Archive for septembre 2009

Le tourbillon médiatique
30 septembre 2009

J’aimerais écrire sur une foule de sujets cet après-midi. Ça pullule, comme toujours. Je m’installe devant mon clavier, toujours debout, et mes doigts se mettent à écrire. Et si je les laissais faire, ils pondraient probablement un billet dénonçant les hausses de tarif d’électricité qui, n’en déplaise aux bien-pensants d’une certaine droite, pénaliseraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, alors que simplement en annulant les baisses d’impôts des partis péquistes et libéraux, on pourrait aller chercher une dizaine de milliards de dollars… Mais je ne peux pas écrire un billet comme je le fais habituellement. Non. J’aime mieux vous parler du tourbillon médiatique dans lequel je suis présentement.

tourbillon

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À l’origine, une simple initiative: remplacer la rue Amherst par la rue Pierre-Falardeau. Un groupe Facebook que j’ai créé par pragmatisme, me disant que si le débat avait beaucoup porté, dernièrement, sur la nécessité de remplacer le nom de la rue Amherst, on n’avait toujours pas trouvé précisément par quoi. Le résultat fut spectaculaire, inespéré. En quelques jours, le groupe a dépassé le cap des 4400 membres, et je suis convaincu que nous serons 5000 d’ici ce soir. Tellement époustouflant, que je me suis demandé si ce n’était pas là l’expression d’un désir refoulé des Québécois de se réapproprier une ville qu’on semble avoir abdiqué aux mains des anglophones. À ce point impressionnant que je me suis réellement rendu compte de ce que signifiait réellement Falardeau pour nous.

Le cirque médiatique

Puis vint le cirque médiatique. Un cirque ambulant, qu’on entend arriver de loin, qui nous éblouit de par ses lumières, ses costumes, ses acteurs, et qui repart ensuite. Si tu dors, tu le manques. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé ce matin. Après avoir réussi mes entrevues avec Benoît Dutrizac lundi et à Dumont 360 hier (lorsque Renart m’a laissé sa place), j’ai manqué la chance d’aller confronter Richard Martineau sur le sujet. En fait, pas réellement sur le changement de nom rue, mais sur la réelle importance de Pierre Falardeau sur la société québécoise. Le cirque est passé, et je dormais. Simple concours de circonstances: anniversaire de ma conjointe et beaucoup d’alcool. Déception.

En fait, ce qui me déçoit le plus, c’est de ne pas avoir été en mesure de réellement développer mon discours à la télévision. Dans un bloc de six minutes avec trois invités, il est difficile de bien expliquer ses idées. Malgré tout, j’ai reçu à peu près 200 messages privés sur Facebook et courriels de gens me félicitant et m’expliquant, en quelque sorte, que je parlais pour eux. Soudainement, je me suis senti le représentant d’une partie importante de la population qui se trouve souvent orpheline. Lourde responsabilité. Et c’était pour ces gens, pour ces 200 personnes qui ont pris la peine de m’écrire et à qui je ne peux pas tous répondre personnellement, c’était pour eux que je voulais confronter Martineau. C’était pour eux et pour tous ceux qui ne me connaissent pas encore que je désirais prouver que j’ai ce qu’il faut pour devenir, peut-être un jour, un nouveau Martineau, mais différent.

Mégalomanie? Cabotinage, pour paraphraser Esther Delisle? Peut-être. N’empêche que c’est mon but. Donner mon opinion, et le faire d’une manière imagée, directe, percutante, avec des arguments, c’est tout ce que je sais faire. Je me réveille la nuit en pensant à des arguments. J’allume la lumière en réfléchissant à ce qu’on pourrait me répondre. Je me rendors en imaginant la différence que je pourrais faire dépendant du choix des mots.

C’est tout ce que je sais faire.

Dumont 360

Plusieurs personnes m’ont dit avoir détesté Esther Delisle. Je dois vous révéler qu’en privé elle a été très courtoise et aimable avec moi, m’abordant en me disant que son instinct maternel lui défendait d’être méchante avec moi. J’ai bien rigolé. Dans le petit salon des invités, on a jasé pendant une vingtaine de minutes avant d’entrer en ondes. J’en ai profité pour sonder le terrain sur ses arguments (et j’étais satisfait de voir que son seul argument de choc était les commentaires de Falardeau à la suite du 11 septembre 2001) et pour écouter quelques anecdotes, notamment sur son voyage en Israël.

Qu’on me comprenne bien: mes idées sont à l’opposé de celles de cette femme qui a déjà publié une thèse sur le soi-disant antisémitisme des Canadiens-français dans les années 1930, mais j’ai apprécié le choc des idées et j’ai le plus grand plaisir à confronter des adversaires qui ne se défilent pas au moindre argument contraignant.

Pour le reste, Delisle est un personnage, et je crois que ses propos décousus sur Falardeau, les analphabètes et Pauline Marois en disent plus long que n’importe quoi que je pourrais ajouter. J’ai tout de même apprécié sa critique, après l’entrevue, où elle me conseillait de moins m’éparpiller et de mieux concentrer mes proppos. Après tout, je suis nouveau dans le métier, alors je prends toutes les critiques.

Toute l’équipe de production de Dumont 360 a été extrêmement aimable. Il est stupéfiant de voir tous ces passionnés travailler, semblant réellement prendre leur pied dans ce métier. Même Dumont semblait apprécier de pouvoir simplement être en ondes sans devoir constamment vendre sa salade adéquiste. Si j’avais besoin d’une expérience me donnant le goût de la télévision, la voilà.

Et ça ne fait que renforcer ma déception d’avoir manqué Martineau ce matin.

Le tourbillon médiatique

Tout ce tourbillon médiatique m’est étrange. Ce matin, en faisant mes courses, je me demandais si la dame qui me fixait incessamment avait vu l’émission hier soir où si c’était simplement mon imagination. Peut-être pensait-elle me reconnaître. Ou peut-être était-elle simplement dans la lune. Comment faire la différence? Comment décrypter le regard quand tout le monde autour jouit d’un avantage que je n’ai pas : ils ont la capacité de savoir qui je suis, de connaître mes idées et mes opinions, et je n’ai absolument aucune idée des leurs.

Peut-être est-ce pour cela qu’avant la télévision, avant la radio, j’ai surtout choisi l’écriture? Et si j’avais envie que ça change?

Contrat avec la SSJB

J’aurais voulu en parler plus tôt, mais avec la mort de Pierre Falardeau je trouvais un peu indécent de me réjouir publiquement. J’ai signé un contrat avec la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, après quelques mois de discussions. Je m’occupe d’une partie de leurs communications, d’un concours de plaintes à l’Office de la langue française qui verra le jour sous peu et d’ici une semaine ou deux une bannière en haut de mon blogue conduira aux sites de la SSJB et du Mouvement Montréal français.

Ce contrat me permet de travailler une journée de moins par semaine dans mon emploi régulier et d’avoir ainsi davantage de temps pour écrire. Je me rapproche ainsi de mon but, qui est de pouvoir vivre en faisant ce que j’aime.

Au fond, la véritable leçon que je retiens de toutes mes aventures est d’une simplicité affolante: il faut suivre ses passions et ne pas s’inquiéter pour l’argent. Quand on aime vraiment quelque chose, qu’on s’y donne à fond, qu’on y rêve la nuit, l’aspect monétaire suit irrémédiablement. Il faut avoir le courage de persévérer et de ne pas céder aux douces sirènes de l’argent facile qui ne font qu’éloigner la vraie réalisation de soi.

Je sais que ce billet peut paraître prétentieux aux yeux de certains et qu’on n’hésitera pas à me le souligner. C’est correct; je peux vivre avec cela. J’avance, ce blogue est mon tremplin, et qui sait ce que je pourrai ensuite réaliser.

Merci à vous tous, chers lecteurs. Vous êtes entre 500 et 800 à me lire quotidiennement, plus de 10 000 visiteurs différents par moi, et près de 200 qui sont abonnés à mes flux RSS. À vous tous, et à tous ceux qui croient aux causes que je défends, merci. Merci de faire un pas de plus vers la réalisation de mes rêves.

Et peut-être, j’ose espérer, de nos rêves.

Bientôt, la rue Pierre-Falardeau pour remplacer Amherst?
28 septembre 2009

Vous avez été nombreux à m’écouter au 98,5 FM à l’émission de Benoît Dutrizac. Je vous dis merci. Vous pouvez vous inscrire au groupe Facebook demandant qu’on renomme la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau ci-dessous:

Changeons le nom de la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau

Pour ceux qui ont manqué l’entrevue, vous pouvez l’écouter ICI. (Vers 8 minutes)

AJOUT: J’ai également participé à l’émission Dumont 360. Vous pouvez me voir ICI.

rue-amherst-rue-pierre-falardeau

Source de l’image

Pourquoi devrait-on changer la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau?

  • Il s’agit de la suite logique de la demande du conseiller indépendant Nicolas Montmorency, ayant exigé qu’on renomme la rue à cause du passé génocidaire de Amherst, qui a infecté des Amérindiens avec des couvertures infectées à la petite vérole;
  • Cela faisait déjà un moment qu’on désirait renommer cette rue: la mort de Pierre Falardeau ne doit pas être vaine et on peut se servir de la présente campagne électorale pour forcer les politiciens à honorer sa mémoire;
  • Montréal s’anglicise.  Quartier par quartier, le français recule.  Partout, on présente l’anglais comme étant une « ouverture sur le monde » alors qu’il s’agit en fait d’un billet aller-simple vers notre disparition.  Même notre future élite universitaire s’entiche de l’anglais; à preuve cette vidéo de l’UQAM, avec présentation bilingue, chanson anglophone, textes anglophones…  Il faut redonner un visage francophone à la ville.

Pourquoi spécifiquement la rue Amherst?

  • Il n’est pas nécessaire que ce soit la rue Amherst.  Mais on peut commencer par cette rue qui nous fait honte à tous.  Après, on verra?   Pourquoi pas une rue Pierre-Bourgault ensuite?  Il faut être pragmatique: le fer est chaud, forgeons-le immédiatement.
  • Pierre Falardeau a habité un peu à l’est de la rue Amherst.  Mais ce lien lui-même n’est pas nécessaire: quel lien entre René Lévesque Dorchester, par exemple?
  • Il y a un historique de tels changements de noms de rue.  À la fin du dix-neuvième siècle, on a changé le nom de l’avenue Colborne pour De Lorimier.  On a remplacé un militaire aux pratiques tortionnaires par le nom d’un Patriote mort pendu le 15 février 1839.

Falardeau était mal engueulé, parlait le joual et insultait parfois ses adversaires: pourquoi l’honorer?

  • Falardeau avait ses défauts, comme tout le monde et on pouvait l’aimer ou le détester, mais il a marqué le Québec, tant par ses films que par ses actions politiques. Il est le plus grand cinéaste québécois et ses films ont toujours exploré l’inconscient québécois, le manque de fierté, nos défaites ou nos petites victoires. C’est un homme du Québec. Il représentait ce que nous avions de meilleur et de pire en chacun de nous.
  • Lui donner une rue ne veut pas dire être d’accord avec tout ce qu’il a fait. Il s’agit simplement de reconnaître qu’il a profondément marqué le Québec.

Pourquoi pas une rue Claude-Ryan?

  • Je ne suis pas contre : Claude Ryan, que Falardeau a plus qu’insulté, mériterait une rue. Il a été un acteur de son temps à une époque où il était encore possible de croire à un Canada francophone. Il fut un exemple pour de nombreux fédéralistes qui furent également nos concitoyens. Les temps ont changé. Le Canada est devenu le tombeau de la langue de Molière et un Chinois a davantage de chance de conserver sa culture dans l’ouest qu’un francophone. Ryan était fédéraliste, mais il était un défenseur de notre culture et de notre langue, même si à la fin il a eu tort.
  • D’autres aussi auraient le droit d’être honorés. Qu’on pense simplement à Pierre Bourgault ou à Robert Bourassa. Mais ce n’est pas parce que d’autres le mériteraient et ne l’ont pas eu qu’on doit priver Falardeau de ce droit. Commençons par la rue Pierre-Falardeau, et ensuite on fera changer les autres noms!

S’agit-il d’une campagne d’éradication de tous les symboles anglophones de Montréal? Pourtant, ils font partie de notre histoire…

  • Nous sommes un peuple conquis. Ne l’oublions jamais. Au Québec, le français stagne, mais Montréal s’anglicise et le fait français en Amérique du Nord diminue. Il faut tout faire pour empêcher cela. Il ne s’agit pas d’éradiquer le fait anglais, mais plutôt de faire passer notre propre survie avant le devoir de mémoire des anglophones.
  • Ceci dit, j’aimerais encore mieux une ville avec des affiches anglaises partout et des rues aux noms anglophones mais où les Québécois se respecteraient assez pour refuser de parler en anglais, que ce soit en tant que client, au travail ou même dans la rue. La francisation des noms de rue n’est qu’un outil parmi d’autres. Le vrai combat, c’est celui contre le bilinguisme institutionnel. Il faut exiger le français et refuser de parler anglais au Québec : c’est un geste politique.
  • Les noms anglophones font partie de notre héritage. Si jamais nous en sommes rendus à vouloir les éradiquer, ce sera plutôt parce que nous sommes désespérés de voir que le français recule rapidement à Montréal et que nos politiciens ne font rien, sinon valoriser encore davantage l’anglais. C’est un geste de désespoir face à l’immobilisme de partis politiques peureux devant nous représenter mais ayant décidé de nous sacrifier sur l’autel de la rectitude politique.

Pourquoi n’attendrions-nous pas un peu avant de prendre une telle décision?

  • Nous sommes un peuple émotif. Lorsque nous attendons, souvent il ne se passe rien. À preuve, la sage du CHUM, ou l’incapacité d’honorer des monuments comme Robert Bourassa ou Pierre Bourgault. Attendre, ce serait nous condamner à l’inaction. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud et réclamer qu’un juste hommage soit rendu à Falardeau dès maintenant, pendant que son souvenir est frais à nos mémoires.

Le nom d’une rue constitue un symbole. En remplaçant le criminel Amherst par un homme ayant autant marqué le Québec que Pierre Falardeau, nous montrons notre attachement au symbole que constituait Falardeau. Et son symbole le dépassait de loin: il représentait ce désir de survie qui nous habite et son rejet des normes et des compromis. Il était ce que nous avions de plus pur en nous et s’il a parfois été trop loin, ce fut bien souvent pour nous secouer les puces et nous rappeler qu’il vaut la peine de se battre pour nos croyances.

Loin de constituer une finalité, ce changement de nom de rue devrait être un nouveau début. Que ceux qui croiseront la rue Pierre-Falardeau puissent se rappeler, à tout jamais, que d’une machine politique assimilatrice plus que centenaire a vécu et prospéré un petit grain de sable au coeur de l’engrenage.

Et que nous puissions unir nos maigres contributions afin de nous offrir d’autres leaders et libres-penseurs en mesure de mettre une fin, une fois pour toute, à la disparition du dernier peuple francophone d’Amérique du Nord.

Le tribunal de l’immigration a la piqûre pour l’anglais!
27 septembre 2009

Speak White! C’est à peu près ce que le commissaire de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada vient de déclarer à l’avocat Stéphane Handfield, qui se bat depuis février pour avoir le droit de plaider en français. Dans une cause où le client comprend un peu le français, où l’avocat et le commissaire sont francophones et se tenant au coeur de la plus importante métropole francophone d’Amérique du Nord dans une province francophone reconnue officiellement comme nation, impossible de plaider en français!

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En effet, le commissaire a décidé de lier la traduction en français de tous les documents au fait que le client subirait un préjudice s’il en était autrement. Autrement dit: si l’avocat et le commissaire sont bilingues, c’est l’anglais qui prime. Le français ne constitue plus une langue égale, mais une langue qu’on utilise si le fait de parler anglais pourrait nuire au client. Désormais, recevoir la preuve en français ne constitue plus un droit; c’est à la défense de prouver que le fait de la recevoir en anglais constituerait un préjudice. Si on avait besoin d’une autre preuve que l’institutionnalisation du bilinguisme au Québec se transforme irrémédiablement en anglicisation, la voilà.

Pourtant, les règles de l’immigration stipulent qu’il est possible pour un résidant permanent ou un étranger de demander de changer la langue des procédures pour le français ou l’anglais s’il le fait par écrit, ce qui avait été fait le 2 décembre dernier, soit plus de deux mois avant le début des procédures. La récente décision de la Couronne vient invalider ces règles en affirmant que celle-ci n’était tenue de présenter la preuve qu’en une seule des deux langues officielles, même si le procès se déroule dans une autre langue. Par pure mauvaise foi, parce qu’elle « n’est pas tenue » par la loi de respecter les francophones, elle ne traduit pas la preuve.

Or, quel message lance-t-on à l’immigré et à sa famille? On lui dit ceci: « Tu n’es pas tenu d’apprendre le français à Montréal et au Québec. Même la cour s’en fout de cette langue bâtarde ». S’il gagnait sa cause et pouvait demeurer ici, aurait-il envie d’apprendre une langue qu’on doit chuchoter entre païens dans les grands sanctuaires de la justice? Une langue ne méritant même pas d’être utilisée entre un avocat et un commissaire la parlant pourtant eux-mêmes. Une langue étrangère, que même les barbares eux-mêmes ne peuvent plus utiliser entre eux. Vous l’apprendriez, vous, le français, après une telle leçon?

De la même manière, en faisant porter le fardeau de la preuve sur l’avocat, qui doit prouver que la non-traduction de la preuve nuit à son client, on transforme le français de droit reconnu à une béquille dont il faudrait se départir. On imagine déjà la scène: « Monsieur le commissaire, je ne suis pas parfaitement bilingue, pourriez-vous SVP dans votre grandeur consentir à ce qu’on traduise la preuve dans cette langue qui est la nôtre, qui est parlée partout autour de nous, mais dont nous devrions avoir honte de parler ici? » On demande à l’avocat de prouver qu’il ne maîtrise pas suffisamment l’anglais au lieu de reconnaître son droit à travailler dans sa langue en son propre pays. On fait de lui un citoyen de seconde classe.

Individuellement, ce n’est qu’une affaire d’avocats et d’immigrants. On force les premiers à travailler dans une langue étrangère et on donne le mauvais exemple aux seconds quant à la nécessité d’apprendre le français au Québec. Le français ne disparaîtra pas à cause de cela. Une tempête dans un verre d’eau, diront certains.

Si on prend un peu de recul, pourtant, on constate qu’il s’agit d’un autre assaut contre la langue française au Québec. Chaque attaque constitue la petite piqûre d’abeille certes dérangeante, mais qui ne tue pas. C’est la somme de toutes ces agressions, de toutes ces tempêtes dans un verre d’eau, de toutes ces piqûres qui fait porter un risque fatal à la survie et à la vitalité de la langue de Molière en Amérique du Nord. Cette invasion de petits riens, presque anodins hors de leurs contextes respectifs, tuent à petit feu le corps meurtri de ce qui fut une grande nation francophone.

On peut continuer à palabrer et à se questionner sur chaque petit affront, mais qui aura le courage de sonner l’alarme?

Non, ce n’est pas qu’une histoire d’un avocat ne voulant pas parler anglais. C’est l’histoire de tout un peuple se laissant endormir à grands coups de bilinguisme et de petites agressions quotidiennes semblant trop insignifiantes pour mériter d’être contrées.

Je dédie ce billet à la mémoire de Pierre Falardeau. Malgré tous ses défauts, il sonnait l’alarme.

Pierre Falardeau n’est pas mort
26 septembre 2009

« Nous vaincrons ». Deux mots, griffonnés d’une écriture tremblante à la va-vite sur le scénario de son film « 15 février 1839 ». 1997. Téléfilm Canada refusait de financer son projet. Une journée d’octobre, froide, au ciel laiteux, et nous étions peut-être 300 ou 400 personnes à marcher avec Pierre Falardeau.

Qu’est-ce qu’il m’avait dit exactement? Le souvenir s’est édulcoré, comme une règle de grammaire qu’on oublie mais qu’on applique sans s’en rendre compte. Était-ce: « N’arrête jamais! » Ou peut-être: « Ces hosties là me font chier ». Je ne m’en souviens plus. Mais je me rappelle du principal: Pierre Falardeau, dans toute son intégrité, passionné comme jamais, m’a donné l’impression d’un homme authentique qui ne plierait jamais l’échine devant qui que ce soit.

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Or, n’était-ce pas précisément ce qu’on lui reprochait? On aimait le dépeindre comme une relique du passé, comme un homme d’un autre temps, enfermé dans une logique sectaire ou réfractaire au « nous inclusif ». Ce à quoi Falardeau répondait toujours quelque chose du genre: « Nous qui? Nous quoi? Nous, tabarnak! Ceux qui veulent! Les autres, c’est des esti d’sales et j’vas leur casser la gueule! » Ses mots choquaient, ses attaques aussi, mais il nous forçait à réfléchir, à nous questionner sérieusement. Mais peut-on réellement lui donner tort? La langue de bois du « nous inclusif » et autres réductions de la réalité, il la prenait, la trempait dans l’essence et la lançait au visage de ceux qu’il considérait trop coincés pour pouvoir s’exprimer librement. Pour Falardeau, ce n’était pas au présent de s’adapter aux diktats de l’air du temps, mais plutôt aux passionnés comme lui de forger le futur. Il croyait au pouvoir de l’action.

En fait, Falardeau, loin d’être passéiste comme certains le décrivait, adaptait son discours en fonction des événements. En 1996 ou 1997, il manifestait avec le défunt Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), faisant la tournée des hôtels de ville de l’ouest de Montréal ou de la rive-sud pour s’en prendre aux défusionnistes, dont les plus jeunes devaient avoir soixante ans bien sonnées et leur crier toute sa haine du Canada. Mais une décennie plus tard, alors que le Canada devenait de plus en plus un concept abstrait et où on commençait à nous imposer le bilinguisme comme si c’était la panacée, il ajustait le tir: « il ne s’agit pas de savoir s’il vaut mieux parler une, deux, trois ou cinq langues, il s’agit de refuser de se faire imposer le bilinguisme pour gagner sa vie ». Falardeau, c’était aussi cela: un homme de son temps, capable de réfléchir et de sentir quels étaient les véritables enjeux du moment.

Bien sûr, il choquait. Il carburait à la polémique. Il n’hésitait pas à dénigrer ses adversaires idéologiques. Mais ses insultes n’étaient jamais gratuites, contrairement à ce que certains aimaient lui reprocher. Il pouvait résumer un trait de personnalité le dérangeant chez quelqu’un en quelques mots. Ainsi, il parlait de Monseigneur Steven Guilbault, du Père Hubert Reeves, des Cowboys mélangés, de l’autre mongol à barbiche, Suzuki, Kawasaki, Yamamoto ou quelque chose du genre venu à Montréal nous faire la morale in English only, de Patrick Lagacé, le blagueur de La Presse, de l’unifolié, un pavillon de complaisance, de Françoise David et son catalogue de bons sentiments… Il ne faisait pas semblant, pour la galerie, d’être ouvert d’esprit; il l’était réellement, c’est-à-dire qu’il n’hésitait jamais à confronter directement les idées d’autrui, à les engueuler pour une virgule, bref à faire tout ce que nous, petits Québécois habitués au « tu as ton opinion et j’ai la mienne, maintenant tenons-nous par la main et faisons une ronde » n’osions plus faire: débattre sérieusement, et permettre que de la violence d’une saine discussion puisse jaillir la vérité.

En ce sens, Falardeau était le descendant direct de Pierre Bourgault, à la différence que ce dernier cherchait réellement à convaincre ceux qui ne pensaient pas comme lui tandis que Falardeau, lui, parlait surtout aux convaincus, leur lançant le message qu’il était possible d’être soi-même, d’habiter son corps et ses idées, que nous n’avions pas à nous cacher pour avoir des convictions ou même pour être vulgaire.

En fait, le grand combat de Falardeau, ce n’était pas tant celui de la liberté, bien qu’il a utilisé ce mot à toutes les sauces tout au long de son oeuvre, mais plutôt celui de l’identité. Celui du droit d’être soi-même, d’être un Québécois parlant en joual, sacrant, un bon vivant, se battant puis se réconciliant, un francophone, un descendant des Patriotes, un fier habitant de cette Terre et réclamant le droit d’avoir son mot à dire pour le futur de ceux qui n’aspirent qu’à avoir un petit chez-eux où vivre selon leurs convictions.

À sa façon, Falardeau nous rappelait constamment l’importance de ce vieux proverbe: « Il n’y a que deux choses que nous puissions transmettre à nos enfants : des racines et des ailes ». Dans un monde où on survalorise la réussite individuelle et où on oublie l’importance des racines, Falardeau a fait du combat identitaire pour la survie du peuple francophone d’Amérique du Nord un combat vital, actuel, nécessaire. Il nous a rappelé qu’au-delà de nos petites vies individuelles, nous participons à un combat plus grand que nous-mêmes et que nous ne sommes qu’une maille dans une grande chaîne d’idées et de valeurs. Il nous a rappelé notre devoir de mémoire et de respect des valeurs et de l’identité de ceux qui nous ont précédé.

Pierre Falardeau n’est pas mort. Il vit encore, parmi nous, dans nos têtes, dans la survivance de ces valeurs et de cette identité collective qui fait de nous un peuple unique. Est-ce que « nous vaincrons »? Difficile à dire. Une chose est certaine, pourtant: s’il y avait davantage de Falardeau au Québec, nous serions assurés qu’il y aurait encore un « nous » ayant la possibilité de vaincre dans le futur.

REP – Repose en paix Pierre Falardeau. On va les avoir, les tabarnaks.

Haro sur les hausses de tarifs!
25 septembre 2009

La volonté du gouvernement Charest d’augmenter les tarifs de nombreux services publics plutôt que d’éliminer les généreuses baisses d’impôts accordées aux plus fortunés depuis une décennie ne peut avoir qu’une seule conséquence: l’augmentation des inégalités sociales et l’appauvrissement d’une franche toujours plus grande de la population.

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En effet, l’impôt progressif constitue la meilleure façon de redistribuer la richesse. Comme je l’écrivais ici, les pays imposant un impôt plus lourd aux personnes les plus privilégiés sont moins inégalitaires que les autres. Les deux pays de l’OCDE dont le niveau d’inégalité a le plus augmenté depuis les années 80 sont la Finlande et la Nouvelle-Zélande, et ces deux nations se sont attaquées à la progressivité de l’impôt. (( SOCIETY AT A GLANCE 2009: OECD SOCIAL INDICATORS )) En Finlande, on a établi un impôt unique pour les corporations et les non-résidents; en Nouvelle-Zélande, on a réduit le niveau de taxation des plus fortunés de moitié.

Or, que représentent les tarifs, sinon une forme d’impôt unique, la célèbre flat tax? L’an dernier, j’écrivais, au sujet des hausses appréhendées des tarifs d’électricité:

Puisque l’électricité se vend au même coût indépendamment du revenu, c’est une sorte de taxe régressive, c’est-à-dire que proportionnellement au revenu toute hausse fait plus mal au pauvre qu’au riche. C’est la logique-même: un individu gagnant 20 000$ par année voyant son compte d’électricité passer de 1200 à 2000$ par année a perdu 4% de son pouvoir d’achat, alors qu’un plus riche gagnant 100 000$ – même s’il consomme davantage – dont le compte passe de 2400 à 4000$, ne perd que 1,6% de son pouvoir d’achat. Proportionnellement, on pénalise les pauvres en augmentant les coûts de l’électricité, surtout qu’il y a toujours un minimum en-dessous duquel on ne peut plus économiser.

Et l’année précédente, concernant les péages à tarif fixe:

Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Je proposais également un péage progressif, établi électroniquement en fonction du revenu plutôt que par essieu ou par voiture, un peu à l’image des contraventions de certains pays scandinaves.

Ces hausses de tarifs sont régressives; il s’agit d’une flat tax à petite échelle. En glorifiant le concept d’utilisateur-payeur, on fait porter le même poids du financement d’un service à une personne vivant dans la précarité et à une autre dans l’opulence. Bref, on annihile le pouvoir de redistribution de l’impôt et on augmente le fardeau des moins bien nantis. Généralisées, ces hausses de tarifs viendraient remplacer le manque à gagner causé par les baisses d’impôts accordées aux mieux nantis par les gouvernements péquistes et libéraux.

En fait, il faut voir la situation d’un point de vue global. Pendant que l’économie progressait, on a coupé les impôts des mieux nantis, et aujourd’hui, ce seraient aux plus pauvres de payer. Au lieu de reconnaître son erreur, le gouvernement Charest s’engage dans une fuite idéologique vers l’avant et met en péril la situation financière de la classe moyenne et des plus démunis.

La véritable question est de savoir quelle genre de société nous souhaitons. Désirons-nous un Québec où les plus riches ont tous les droits? Le droit de se stationner n’importe où, par exemple, car 42$ pour un individu en gagnant 100 000$ par année, ce n’est pas comme 42$ pour celui qui en fait 30 000$? Le droit d’habiter en banlieue et d’aller travailler à Montréal en voiture, car un péage fixe de 3,50$ matin et soir (35$ par semaine) ne constitue pas le même poids pour le riche et pour le pauvre? Le droit de gaspiller l’électricité pendant que les moins fortunés ont froid? Le droit de se payer des études de grande qualité pendant que les autres s’endettent?

Comme je l’écrivais ici, il s’agit d’une forte dérive du concept d’utilisateur-payeur:

La vérité, c’est qu’une société ne se bâtie pas sur le concept de l’utilisateur-payeur. Elle se construit avec l’idée que tous, à un moment ou un autre de leur vie, auront besoin des services de la collectivité. Même le plus riche aura besoin des services sociaux qui assurent un minimum de stabilité sociale et empêchent les plus déshérités de la société de le voler ou le tuer dès qu’il met les pieds dans la rue.

Ne devrions-nous pas viser un équilibre? La personne plus fortunée a le droit de jouir de son argent, mais cela ne lui donne pas tous les droits. Elle a largement bénéficié des richesse de la société pour s’enrichir et il est normal qu’elle doive porter un poids plus lourd sur ses épaules. Les services, nous en avons tous besoin, et la vraie, la seule véritable façon de les financer adéquatement et dans le respect de la mission sociale de l’État, c’est encore grâce à l’impôt.

Le gouvernement Charest aura-t-il le courage d’annuler les baisses d’impôts accordées aux privilégiés ou se contentera-t-il bêtement d’augmenter encore davantage le fardeau de la classe moyenne et des moins nantis en haussant les tarifs? Face à une opposition aussi faible que celle d’un Parti Québécois obnubilé par le respect d’un déficit zéro ayant marqué une de ses périodes les plus sombres, on peut en douter.

La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.

Compteurs d’eau: les coûts cachés du privé
22 septembre 2009

Le rapport du vérificateur général de Montréal sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau est cinglant: rencontres planifiées, firmes écartées, coûts gonflés, apparence de conflits d’intérêts. La totale, quoi. On blâme l’administration Tremblay et on a raison de le faire: s’il avait un minimum de respect pour ses électeurs, le maire aurait démissionné depuis longtemps. Mais si c’étaient plutôt les dogmes des PPP et du tout-privé qui étaient la cause réelle de ce scandale?

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En effet, le contrat des compteurs d’eau n’est pas le premier scandale de ce genre. On n’a qu’à penser à ABC Rive-Nord, la compagnie de l’ex-ministre David Whissell, qui a reçu de généreux contrats gouvernementaux, notamment celui de l’entretien d’une partie de l’autoroute 50. Dans ce cas, le ministère n’a jamais cherché à vérifier s’il serait moins coûteux de faire faire les travaux par les employés de la voirie; l’idéologie a pris le dessus sur la bonne gestion des fonds publics.

Or, c’est exactement ce que reproche le vérificateur Jacques Bergeron à l’administration Tremblay.

À la page 166 de son rapport, il écrit:

Nous recommandons, pour les projets d’une importance significative, d’établir un scénario de réalisation à l’interne, par les employés de la Ville, qui serait appelé à être comparé aux soumissions reçues et/ou à une soumission d’étalonnage, le cas échéant. Cette approche permettrait notamment d’identifier clairement les avantages attendus du recours à un entrepreneur externe.

Et à la page 165:

Nous recommandons à la Ville de renforcer son expertise interne en matière d’élaboration et de gestion de projets complexes, afin de faire contrepoids aux approches et solutions proposées par les firmes externes.

En clair, en adoptant l’idéologie du tout-privé sans s’assurer qu’il y avait effectivement un gain pour les citoyens à ce qu’une firme privée fasse le travail que pourraient effectuer en grande partie les employés municipaux, l’administration Tremblay a manqué à son devoir de bonne gestion des fonds publics. Est-ce surprenant? Dans une culture municipale où le financement provient fréquemment de sources douteuses ou de compagnies ayant des intérêts dans ces contrats, il ne faut pas s’étonner de cette situation. Ce ne sont tout de même pas des Cols Bleus qui glisseraient des enveloppes brunes sous les portes de l’hôtel de ville. Le recours au privé entraîne la corruption, simplement.

En fait, quand on calcule les soi-disant avantages de faire appel au privé plutôt qu’au public, il faudrait aussi tenir compte des coûts que comporte la bonne surveillance du processus d’appel d’offres. Outre le fait que le privé devrait théoriquement coûter plus cher à cause de sa recherche du profit, si on désire que le processus d’attribution de contrat soit sans taches, c’est tout un système de garde-fous qui doit être mis en place. Le rapport Bergeron en parle dans ses conclusions:

  • Le  conseil municipal devrait désigner un comité composé d’experts indépendants afin d’examiner l’ensemble des processus de gestion;
  • Les documents d’appels de qualification, tout comme ceux d’appels d’offres, devraient être revus par une personne extérieure au service concerné;
  • On devrait créer un comité de réflexion afin de revoir les mécanismes de contrôle, mais également de gouvernance à la Ville de Montréal;
  • Des scénarios devraient être établis afin de scinder des projets pour favoriser la concurrence;
  • Il faudrait que « la Ville ajoute une clause standard à ses appels de qualification et de proposition de manière à ce que la période de restriction des communications entre d’une part, les soumissionnaires et d’autre part, les élus, les employés de la Ville et leurs mandataires, couvre la période s’échelonnant du début de l’appel de qualification jusqu’à l’octroi du contrat conséquent à l’appel de propositions »;
  • Les personnes impliquées devraient signer une déclaration d’indépendance;
  • Il faudrait que « la Ville organise une formation en éthique pour les élus, la direction, les gestionnaires et le personnel concerné par le processus d’approvisionnement, d’acquisition et de réalisation des contrats ».

Et ainsi de suite.  Ces suggestions représentent une partie des garde-fous nécessaires à ce que l’attribution d’un contrat au privé se fasse dans les normes. Ce sont des structures qui comportent un coût et une lourdeur bureaucratique, mais elles sont nécessaires si on espère confier la gestion de nos services au privé.

Ainsi, quand on dit que le privé coûte moins cher, on pense peut-être simplement à l’attribution du contrat et aux économies réalisées par le fait que les employés y sont souvent moins payés. Dans les faits, ce que dit vraiment ce rapport, c’est que l’idéologie du tout-privé comporte d’autres coûts et qu’il serait beaucoup mieux pour tout le monde de comparer le prix d’un service offert par le public à celui du privé. Et ce que ne dit pas le rapport Bergeron – et qui est primordial – c’est qu’il faudrait aussi calculer ces « coûts de la surveillance » ou coûts pour une attribution éthique, dans le calcul. À la fin, on aurait peut-être l’impression que ce qui paraissait être un bon deal s’est révélé beaucoup plus coûteux que prévu.

Ce n’est pas un hasard si le gouvernement Charest a enterré les PPP. Dans un système politique imparfait mais aspirant à la transparence, les soi-disant gains du privé ne justifiaient pas tous les garde-fous. Il serait peut-être temps pour Montréal de prendre acte de la leçon et de confier, dans la mesure du possible, la gestion de nos services à ses employés municipaux. Ils ne sont pas parfaits, on aime parfois rire d’eux, mais ce sont encore les travailleurs les plus intègres et les plus professionnels que nous ayons.

Et surtout, ils n’ont pas de yacht, de luxueuses propriétés ou d’amitiés douteuses avec des chefs de la mafia italienne.

Les magouilles politiques du clan Harel
21 septembre 2009

Quand André Lavallée affirme que c’est Louise Harel, avec qui il a fait équipe au Parti Québécois pendant de nombreuses années, qui a laissé couler l’information sur son passé felquiste afin de le punir pour son refus de joindre Vision Montréal, ce n’est qu’un énième exemple de la façon sale dont Louise Harel et son équipe font de la politique. Dans un jeu où les intérêts dépassent de loin l’hôtel de ville de Montréal, Harel s’entoure de gens aux méthodes plus que discutables, qui n’hésitent pas à infiltrer et à manipuler d’autres partis pour atteindre leurs objectifs: l’élection de Harel et la mainmise des réseaux péquistes sur les infrastructures politiques municipales en vue des prochaines élections provinciales.

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Au coeur de cette partie politique, Frédéric Lapointe, président du PQ dans Crémazie, directeur de campagne de Lisette Lapointe lors des dernières élections provinciales, un proche de Nicolas Brisson (organisateur politique de Louise Harel dans la première partie de son odyssée vers la mairie), de André Boisclair et partie intégrante des réseaux reliés au Parti Québécois et à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Lors des dernières élections municipales, Lapointe a remarqué que l’appui du PQ à Union Montréal dans Ahuntsic a causé la division du vote des indépendantistes, contribuant à l’élection de Hasmig Bellini, une fédéraliste notoire. Dans un quartier où tant Maria Mourani du Bloc Québécois que Lisette Lapointe du PQ ont obtenu des majorités se comptant en centaines de votes, l’établissement de tout un réseau sympathique au Parti Libéral dans Ahuntsic, avec ses nombreuses personnes payées à temps plein, ne pouvait que contribuer à faire perdre péquistes et bloquistes lors des prochaines élections. Frédéric Lapointe a donc développé, avec son réseau d’influence, un profond intérêt pour la politique municipale, en particulier sur le Plateau-Mont-Royal.

En effet, le quartier a été témoin de l’élection du premier député de gauche au Québec depuis des décennies, Amir Khadir. Le calcul effectué par de nombreux péquistes est le suivant: le 8% de voix de Québec Solidaire empêche l’élection de nombreux députés du PQ dans des luttes serrées. On a donc deux choix: soit on fait alliance avec Québec Solidaire et on introduit les concepts d’élection référendaire et de meilleure redistribution de la richesse dans le programme du PQ, soit on se concentre à battre Khadir sur le terrain, lui qui a gagné avec une mince avance de 700 voix. On a choisi la deuxième option, évidemment – il ne faudrait tout de même pas que le PQ soit réellement indépendantiste ou social-démocrate au-delà du discours!

Or, pour espérer battre Amir Khadir sur le terrain, il importait de s’assurer du contrôle de la machine municipale de Projet Montréal (PM), assez proche de Québec Solidaire, qui a fait élire un conseiller municipal lors des dernières élections et qui est en voie de ravir une bonne partie du quartier avec plusieurs candidats de qualité. Une personne influente de Projet Montréal m’a expliqué, sous couvert de l’anonymat: « Si Projet Montréal gagne tout le Plateau, ça met en poste sept élus et trois attachés-politiques, donc dix personnes payées à temps plein, qui sont en communication avec les gens de leur quartier et qui vont indirectement travailler à consolider les appuis à Québec Solidaire ». C’est exactement ce que veulent éviter des péquistes comme Frédéric Lapointe et Louise Harel. Et c’est pour cela que Lapointe a infiltré Projet Montréal.

Richard Bergeron, l’homme à abattre

Projet Montréal, c’est le parti de Richard Bergeron. Il a toujours refusé de faire de la politique comme les autres, ne voulant rien savoir du financement occulte incitant un retour d’ascenseur et est demeuré intraitable quant aux objectifs du parti pour la métropole, surtout en ce qui concerne l’éthique et le développement urbain. Pour Lapointe et ses amis, c’était l’homme à abattre, le naïf ne méritant pas de se faire élire avec ses idéaux rose-bonbon.

Après avoir infiltré PM avec une dizaine de personnes et avoir fait d’énormes pressions sur Bergeron pour qu’il se retire, pavant la voie à une fusion avec Vision Montréal, Lapointe et plusieurs membres du réseau Harel ont organisé une réunion de la dernière chance, milieu juillet. Cette réunion a eu lieu chez Guillaume Vaillancourt, ancien membre influent de PM et aujourd’hui candidat de Vision Montréal pour la mairie du Plateau-Mont-Royal. Il y avait aussi Richard Bergeron, Magda Popeanu (présidente de PM et fidèle à M. Bergeron), Atim Leon (aujourd’hui candidat pour Vision Montréal) et, bien sûr, Frédéric Lapointe lui-même. On a demandé à Richard Bergeron de partir, en échange de quoi Vision Montréal lui offrirait la mairie d’Outremont. Fidèle à ses convictions, il a refusé.

Quelques jours plus tard, Frédéric Lapointe a rencontré un organisateur politique de PM pour lui offrir une « ultime ultime chance de faire la fusion ». Manipulateur, il annonçait la stratégie de Harel si PM refusait la fusion. Il s’agissait d’annoncer des candidats de prestige, un à un, pour s’opposer à ceux de Vision Montréal. Une de ceux-là étaient Elsie Lefebvre, contre Éric Daoust (ce qui manque particulièrement de classe de la part de Lefebvre, puisque Daoust a été son lieutenant politique pendant des années et il lui a toujours été fidèle). Ensuite, Lapointe annonça que Guillaume Vaillancourt allait quitter PM pour Vision Montréal. Devant la réaction d’incrédulité de son interlocuteur, il a ajouté: « quand Louise Harel va l’appeler, il va faire ce qu’on va lui demander de faire ». Ce qu’il a fait. Puis, il annonça qu’ils allaient mettre une pression « de la mort » sur une candidate importante de Projet Montréal (dont je dois taire le nom) afin qu’elle se retire avant les élections. « Elle ne sera plus capable, elle va craquer et elle va se retirer », a ajouté Lapointe.

Le but est simple et la logique respectée: il faut mettre Projet Montréal à mort si on veut reprendre le Plateau des mains se son équipe, très (trop?) près des citoyens, et enlever ses appuis à Québec Solidaire, avant que le parti ne devienne plus important encore et nuise davantage aux efforts du Parti Québécois pour se faire élire. Au passage, on espère aller chercher quelques sièges supplémentaires pour Vision Montréal. « Ces gens-là [reliés à Lapointe et Brisson] ne sont pas « fair » », m’explique une de mes sources. « Ils mentent, menacent, organisent des spins, enlèvent des pancartes. Gagner pour gagner, c’est tout ce qui compte pour eux. » Malgré le limogeage de Brisson, on peut se questionner sur la pertinence pour Louise Harel de s’acoquiner avec Frédéric Lapointe et de participer, ne serait-ce qu’indirectement, à de telles méthodes.

Au fond, la véritable question est la suivante: à qui profite les magouilles de l’équipe Harel? Aux citoyens, qui subissent les choix imposés selon les calculs politiques de l’heure, ou aux élites politiques qui se servent d’une démocratie municipale bien malade pour atteindre leurs propres objectifs?

En vérité, la seule solution consiste peut-être à s’informer soi-même, à s’intéresser à la politique, à ouvrir nos lumières et à éblouir ceux qui se terrent dans la noirceur pour court-circuiter la démocratie. Car actuellement, on a peut-être simplement la politique que nous méritons: une politique de l’ombre, de manigances, pour une population qui ne se donne même plus la peine de se passionner pour ses enjeux et de voter en conséquence.

Et si on s’y intéressait suffisamment pour que ce soient les intérêts des Montréalais – et non ceux des partis politiques provinciaux – qui soient mis de l’avant? Avant de « redémarrer Montréal », comme le propose Harel, il serait peut-être intéressant de se demander par quoi elle espère remplacer cette vieille machine politique désuète ne fonctionnant qu’en réseau… très fermé!

Le changement pour le changement, est-ce vraiment ce dont a besoin Montréal?


AJOUT (23 septembre 2009):

J’aimerais apporté quelques précisions et corrections à ce texte. Les voici.

  • Certains ont mal interprété mon choix du mot « infiltrer » pour parler de Lapointe qui est arrivé à Projet Montréal.   Le mot « infiltrer », selon le dictionnaire, signifie: « Introduire (qqn) dans un milieu dans le but de surveiller sans attirer la méfiance. » Cela ne veut pas nécessairement dire que Lapointe avait un but précis dès son arrivée à Projet Montréal, sinon en tant qu’observateur ayant compris l’importance des partis municipaux pour pouvoir aider les partis provinciaux.  Son attaque ne visait peut-être pas Québec Solidaire dès le début, mais elle visait certainement à améliorer la mainmise du PQ sur les partis municipaux.
  • Au sujet de la réunion chez Guillaume Vaillancourt, j’ai commis un impair.  Lapointe se serait contenté de demander à Bergeron ce que ce dernier voulait pour qu’il démissionne, lui offrant au passage la mairie du Plateau Mont-Royal s’il laissait le champ libre à Louise Harel.  C’est plutôt Siou Fan Houang, de Projet Montréal, qui a proposé la mairie d’Outremont, ce que Bergeron a refusé.  Cela n’invalide cependant pas le fait que Lapointe négociait au nom de Louise Harel alors qu’il était membre en règle de Projet Montréal.  C’est d’ailleurs dès cette réunion en question que les menaces du réseau Lapointe ont réellement commencé (« Vous ne valez que 5% », « On va vous rayer de la carte »), et non pas dans la rencontre qu’a eue Lapointe avec un membre influent de Projet Montréal un peu plus tard.  Notons que la dite réunion s’est terminée par un claquage de porte et des cris.
  • Quelques jours plus tard, Lapointe a joué ses dernières cartes en demandant au dit-membre influent à au moins quatre reprises ce que Bergeron voulait pour partir.  Il a précisé la stratégie de Harel contre Projet Montréal.  Il n’a jamais pu accepter qu’un politicien puisse rester fidèle à ses convictions et refuse un poste important.  (À cet effet, des membres du réseau Lapointe me harcèlent depuis quelques jours, et ils ont une chose en commun: ils parlent de Bergeron comme d’un « loser »).

Pour le reste, j’aimerais attirer votre attention sur ceci: il y a présentement 18 commentaires de personnes du réseau Lapointe/Brisson sur ce blogue. Il y a une enfilade de près de 40 commentaires sur mon statut Facebook à cet effet et on me harcèle presque par messages privés. Si j’avais quelques doutes sur les méthodes de ce réseau, je n’en ai plus du tout.

Ce billet n’est pas exempt de petites erreurs sur les détails, mais l’image centrale est véridique. Croyez-vous que c’est un hasard si de nombreux politiciens provinciaux s’en viennent au municipal? Ce sont des gens comme le réseau Lapointe qui permettent à la machine de fonctionner en huilant ses rouages de mystères et de tractations secrètes. Qui utilise qui n’est pas toujours clair, mais c’est d’un commun accord qu’ils acceptent tantôt d’être utilisés, tantôt d’utiliser les autres. Et c’est Harel ou le PQ qui en récolte les fruits.

Et le grand perdant, comme toujours, est le citoyen qui aimerait qu’on fasse de la politique autrement.

Louise Harel à CTV: et si elle refusait d’y aller?
20 septembre 2009

Disons-le d’emblée: Louise Harel n’a pas à participer à un débat en anglais organisé par CTV, tout comme rien ne l’oblige à être présente à n’importe quel autre forum organisé par quelque autre minorité linguistique de Montréal. Quelque 86% de la population montréalaise comprend le français et elle ne doit pas céder aux caprices du 11% qui, après toutes ces années, ne peut pas lire les sous-titres du Journal de Montréal. Pire: si elle cédait aux arguments de son principal adversaire, c’est Montréal qui en subirait les conséquences.

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En effet, Gérald Tremblay s’agite avec force pour affirmer que la non-participation de Harel à ce débat serait un manque de respect à l’égard des Montréalais. Il ne complète pas sa pensée; je le ferai donc pour lui. Selon lui, Montréal n’est plus une ville francophone. Faisant totale abstraction du fait que les francophones ne constituent qu’un maigre 2% de la population d’Amérique du Nord, il ne perçoit aucunement la menace que pose l’anglicisation pour les habitants de sa propre ville. Bref, c’est lui qui manque de respect au 50% de la population de langue maternelle française pour qui le français constitue un héritage à protéger. Il renie le caractère intégrateur et inclusif de la langue de Molière; il nous ramène au statut d’ethnie parmi d’autres et invalide la capacité du français à être la seule et véritable langue unificatrice de la ville.

Pourtant, Montréal, c’est nous, c’est notre ville, c’est notre histoire, et c’est à nous qu’il manque de respect en insinuant qu’un francophone n’aurait pas le droit d’atteindre les plus hauts échelons dans sa langue.

De la même manière, pourquoi Louise Harel ne pourrait-elle pas devenir mairesse de Montréal en parlant uniquement le français si son homologue d’Ottawa, Larry O’Brien, ne peut pas lui-même le parler dans la capitale nationale d’un Canada soi-disant bilingue? Comme le note Charles Castonguay, le fait français à Ottawa est en passe de devenir une note de bas de page dans les manuels d’histoire:

À cause de son formidable pouvoir d’assimilation, la majorité de langue d’usage anglaise a maintenu de fait son poids à 77 % de la population d’Ottawa. Au contraire, celui de la minorité de langue d’usage française a chuté rapidement, passant de 17 % en 1971 à seulement 11 % en 2006. Ainsi, la capitale comptait quelque 450 anglophones pour 100 francophones, langue d’usage, en 1971 mais environ 700 anglophones pour 100 francophones 35 ans plus tard.

Concrètement, si O’Brien peut devenir maire d’Ottawa sans parler le français alors qu’on aimerait forcer Harel à apprendre l’anglais, c’est parce que le français représente une langue mourante à Ottawa. Au contraire, à Montréal, l’anglais se porte très bien, avec un indice de vitalité linguistique (IVL) de 1,43, contre 1,09 pour les francophones. Deux poids, deux mesures.

L’assimilation progressive des francophones d’Ottawa n’est peut-être qu’un aperçu de ce qui arrivera ici si on légitime la bilinguisation de la métropole.

Or, quand Tremblay affirme que « c’est important que tout le monde soit bien informé des enjeux » pour justifier ses attaques contre Harel, il va encore plus loin: il considère que le rôle d’une administration n’est pas d’unir les citoyens selon des valeurs communes, mais plutôt de tout faire pour les rejoindre sans tenir compte de l’importance de la cohésion. Dit autrement: chaque citoyen devrait avoir le droit d’être « bien informé des enjeux » même s’il est incapable d’aller s’acheter une pinte de lait au dépanneur, s’il considère que les femmes ne devraient pas avoir le droit de conduire une voiture ou s’ils pratiquent la charia derrière des portes closes. Exit l’intégration, voici l’atomisation!

En clair, on veut votre vote, mais continuez à vivre repliés sur vous-mêmes si ça vous chante! S’agit-il d’une attitude responsable et bénéfique pour Montréal à long terme?

Si au moins le maire actuel était cohérent. S’il veut vraiment que « tout le monde soit bien informé des enjeux » et si pour lui de ne pas s’adresser aux citoyens dans leur propre langue d’origine constitue un « manque de respect », qu’il agisse comme tel. Qu’il organise un débat en espagnol pour les 44 380 unilingues hispanophones de Montréal. Qu’il propose un forum en italien pour les 42 355 unilingues italophones. Ou pour les 29 185 locuteurs d’une langue chinoise. Ou pour les 15 354 unilingues originaires du Vietnam. Ou pour les 13 510 Grecs, 13 455 Roumains, 13 355 Créoles, 12 045 Russes ou 9 520 Tamouls qui ne parlent que leur langue nationale! ((Source)) Come on, entrez, c’est un bar ouvert, venez profiter des avantages d’habiter ici sans jamais avoir à subir les maudits sauvages qui veulent protéger leur vieux joual! N’apprenez surtout pas notre langue, non, non, non! Gérald Tremblay va s’occuper de vous les amis!

Être maire, c’est beaucoup plus que d’avoir à gérer la voirie ou l’argent des contribuables – même si Tremblay semble incapable de faire l’un comme l’autre. C’est être en mesure de donner un sens à la ville, de constituer un visage représentatif non seulement de ce qu’elle est, mais également de ce qu’elle veut être. C’est se projeter dans le futur et d’affirmer haut et fort que nos valeurs ne sont pas négociables et qu’on ne pilera pas sur ce que nous sommes et ce que nous voulons être pour quelques dollars ou quelques votes. C’est faire passer les intérêts des citoyens – leur langue, leurs valeurs, leur culture, leurs espoirs – avant la petite politique clientéliste et les manoeuvres pouvant être payantes à court terme mais s’avérant extrêmement nuisibles par la suite.

Si Louise Harel refuse de participer au débat à CTV et qu’elle réaffirme son droit d’être une mairesse unilingue francophone dans la métropole francophone d’Amérique, elle obtiendra beaucoup plus que mon respect. Elle aura peut-être mon vote.

Déficit: et si on haussait les impôts des plus fortunés?
19 septembre 2009

L’utilisation du bâillon pour forcer l’adoption d’une loi permettant les déficits, hier, n’était certes pas élégante, mais le Parti Libéral n’avait pas le choix: l’opposition péquiste obstruait systématiquement le projet de loi. Dans une scène digne des meilleures tragico-comédies, on a assisté à la confrontation entre un parti soi-disant social-démocrate demandant l’équilibre budgétaire alors que le parti soi-disant davantage à droite arguait au sujet de l’importance de protéger nos services. Le monde à l’envers, ou une énième preuve de l’interchangeabilité des deux principaux partis?

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En fait, la théorie économique donne raison au Parti Libéral: en période de récession, il faut permettre les déficits afin d’utiliser l’État comme levier pour stimuler la demande et relancer l’économie. Le problème – et là où tant le PLQ et que le PQ ont failli – c’est qu’alors que l’économie prenait du mieux, on a préféré financer de généreuses réductions d’impôts pour les plus riches plutôt que de s’attaquer au fardeau de la dette, pourtant le troisième poste financier dans le budget. Dans la décennie 1998-2007, par exemple, sous deux gouvernements différents, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. ((Statistique Canada, Tableau 202-05011, Impôt sur le revenu, selon le type de famille économique et les quintiles de revenu après impôt, dollars constants de 2007, annuel )) Cette réduction de la contribution des plus fortunés s’est faite en douceur, d’une manière constante, et lorsque le Parti Libéral a succédé au Parti Québécois en 2003, il n’a fait que poursuivre le même travail.

Or, à un moment où on parle encore une fois de hausser les tarifs et de s’attaquer ainsi aux plus fragiles d’entre nous, ces (trop) généreuses baisses d’impôts font office de véritable gifle au visage à ceux qui aspirent seulement à joindre les deux bouts et à qui on demande payer pour les folies des plus fortunés. Osons le dire franchement: nous ne serions pas dans un tel déficit sans ces baisses d’impôts.

Le Parti Québécois, en se contentant de répéter le même vieux discours usé de la droite bonne gestionnaire, s’attache à un passé très peu reluisant. Les blessures de l’ère Bouchard sont encore vives, et ce n’est pas en les réactivant que le parti gagnera beaucoup d’appuis. Entre 1995 et 1998, durant les trois années du très conservateur premier mandat de Lucien Bouchard, les écarts sociaux ont littéralement explosé. Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces écarts, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7
Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Se réclamer de cet héritage, comme le fait le PQ, c’est un peu comme se préparer à faire le marathon en béquilles.

Nous avons vécu une formidable période de prospérité, mais le party est fini. Ce sont ceux qui ont le plus profité de la générosité de gouvernements très sensibles au sort des plus fortunés qui devraient contribuer aujourd’hui. Ce n’est ni à la classe moyenne ni aux moins fortunés de réparer les pots cassés en subissant des hausses de la TVQ ou des tarifs.

Le gouvernement actuel fait le bon choix en acceptant le déficit; il doit maintenant faire un meilleur choix encore en annulant les baisses d’impôts accordées aux plus favorisés.

En aura-t-il le courage ou la faiblesse d’une opposition tout aussi acquise que lui aux privilèges de cette minorité lui permettra-t-il d’esquiver cette tâche plus qu’essentielle?