Haro sur le bilinguisme!

« Je pratique mon anglais ». Combien de fois par semaine entend-on cette plate justification? On s’adresse à autrui dans la langue de Shakespeare et on a l’impression de faire quelque puissant exercice cognitif hautement utile. Quand quelqu’un me répond comme cela, je lui rétorque: « Mais quand pratiqueras-tu ton français? » On ne comprend pas l’ironie. On me regarde au mieux comme si j’étais une relique passéiste, au pire comme un enfant un peu lent à qui il faut exposer les « incroyables avantages » de « pratiquer » son anglais.

Dans les faits, les avantages du tout-anglais ne sont pas si évidents que cela. Les ayatollahs du bilinguisme nous imposent deux arguments: parler anglais augmenterait nos chances d’emploi car l’anglais constitue la langue internationalise et le bilinguisme serait bon pour le développement cognitif des enfants. Ce sont là deux fausses vérités qu’il faudrait replacer dans leurs contextes respectifs.

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L’anglais, langue internationale?!

Personne de sensé aujourd’hui n’oserait nier que l’anglais occupe une place prépondérante dans les échanges internationaux. Quand un chef d’entreprise du Canada rencontre un PDG en Inde, vous pouvez parier qu’ils ne discutent pas dans la langue de Molière. Mais qui parmi nous occupe de hautes fonctions? La minorité. L’élite. Celle-ci est bilingue par nécessité, voire trilingue, mais est-ce parce que l’anglais occupe une place dominante au niveau international qu’il faut angliciser et bilinguiser la langue locale? En quoi est-ce que l’apprentissage de l’anglais pourrait être réellement utile au garagiste de Saint-Siméon ou de Roberval, dites-moi?

En fait, il s’agit d’un réel revirement de la pensée. À une époque pas si lointaine, on se battait pour réclamer la possibilité pour les francophones de pouvoir atteindre les plus hauts échelons dans leur langue. Contre un reliquat d’empire britannique francophobe, on a passé des lois, on a valorisé une élite francophone. Et aujourd’hui, on régresse. On préfère angliciser tout un peuple plutôt que de lui donner les moyens nécessaires de s’épanouir dans sa langue. Comme le notait le politologue Christian Dufour dans une lettre ouverte, « [nous revenons] au bon vieux temps des Canadiens français qui ne pouvaient trouver d’emploi s’ils ne parlaient pas anglais et devaient supporter seuls le poids du bilinguisme. C’est faire des unilingues français qui le resteront des citoyens dont le statut sera inférieur – « ils ne sont même pas capables de parler anglais! ». C’est diminuer le statut du français seul, quand il n’est pas accompagné de l’anglais. » On recule, et on nous présente cela comme une victoire.

Or, la vraie victoire ne serait-elle pas, si on suit la logique des fanatiques du bilinguisme, de « mandariniser » le Québec? Si on présente le tout-anglais comme un gain permettant d’internationaliser le Québec (ou ce qui en reste), ne serait-il pas logique d’apprendre le mandarin, la véritable langue de l’avenir? La Chine constitue la future super-puissance mondiale; pourquoi ne pas permettre aux jeunes Québécois d’apprendre le mandarin plutôt que de leur imposer, de force, l’anglais dès la première année du primaire? À moins, bien sûr, que les arguments sur l’aspect international de l’anglais en dissimulent d’autres…

Le bilinguisme, bon pour les enfants?

Un autre argument proposé par les inconditionnels du bilinguisme est que celui-ci serait bon pour le développement cognitif des enfants. Manipulation.

En effet, d’affirmer bêtement que telle ou telle chose est « bonne pour les enfants » ne prouve absolument rien. Cette information n’est utile qu’en comparaison avec autre chose. De donner trois heures de cours d’anglais par semaine à des enfants et « rien » à d’autres ne prouve pas que l’anglais permet de davantage développer la pensée et l’intérêt du premier groupe. La seule preuve est que l’anglais est supérieur à « rien » ou à davantage des mêmes vieilles choses. Avec une telle logique, on peut démontrer n’importe quoi. Un enfant mangeant des vers de terre sera effectivement davantage en santé que celui qui ne mange rien du tout. Pure logique.

Or, les gains au niveau cognitif proviennent-ils véritablement de l’apprentissage d’une autre langue ou plutôt simplement d’un exercice intellectuel supplémentaire, s’additionnant aux autres cours?

Par exemple, plusieurs études ont démontré que l’apprentissage d’un jeu comme les échecs permet de développer la pensée cognitive et logique chez les enfants. L’une d’elles a comparé les résultats à un test de jeunes ayant suivi des cours à ceux qui ne les ont pas suivis. Ceux ayant suivi les cours ont obtenu un résultat de 68%, contre un maigre 44% pour les autres. Les auteurs de l’étude notent, en conclusion: « Le processus [cognitif] de lecture est similaire à celui du joueur d’échecs. Les joueurs d’échecs mettent en relation un haut niveau de connaissances et d’information à propos d’une position et une approche interactive quant à savoir quel coup jouer, ce qui est considéré très semblable à un mot ou une phrase lors de la lecture. Les processus cognitifs sont très semblables. »

Ainsi, l’apprentissage d’une seconde langue améliore peut-être les capacités cognitives, mais ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une de ses composantes inhérentes. C’est l’activité cognitive elle-même qui contribue à l’évolution du cerveau. Que ce soient les échecs, un jeu de mémoire ou d’autres, c’est l’activité intellectuelle elle-même qui fait progresser les enfants et non le fait d’apprendre l’anglais. Parler et écrire fait fonctionner notre matière grise, et en apprenant une seconde langue on contribue certes à améliorer ses capacités, mais on reste dans les limites de la parole et de l’écriture. Utiliser des langages « neutres » comme les échecs, les mathématiques ou le latin mène aux mêmes résultats. Ce n’est donc pas le bilinguisme qui aide les enfants, mais plutôt l’activité cérébrale diversifiée, qui peut être stimulée d’une foule de façon différentes.

Par ailleurs, une étude a démontré que les enfants bilingues ont un vocabulaire moins développé que les monolingues. Pire, leurs résultats peuvent en souffrir: « Il se peut que les enfants bilingues ne soient pas au même niveau que leurs pairs monolingues et que les apprenants d’une langue seconde qui ne parlent ni l’anglais ni le français à la maison n’aient pas acquis les habiletés nécessaires dans la langue d’instruction pour réussir à l’école. » (( Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, ©2006-2009 Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, Bialystok E, L’acquisition d’une deuxième langue, le bilinguisme pendant la petite enfance et leur impact sur le développement cognitif Précoce, ELLEN BIALYSTOK, Ph. D., York University, CANADA, (Publication sur Internet le 15 mars 2006) (Révisé le 9 février 2009) ))

Or, qu’est-ce que le vocabulaire, sinon la possibilité de faire du sens avec le monde, de comprendre l’environnement dans lequel nous vivons? Entre deux individus, l’un sachant qu’un chat est un chat et l’autre pour qui cet animal est « un animal à quatre pattes se frottant sur ses jambes, possède sa litière et se lèche tout le temps », qui possède la meilleure emprise sur le monde? Si à chaque fois que je parle d’un guéridon je dois parler de la petite table ronde avec un seul pied, ne suis-je pas moi-même un handicapé linguistique?

De plus en plus, on revendique une sorte de novlangue réduite et appauvrie. On nous présente cela comme une victoire, évidemment. Alexandre Duchêne, directeur de l’Institut du plurilinguisme suisse expose ce que constitue réellement le bilinguisme: « On doit en finir avec la définition normative, basée sur la maîtrise parfaite de deux langues, une vision élitiste de deux monolinguismes juxtaposés. Elle s’applique à un tout petit groupe. Mieux vaut retenir la définition fonctionnelle de l’usage régulier de deux langues, même avec des erreurs. » En clair, au lieu de maîtriser une seule langue, on en parle plusieurs « à peu près » et peu importe s’il faut douze mots pour en exprimer un seul. On nous vole une richesse et on a le culot de nous dire qu’on n’a rien perdu.

Soyons honnêtes: l’élite intellectuelle qui désire parler deux, trois, voire six langues, en profite largement. Elle est hyper-éduquée et la perte de qualité de chacune des langues peut être compensée par un fort désir de perfectionnement. Pour la majorité, cependant, l’apprentissage d’une langue seconde nuit à la qualité de la langue principale. Dans le contexte d’un Québec gangrené par l’analphabétisme et englué par son passé colonial où le joual et les expressions anglophones ont pris le dessus sur la bonne utilisation du français, faut-il réellement contribuer à abaisser davantage la qualité de l’utilisation de notre langue? Il faudrait peut-être commencer par bien savoir parler et écrire dans notre langue avant de penser en réduire la richesse en la mélangeant avec une autre, surtout si l’hégémonie historique de cette dernière la rend si dominante.

Dans tous les cas, l’anglais possède sa place au Québec. Au même titre que d’autres langues étrangères – espagnol, italien, russe, mandarin – elle peut être parlée et valorisée par l’élite, mais l’institutionnalisation du bilinguisme entraîne une dégénérescence de la qualité de la langue et une atrophie de la capacité des Québécois à bien se représenter le monde.

Il serait peut-être temps de davantage pratiquer son français avant qu’il ne devienne une langue morte sur l’autel de dévots du bilinguisme ayant oublié que la bonne connaissance d’une seule chose vaut infiniment mieux que celle, approximative, de quantité d’autres.

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25 Réponses

  1. Votre billet est très confrontant. Il me ramène à moi, à mon discours que j’entretenais un peu bêtement auprès de mon enfant.
    Ce dont vous parlez semble pourtant simple après lecture mais de l’étayer clairement n’a pas du l’être.
    Je rajouterais la musique comme langage. Mais ceci n’est pas une critique, juste que c’est cela que votre m’a inspiré. Un langage universel quoi.

  2. Commentaires!

    Oui, je suis d’accord. Arrêtez de me parler en anglais tout le temps! A mon travail on a embauché enfin plus de francophones, c’est seulement avec la petite fille de 18 ans que je me sens confortable en imposant le français, mais elle persiste. Pas la meilleure façon de faire des amis!

    Ayant fait ma mineur en linguistique, j’ai examiné quelques études sur l’apprentissage de langues. J’étais plutôt contre le bilinguisme forcé en Californie, là où je pensais que l’anglais devait primer. L’idée dans des études est que les enfants qui étudient une 2e langue vers 5-7 ans acquirent des habilités métalinguistiques (i.e, mettre des suffixes, accord de verbe et sujet) qui les aident dans d’autres aspects de leur éducation. En plus il y a des capacités qu’on perd au fil des années. Le secondaire est déjà trop tard. Mais c’est pas obligatoire que la deuxième langue soit l’anglais, bien sûr. Peut-être on pourrait les offrir le chinois ou l’espagnol….

    Ma blonde (une mexicaine francophone) et moi avons remarqué qu’il y a beaucoup plus de latino-américains à Montréal ces dernières années (trop, à son avis). Moi je me demande qu’est-ce qui va se passer avec ceux qui restent, s’ils vont « choisir une équipe » en bloc un peu comme les italiens ou grecs? J’ai déjà rencontré plusieurs de mexicains qui ont déjà étudié le français là-bas ou ici. Va-t-on insister à les angliciser par « politesse »? Ou peut-être il s’agit d’une opportunité pour bâtir des liens avec des peuples plus sensibles aux enjeux du colonialisme…

    Je pense par contre que ça serait une mauvaise décision de prendre un virement « langue québécoise » avec l’éducation primaire (Ou un plus grand, en tout cas) comme Marois faisait un peu dans les médias, il y a pas longtemps. J’imagine ça joue bien avec l’électorat souverainiste — je vois mal comment une langue divergeant trop du français de France aiderait à assurer la survie de la langue à long terme.

    Parlons comme Bernard Derôme ou la femme de Fido. Différente, oui mais aussi compatible.

  3. Ouais,

    L’anglais, c’est un mal nécéssaire. Nous ne pouvons plus s’en cacher. Si nous voulons prospérer, s’internationaliser, faire des affaires, ben, c’est en anglais que ca se passe. (Une chance, ca aurait pus être en Islandic ou en Mandarin, nous aurions eu l’air pas mal plus fou.. héhéhé)

    Par chance, c’est l’Anglais. Langue façile, mal obligé. Vous pouvez vous obstiner à ne parler qu’en francais, ben votre horizon professionel se limitera à donner du gaz à St-Siméon, ou à travailler à Emploie-Solidarité-Bien-Être-Social Québec.

    Si vous avez un peu d’ambition, forcément, c’est l’anglais. Le truc, c’est qu’il ne faut pas perdre notre français pour autant. L’immigré qui arrive, doit parler Anglais, et doit Apprendre le Français. Si non, dehord après un an. That’s it! That’s all! Je vais me faire pitcher des roches moi là là… Mais c’est pas grave, c’est mon écran qui cracke. Pas mal tête. 🙂

    La loi 101, le bilinguisme, c’est parfait. Il FAUT protéger notre langue, notre culture, notre ceinture fléché, notre sirop d’érable. Mais il faut vivre, et cela, dans un contexte de plus en plus modial….

  4. J’oubliais:

    « Il serait peut-être temps de davantage pratiquer son français avant qu’il ne devienne une langue morte sur l’autel de dévots du bilinguisme ayant oublié que la bonne connaissance d’une seule chose vaut infiniment mieux que celle, approximative, de quantité d’autres »

    Wow, j’adore. Bon travail, Louis, tu t’améliore beaucoup avec le temps. J’ai pas mal toujours été cauchemardesque, mais tu m’as toujours bien (instruit, diverti, assommé, fait réfléchir, japper et endormi). Merci.

    Sauf que:….
    la bonne connaissance d’une seule chose ne vaut pas, à elle seule, l’abandon de nouvelles connaissances, aussi futiles soient-elles. La surspécialisation nous rend aveugles de bien belle choses. C’est pas parce que je suis marié à ma femme, que je ne parle pas aux autres. Et trop connaître ma femme, ne fera pas de moi un meilleur mari, au contraire. Trop c’est comme pas assez…

  5. Moi j’essai effectivement de pratiquer mon anglais lorsque c’est possible. Pourquoi?
    1- Parce que je ne veux pas être limité dans mes déplacements. J’arrive de la Nouvelle-Écosse et c’est en anglais que ça se passe. J’aime aussi aller aux E-U.
    2- Parce que dans mon travail, l’anglais est important. Pourtant, je ne fais pas partie de « l’élite ». Je suis programmeur d’automate industriel.
    3- Parce que j’aime ça. Ça me rend fier de maitriser peu à peu une langue seconde.

    À mon avis, cela devrait être un objectif national que tout les finissants du secondaires soient bilingue fonctionnels en anglais sans pour autant mal maitriser le français.

    Il faudrait arrêter de mettre ces deux langues en opposition. L’un n’empêche pas l’autre.

    Le français comme langue d’usage au Québec. En famille et au travail quotidiennement.

    L’anglais comme langue des affaires et du voyage.

    Moi je n’y vois pas de problème.

  6. Le bilinguisme est selon moi le premier pas vers l’assimilation pure et simple du peuple québécois. Par exemple, l’ex-blonde à mon frère était tout ce qu’il y avait de plus francophone (du moins, ses origines familiales), mais étant donné son statut social relativement élevé (papa était directeur d’une petite usine), elle et ses autres sœurs sont allées à l’école anglaise. Sûrement que le père avait passé à travers une faille de la loi 101 qui permet l’accès aux écoles anglaises si on a fait au moins un an dans une école anglophone privé. Le père disait que c’était pour qu’elles deviennent «bélingues».

    Cependant, lorsqu’on lui parlait (c’était rare, puisqu’elle n’était pas très sociable), on voyait qu’elle avait des carences au niveau de son français parlé. Par exemple, il n’était pas rare qu’elle demande des définitions pour certains mots à moi et à mon frère. Nous n’avons aujourd’hui plus de nouvelles d’elle, sinon qu’elle est dans une université en Colombie-Britannique…

    Cette petite histoire vraie démontre que c’est un mythe que de prétendre que c’est bénéfique pour la culture des enfants de parler deux langues dès leur plus jeune âge. C’est toujours la langue la moins valorisée dans la famille (à l’évidence le français) qui écope…

    Il faut boucher les trous et autres failles dans la charte de la langue française, et au plus vite ! La langue commune au Québec, c’est le français. Tout simplement ! Et si vous êtes pas contents, rien ne vous empêche d’aller en Ontario !

  7. @Vincent Roy

    Depuis quand la langue est un obstacle aux déplacements d’un individu? Demandez aux immigrants qui vivent (pas des touristes) au Québec depuis des années et qui ne connaissent pas un traître mot de Français.Je ne parle pratiquement pas anglais et en dix ans, j’ai pratiquement fait le tour du monde et je n’ai jamais rencontré d’obstacle linguistique…vous manquez d’imagination Monsieur.La seule langue universelle est le fric, quand vous allongez les billets, les locaux deviennent tout-a-coup polyglottes…ou presque.

  8. Pourtant dans mon quartier à Montréal les commercants parlent anglais et les franco allongent l’argent quand même et plusieurs d’entre eux sortent leur anglais en prime.

  9. Le problème est majeure car une des deux langues en opposition est dix fois plus puissante que l’autre.Ayant quelques notions en physique, vous devriez comprendre le phénomène des masses.Lorsqu’un hummer rentre dans l’cul d’une smart que se passe-t-il? Si vous voulez peser sur la pédale a gaz du bilinguisme au Québec, je vous conseil de boucler votre ceinture et d’attacher votre tuque avec de la broche…parc’que ça va fesser dans l’dash.

  10. Je dois avouer que Vincent soulève un bon point sur l’anglais au niveau des voyages et des affaires. Un grand nombre d’emplois à Montréal exige la connaissance de l’anglais, et bien sûr du français pour les anglophones, notamment dans les grands bureaux qui ont des sièges sociaux et des clients à l’extérieur du Québec.

    Je suis pour la protection et la défense du français et je suis en faveur du renforcement de la francisation des entreprises, mais même dans un Québec indépendant on ne pourrait pas éviter d’apprendre l’anglais pour certains emplois. Il ne faut pas oublier que l’on vit sur un continent très majoritairement anglophone, que l’on veuille ou non.

    Dans certains programmes d’études, comme en psycho, on demande aux étudiants de lire des textes en anglais car la plupart des grands spécialistes sont Américains et les manuels ne sont pas tous disponibles en français.

    Donc tout en maîtrisant le mieux possible le français ce n’est pas une mauvaise chose d’apprendre l’anglais comme langue seconde.

  11. Je suis francophone. Je maîtrise assez bien ma langue (moins que toi, Louis, mais nettement mieux que la moyenne).

    Je me débrouille assez bien en anglais et j’en suis content. Le mandarin, je n’en connais rien et cela ne me manque pas. Pourquoi donc? Le mandarin est beaucoup plus parlé que l’anglais dans le monde! Mais je m’en fous.

    Prends une carte du monde. Place un point rouge sur la carte pour chaque personne qui parle mandarin puis place un point vert pour chaque personne qui parle anglais. Après avoir fait cela, essaie de me convaincre que le mandarin serait plus important pour moi parce que soi-disant ce serait la Chine qui serait le pays de l’avenir…

    Une fois que cela sera fait, si la démonstration n’est pas suffisante, trouve-moi des sites internet de niveau comparable aux meilleurs sites en anglais. Ensuite, va dans les universités. Demande-leur s’ils utilisent des livres en mandarin ou en anglais.

    La cseule langue seconde défendable, c’est l’anglais. Ça s’adonne que ce n’est pas notre langue maternelle et qu’en plus, à une certaine époque, ils nous ont conquis. Bon. On peut leur en vouloir. Les bouder. Mais la réalité demeure: la très grande majorité des nouvelles découvertes ont été faites en langue anglaise: réfrigérateurs, transistors, télécommunications, nouveaux matériaux, nouveaux médicaments… Tiens, Louis… pourrais-tu nous trouver quelles sont les principales découvertes faites par des chercheurs en français au cours des 40 dernières années?

    Moi, mon expérience personnelle, c’est que l’anglais, ce n’est pas une langue de travail. C’est une langue d’acquisition de connaissance. Je ne parle jamais anglais (sauf pour utiliser quelques termes nouveaux dont je ne connais pas d’équivalent français) au travail. Par contre, lorsqu’il m’arrive de rencontrer un anglophone, oui, j’ai plaisir à pratiquer mon anglais. Parce que je ne le pratique pas souvent.

  12. Un texte comme ça venant de quelqu’un qui parle anglais ? Je vais aller faire mes arrangements funéraires avant d’aller mourir de rire…

  13. @ Anthony

    « Cette petite histoire vraie démontre que c’est un mythe que de prétendre que c’est bénéfique pour la culture des enfants de parler deux langues dès leur plus jeune âge. C’est toujours la langue la moins valorisée dans la famille (à l’évidence le français) qui écope… »

    En même temps, si c’est la volonté de certains de vouloir parler davantage l’anglais malgré des lois qui sont assez restrictives, que peut-on y faire? Comme tu le dis, c’est un problème lié à la valorisation d’une culture. En un moment donné, si la langue française au Québec ne peut pas se tenir debout et n’est plus dynamique, et bien tous les efforts pour la protéger par une législation auront été vains. On n’aura fait que ralentir ce qui aurait dû arriver plus tôt – l’assimilation, puisque les gens ne défendent pas la langue au quotidien, c’est-à-dire en l’utilisant! Si on aimait vraiment nos racines françaises, on se donnerait la peine en tant qu’un individu de parler le français. La preuve que les gens cèdent si facilement, c’est qu’ils sont déjà profondément des Nord-Américains dont seulement la langue maternelle (le français québécois) est l’unique différence.

    Quelqu’un qui aime véritablement le français sera capable de cultiver sa maîtrise du français tout en ajoutant d’autres cordes à son arc, et la géographie nous dicte d’apprendre l’anglais comme langue seconde et l’espagnol comme troisième langue. Il est triste de constater que nous sommes encore pris dans une mentalité de bilinguisme destructif plutôt que de devenir polyglottes sans nuire à la maîtrise du français. Le bilinguisme est destructif dans la mesure où le français n’est pas considéré comme une langue légitime par celui qui la parle. C’est en dehors du domaine des lois à mon avis, c’est plutôt une question d’être « colonisés » culturellement ou pas.

    @ Vincent Roy
    « Le français comme langue d’usage au Québec. En famille et au travail quotidiennement »

    Je rajouterai quand on demande ou on paie pour un service, on devrait pouvoir le faire en français! Si seulement les francophones (de Montréal surtout) se donnaient la peine de commander dans leur langue (et repartiraient advenant l’impossibilité de se faire servir en français), la loi 101 deviendrait inutile. Mais nous avons malheureusement (encore) besoin de lois, parce que la majorité des francophones parle le français par défaut et pas par choix.

    Nous ne sommes pas si attachés à cette langue que ça, la preuve c’est qu’on n’a besoin d’une loi pour ne pas se diluer par notre propre volonté! Il n’y a que regarder l’état lamentable de la maîtrise du français écrit pour s’en convaincre.

    C’est en tant que Nord-Américains que nous sommes devenus si vulnérables vis-à-vis l’anglais, puisque bien peu de choses nous distinguent des autres dorénavant. Le Français ne perd pas si vite son accent (sinon jamais) même en milieu étranger parce que son bagage culturel est très puissant.

    Je ne vais pas m’obstiner à vouloir garder un caractère français de plus en plus artificiel, surtout à Montréal, si les francophones ne sont pas plus capables de se tenir et d’être fiers. On aura mérité notre assimilation à force de vouloir s’en remettre à l’État pour veiller sur notre caractère français.

    Chacun doit utiliser la langue comme arme personnelle, je ne crois pas en la loi 101 ni en aucune loi pour sauver ou protéger une langue. Il n’y a que les gens qui décident plus ou moins consciemment ce qu’ils veulent. Les Québécois doivent décider de grandir une fois pour toutes et cesser d’être infantilisés.

  14. Tu vois, pour moi, l’anglais, c’est pour moi aussi une langue d’acquisition de connaissance et c’est aussi une langue de travail (en plus du français). En étant à McGill, j’ai beaucoup d’occasions de parler anglais. Ainsi, quand je sors du campus, je vis surtout en français dans ma famille (en vietnamien parfois avec ma mère), je me fais toujours servir en français dans les commerces.

    « Après avoir fait cela, essaie de me convaincre que le mandarin serait plus important pour moi parce que soi-disant ce serait la Chine qui serait le pays de l’avenir… »

    Dans le présent, l’anglais a le statut de lingua franca, mais déjà, les étudiants des pays limitrophes de la Chine apprennent de plus en plus le mandarin puisque les affaires se passeront de plus en plus de ce côté-là de la Terre. La domination de l’anglais est aujourd’hui corrélé avec la domination des États-Unis, en ce moment, et comme la Chine considère les États-Unis comme son marché d’exportation (tout en finançant la gigantesque dette américaine), les Chinois apprennent l’anglais comme langue seconde. Mais cela ne durera pas toujours.

    Rappelons-nous que le français fut la langue internationale devant l’anglais jusqu’au tournant du 20e siècle, ainsi que d’autres langues auparavant. Maintenant, nous écrivons les articles scientifiques en anglais, mais il fut un temps où les intellectuels publiaient en latin. Rien ne dure. Et je suis prêt à parier que l’hégémonie de l’anglais finira. Quand? Telle est la question. Mais ce n’est qu’une question de temps et de géopolitique.

  15. Le problème avec ton « élite » bilingue et la plèbe unilingue est que tu traces la ligne trop durement, en fait tu ignores la mobilité sociale. Je sais qu’elle n’est pas toujours très spectaculaire mais ce n’est pas à 20 ans, une fois qu’il a été établi que nous sommes « l’élite », que l’on commence à apprendre l’anglais.

    La définition d’élite est également très suggestive. Je suis allé à l’université donc je suis plus « élite » que mon père mais, avec son DEP en mécanique, il fait presque 10 fois mon salaire.

    Ceci dit, je suis d’accord qu’il y a un grand rôle à donner au choix personnel. L’État n’a pas à rendre tout le monde bilingue, mais plutôt à laisser la possibilité (par le système d’éducation) à le devenir si on le souhaite. Ton garagiste n’a peut-être pas beaucoup besoin d’anglais, mais il voudra surement que ses enfants aient la possibilité de bien le parler s’ils le veulent.

    Certains apprennent que je suis polyglotte et s’empressent de me dire combien ils sont gênés de très peu parler anglais, comme s’ils se sentaient obligés d’exprimer une faiblesse par rapport à moi. Sachant très bien que ce serait différent s’ils avaient à l’utiliser, je n’ai rien à leur dire sinon que je ne me sens aucunement supérieur à eux. Si j’ai appris l’allemand plus vite qu’à lacer mes chaussures tout seul, si mon danois est meilleur que ma conduite manuelle – c’est une simple question de goût. D’ailleurs, je me suis déjà fait reprocher de parler anglais à des Mexicains – la fille me disait que je devais parler espagnol comme troisième langue puisque je suis du Québec.

  16. Je vais tenter de remédier à ma situation dès septembre, en apprenant l’espagnol, au moins acquérir les bases une fois pour toute, pour ensuite perfectionner en le pratiquant avec des hispanophones.

  17. Nous sommes des colons…Que voulez-vous? J’arrive de Boston et plusieurs commerçants yankees s’efforcent de me servir en Français (2/5) approximatif et ils semblent même éprouver un plaisir a pouvoir le faire.J’avoue que c’est assez surprenant de constater que notre langue soit si répandue et appréciée dans des villes aussi anglos que Boston ou même New-York et que chez nous, a Montréal, elle soit si mal traitée.Les commerçants de Boston seraient-ils plus ouverts d’esprit mais surtout, plus respectueux? Le sens des affaires peut-être?

  18. @un gars: Exactement! La musique, les échecs, le jeu en général, l’art, ce sont tous des formes de langage. Pourquoi se limiter à une langue, surtout si celle-ci met en danger notre existence collective, quand il existe des solutions tout aussi efficaces, voire davantage?

    @nouvellesformesferriques: Parlons un bon français, tout à fait d’accord. Au lieu d’imposer l’anglais, si on imposait des cours plus nombreux et plus sévères de français?

    @Fury Libre: Je ne suis absolument pas d’accord. « S’internationaliser », c’est l’élite ça, et 95% de la population, qui vit dans son petit quotidien, n’en a pas besoin. L’avenir, à mon avis, est aux communautés locales, surtout dans le contexte des prix de l’énergie qui iront en augmentant…

    @Vincent Roy: Dans les faits, il a été démontré que le bilinguisme réduit le niveau de vocabulaire de ceux qui le sont. Tu as le droit d’aimer être bilingue, et tous ceux qui le souhaitent devraient le pouvoir. Mais nous n’avons pas à l’imposer à tous les Québécois, car nous signons ainsi notre arrêt de mort et nous contribuons à la perte de valeur du français.

    @sorry:

    Le problème est majeure car une des deux langues en opposition est dix fois plus puissante que l’autre.Ayant quelques notions en physique, vous devriez comprendre le phénomène des masses.Lorsqu’un hummer rentre dans l’cul d’une smart que se passe-t-il? Si vous voulez peser sur la pédale a gaz du bilinguisme au Québec, je vous conseil de boucler votre ceinture et d’attacher votre tuque avec de la broche…parc’que ça va fesser dans l’dash.

    Je ne saurais dire à quel point je suis en accord avec ce commentaire. C’est EXACTEMENT le problème.

    @Steph: Il y a un concept qui s’appelle la traduction. Que ce soit un Chinois, un Américain ou un Turque qui fasse une découverte, cela n’a aucune incidence sur ce que nous sommes ou devrions être. Le bilinguisme institutionnalisé entraîne un appauvrissement de la qualité du français et ne fait qu’augmenter notre précarité, simplement.

    @Anthony:

    Le bilinguisme est selon moi le premier pas vers l’assimilation pure et simple du peuple québécois.

    C’est également mon avis. Lorsqu’on met une langue avec un fort pouvoir d’attraction en compétition avec une langue avec un faible pouvoir d’attraction, pas besoin d’être un génie pour connaître le résultat final….

    @Léonard Langlois: Oui, tout est une question de temps. Dans quelques décennies, je suis prêt à parier que le mandarin sera au moins aussi important que l’anglais au niveau international.

    @derteilzeitberliner: Je ne cherche pas à tracer de ligne concernant l’élite. À mes yeux, l’élite pourrait bien être ceux qui se considèrent comme tels. Dans tous les cas, je suis d’accord avec ton commentaire:

    L’État n’a pas à rendre tout le monde bilingue, mais plutôt à laisser la possibilité (par le système d’éducation) à le devenir si on le souhaite. Ton garagiste n’a peut-être pas beaucoup besoin d’anglais, mais il voudra surement que ses enfants aient la possibilité de bien le parler s’ils le veulent.

    Voilà. Si quelqu’un a un intérêt pour les langues (ou la musique, ou autre chose) qu’il s’y adonne. L’État n’a pas à imposer un bilinguisme qui constitue un fait un énième pas vers notre assimilation totale.

  19. Les francophones ont une part de responsabilité dans le faible pouvoir d’attraction du français car ils préfèrent se fier à une loi 101 plutôt que d’utiliser leur langue quand ils achètent quelque chose.

    La société québécoise n’est pas bilingue, elle est plutôt diglossique anglais, français, joual, dans cet ordre décroissant de ce qui rapporte le plus de blé à ce qui en rapporte le moins.

    Ceci dit, je suis persuadé qu’il y a un problème plus profond si on devient inquiets à ce point que la totalité des Québécois deviennent bilingues. C’est que tu dois estimer que bien des Québécois « de souche francophone » méprisent leur propre bagage culturel au point que lorsqu’ils maîtrisent l’anglais, automatiquement ils dénigrent le français. C’est pour ça que je dis qu’ils héritent un peu de leur bagage culturel par défaut; ils auraient préféré avoir pour langue maternelle l’anglais parce que bien peu de chose les distingue des autres Nord-Américains.

  20. […] cérébrale diversifiée, qui peut être stimulée d’une foule de façon différentes. » Source Louis […]

  21. Bonjour,
    C’est intéressant de voir à quel point le québecois percoit la menace du bilinguisme. Mais est-ce vraiment le fait de parler anglais qui menace les valeurs et l’identité québecoise? Une question qui se pose…

  22. As-tu deja entendu parler des cajuns ?

    La langue est une partie integrante des valeurs et de l’identité d’un peuple. C’est ce qui lui permet de penser, philosopher, s’exprimer. Tu ne peux pas faire partie de la culture quebecoise en passant ta vie en anglais et en rejetant le francais.

    C’est pourtant ce que font la plupart de nouveaux immigrants allophones ne venant pas de pays de la francophonie. Ils ont un francais fonctionnel (souvent appris jusqu’au secondaire) et cela s’arrete là.

    Jamais ils ne regardent la television en francais, ecoutent la radio en francais, vont voir des artistes francophones. Chez eux c’est uniquement la culture, les valeurs et l’identité canadienne, quand ce n’est pas l’americaine.

    Ils ne connaissent rien de notre identité, nous sommes une curiosité linguistique au sein du grand canada et si cette curiosité pouvait survivre en dehors de montreal, ca les arrangerait grandement.

    Y a bien qu’en acadie, voyant le francais disparaitre, que certains anglos allument et se rendent compte de la perte que causerait la disparition de cette langue dans leur culture et comme richesse pour la diversité. Il faut aller là-bas pour voir une communauté anglophone se lever et se battre pour garder le francais vivant !

    Comme souvent, c’est quand on voit ce qu’on aime disparaitre qu’on allume… sauf que chez certains, la bougie met plus de temps à eclairer !

    Le francais disparait à Montreal, on ne parle pas de bilinguisme, de parler anglais ou pas… on explique avec des FAITS que le francais se meurt !

    Alors on fait quoi, on le regarde mourir et on devient une province anglophone comme les autres avec le temps ? On regarde notre culture, notre identité et nos valeurs disparaitre ?

    Si ca ne te derange pas, ok. Si ca ne t’interpelle pas et que tu te poses les mauvaises questions, tu es libre d’avoir un avis qui ne tient pas compte de statistiques eloquentes et de faits avérés. Oui l’anglais menace les valeurs et l’identité québecoise ! Ca ne va pas aller en s’ameliorant et comme bien souvent, sous la barre des 50%, la chute va allée en s’accelerant puisque les gens auront plus de chance de se faire comprendre en abordant les gens en anglais à Montreal vu que les francophones seront alors minoritaires ! Effet d’entrainement, fin de race, plus de quebecois, une diversité de moins, plus de facilité de faire des affaires, vive la globalisation.

  23. […] alors que le Parti Libéral ramenait cet apprentissage à la première année, sans en mesurer les conséquences, Marois proposait même le bilinguisme de tous les Québécois et que certains cours d’histoire […]

  24. […] alors que le Parti Libéral ramenait cet apprentissage à la première année, sans en mesurer les conséquences, Marois proposait même le bilinguisme de tous les Québécois et que certains cours d’histoire […]

  25. […] cérébrale diversifiée, qui peut être stimulée d’une foule de façon différentes."Source Louis Prefontaine   Ajouter un commentaireEnvoyer à un amiSignaler un abusImprimer cet […]

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