Les jeunes libéraux: reliques du passé?

L’argent, ça se prend quelque part. Les baisses d’impôts successives des gouvernements du Parti Québécois et du Parti Libéral ont privé l’État québécois des milliards nécessaires pour équilibrer son budget. Et aujourd’hui, maintenant que le rouge s’affiche sur tous les tableaux de bord, propose-t-on de corriger cette erreur? Non, évidemment. Les jeunes libéraux, ces jeunes-vieux ayant un intérêt poussé pour le pouvoir et les idées de droite, sévissent de nouveau en exigeant des hausses de tarifs.

jeunes-liberaux

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C’est presque devenu un rituel. Le Parti Libéral se sert des jeunes Libéraux, année après années, pour tester la réaction de la population à diverses mesures controversées. Baisses d’impôts, hausses des frais de scolarité, péages routiers… Autrefois, on envoyait les jeunes hommes se faire massacrer dans les tranchées; désormais on se sert de leur jeunesse pour donner l’impression d’avoir des idées originales même si celles-ci sont vieilles comme Reagan et ont déjà prouvé leurs échecs à de nombreuses reprises.

Hausser les tarifs, vous êtes sérieux? Je ne vais pas me répéter: le concept de l’utilisateur-payeur profite à la minorité qui possède le luxe de tout utiliser pendant que la majorité en subit les frais. Un petit quatre ou cinq dollars par ci ou par là, c’est du petit change pour celui qui gagne 75 000$ par année, mais c’est le repas du midi pour l’autre qui peine à joindre les deux bouts. Si vraiment on désire imposer le concept de l’utilisateur-payeur, qu’on le fasse en fonction des revenus, comme je le proposais dans ce texte. Tout le monde possède une carte électronique, et le coût d’un service « X » n’est pas en dollars, mais en pourcentage du revenu; ainsi le fardeau pour chaque citoyen est le même. Mais là, attendez, je parle du vingt-unième siècle ici. Les jeunes libéraux en sont encore au dix-neuvième.

Oh, heureusement, ceux-ci jouissent de l’aide de leur grand ami André Pratte, qui nous rappelle à quel point la minorité d’entre nous fut chanceuse d’avoir profité de généreuses baisses d’impôts ayant placé les comptes publics dans l’état précaire actuel. Et Pratte, au fait, reconnaît-il que ces baisses d’impôts furent une erreur? « Augmenter les impôts? C’est la mesure la plus néfaste qui soit pour la croissance économique. » Merci André. Toujours utile d’avoir ton opinion. Je n’aurais jamais deviné que tu allais dire cela.

Et puis, au fait, est-ce qu’un pays comme le Danemark constitue le cancre des pays européens au niveau de sa croissance économique? Il est le pays imposant le plus adéquatement ses citoyens, avec un taux d’imposition de 30,3% pour le salaire moyen d’un célibataire sans enfant et 40% pour ceux gagnant plus de 67% de plus que le niveau moyen. Et la Suède, patauge-t-elle dans la médiocrité, elle qui est souvent citée comme un exemple à suivre? Elle impose à 19,7% son salaire moyen et 32,5% ses plus riches. Le Canada, lui, se contente de 16,2% et 22,3%. (( Statistiques OCDE, Les impôts sur les salaires, 2007-2008, ÉTUDE SPÉCIALE :LES IMPÔTS SUR LA CONSOMMATION,
CHARGE ADDITIONNELLE SUR LES REVENUS DU TRAVAIL )) Il ne faut surtout pas choquer les plus favorisés de notre société, surtout s’ils travaillent sur la rue Saint-Jacques à Montréal…

Or, est-ce que la croissance économique est le seul facteur d’importance? Et si on parlait d’inégalité des revenus? Le tableau ci-bas expose le coefficient de Gini, probablement la meilleure mesure de l’inégalité d’une société, en fonction des pays. Et oh, surprise, le Danemark et la Suède arrivent bon premiers! On le constate, des impôts élevés favorisent une meilleure redistribution de la richesse et assurent une meilleure cohésion sociale en réduisant les inégalités. À l’opposé, serez-vous surpris si je vous dis que le Mexique est le pays de l’OCDE où les impôts sont les moins élevés? 3,7% pour le salaire moyen et 11% pour les plus riches. André Pratte et les jeunes libéraux auraient-ils le courage d’annoncer publiquement que le Mexique constitue leur exemple?

tableau_ocde

Je ne sais pas pour vous, mais je ne veux pas d’une société se gargarisant d’une supposée croissance économique pendant que la majorité de sa population vit dans la misère. Les jeunes libéraux, en prenant la décision d’encourager les hausses de tarifs, participent à la dislocation du tissu social et à l’élargissement de la fracture séparant ceux qui ont les moyens de ceux qui aimeraient les avoir. L’air, l’eau, la santé, l’éducation, les routes, les parcs, l’électricité, ce sont tous des ressources indispensables profitant à l’ensemble de la société. En imposant des tarifs, on pénalise les plus pauvres d’entre nous et on favorise le renflouement des coffres de l’État sur le dos de ceux-ci, augmentant les inégalités.

Je rêve du jour où les jeunes libéraux oseront vraiment donner un bon coup de pied dans les dogmes de leurs aînés et remettre en question leurs vieilles idées économiques créatrices de misère et de désespoir.

Nous sommes au vingt-unième siècle. Quelqu’un peut-il en aviser les jeunes libéraux?

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17 Réponses

  1. Ce billet est percutant et direct.

    Superbe !

  2. Salut Louis,

    Je suis en parfait accord avec ta thèse, mais il faut comparer des pommes avec des pommes. Au Canada, une grande partie des services publics est assurée par les provinces, qui disposent d’un pouvoir de taxation. Réduire le taux d’imposition exigée au seul taux exigé par le palier fédéral revient à faire fi de la moitié des impôts payés par les citoyens. Je ne connais pas assez les systèmes d’imposition suédois et danois pour savoir s’il existe aussi des impôts « provinciaux » et quelle part ils représentent, mais je serais surpris que ce soit un grande part.

    Bref, excellent billet, mais fais attention dans tes comparaisons!

    Pascal Marchi

    P.S.: des mesures comme la charge fiscale nette semblent rendre compte de façon beaucoup plus juste du fardeau fiscal des contribuables: https://acpcol01.usherbrooke.ca/prod/recherche/chairefisc.nsf/alldoc/62F0518115F2AB4C852573D8005902A1/$file/Charge%20fiscale%20nette%20QC%20et%20G7.pdf?OpenElement

  3. @Calvadosxo: Merci!

    @Pascal Marchi: Les impôts provinciaux sont pris en compte. En fait, c’est certain que ça varie d’une région à une autre dans un même pays, mais globalement ça donne une indication de la tendance. Merci pour le lien; très intéressant, mais j’aurais aimé y voir le Denmark et la Suède…

  4. Le Danemark n’a qu’un seul prélèvement mais celui-ci sert deux paliers: National (Rigs) et Municipal (Kommune). Là, la Kommune gère localement ce que font nos provinces: hôpitaux, écoles, etc. L’impôt sur le revenu se situe entre 37.5% et 56%. Contrairement à ici, « zéro impôt » n’existe pas: le moindre centime est imposé à plus du tiers comme tu vois.

    À ceci s’ajoute la MOMS (TVA) de 25% applicable sur tout (et, contrairement à nous, sans aucun remboursement si on a peu de revenus). Tu as aussi les taxes sur l’alcool, les taxes sur le sucre et le gras dans les aliments, les taxes environnementales, la redevance sur radio/télé/internet.

    En somme, le contribuable à plus faible revenu est beaucoup plus étranglé fiscalement que celui avec le plus (et n’est-ce pas la récrimination que tu fais Louis). Seulement 20000 Danois sont considérés comme riches, disposant de revenus de plus de 250000$ par an. Inversement, en bas de 15000 tu es pauvre.

    Le Danemark n’a pas de salaire minimum mais si on calcule que le salaire le plus bas versé est d’environ 90-100 couronnes de l’heure (18-20$), le travailleur en bas imposé à 37.5% en a beaucoup moins dans ses poches que celui qui redonne 56% de ses revenus de 250000 à l’État.

    Si j’avais été embauché chez Maersk il y a deux ans, on m’aurait offert (étant débutant) environ 25000 DKK par mois (soit +- 5000$) avant impôts.

    Calculons:

    5000-37.5%=3125 (ceci supposant le taux minimal)

    À Copenhague, un garde-robe se loue 1000$ par mois. Il ne reste donc que 2125$ pour manger (deuxième panier d’épicerie le plus cher d’Europe), payer la carte d’autobus, s’habiller… Sortir? J’aurais fait comme mes amis, je m’en serais privé la plupart du temps.

    On vit bien au Danemark, Louis. Mais ce n’est pas la passe de cash.

    J’ajouterai aussi qu’un simple Google « Fattigdom i Danmark » donne des résultats, y compris plusieurs lien où des organismes de gauche accusent les gouvernements successifs (notamment la coalition Venstre/Det Konservative Folksparti au pouvoir depuis 2001) d’ignorer la pauvreté… de même que le traditionnel article de l’équivalent de l’IEDM disant que les vrais pauvres sont en Afrique.

    Des familles au Danemark qui mangent de la viande deux fois par mois, des enfants qui ne mangent que des patates, du pain et de l’eau – il y en a plus que l’on pense. L’ONU a même rappelé Christiansborg à l’ordre au sujet de la faim des enfants du Groenland.

    « Sult i Danmark » est le titre d’une lettre publiée dans le quotidien Information. On y dit que 75% des bénéficiaires d’aide sociale à Copenhague peinent à se nourrir et, à coté, on lit dans les liens qu’il est presque impossible pour un enfant d’une famille défavorisée d’aller dans une école d’un quartier riche.

    Même la langue danoise (ou encore la terminologie officielle) n’est pas très gentille avec les pauvres: on appelle l’aide sociale « mesure d’aide à la survie ».

    Fattigdom = Pauvreté, Sult = Faim

  5. Je suis d’accord avec derteilzeitberliner; il faut toute l’information sur un pays avant de la proclamer «pluss meilleur au monde».
    Arrêtez de me citer la Scandinavie en exemple, pu capabe !

  6. @derteilzeitberliner: Il n’a jamais été question de parler de « passe de cash ». Il est seulement question que le Danemark est le pays de l’OCDE où les inégalités sont les plus faibles et où les impôts sont parmi les plus élevés. Quant à coût de la vie, il est élevé dans toutes les grandes villes (à Toronto, c’est fou) et ce n’est pas un facteur pertinent pour calculer le coefficient de Gini. Et aussi, comme je l’expliquais plus haut, l’étude tient compte des différents paliers de gouvernement. On ne peut pas se fier sur quelques exemples, manifestations ou études de cas isolées pour dégager une tendance.

    @Garamond: Ces pays constituent un exemple, il faut le reconnaître. Le Danemark connaît beaucoup moins de pauvreté qu’un pays comme le Canada et les écarts sociaux y sont moins extrêmes. On peut évidemment s’appuyer sur quelques faits divers pour tenter de démontrer le contraire, mais les chiffres ne mentent pas: des impôts plus élevés entraînent une meilleure redistribution de la richesse et le Danemark constitue un pays plus égalitaire que le Canada.

    Je crois que c’est ce qui compte ici: ce n’est pas en imposant des tarifs qu’on améliore une société, mais en redistribuant plus adéquatement la richesse. Et la première étape, à mon avis, serait d’annuler les généreuses baisses d’impôts accordées aux plus privilégiés d’entre nous depuis une décennie.

  7. « Les jeunes libéraux: reliques du passé? »

    Comme les péquistes finalement…

    Et si le coeur vous en dit, je vous invite à venir répondre à mon dernier sondage sur mon blogue concernant l’assurance-emploi.

  8. « Si vraiment on désire imposer le concept de l’utilisateur-payeur, qu’on le fasse en fonction des revenus, comme je le proposais dans ce texte. »

    Devrait-on aussi payer notre épicerie au prorata de ce qu’on gagne aussi? Par exemple, tu gagnes 200 000$ par année, ton pain te coûte 5$, tu gagnes 20 000$ par année, ton pain te coûte 1$?

  9. La preuve que les jeunes libéraux sont un terrain d’essai pour la droite, Mario dumont fut chef des jeunes libéraux.

  10. Tout de même, 20000 Danois correspondent à la définition de riche contre 170000 sont pauvres.

    Si, je te l’accorde, les inégalités sont moindres mais qu’est-ce tu fais du fait que leurs revenus sont moins élevés que les nôtres au final? Plus égaux mais plus pauvres, est-ce que c’est ton idéal?

    Quant au coût de la vie à Copenhague, il est beaucoup plus élevé qu’à Toronto ou Montréal. C’est une des villes les plus chères du monde, et conséquemment ça peut vouloir dire qu’on a plus de difficultés à y arriver. 9$ pour un café, ça veut dire que tu en bois moins (ou que tu le fasses chez vous).

  11. @ Louis

    J’adore vous lire! je ne suis pas toujours 100% d’accord avec vous, mais l’information que vous transmettez fait changement des rubriques habituelles qui se répètent continuellement.

    Continuez votre beau travail, je reçois depuis quelques mois vos écrits par courrier et je n’en manque pas un!

    Bravo encore!

    P.S. Bonne description des « Jeunes Libéraux »!

  12. Comme tu dis
    Si tu ne connais pas notre système d’imposition contente toi de lire les blogues,et quand ta connaissance de notre système d’imposition te sera familière alors ,là tu pourrais commenter,en attendant ,je n’en rien à foutre d’un gars qui ne connait rien à notre système d’imposition.

  13. La souveraineté n’est point chose du passé, donc les pequistes non plus. CQFD ! Bien essayé.

  14. Pourquoi pas ne pas réduire dans les dépenses farfelues. C’est bien plus là qu’il faut agir. Il y a tellement de gaspillage que la solution se trouve à ce niveau. Je ne comprends pas que des jeunes ne voient pas cela dans la solution! Faut croire qu’ils préparent, sur demande, ce que le gouvernement nous imposera bientôt, avec comme argument que le jeunes voient l’avenir en nous taxant encore plus. En deux mots, c’est encore de la m….

  15. […] entre autres, que le gouvernement provincial veut hausser toute une gamme de tarifs et que les Libéraux ne tiennent pas leur promesse de baisser les taxes. Il veulent entre autres mettre des poste péage pour pouvoir entrer à Montréal ainsi que sur les […]

  16. […] ce qui concerne la pauvreté de sa population en âge de travailler, mais également au niveau du coefficient de Gini, mesurant les inégalités […]

  17. […] de l’impôt. Et puis, le clou dans le cercueil des idéologues de la vieille droite, il y a une quasi-corrélation entre le niveau d’imposition d’un pays et ses inégalités sociales: plus un pays impose ses […]

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