Été 2009: pourri ou simplement normal?

« Quel été pourri! » Véritable introduction, nulle discussion ne semble crédible sans cet atermoiement pathétique sur ce terrible mois de juillet « frette et pluvieux ». Bonjour-comment-allez-vous et on a envie d’ajouter « à l’exception de ce temps misérable ». À écouter certains, ce serait le pire mois de juillet de tous les temps – que dis-je, EVER, parce que c’est toujours plus mégalo-méga en anglais.

ete-2009

Source de l’image

Dans les faits, juillet 2009 fut un mois semblable à ceux des dernières années.

Regardez ce tableau:

MONTREAL/PIERRE ELLIOTT TRUDEAU INTL A

JUILLET Température moyenne Précipitations (mm.) Jours +=0.2 mm. Jours +=5 mm. Jours +=10 mm.
2009 20.0 116.6 19 5 4
2008 21.4 118.8 16 8 4
2007 20.4 106 15 9 2
2006 22.6 135.2 17 7 5
2005 22.2 125.6 10 6 3
NORMALES: 20.9 91.3 12 5 3

MONTREAL/ST-HUBERT A

JUILLET Température moyenne Précipitations (mm.) Jours +=0.2 mm. Jours +=5 mm. Jours +=10 mm.
2009 19.5 112.1 13 5 2
2008 20.7 134 18 9 7
2007 19.8 113.5 14 6 4
2006 22.3 111 14 7 5
2005 21.1 116 11 7 4
NORMALES: 20.5 98.1 12 6 4

J’ai utilisé les données de deux stations météorologiques, soit celle de l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau (Dorval) et celle de l’aéroport de Saint-Hubert, sur la rive-sud de Montréal. Pourquoi? Simple: l’été, les phénomènes météorologiques sont souvent associés à des facteurs locaux: un endroit en particulier peut recevoir beaucoup de pluie et un autre, cinq kilomètres à côté, ne recevra rien. En comparant deux stations, on peut ainsi plus facilement dégager une tendance.

Si on observe ces chiffres, on remarque que juillet fut un peu plus frais que la normale, avec des températures moyennes de 20 degrés celsius à Dorval et 19,5 à Saint-Hubert. Malgré tout, on parle d’une très petite différence avec les normales: 0,9 degrés à Dorval et 1 degré à Saint-Hubert. On est loin de la catastrophe.

La colonne des précipitations est particulièrement intéressante. Tant à Dorval qu’à Saint-Hubert, juillet 2009 fut le deuxième mois le plus sec des cinq dernières années. Dorval a reçu 116,6 mm. de pluie en juillet 2009, contre 118,8 en 2008, 135,2 en 2006 et 125,6 en 2005. Évidemment, on est bien au-delà de la normale, mais il n’y a rien dans ces chiffres pour justifier une telle enflure verbale contre le temps soi-disant très pluvieux du dernier mois.

En fait, le seul argument pouvant appuyer la mauvaise humeur de certains est le nombre de journée avec précipitations. 19 à Dorval, pour une moyenne de 12. Cependant, comme spécifié plus haut, les précipitations sont beaucoup moins organisée durant l’été qu’en hiver et ce phénomène peut très bien être local, ce que suggèrent les données de Saint-Hubert, indiquant 13 journées avec 0,2 mm. de précipitations, pour une normale de 12 journées. Et si on regarde le nombre de journées avec des précipitations significatives de plus de 5 mm., les deux stations enregistrent pour juillet 2009 le plus petit nombre de journées pluvieuses des cinq dernières années.

Or, le pire dans tout cela, c’est que la plus grande quantité de pluie est tombée en un très court laps de temps. L’après-midi du 11 juillet, il est tombé plus de 40 mm. de pluie en deux heures, et de violents orages ont laissé entre 20 et 40 mm. en une heure dans la soirée du 26 juillet. On ne parle donc pas de longues journées pluvieuses où il est impossible de sortir de chez soi, mais bien d’averses sporadiques à la durée limitée.

Si j’osais une hypothèse pour tenter d’expliquer tout ce verbiage météorologique et cette haine de notre été, je dirais que c’est le manque de prévisibilité qui affecte une large partie de la population. Nous sommes tellement douillets que nous abhorrons nous faire mouiller. S’il y a un maigre 40% de chances qu’il pleuve, on nous mure des icônes déprimantes sur la télévision ou dans les journaux, nous convaincant qu’on va se faire mouiller Et s’il tombe une petite averse en fin d’après-midi, et bien voilà, quel temps de merde! Il a fait beau, il a fait sec toute la matinée, mais trois gouttes et c’est gâché. Ce que nous sommes sensibles!

Vous voulez profiter de l’été? Faites comme moi. Je ne pars jamais sans consulter les radars d’Environnement Canada. Je regarde s’il y a des précipitations et je calcule moi-même, d’heure en heure, les chances qu’il pleuve CHEZ MOI.

Oubliez ça les étés avec des 30 degrés à tous les jours, des gazons jaunes et des canicules qui n’en finissent plus: ce n’est pas normal. Gilles Vigneault ne chante pas « mon pays c’est l’été ». Ici, c’est le Québec, et il n’y a que deux saisons: l’hiver et l’attente de l’hiver. Nous vivons dans une maison où l’été constitue le petit portique où on s’entasse bêtement et se trémousse un peu avant d’entrer dans la « vraie » saison et de se les geler pour de bon.

Et savez-vous quoi? Je l’aime bien notre été. Il ne passera peut-être pas à l’histoire, mais dans un contexte de changements climatiques, de temps violent et de discours cataclysmiques sur le futur de notre planète, j’en prendrais plusieurs comme cela. Un été simplement… normal.

Sur ce, je m’en vais préparer mes gros chandails et mes bas chauds. Faut dire, le climatiseur fonctionne fort par ici!

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15 Réponses

  1. Un article tel que je l’aurais écrit moi-même. Étant moi-même bien éduqué à propos de l’utilisation des radars météorologiques, je trouve extrêmement bien que tu en fasses mention. Quand il s’agit de s’avoir s’il pleut au-dessus de ta tête, ils sont la meilleure option disponible.

     » Malgré tout, on parle d’une très petite différence avec les normales: 0,9 degrés à Dorval et 1 degré à Saint-Hubert. On est loin de la catastrophe. »

    C’est quand tout près d’un écart-type sous la normale (1971-2000), ce qui fait de ce mois de juillet un mois qu’on peut qualifier à raison de frais pour Montréal. Le courant-jet polaire allait vraiment plus au sud que d’habitude pour un mois de juillet (le creux étant centré sur les Grands Lacs) en moyenne, ce qui nous a amené les systèmes dépressionnaires plus souvent qu’autrement sur nous, avec beaucoup d’instabilité favorable à la formation de précipitation convective (averses et orages de courte durée mais plusieurs fois par jour). Il y avait toutefois une grande crête du courant-jet polaire vers le nord dans l’Ouest de l’Amérique, ce qui a donné du temps chaud et sec une bonne partie du mois de juillet en Colombie-Britannique et au Yukon, avec des pointes de 30 degrés au nord du cercle polaire.

    Je pense que ce qui a frustré les gens, c’est la récurrence des précipitations, davantage que la quantité. La quantité d’eau que nous avons reçue est TOUT À FAIT normale, mais il a plu souvent, et surtout, ce qui joue sur l’humeur, c’est le manque d’ensoleillement, que tu as oublié de mentionner. On a rarement eu autant de nuages, qu’ils soient porteurs de pluie ou non!

    On a en effet eu le mois de juillet le moins ensoleillé depuis 1969, dans le cas de la station MONTREAL/PIERRE ELLIOTT TRUDEAU INTL A. Ces données sont tirées du bilan climatologique mensuel fait par le CRIACC (Centre de ressources en impacts et adaptation du climat et ses changements). Il donne une bonne idée de la météo des dernières années. Les données qui suivent sont tirées de cette page:

    http://www.criacc.qc.ca/climat/suivi/200907_f.html

    Voici le nombre d’heures d’ensoleillement (2009): 212,5 heures
    Voici la moyenne (de 1971 à 2000): 274,3 heures
    Le plus ensoleillé en 1982
    Les moins ensoleillés en 1980 et 1992 (mois de juillet absolument exécrable), mais en terme de soleil, on a fait pire cet année!

    Ainsi, en termes d’ensoleillement, ce mois de juillet est assez exceptionnel pour son absence d’ensoleillement! C’est ce qui marquera les mémoires.

    Je note aussi que malgré la conjecture fraîche sur la plupart des stations de la moitié sud du Québec, le Nord du Québec (Kuujjuaq et La Grande) ont plutôt eu un assez beau mois de juillet. Notez la station de La Grande avec son mois de juillet le PLUS chaud depuis 1976.

  2. Merci beaucoup pour ces précisions. Je suis d’accord avec toi que la différence de température n’est pas négligeable, mais ce que je voulais simplement signifier c’est qu’elle n’est pas non plus catastrophique. On est loin de 1992 où j’ai vu quelques flocons en plein été sur le traversier Baie Comeau-Matane…

    Je ne connaissais pas ces statistiques sur les heures d’ensoleillement. Très intéressant. Ça doit jouer sûrement sur le chiâlage des gens.

    Mais y a les perceptions tout de même… J’en ai marre d’entendre des personnes dirent qu’il pleut tout le temps; c’est faux! On a eu des mois de juillet hyper-secs au début des années 2000 et depuis cinq ans on se rattrape, simplement.

    Si on veut parler de pluie, regarde les statistiques pour Portland, ME. Note au passage que la plus grande barre entourée d’autres barres, c’étaient mes vacances! 😀

    Dans tous les cas, je trouve que beaucoup de gens se plaignent facilement. On a un été presque normal au niveau des précipitations et un peu plus frais. C’est pas le Pérou… mais c’est pas le Groenland non plus!

  3. En effet, les étés 2001 et 2002 furent excessivement secs sur le sud du Québec. Je me rappelle des restrictions d’eau et des pelouses jaunies.

  4. je ne suis pas un grand connaisseurs, mais il me semble que c’est généralement la meme chose, on se plain qu’il pleut toujours, et chaque fin d’été il nous dise que le niveau d’eau n’est pas tres haut.

    Yvon deschamps disait qu’on avait pas d’été dans les années 70 alors c’est pas du nouveau.

  5. Pour que je qualifie une journée de « belle journée », j’ai besoin de soleil. Si c’est nuageux et qu’il menace de pleuvoir à chaque minute, même s’il ne pleut pas, ça joue sur ma bonne humeur. J’hésite à partir en canot ou à faire une longue randonnée à vélo. Je remets à une date ultérieure le BBQ entre amis prévu pour la fin de semaine.

    Pour moi, la statistique importante, c’est l’ensoleillement. Mais j’avoue que je suis très surpris de la température: je croyais que le mois avait été exceptionnellement froid. Pour les précipitations, j’avais remarqué que les averses abondantes avaient été rares, ce qui fait que je ne suis pas surpris.

  6. Ce qui fait que j’ai trouvé l’été froid, c’est le manque de canicule. Mon climatiseur n’a pas fonctionné de l’été. Habituellement, je l’utilise environ 2 semaines par année, mais depuis 2008, non

    J’adore ressentir les rayons du soleil sur ma peau, je devrai donc me rabattre à Cuba, si je veux vivre cette perception. Au moins, je n’ai pas été obligé de porter des chandails de laine. Mais au moins 2 à 3 nuits, cet été j’ai mis mon pyjama de flanelle, en gardant la fenêtre ouverte.

    Bon été à tous !

  7. Ce qui m’a manqué le plus en juillet : des journées COMPLÈTES sans nuages….

  8. « En fait, le seul argument pouvant appuyer la mauvaise humeur de certains est le nombre de jours avec précipitations. 19 à Dorval pour une moyenne de 12. »
    Donc 7 jours de plus que la moyenne de 12, soit: 58% de plus !!!
    Permettez-moi de dire qu’il faut une bonne dose de jovialisme pour rester insensible à ce juillet pourri. Oui, oui, pourri !!
    Bon ça va, je me calme…
    Quand on va se promener au bord du lac ou qu’on joue les touristes dans notre beau pays, et que le temps est incertain, et que l’averse débarque sur notre parade, c’est bien plate mais je suis d’accord avec vous :ce n’est pas dramatique, et on n’a qu’à s’abriter le temps que l’averse ou l’orage passe.

    Or, il se trouve que ce n’est pas aussi simple pour tout le monde. Pour quelqu’un qui a des travaux extérieurs à faire, cet incessant temps incertain, est plutôt rock and roll: sort le banc de scie, rentre la scie à onglet, oublie la scie ronde sous le déluge, abrille le compresseur, peste contre le bois mouillé…et ça fait deux étés en ligne !

    Bref, à tous les jovialistes, je crie: « On peut-tu radoter tranquille ? »

  9. @Léonard Langlois: Oui, nous en sommes venus à considérer l’exception comme la normale. Moins de 50% des précipitations normales étaient tombées en juillet ces années-là.

    @JV: Sans me lancer dans un grand débat climatique, je dirais que c’est cyclique. Les mouvements océaniques créent de grandes tendances sur quelques décennies. Il semble que nous soyons dans une tendance plus fraîche et humide pour le sud du Québec.

    @Steph: Si pour toi l’ensoleillement est la statistique importante, alors là tu as raison de te plaindre, comme Léonard Langlois le démontrait.

    @Suzanne: Chez moi, plein sud au deuxième étage, je peux dire que le climatiseur a beaucoup fonctionné! Le temps était très humide et j’ai trouvé les nuits très douces à Montréal (je sais que ce n’est pas le cas ailleurs).

    @Garamond: Ça, c’est vrai, on n’en a pas eu beaucoup. Peut-être à partir de mercredi?

    @Çaparle Aupopette: Comme je l’écris dans le texte, on ne peut pas se fier sur une seule station. Il peut facilement tomber 0,2 mm. quelque part et rien 1 kilomètre à côté. St-Hubert a enregistré 13 journées de +=0,2 mm. et dépendant de où quelqu’un se situe, ça a pu varier considérablement. Par exemple, la station McTavish, près des autres, a enregistré seulement 11 journées de +=0,2 mm. Voilà pourquoi il faut se fier sur plusieurs stations et de toute façon 0,2 mm. c’est trois fois rien. À partir de 5 mm. là ça devient dérangeant, et comme les statistiques le démontrent, notre été fut plus sec que les années précédentes à ce niveau-là.

  10. En effet, ce n’est pas arrive, ou tout au plus une journee a ma connaissance. C’est ce qui est reellement exceptionnel.

  11. Il serait interessant de regarder la NAO (North Atlantic Oscillation – Oscillation nord atlantique) et voir dans quelle phase nous nous situons (positive ou negative). J’ai oublie de mentionner la faiblesse de l’anticyclone des Bermudes (ou des Acores pour les Europeens), qui habituellement nous amene du temps chaud et humide sur la cote est de l’Amerique du Nord.

  12. S’il te plait, Louis, évitons de parler de « ..plus sec… » ou moins sec. Disons que notre été est moins mouillé que la moyenne des 5 dernières années; pas plus sec !

    Si on veut parler d’étés secs pensons, par exemple, à Marseille où la moyenne de précipitations démontre que leur mois de juillet est 860% « plus sec » que notre moyenne des 5 dernières années. On ne parle pas ici du désert de Kalahari, Louis, on parle d’une contrée civilisée qui jouit de beaux étés.

    Il est évident que ces systèmes qui se déplacent vite et qui sont chargés de « précipitations convectives » (wow, je vais la retenir celle-là, merci Léonard ;-)), donc très localisées, sont imprévisibles. Je serais curieux de savoir ce qui s’est passé cette année dans les Laurentides autour de Sainte-Agathe.

    Toujours est-il que l’impossibilité de prévoir ces phénomènes locaux ne permettent pas au bricoleur que je suis de prévoir l’abondance et la durée de la précipitation qui s’amène. Résustat: il faut que je rentre mes outils puisque rien ne me dit que la précipitation ne durera que quelques minutes ou qu’elle sera inférieure à 0,2mm.

    Deuxième résultat: j’lâche la job pis j’m’ouvre une bière pour punir ce ciel ingrat ! Tiens toé; été pourri !

  13. @ louisprefontaine

    bien d’accord avec le cyclique

    une petite question on nous a tant parlé de El nino en 98 si je me souviens bien et on nous dis que c’est tout les 6-7 ans, c’est drole on nous en as pas parlé en 2003, et va-t-on nous en parler bientot.

    La nature c’est la nautre, et nos métérologue sont capable de nous dire le temps qu’il a fait hier et c’est déja beau. 🙂

  14. j’ai écrit un peu vite je voulais parler de 97-98 et de 2003-2004, ce qui fait 6 ans.

  15. El Nino ou ENSO (pour El Nino Southern Oscillation) a un impact certes, mais qui se fait sentir davantage sur les contrées autour de l’Océan Pacifique. La NAO dont on parle moins dans les médias de masse est le faiseur de météo qui nous affecte le plus (c’est de lui qu’on se sert pour savoir quel genre d’hiver affectera les deux côtés de l’Océan atlantique).
    Pour plus d’infos et les autodidactes, la page de Wikipedia résume assez bien http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscillation_nord-atlantique

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