine à rencontrer des Québécois de souche? Soyons humains, et offrons-leur une société cohérente.

À défaut de pouvoir tout solutionner d’un seul coup, ne faudrait-il pas commencer par le début et réduire le nombre d’immigrants avant qu’il ne soit trop tard? Face aux dogmes des solutions magiques du multiculturalisme et de l’immigration prônés par ces bien-pensants qui jouissent avec le feu, qui aura le courage de poser crûment la question?

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15 Réponses

  1. Juste mieux la gerer et completement la controler suffirait. Et comment comptes-tu reduire l’immigration au sein du canada ? Comment empecheras-tu un immigrant de passer par une autre province pour rejoindre le Quebec ?

  2. Tu cadres le problème au Québec en prenant le fait français mais sérieusement, c’est un problème qui concerne le Canada en entier. Je dirais toutefois qu’une piste de solution indirecte serait d’arrêter de subventionner les écoles «semi-privées», et boom, tu viens de ramener quelques francophones dans l’école publique montréalaise.

  3. @reblochon: Évidemment, nous ne contrôlons pas complètement notre immigration, mais nous la contrôlons suffisamment pour décider, collectivement, de réduire le nombre d’immigrants que nous accueillons.

    @Léonard Langlois: Je crois aussi que d’arrêter de subventionner à 60% les écoles « privées » serait un bon geste, mais ce ne serait pas suffisant. Nous recevons beaucoup trop d’immigrants pour bien les intégrer, à mon avis, et il faudra se pencher sérieusement sur ce fait d’ici peu!

  4. Le probleme quand je parle du controle, c’est aussi du parcours de l’immigrant, de la demande à l’accueil. C’Est par là que commence l’integration. Quand tes papiers ont une feuille d’erable et que c’est marqué bord à bord CANADA, et qu’en plus ce sont des canadiens qui t’accueillent, faut pas s’etonner que des immigrants arrivant au Quebec trouvent legitime le choix de l’anglais ! Pour eux, c’est un endroit comme un autre du canada ! Ils ont juste regardé les jobs qu’il y avait.

  5. Mémoires d’un gars tanné.

    Été 1974, Fart International Airport (Dorval)
    Comptoir d’une Ligne Internationale Canadienne maintenant disparue

    Maria, jeune (et jolie) Portugaise polyglote
    Alain, jeune québécois bilingue d’origine belge
    Jean-Pierre, canadien-français parlant anglais sans accent
    Joe, « manager » trilingue d’origine étrangère

    Maria- ce qu’il a fait beau en fin de semaine !
    Alain- oui…il était temps…
    Jean-Pierre- J’cré ben…on a pas eu d’été encore !

    Joe surgissant derrière eux
    – What have I told you ? You’re not allowed to talk french between yourselves at the front counter.

    Silence…

    – What part, of what I’ve just said, do you not understand ???

    – OK OK…

    @ Louis
    Une fois c’tait un gars qui avait perdu sa boussole. Il faisait sombre et glauque; le gars cherchait sa boussole désespérément sous un lampadaire aussi connu sous l’appellation « Centres d’études et autres analyses statistiques »; quelqu’un s’approche et lui demande:

    -Qu’est-ce que tu cherches ?
    -Ma boussole…
    -Où c’est que tu l’as perdue ?
    -Sur les Plaines
    -Alors pourquoi tu la cherches ici ?
    -Parce qu’y fait ben’qu’trop noir sur les Plaines…on voit rien !

    Tirée d’un recueil d’histoires de taverne.

  6. Ça va prendre une Constitution québécoise et ceux qui voudront voter à nos élections devront faire parti intégrante de notre Nation. C’est pas avec la situation actuelle qu’on pourra rester maîtres chez nous.

  7. @reblochon: Je suis d’accord avec toi que l’indépendance du Québec rendrait cette situation plus facile à gérer.

    @Çaparle Aupopette: Belle histoire… Datant de 1974 ou de 2054? 😛

    @Caligula: Entièrement d’accord! Dans de nombreux pays, le citoyenneté est accordée seulement si l’immigrant a atteint un certain niveau d’intégration, notamment s’il sait parler la langue et qu’il connaît un peu l’histoire de son pays d’accueil. Ce serait une bonne façon de fonctionner, en alliance avec une réduction du nombre d’immigrants reçus (et un encouragement à la natalité).

  8. On appelle cela la citoyenneté quebecoise distincte de la citoyenneté canadienne. Mais bon, ca fait juste 16 ans que je me tue à le repeter et que pour le moment le statu de la nation quebecoise est un statu de peuple assigné à residence dans un lieu geographique donné et non le statu de l’appartenance à une nation.

    N’importe quel canadien du ROC peut devenir un VRAI QUEBECOIS à part entiere avec tous nos droits en 6 MOIS !!!! Un type ne parlant pas notre langue, ne connaissant ni notre histoire, ni notre culture, un parfait etranger et hop, il a plus de droits qu’un immigrant resident permanent completement intégré (ou non) qui vit ici depuis plus de 3 ans !

    DEBILE ! Et apres on se vante d’etre une nation distincte epanoui. On est invisible au reste du monde, à la rigueur, y a juste les francais qui nous connaissent un peu et encore ils nous appellent des canadiens, parce que pour eux les canadiens ne sont que des anglais. Youhou… faut voyager !

  9. Pas besoin de l’independance, deja une citoyenneté distincte et un controle sur le droit de travail et sur le droit d’immigrer des gens venant du ROC, un quota annuel. Mais alors là ! C’est la guerre ouverte avec le ROC ! Et on n’a personne qui a les couilles pour faire cela, meme pas chez les independatistes !

  10. @Reblochon

    Dois-je conclure que vous êtes le genre de gens qui étiez d’accord avec le truc du « plombier polonais » dans le pays émetteur de votre second passeport?

    @Louis

    Selon moi, la victoire est que ces élèves vont à l’école en français. Parler sa langue d’origine à la maison n’est pas synonyme de non-intégration. D’ailleurs, ça relève de la sphère privée donc comment est-ce qu’on gère cela – on n’enverra tout de même pas des inspecteurs dans les maison?

  11. Le plombier polonais… attendez, vous me parlez de l’histoire ce deroulant dans un pays libre ? Aucun rapport avec notre cas au Quebec ! Quand on sera un pays, amenez-en des plombiers polonais, turcs, chinois, armeniens, algerien, bresilien … heu bresilienne et suedoise aussi. Bien grande hein !

    derteilzeitberliner : entierement d’accord pour la victoire. On se fout bien de la langue maternelle ou de la langue parlée à la maison, quand la langue commune, celle utilisé dans la vie publique et au travail est le francais. Encore faut-il renforcer les moyens nous permettant d’y acceder. Et ca les liberaux font tout pour detruire notre combat.

  12. « Jusqu’où ira-t-on pour affaiblir la culture québécoise? »

    Ce sera l’inclusion rapide et totale avec le parti libéral.

    Il faut payer pour les vaches sacrées québecoises et certains pensent que ce sont les immigrants qui vont mettre du pain et du beurre sur la table des québecois.

    So be it.

    On ne peut pas avoir le beurre et l’Argent du beurre à la fois.

    « Je suis d’accord avec toi que l’indépendance du Québec rendrait cette situation plus facile à gérer. »

    Sauf, qu’il faut être capable de marcher et mâcher de la gomme en même temps. Pour certains, cela semble très difficile voire impossible.

    @reblochon,

    « Quand on sera un pays, amenez-en des plombiers polonais, turcs, chinois, armeniens, algerien, bresilien »

    Slaquez un peu là, l’indépendance, c’est peut-être un outil, mais c’est loin d’être la cure miracle que vous prétendez. On croirait entendre un témoin de Jéhovah nous parler du paradis où les agneaux seront sevrés par des lionnes. C’est un peu utopique votre affaire non?

  13. « Et ca les liberaux font tout pour detruire notre combat. »

    J’espère que vous ne venez pas juste de vous rendre compte de cela. C’est leur mission et leur raison d’exister.

    En fait, ce sont les meilleurs protecteurs du statu quo en tout genre et en toute situation, constitutionnellement, économiquement et autre.

    Le statu quo, c’est comme la programmation de TVA, ça endort, ça ne choque personne et une fois établi, on peut passer ce qu’on veut en coulisse.

  14. […] immigration sur la cohésion sociale et ont décidé de limiter la venue de certains groupes. 1 Ici, pas question! On ouvre encore davantage les vannes, et que l’eau monte! Vous en voulez […]

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