Francofolies: nées pour un petit pain

Le déménagement des Francofolies en juin dès l’an prochain dépasse le traditionnel conflit Québec-Montréal. N’en déplaise au volubile maire Labeaume, c’est surtout la fête nationale et la célébration du français à Montréal qui seront pénalisées. On a beau reconnaître la problématique voulant qu’il soit plus difficile pour le Festival d’été de recevoir des artistes internationaux un mois après un événement comme les Francofolies, il demeure qu’il s’agit d’une problématique mineure en comparaison de la nuisance imposée aux activités de la Fête nationale et de l’affront fait aux francophones en reléguant cet événement au rang de fête de seconde classe.

franco

Source de l’image

La fête nationale. 24 juin. Quatre jours après la fin annoncée des Francofolies. Comme se demandait Mario Beaulieu, président du Comité de la Fête nationale du Québec à Montréal, dans une conférence de presse ce matin, en organisant un tel événement puisant dans le même bassin d’artistes et de spectateurs, comment s’assurera-t-on d’obtenir des commanditaires de qualité pour une seule journée, alors que les Francofolies dureront une dizaine de jours?

De même, comment inciter des artistes à se produire dans un spectacle gratuit le 24 juin alors qu’ils pourront se faire payer en salle quelques jours plus tôt? Et surtout: ne risque-t-on pas d’épuiser les gens en leur offrant dix jours de festivités francophones précédant la Saint-Jean-Baptiste? « La Fête nationale a toujours bénéficié d’une large couverture de presse qui contribuait à sa notoriété, son rayonnement et par conséquent, facilitait la sollicitation auprès des partenaires actuels et les démarches pour en trouver de nouveaux. La Fête sera dorénavant prise en sandwich entre les Francofolies, qui pourraient se terminer le 22 juin, et le Festival de jazz, qui débuterait dès le 25. Inévitablement, la couverture de la Fête n’aura plus la même envergure avec des conséquences qu’il est facile de prévoir », explique M. Beaulieu. Est-il surprenant que l’édition la moins populaire des dix dernières années de la Fête nationale ait eu lieu en 2006, alors que les Francofolies se sont exceptionnellement tenues en juin pour faire de la place pour les Outgames?

Équipe Spectra, l’entreprise privée organisant les Francofolies et le Festival international de Jazz, a publié un communiqué assez intéressant hier après-midi. On y lit notamment ceci: « [Les Francofolies visent ] en effet à soutenir la défense de la chanson francophone, de l’identité culturelle et de l’intégration des communautés dans une Montréal où plus de 50 % des ménages ne parlent pas le français à la maison. » Récapitulons. Montréal s’anglicise, le pourcentage de Montréalais parlant le français à la maison a chuté sous les 50%, et Équipe Spectra déplace unilatéralement les Francofolies pour les mettre en plein mois de juin, alors que les écoliers sont à l’école, les travailleurs au travail et les touristes ne sont pas encore venus faire leur valser leurs dollars. Ça va sûrement contribuer à revaloriser le français comme langue commune à Montréal…

En fait, les vraies raisons de ce déménagement unilatéral, on les connaît. Équipe Spectra espère sauver plus de 250 000$ en n’ayant pas à démonter ses scènes entre les Francofolies et Festival international de jazz. Et puis, les chambres d’hôtel sont moins chères en juin. Bravo. On prend un joyau et on le fout au grenier parce qu’il y demande moins d’entretien.

La petite misère québécoise

Or, une célébration, ça se paie. Si Équipe Spectra, qui a réussi à ruiner le Festival international de film de Montréal il y a quelques années, est incapable d’organiser une fête de la culture francophone en plein été, même avec les généreuses subventions gouvernementales, qu’elle passe le flambeau à quelqu’un d’autre. Bousculer tout le monde et organiser son projet à un moment où les travailleurs sont encore au travail, ça sent la petite misère québécoise.

Nés pour un petit pain, on peut avoir un « Just for Laughs » au coeur de l’été, un Festival international de jazz de Montréal, un Festiblues, un Osheaga, un Festival International Nuits d’Afrique, Festival du film fantastique Fantasia, Divers/Cité, la Coupe Rogers… Mais un événement qui célèbre notre culture, nos racines, notre langue? Ah non, ça on doit l’organiser dans un sous-sol d’église entre deux chaises pliantes. Tenez, même le nom sonne étranger: « Francofolies ». Aurait-on idée, à New York ou Washington, de célébrer le festival « Anglofolie »? On célèbre le français à Montréal comme s’il était une langue étrangère, bizarre, ethnique. « Un peu de français avec ton shish kebab? » On s’ethnicise.

Si vraiment on veut économiser de l’argent, on pourrait peut-être organiser l’événement en février, non? Les hôtels ne coûtent presque rien, et il suffirait d’entasser un peu de neige pour faire une scène extérieure. Ah, quoi? Ah oui, vous avez raison, il y a déjà le festival Montréal en Lumière en février…

Quand toute la poussière sera retombée, on aura le résultat suivant: une culture francophone dévalorisée et instituée au rang de folklore ne méritant même pas le coeur de l’été et une Saint-Jean-Baptiste diminuée, privée de commanditaires et au nombre réduit de participants. Équipe Spectra, elle, aura des centaines de milliers de dollars supplémentaires pour continuer sa gestion douteuse et sa stratégie unilatérale de développement plaçant tout le monde devant le fait accompli.

Labeaume a réagi. Y a-t-il un maire à Montréal?

Publicités

14 Réponses

  1. Ça a beaucoup plus de sens que la supercherie populiste de Labeaume qui a littéralement inventé un problème pour nourrir le Montreal-bashing si cher à ses électeurs!

    « N’en déplaise au volubile maire Labeaume, c’est surtout la fête nationale et la célébration du français à Montréal qui seront pénalisées. On a beau reconnaître la problématique voulant qu’il soit plus difficile pour le Festival d’été de recevoir des artistes internationaux un mois après un événement comme les Francofolies, il demeure qu’il s’agit d’une problématique mineure en comparaison de la nuisance imposée aux activités de la Fête nationale et de l’affront fait aux francophones en reléguant cet événement au rang de fête de seconde classe. »

    Bien dit!

    « Équipe Spectra, elle, aura des centaines de milliers de dollars supplémentaires pour continuer sa gestion douteuse et sa stratégie unilatérale de développement plaçant tout le monde devant le fait accompli.

    Labeaume a réagi. Y a-t-il un maire à Montréal? »

    Bien sûr! Mais ça ne met AUCUNEMENT en danger le Festival d’été de Québec.

  2. J’crois que tu dérapes un peu, pas mal quand tu dis que Spectra met en danger la langue française de par sa gestion du festival. C’est pas parce que c’est ton cheval de bataille que t’es obligé de tout ramener à ça. La décision de déplacer les Francos, aussi stupide soit-elle, est avant tout une décision monétaire, économique, et pas du tout idéologique. Le président de Spectra est aussi Québécois que vous et moi et il ne tire aucun avantage à «saboter» la St-Jean, sinon celui de rentrer dans son argent. Bien sûr, ça amène un questionnement au niveau des commanditaires, bien sûr, la fête nationale se retrouve coincée entre deux festivals d’envergure, mais elle restera toujours la St-Jean. Et la St-Jean n’est pas une fête dépendante du tourisme ou du timing ; elle s’est toujours déroulée et se déroulera toujours le 24 juin et ceux qui la fêtent ne s’empêcheront pas de le faire sous prétexte qu’ils sont «épuisés par 10 jours de Francofolies». Vous parlez comme si Ottawa avait décidé de déplacer le Jour du Canada le 24 juin, c’est absurde.

    P.S.: Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, Francofolies, c’est un jeu de mots avec «francophonie» et «folies». Je ne vois pas en quoi ça fait «petit peuple».

  3. @David Gendron: Labeaume est un as pour défendre les dossiers de sa ville. Oui, le Festival d’été de Québec sera handicapé car il ne sera plus le premier de la saison. Mais ça veut aussi dire que les Francofolies l’étaient auparavant; bref c’est un combat de clocher pendant qu’on passe sous silence le noeud du problème: l’effacement de notre Fête nationale pour faire plaisir à des promoteurs privés.

    @Le Tout-Puissant: Oui, je crois que Spectra met indirectement en danger la langue française. En mettant le festival à un moment de l’année où il y a moins de touristes, Spectra réduit l’influence de la ville de Montréal en tant que ville francophone internationale. L’image que le touriste se fera de Montréal risque beaucoup plus d’être celle de Just for Laughs, du Jazz ou d’autres festivals moins francophones ayant lieu au coeur de l’été. En plaçant la fête du français à un moment moins vendeur de l’année, on en fait une fête mineure.

    Et puis, je suis certain que ceux qui ont pris la peine de me lire ont tout à fait compris qu’il s’agit effectivement d’une décision financière. Merci de rappeler ces faits. Une décision financière d’un groupe privé profitant de subventions gouvernementales. Une décision qui nuit à notre fête nationale.

    De la même façon, ce n’est pas parce que « la Saint-Jean restera toujours la Saint-Jean » qu’elle ne souffrira pas de l’événement. Elle perdra de l’argent des commanditaires et des participants, essoufflés par les Francofolies. Je ne suis pas d’accord quand vous affirmez que personne ne s’empêchera de la fêter après dix jours de Francofolies; quiconque participe activement aux Francofolies, en tant que spectateur ou même musicien, risque d’être moins porté à sortir au parc Maisonneuve le 24 juin. Ce n’est peut-être pas la majorité, mais même 1% c’est plusieurs milliers de personnes. De nombreuses familles ayant dépensé de l’argent et étant sortis plusieurs soirs en ligne pour les Francofolies n’auront peut-être pas envie de participer au défilé de la St-Jean ou au spectacle de la fête nationale, surtout avec le festival de Jazz qui commence le lendemain. On fait de la St-Jean un événement banal pris en sandwich entre deux autres, voilà tout.

    Je ne suis pas certain que vous ayez réellement lu mon texte, mais merci de m’avoir donné l’occasion d’offrir ces précisions.

    p.s. Je n’ai pas un cheval de bataille, mais une armée de chevaux pour toutes les batailles. Si vous croyez que je cherche un prétexte pour tout ramener au français ou à la question nationale, vous avez tout faux et vous devriez allumer votre téléviseur et écouter ce que tous ceux oeuvrant à l’organisation de la St-Jean-Baptiste pensent de la décision de Spectra.

  4. […] quasi scindée en deux langues. Sauf que comme le soulignait le président de la Fête nationale et ce blogueur, les Francofolies en juin, tout juste avant la St-Jean-Baptiste, ça risque de diminuer la ferveur […]

  5. J’ai lu plusieurs commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé (ce que je fais rarement) et, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça permet de constater quelques malaises…

    1) Chers montréalais, sachez que l’idée d’un festival de la francophonie a démarré dans notre Capitale Nationale. En 1972, Québec organisait la Super Franco Fête et cette formule est finalement devenue le Festival d’Été de Québec. Les FrancoFolies sont apparues beaucoup plus tard.

    2) L’avantage principal de tenir les deux festivals en juillet est de permettre aux organisateurs de synchroniser leurs efforts pour inviter des artistes d’outre-mer. En cassant cette synchronicité, il sera plus difficile de jumeler la présence d’artistes dans les deux villes.

    3) Les différents festivals permettent à plusieurs étudiants de gagner un peu de sous en travaillant sur les aspects logistiques des festivals. Monsieur Simard vient de réduire un nombre d’emplois important.

    4) Cette chicane entre Montréal et Québec, qui dépasse la confrontation entre les deux maires, nous démontre que les québécois ne sont pas solidaires. Si la confrontation Montréal-Québec apparaît aussi rapidement et ce, avec des motifs questionnables, comment voulez-vous que nous soyons solidaires pour se donner un pays? Sommes-nous une nation, oui ou non? Alors, pourquoi ces chicanes de clocher? On fait la promotion de la francophonie mais on sort ses gants de boxe pour protéger son petit fief?

    Jean Chrétien doit rire dans sa barbe…

  6. Billet intéressant.
    Un seul commentaire, impertinent. Mario Beaulieu s’inquiète du bassin de vedettes disponibles. Bien en cas de pénurie, il n’a qu’a inviter des vedettes anglophones. Ne l’a-t-il pas déjà fait?
    Pour l’Art de tirer dans les pieds, il n’a pas besoin d’un Simard pour cela.

  7. @EL,

    « On célèbre le français à Montréal comme s’il était une langue étrangère, bizarre, ethnique. « Un peu de français avec ton shish kebab? » On s’ethnicise. »

    Quant à moi, l’ethnicisation, la folklorisation est un processsus qui a été débuté depuis des lustres et à mon avis, il est trop tard pour renverser la roue qui tourne.

    Les nationalistes québecois d’aujourd’hui sont des folkloristes qui s’ignorent.

    Et comme on a tous et toutes un kétaine qui someille en nous, allons tout de go nous rouler dans le sirop d’érable avec nos ceintures fléchées.

    Et swigne la bacaisse dans le fond de la boite à bois!!! Hi! Ha!

  8. @lutopium: À mon avis ça dépasse de loin la bataille Montréal-Québec…

    @un gars: Non, Mario Beaulieu s’inquiète de dont j’ai parlé dans le texte. J’ai écouté sa conférence de presse en direct et il a aussi parlé des commandites. Avant de dire que c’est impertinent, as-tu seulement écouter la conférence de presse? Des vedettes anglophones? De quoi parles-tu? Des vedettes anglophones à la Saint-Jean, tu délires?

  9. Impertinent, Louis, qualifiait mon commentaire. Désolé si j’ai pu laissé croire autre chose.

  10. Le Québec ne sera jamais un pays dans ces conditions, et oui, Chrétien peut bien rire jusqu’à ce déboîter la mâchoire. La rectitude politique, connais pas…

  11. Aucun problème. Nous nous sommes mal compris. Je prends quelques jours plus relax. J’espère écrire dimanche ou lundi. @+

  12. Bonjour,
    Je ne suis ni de Montréal ni de Québec, je ne connais rien à cette histoire. J’apprécie beaucoup le billet d’introduction, j’ai aussi entendu le maire Labaume, avec qui je suis en accord sur un point: qu’une entreprise penne une décision d’affaire au détriment d’une collectivité, ça se conçoit, ça s’est déjà vu, on est dans un pays libre, on devra vivre avec ça. Par contre, qu’elle le fasse avec des fonds publics devant servir à soutenir un développement harmonieux de notre culture et du tourisme au Québec, ce n’est pas acceptable et ça justifie une protestation généralisée.

    Je crois comme citoyen qu’il y a lieu d’intervenir vigoureusement et que tous les robinets de fonds public soient immédiatement fermés pour cette compagnie, comme le veut un certain capitalisme sauvage en d’autres lieux, tant et aussi longtemps qu’aucun compromis plus respectueux ne sera pas conclu avec les responsables des autres événements touchés.

    De plus, dois-je comprendre que la patate chaude du financement de la fête nationale, de plus en plus négligée par les dirigeants du Québec, pourrait subir une accélération sur sa pente descendante à Montréal, à cause de circonstances liées à cette décision de Spectra??
    Politiquement, ça profiterait à qui??

    Le 24 Juin prochain, chacun rentrera chez soi penaud et méditera sur les motifs pour lesquels nous n’avons pas encore de pays. Après tout, peut-être qu’il est temps d’arrêter de célébrer la St-Jean et puis de commémorer notre impuissance nationale à se prendre en mains. ???

    Se peut-il que le plus important restera de bénéficier au maximum de spectacles gratuits de grande envergure ?? Ceux-ci étant «sponsorisés» et commandités par des entreprises qui continueront à décider selon leurs intérêts à eux de ce qui est préférable pour le bon peuple: en prime, ça fait consommer et ça rapporte des taxes à l’État. Cette tendance semble être là pour rester, qu’on y réfléchisse ou non. On fera pas de référendum là-dessus, n’est-ce pas?

    Merci au blogueur de mettre de la lumière sur l’enjeu de la fête nationale.

    Luc

  13. Et si les Québécois boycottaient les Francopholies? Pour fêter encore plus fort notre fête Nationale?

    Rêver est encore permi et gratuit….

  14. Excellente idée et je crois que ça pourra se traduire par autre chose qu’un rêve.

    De plus, ça va être assez facile, les francopholies, à part les shows de rue gratuits, tu paies pour aller voir des shows tandis que le show de la St-Jean est gratuit si je ne m’abuse.

Comments are closed.